Merci à tous ceux qui sont encore là pour suivre mes histoires:)


Plan d'action

Il semblait l'attendre au détour d'un couloir. La silhouette massive d'Andreas Negresco, l'ami russe de sa mère débarqué pour les aider dans la guerre contre Voldemort, était menaçante. Il ne semblait pas très content d'être là, mais c'était le genre de personne qu'on préférait avoir avec soit en cas de combat. Il intimidait fortement Mary avec ses yeux clairs et scrutateurs, son visage presque entièrement dissimulé sous sa barbe et ses cheveux. Une fois débarrassé de la veste de peau de bête avec laquelle il était arrivé, il se déplaçait bras nus, ce qui était peu courant chez les sorciers anglais, dévoilant des muscles saillants, des cicatrices et des tatouages. Ayant vécu avec son père d'adoption qui était tatoueur et portait par conséquent des tatouages sur tout le corps et sa mère qui portait des cicatrices comme son père portait ses tatouage, cela n'aurait pas dû la choquer, mais sur Andreas cela avait quelque chose de franchement inquiétant. Il parlait peu mais son corps et ses expressions, quand il en avait, disaient tout ce qu'il souhaitait communiquer la plupart du temps. Quand elle le voyait à côté de Lavrenti, son fils et apprenti, elle ne comprenait pas qu'ils soient apparentés.

Elle faisait toujours son possible pour ne pas avoir à lui parler et pour le croiser le moins possible, surtout seule. Pas qu'elle doutât qu'il lui fasse le moindre mal, mais son puma intérieur lui criait qu'il était dangereux, beaucoup plus que de raison, alors elle préférait ne pas être le centre de son attention ni se trouver sur son chemin. Bon, son puma se hérissait aussi à chaque fois que sa mère approchait -plus encore qu'avec Andreas si c'était possible- mais Mary n'en tenait pas compte : elle connaissait trop bien la concernée pour s'inquiéter à ce sujet.

Quand elle sortit de la bibliothèque un soir pour se rendre au repas, il était pourtant là, adossé contre le mur en face de la porte. La torche allumée dans le couloir faisait danser des ombres sur sa peau. Surprise et vaguement inquiète, Mary se figea, son livre sur le bras, la poignée de la porte dans la main. Impossible qu'il soit là pour autre chose que la voir.

- Tu agis comme une prrrroie, lui dit-il en guise d'introduction.

Sa voix était basse, son accent faisait rouler les « r » et la remarque fit feuler le puma. Mais il n'avait pas entièrement tord, n'est-ce pas ?

- C'est tout ce que je suis non ? Voldemort, vous ou n'importe quel mangemort pourrait me tuer à main nue.

- Je ne parrrrle pas de moi : je suis un lycanthrrrope, il est norrrrmal que ton animagus me crrraigne.

Voilà qui expliquait certaines choses. Ca ne faisait que le rendre plus dangereux.

- Mais ton animagus est aussi un prédateurrrr, tu ne devrrrais pas agirrr comme un mouton. Il définit ce que tu es au plus prrrofond de toi.

- Et que puis-je faire au juste ? rétorqua la rousse. Je n'ai aucun talent pour le combat et chaque adversaire que j'aurais face à moi sera plus expérimenté et plus doué. Il n'y a pas besoin de beaucoup de jugeotte pour savoir qui va gagner entre lui et moi !

- Tous les combats ne passent pas parrr une confrrrrontation dirrrrecte.

Il la jugeait. Elle le voyait, le sentait et détestait ça. Elle savait qu'il la cataloguait dans les faibles et les inutiles, peut-être parce qu'elle se plaçait elle-même dans ces catégories. Peut-être était-ce pour ça qu'elle passait son temps seule, loin de tous ces gens qui attendaient qu'elle terrasse Voldemort. Pour qu'ils ne remarquent pas l'imposture. Qu'est ce qu'il pensait le grand machin ? Que ça lui plaisait ?

- Tu es capable de fairrrre de la grrrrande magie, reprit-il devant son silence. J'ai lu ce qui a été rrrraconté sur toi durrrant le Tourrrnois des Trrrrois Sorrrciers. Tu as accomplis une prrrrouesse en métamorrrrphose.

- C'est uniquement parce que Tom était là. C'était lui qui était combattif et doué.

- Je ne crrrois pas. Une Horrrrcrrrruxe peut posséder, peu altérrrer la personnalité, mais il ne donne pas de trait de carractèrrrre qui n'existaient pas déjà et n'apporrrrte pas de magie supplémentairrrre. C'est même plutôt le contrrrrairrrre : il devait puiser dans la tienne pour se rrrrrenforrrrcer telle une tique. Réfléchis, je suis sûre qu'il y a eu des évènements avant que tu ne le récupèrrrres qui me donnent rrrraison.

Etrangement, elle n'eut pas à réfléchir, l'évènement lui revînt immédiatement à l'esprit malgré le soin qu'elle avait pris à l'enfouir en elle. Cela devait venir de l'occlumancie : depuis qu'elle avait ordonné tous ses souvenirs, ils étaient plus nets et lui revenaient plus vite quand elle en avait besoin.

Elle se revit en première année, après que Quirrell l'ait kidnappée. Elle avait la pierre philosophale dans sa poche et elle l'avait tué. Il avait peut-être Voldemort à l'arrière du crâne, mais elle avait attaqué et tué cet homme, sachant ce que son contact lui faisait. Et ça, ça ne venait pas de Tom.

Andreas sembla comprendre qu'elle avait trouvé et hocha la tête. Il s'approcha ensuite d'elle et se pencha, la surplombant.

- Je sais ce que ta mèrrre t'a dit et si je la comprrrrends, je suis moins conciliant qu'elle.

Mary déglutit difficilement quand son regard tourna au doré. C'était le loup qui la regardait à cet instant.

- Tu passes tes jourrrrnées à errrrrer et t'apitoyer sur ton sorrrrt au lieu de nous aider et de te prrréparrrrer. Alorrrrs que nous nous apprrrrêtons tous à mettrrrre nos vies en jeu dans cette guerrrrre. Tu as intérrrrêt à te bouger. Sinon, la prrrrochaine fois je serrrrais moins gentil. Comprrris ?

Effrayée, Mary ne put que hocher précipitamment la tête. Il la fixa encore un moment, l'air d'évaluer si son message était vraiment bien passé ou si elle mentait. Elle vit finalement le doré disparaître de ses yeux. Le sorcier se redressa et s'en alla alors sans un regard supplémentaire.

- Il a raison tu ssssais, siffla Ladon.

- Si tu as une idée ne te prive pas parce que peu importe ce qu'il dit, tu sais comme moi que jamais je ne vaincrai Voldemort.

- Peut-être faut-il revenir aux bases. Tu crois que tout cccce que tu as accomplis et tout cccce que tu es devenue tient au Horcruxe mais cccc'est faux. Rappelles toi : tu n'as pu devenir animagus qu'une fois qu'il est parti. Tu n'as ssssu maîtriser l'occlumancie qu'une fois qu'il n'était plus là. Il a altéré ton âme, ton essssprit et ta magie.

Une moue à mi-chemin entre une grimace et un sourire amer passa sur son visage. Bien sûr que Ladon avait raison. Quand n'avait-il pas eu raison ? Il n'avait cessé de lui répéter de se débarrasser du horcruxe. L'avait-elle écouté ? Non. Peut-être devrait-elle commencer !

Demain, se promit-elle. Demain serait le jour où je reprendrai ma vie en main. Et elle se fixait comme objectif d'avoir progressé d'ici à son anniversaire. Elle ne savait pas très bien ce qu'elle entendait par progresser mais elle saurait déjà si elle avait réussi le moment venu.

oOoOoOo

Changer, c'était plus facile à dire qu'à faire, convint-elle après plusieurs jours. Elle s'était astreint à se lever tôt et à aller courir, comme sa mère l'y avait obligée quand elle l'avait entraînée un été au Phare. Mais le constat était le même qu'alors : elle haïssait ça et chaque matin, il était plus difficile de s'y astreindre. Pourtant, elle convenait qu'une excellente forme physique lui serait nécessaire, ne serait-ce que pour s'enfuir si besoin. C'était vital pour quelqu'un d'aussi faible qu'elle, même si ça ne serait pas non plus suffisant.

Parfois elle manquait de croiser des gens, mais elle préférait se cacher : elle voulait faire ça par elle-même. Après avoir été si longtemps possédée, elle avait besoin de réussir ça seule. Deux fois, elle était tombée par hasard sur sa mère dans un des coins les plus reculé du jardin. Sous sa forme féline, même la redoutable maître des potions ne pouvait la repérer si elle se tapissait sous un buisson.

Sa mère était vêtue d'un short et d'une brassière, soit beaucoup plus légèrement que d'ordinaire. Passé la première réaction d'étonnement, elle avait observé les mouvements. La chorégraphie était toujours la même et si ses yeux lui disaient qu'il ne se passait rien de particulier, ses poils se hérissaient sur tout son corps sous la magie déployée. Se rappelant ce que Tom lui avait un jour dit, elle devina qu'il s'agissait de magie rouge. Elle ne savait pas grand-chose de cette magie mis à part que c'était rare et souvent assimilé, à tord, à de la magie noire.

Sa mère approchait de la quarantaine. Et tout dans son corps disait qu'elle avait passé sa vie à se battre et à s'entraîner. Elle avait des muscles fins et secs, et heureusement car sinon elle aurait été d'une maigreur inquiétante. Il était vrai qu'elle mangeait peu et Mary en vînt à s'inquiéter qu'elle ne se nourrisse pas suffisamment. Sa mère avait tendance à négliger sa santé alors qu'elle se montrait totalement intransigeante avec celle de ses proches. Elle avait des cicatrices, vestiges de batailles, des tatouages notamment l'impressionnante liste de nom dans son dos. Mary n'avait pas besoin de les compter pour savoir qu'il y en avait beaucoup trop. Car ces personnes là étaient toutes décédées.

Les deux fois, elle était restée tapie sous son buisson bien après le départ de la sorcière, plongée dans ses pensées. Après la première, elle avait ordonné aux elfes de maison de toujours prévoir des collations pour sa mère afin que celle-ci se remplume et pour être passée à plusieurs reprises dans le bureau où la Maître des Potions restait la plupart de son temps, elle avait été satisfaite de constater que les sandwichs ou gâteaux étaient toujours entamés, ce qui était un progrès. Elle s'assura aussi qu'elle ne manque jamais un repas. Après la seconde, elle était allée trouver William.

- Attaque-moi, lui avait-elle dit.

- Quoi ? Pourquoi ?

- Pour apprendre une importante leçon que j'ai été trop bête pour écouter quand on me l'a enseigné.

- C'est-à-dire ?

- L'esquive.

Sa mère avait tenté de lui en apprendre l'importance entre sa quatrième et cinquième année, mais elle ne s'y était pas vraiment appliquée. Tout se temps perdu parce qu'elle était une tête de mule ! William était vif et avait immédiatement pigé ce qu'elle voulait faire. Lui-même ne pourrait plus jamais compter sur cette stratégie avec sa canne, mais cela ne l'empêcha pas de mettre du cœur à l'ouvrage. Il préféra utiliser un sort qui faisait apparaître des tâches de peinture sur sa peau quand il la touchait plutôt que le Maléfice Cuisant que sa mère avait choisi à l'époque. Mary lui en fut reconnaissante, surtout que les résultats n'étaient pas bien brillants.

Malgré ses bonnes résolutions, elle passait tout de même son après-midi dans la bibliothèque. Pas pour se cacher cette fois cela dit. Il fallait qu'elle étoffe ses connaissances en magie et en sort. Elle se renseigna sur la magie rouge dans un livre qui avait été raturé à maintes reprises de traits si énergiques qu'ils traversaient parfois le papier. Somme toute, il ne restait que très peu d'informations qui semblaient cohérentes plus quelques unes rajoutées d'une écriture qu'elle reconnu comme celle de sa mère.

La magie rouge était présente en chaque sorcier, mais il fallait un don particulier pour pouvoir l'utiliser. Ce n'était pas quelque chose qui pouvait s'apprendre, à l'instar du Fourchelangue. La magie rouge circulait en chaque sorcier et le corps possédait 7 points d'ancrages entre lesquels la magie rouge circulait comme le sang circule dans le corps. Il s'agissait d'une magie très volatile : une fois mobilisée, elle s'évaporait vite hors du corps à moins de la combiner avec de la magie noire ou blanche. Plus traditionnellement, c'était avec la magie noire car la magie rouge fonctionnait bien avec les sacrifices nécessaires à la magie noire. Alors, on pouvait créer des choses aussi solides et tangibles qu'un mur de brique. Il était aussi possible de l'utiliser pour améliorer ses fonctions physiques, notamment rendre sa peau invulnérable, consolider ses os ou augmenter sa force physique. Lorsque Tom lui en avait parlé, il avait même cité Hercules : un sorcier mythique renommé même des moldus. Sachant que ce sorcier était connu pour avoir terrassé à mains nues une hydre, un minotaure et un cerbère… elle reconsidéra une nouvelle fois la puissance potentielle de sa sorcière de mère.

Tom lui avait aussi parlé de magie noire et l'intérêt que portait Mary au sujet ne s'était pas éteint malgré que l'Horcruxe ne la possède plus. Si la bibliothèque des Entwhistle ne possédait qu'un ouvrage sur la magie rouge, il était cependant plus fournit sur la magie noire. En lisant quelques livres qui semblaient être basiques, elle ne put que constater une fois de plus que Tom ne lui avait pas menti sur le sujet. Cette magie n'était pas mauvaise dans son essence. C'était ce que les sorciers en faisaient qui la rendait mauvaise. Comme beaucoup de choses, se dit la Serdaigle.

Elle se mit rapidement en tête de s'essayer à quelques sorts. Rien de bien dangereux. Il y avait par exemple un sort qui permettait de former un bouclier deux fois plus efficace que le protego si on versait sept gouttes de sang. Le chiffre 7 ou ses multiples revenaient dans quasiment tous les sorts ou rituels. C'était le chiffre de la magie après tout. Il était aussi possible de rendre le sort plus puissant en faisant un sacrifice -animal ou humain- ce qu'elle ne le voulait pas.

Mais elle ne pouvait pas s'entraîner à la magie noire à la vue de tous. Sa mère était fermement contre ces pratiques ce qui démontrait une étroitesse d'esprit qui n'étonnait pas la rousse. La maître des potions était tolérante comparé à d'autres sorciers de Sang-Pur. Cependant, elle restait inflexible sur nombre de sujet et Mary ne pouvait s'empêcher de trouver cela stupide. Rester dans le cadre établit du « bien » et du « mal » c'était s'aveugler volontairement. Il était hors de question qu'elle-même laisse les conventions la brider. Cela dit, elle ne voulait pas s'attirer d'ennuis. Alors, elle se mit en quête d'un endroit reculé pour pratiquer. Malgré sa discrétion, elle se fit attraper en train de fouiner par Cameron qui la surveillait de près depuis qu'elle avait été libérée de sa possession -c'était à la fois touchant et sacrément agaçant. Elle lui raconta qu'elle explorait le Manoir à la recherche de pièces magiques à l'instar de la Salle sur Demande de Poudlard. Elle savait qu'il n'y en avait pas : l'endroit était trop récent et sans doute n'avait-il jamais été habité par des sorciers tels que les Fondateurs qui détenaient des savoirs et des pouvoirs qu'on ne retrouvaient plus au cours des derniers siècles. Mais son frère se laissa convaincre, niais qu'il était, et partit explorer de son côté avec comme objectif de trouver avant elle.

Elle finit par trouver son bonheur au sous sol, bien qu'elle se soit fait peur en entrant par hasard dans le caveau où reposait le corps de Dumbledore sous un puissant sort de stase. Elle n'avait pu s'empêcher de scruter les runes inscrites en admirant le travail, mais la présence du cadavre la mettait suffisamment mal à l'aise pour qu'elle ne s'attarde pas. Elle élit domicile dans un caveau similaire, mais vide et apprécia le système de verrouillage qui se trouvait à l'arrière de la porte. Même si elle préféra ne pas se demander pourquoi on avait besoin de verrouiller de l'intérieur un caveau… Si elle jetait un sort d'impassibilité, elle serait tranquille. La pièce possédait une petite fenêtre tout proche du plafond, sans doute parce que l'endroit était semi enterré. Il y avait peu de risque que quelqu'un ne regarde par là, et de toute façon, elle ne laisserait pas trace de ses essais : personne ne se douterait de quoi que ce soit à moins qu'elle soit prise en flagrant délit. Ou qu'elle ait un accident de magie noire, ce qu'elle préfèrerait éviter vu les illustrations horribles qu'il y avait dans certains livres.

Elle commença par travailler la prononciation, comme le professeur Flitwick le leur faisait toujours faire en classe, puis le geste de baguette. Les deux n'étaient pas compliqués. Il ne faudrait juste pas qu'elle se trompe de formule entre le « Protego » en magie classique et le « Protegere » de la magie noire. Le plus difficile c'était cependant de se prélever du sang. Elle finit par utiliser sa baguette pour se piquer le bout des doigts mais après une dizaine d'essais plutôt infructueux, elle dû s'arrêter. Heureusement, ce genre de petite blessure cicatrisaient très vite chez les sorciers. Il lui fallut quelques jours avant de finalement arriver à bien agencer le sacrifice, le sort et le mouvement de baguette. La Magie Noire demandait une séquence très précise des actions.

Le bouclier n'était pas doré mais rougeoyant et quand elle le toucha du bout du doigt une petite onde se propagea. Il avait une texture plus élastique que celle du protego classique ce qui expliquait sans doute son efficacité plus grande face à la pression d'un sort. Elle se concentra pour essayer de sentir la pression du bouclier sur sa magie. Avec les sorts ordinaires, on pouvait s'en rendre compte si on y faisait attention, mais là rien. Était-ce parce que la magie noire puisait dans la magie résiduelle présente dans le sang qu'elle avait sacrifié ? Patiente, elle commença à compter les secondes dans sa tête et regarda le bouclier commencer à pâlir, signe qu'il faiblissait avant de s'évaporer. Une minute trente. Pas mal pour une première fois, mais pouvait-elle augmenter cette durée ? Ou cela dépendrait-il de la magie présente dans son sang ? Il fallait qu'elle fasse de plus amples recherches.

En parallèle, elle s'entraîna aussi à la magie blanche, notamment à la métamorphose. Elle était aussi douée en sortilège et en défense contre les forces du mal, mais la métamorphose était le plus passionnant. Travailler sur les changements de forme, de nature et de structure des choses était immensément plus complexe et se basait sur des théories issues de la physique et non seulement sur la magie. William partageait aussi son enthousiasme, mais Mary avait l'impression d'avoir un avantage depuis sa transformation en animagus. C'était comme si en achevant ce procédé, elle avait débloqué une compréhension jusque là inaccessible. Ce qui avait pu lui sembler complexe auparavant lui venait facilement sans qu'elle ne sache l'expliquer. Son ami lui demanda si elle voulait bien l'aider à devenir animagus lui aussi, mais la complexité du procédé et surtout le fait que les ingrédients de potion et le laboratoire soient sous la surveillance de sa mère rendait le tout plus compliqué qu'à Poudlard. Il fut déçu, mais comprit que ce n'était pas le bon moment. Il débuta toutefois les méditations pour tenter de prendre contact avec son animal totem et se plongea dans l'occlumancie.

Ils étaient d'ailleurs au milieu d'une séance de méditation près du ruisseau se trouvant au bord de la propriété quand un évènement inquiétant survînt. Mary savait que les protections entouraient le Manoir pour les protéger et c'était d'ailleurs pour ça que sa famille n'était pas retournée au Phare après l'attaque de Poudlard. Pourtant, lorsqu'elle vit l'air vaciller près du ruisseau avant que le monde ne vire au rouge sang comme si on venait d'allumer une ampoule colorée à la place du soleil il lui fallut un moment pour comprendre.

Une attaque !

Se levant d'un bond, elle courut vers l'intérieur du Manoir. William la suivit, mais avec sa jambe et sa canne, il ne pouvait pas la suivre. Elle croisa Andreas, baguette à la main, suivit de Lavrenti. Ils avaient tous les deux l'air de vouloir en découdre. Elle se faufila entre eux pour gravir les escaliers menant au bureau de sa mère.

- Maman ! s'exclama t-elle en entrant à la volée.

Elle se stoppa net en voyant la sorcière roulée en boule, tremblante et semblant au bord de l'évanouissement. Que lui arrivait-il ? se demanda la rousse, paniquée. La Maître des Potions se redressa en position assise, ce qui sembla lui demander un effort colossale, avant de lui ordonner d'utiliser sa forme d'animagus pour faire le tour des protections. Sous sa forme de puma, personne ne pouvait égaler sa vitesse ou sa discrétion. Elle hésita encore quelques instants, mais devant le regard insistant de sa mère et sachant qu'elle n'était pas seule, Mary finit par s'exécuter consciente de l'importance de la tâche.

Elle fut à nouveau hors du Manoir en quelques secondes et le monde vira à nouveau au rouge. L'onde de choc née de la collision de l'attaque avec les barrières lui hérissa le poil. Flairant la piste d'Andreas et Lavrenti, elle partit dans le sens inverse. Ils se rejoignirent à la moitié du chemin et elle ne réussit pas à retenir un feulement réflexe quand son instinct lui cria qu'il y avait danger. Redevenant humaine, elle put reprendre le contrôle d'elle-même et le lycanthrope ne fit aucune remarque.

- Il n'y a rien, dit-elle. Et de votre côté ?

- Non plus, répondit le plus jeune des deux.

- Alors qu'est ce qui a bien pu nous attaquer ?

Puisqu'ils n'avaient aucune réponse, ils rebroussèrent chemin et tombèrent sur Alastor Maugrey dans le hall, sa mâchoire contractée le faisant ressembler à un bouledogue sur le point de mordre.

- Tabou ! cria t-il dès qu'il les vit.

Il s'adressait surtout à Andreas, et sans doute avec raison, parce que ni Mary, ni Lavrenti ne comprirent de quoi il s'agissait. Le russe hocha la tête. Tera, une des elfes de maison de sa mère, apparut à côté de l'ex-auror.

- La Maîtresse est dans ses quartiers. Elle doit manger et dormir. Si le mot Tabou est à nouveau prononcé, elle mourra.

La constatation faisait froid dans le dos et Mary n'arriva pas savoir si l'elfe était angoissée ou réprobatrice. Mais ses paroles permirent à la rousse de mieux appréhender le Tabou.

- Quel est le mot Tabou ? demanda t-elle pour ne pas faire d'impair.

- Le nom de Tu-Sais-Qui, cracha Maugrey.

- Tera et Gin vont aller avertir les habitants du Manoir ainsi que Madame Amelia Bones sur ordre de la Maîtresse. La Maîtresse a ordonné que ses elfes se mettent à la disposition de Monsieur Alastor Maugrey.

- Allez aussi voir Remus et les habitants de Square Grimmaurd.

Impuissante et inutile, Mary regardant Alastor Maugrey et Andreas Negresco s'organiser. Ils étaient après tout les lieutenants de sa mère. Andreas partit visiter les lieux sous Fidelitas dont il connaissait l'adresse et Alastor entreprit d'user de son œil magique pour vérifier l'état des boucliers tout en y ajoutant de nouveaux juste au cas où.

Les quatre adolescents restant, Lavrenti car il n'était pas dans le secret des Fidelitas, William, Cameron et Mary parce qu'ils n'étaient pas capable de transplaner, se trouvèrent assignés à des patrouilles. Rien de très dangereux, mais cela les maintenaient occupés et c'était sans doute ce que voulait le vieil auror. Vu le regard qu'avait eu Cameron il aurait pu faire des bêtises s'il avait simplement été mis de côté.

Il ne se passa pas grand-chose au cours de l'après-midi. Puis, finalement, des gens commencèrent à affluer. La petite armée d'Alastor arriva du Centre pour les aider à sécuriser le Manoir, puis se fut le tour des blessés.

Amelia Bones, claudiquant et un coquard de la taille d'un œil d'autruche en train de pousser sur la moitié de son visage. Remus fut transplané par les elfes directement sur un des canapés du rez-de-chaussée, inconscient. Ted Tonks arriva de la même manière, l'air d'être passé sous un train mais encore vif. Il ne dit rien sur sa femme et sa fille. Mais elles n'arrivèrent pas.

La nuit tomba et Mary fut chargée de surveiller l'entrée sous sa forme de puma puisqu'elle avait une meilleure vision que qui que ce soit d'autre. Cameron se posta près d'elle, silencieux, mais se dandinant d'un pied sur l'autre, incapable de rester immobile mais ne souhaitant pas la laisser seule. Quand elle entendit la voix de sa mère, elle reprit forme humaine pour rejoindre le petit conseil de guerre qui se tenait dans le salon où les soins se déroulaient. Remus s'était réveillé, au plus grand soulagement de Mary. Les Londubas étaient venus, indemnes, ainsi que les Weasley. Elle se sentit rougir en jetant un coup d'œil à Charlie, mais il ne le regarda pas. Elle n'arrivait pas à savoir si elle était terriblement déçue ou terriblement soulagée.

Il y eu débat sur ce qu'il convenait de faire maintenant que l'autre con -surnom affectueux et terriblement approprié que sa mère avait attribué à Voldemort maintenant qu'on ne pouvait plus prononcer son nom –avait failli les exterminer en une journée. Sa mère voulait leur tendre une embuscade, profitant du fait que le Tabou leur permettrait de faire venir à eux les partisans de Voldemort et de les attraper. Ou plutôt les tuer. Mary se sentit pâlir quand elle comprit que sa mère comptait tuer tous ceux qui tomberaient dans le piège. Elle ne fut pas la seule à désapprouver.

L'apparition du phénix de Dumbledore -au plus grand mécontentement de sa mère- régla l'affaire sans doute plus efficacement que la sorcière n'aurait pu le faire. Tout le monde sembla s'accorder que c'était un signe de la volonté du sorcier décédé. Si certains refusèrent de participer au plan de sa mère, d'autres acceptèrent et trois groupes d'attaque se constituèrent, menés respectivement par la maître des potions, Andreas et Alastor.

- Que penses-tu de ce qu'ils vont faire demain ? demanda t-elle à William.

Les deux Serdaigles étaient blottis avec des livres dans un coin de la bibliothèque. Le garçon fit tourner sa canne entre ses mains, songeur, avant de grimacer.

- Aussi amorale que ça puisse sembler… Je crois que je suis d'accord avec ta mère. Son raisonnement à propos des prisonniers se tient. Et…

- Et ?

- Et je voudrais que tous ceux qui ont attaqué Poudlard meurent, chuchota le garçon.

Le cœur de Mary se serra. Elle avait échappé à l'enfer qu'avait été l'attaque. Lâchement, elle s'était sauvée et protégée. Mais William et les autres avaient vécus des choses terribles qui avaient changé à jamais leur manière de voir le monde.

Elle pensait comprendre pourquoi il avait cet avis. Elle pouvait même voir, d'un certains côté, un avantage à tuer tous leurs adversaires. Mais tuer ne ferait qu'engendrer plus de problème. Si la guerre finissait un jour, comment les familles des partisans de Voldemort réagiraient-elles ? Pire encore, comment réagiraient les familles dont les membres s'étaient soumis à Voldemort non pas par fanatisme mais pour leur sauver la vie ? Sans doute de la même manière que toutes les familles qui avaient eu un membre tué par les Mangemorts. Comment faire la paix dans ce cas là ? Tuer résoudrait peut-être un problème pendant la guerre, mais ça en engendrerait d'autres à plus long terme. Alors oui, elle pouvait comprendre mais elle ne cautionnait pas.

Si elle avait eu une solution miracle qui lui permettrait d'emprisonner de manière sûre les Mangemorts, elle se serait manifestée, mais n'ayant rien à proposer elle se tût. La seule manière qu'elle avait de stopper rapidement la guerre et de limiter les morts c'était que Voldemort meurt. Et c'était loin d'être gagné…


A suivre... J'espérai finir cette fic pour fin d'année, mais cet objectif ne semble plus atteignable. Mais j'irais jusqu'au bout !