Cette fic est écrite dans le cadre de la 141ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Jérémiade". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !

Note de l'autrice : Ce texte est une idée qui me trottait dans la tête depuis des années, sous forme de fic longue. Le thème des Nuits du FoF m'y a fait repenser et j'ai admis le fait que me lancer dans une fic aussi longue n'était pas à l'ordre du jour. Du coup je l'ai écrit en une heure et sorti sous le format X*100 mots. Comme le nom l'indique, tous les paragraphes ci-dessous font donc 100 mots tout rond (sauf le dernier qui en fait 200). J'espère que ça vous plaira !


Je m'appelle Rose. Rose Snow. Vous savez, la petite-fille du président. L'enfant prodige que le Capitole entier connaissait à force d'apparaître à ses côtés. J'étais un symbole. Je le suis toujours. Mon grand-père est mort, les rebelles ont gagné, et ils nous imposent une ultime édition des Hunger Games, avec les enfants de nos dirigeants. Pas de tirage au sort, juste une descente de pacificateurs chez les descendants des plus grandes familles. J'ai entendu des pleurs, des jérémiades, chez les autres familles. Moi, je ne suis pas comme eux. Je les attendais, et je les ai suivis la tête haute.

Je m'appelle Rose Snow et je suis officiellement l'une des vingt-quatre tributs de cette ultime édition. Contrairement aux tributs des districts, je connais tous ceux que je vais devoir affronter. Nous étions l'élite, un clan de grandes familles dirigeantes amies et soudées. Autour de moi, ils sont tous en train de pleurer, dans un concert de pleurs et de jérémiades. Que c'est inhumain, qu'ils n'ont rien fait, qu'ils sont innocents, qu'ils ne veulent pas se battre, qu'ils ne veulent pas mourir. Moi, je ne suis pas comme eux. Moi, j'ai décidé de me battre, de les tuer. Et de survivre.

Je m'appelle Rose Snow et je croyais que je serai seule au milieu de cette bande de pleurnichards. Mais il y a Hunter. Hunter Crane, le seul que je ne connaissais que de nom. Un membre éloigné de la famille Crane qui ont été Hauts Juges des Jeux de père en fils pendant des générations. Cela faisait longtemps que l'on avait pas entendu parler de cette branche de sa famille. Beaucoup les disaient morts. Mais Hunter, ce grand blond costaud de 18 ans, le seul qui ne se complaît pas dans des jérémiades pitoyables, est bien vivant – enfin pour l'instant.

Je m'appelle Rose Snow et j'ai été la nouvelle geai moqueur. Celle qui fait sensation pendant la parade des tributs, celle qui attire tous les regards du public et des juges. Ils me connaissaient tous, bien sûr, je suis toujours le symbole de la présidence de grand-père. Mais aujourd'hui, ils m'ont découverte, moi. Sans mon grand-père à côté, juste moi, mon allure fière, mon maquillage impeccable, ma tenue sensationnelle. Et ma détermination. Pendant que les autres tentaient de saluer le public sans fondre en larmes, moi j'étais là, fière, sûre de moi, déterminée à en découdre. Déterminée à m'en sortir.

Je m'appelle Rose Snow et j'ai décidé que Hunter était la seule personne fréquentable de cette bande de pleurnichards. Le seul pour qui enchaîner les jérémiades n'est pas une option. Je crois qu'il m'aime bien. Il m'a dit qu'il était là pour gagner, mais que par fidélité envers le clan de mon grand-père, si ce n'était pas lui qui gagnait, il aimerait que ce soit moi. Je crois que c'est réciproque. J'ai suffisamment regardé les Jeux pour connaître le danger de faire des alliances. Mais Hunter est le seul dangereux. Être alliée avec lui, c'est finir dans le top 2.

Je m'appelle Rose Snow et je m'entraîne sans relâche avec Hunter. Il m'apprend à tenir une épée, à tirer à l'arc. Je lui apprends ce que j'ai retenu des éditions précédentes, les baies comestibles et toxiques, les pièges qui ont permis à Katniss de se nourrir, la façon dont Annie a pu survivre dans une mer déchaînée. On forme une bonne équipe. Il me répète souvent que je suis un symbole, que ma survie sera la plus belle des claques pour les rebelles. J'ai envie de le croire. Mais je sais qu'il compte gagner. Donc, qu'il compte finalement me tuer.

Je m'appelle Rose Snow et je fais sensation devant tout Panem. La seule qui obtient un 10 aux tests devant les juges, la seule resplendissante lors de l'interview d'avant les Jeux. L'avantage de la bande de pleurnichards est que le public était lassé de leurs jérémiades. Ils ont d'autant plus apprécié mon assurance, ma ruse, la démonstration de force de Hunter. Nous sommes définitivement les deux que tout Panem va vouloir voir gagner. Deux alliés qui allons éliminer en à peine une journée le reste des gosses terrorisés. Ce sera facile. Il ne me restera plus qu'à me débarrasser d'Hunter.

Je m'appelle Rose Snow et je m'enfonce dans le tube d'accès à l'arène. Cette fois, on y est. Plus de retour arrière possible, plus le temps de pleurer même si j'en avais eu l'envie. Dans quelques minutes, ce sera un bain de sang, Hunter et moi contre vingt-deux tributs qui, s'ils ont daigné arrêter de pleurnicher, comprendront que c'est par nous qu'il faut commencer. Ca ne me fait pas peur. Nous avons un plan. Courir jusqu'aux armes, nous regrouper, nous défendre. Attaquer. Dans quelques minutes, la moitié des tributs seront morts – et l'un de nous en route vers la victoire.

Je m'appelle Rose Snow et la lumière m'éblouit quand le sas s'immobilise dans l'arène. Une prairie. Puis une forêt. Puis une jungle. Plus loin, une banquise. Et cela à l'infini. C'était prévisible. 75 zones dans l'arène, 75 rappels de pourquoi nous sommes là, 75 versions miniatures des arènes dans lesquelles nous avons tué leurs enfants. Je m'occuperai des zones plus tard. La corne d'abondance est droit devant, avec toutes les armes. Nos armes. Hunter est face à moi. Le compte à rebours commence et, au coup d'envoi, nous nous élançons. Cette fois, les dés sont jetés. Plus le temps d'hésiter.

Je m'appelle Rose Snow et je suis en route vers la victoire. Notre plan a fonctionné, au-delà de toutes nos espérances. J'ai atteint une épée au moment où un autre tribut s'emparait d'un arc pour en finir avec moi. Hunter a été plus rapide et sa tête a roulé avant qu'il n'ait encoché une flèche. Nous sommes restés ensemble, groupés, et nous avons décimé neuf tributs en cinq minutes. Probablement un record dans l'histoire des Jeux. Maintenant, la partie commence vraiment. Manger, boire. Chasser les tributs restants. Survivre. Et réfléchir à la façon dont me débarrasser d'Hunter le moment venu.

Je m'appelle Rose Snow et je vais y arriver. Je vais devenir ce symbole, la plus belle insulte que quiconque pouvait faire aux rebelles. Je suis la petite-fille du président renversé, ils ont organisé ces Jeux pour me voir mourir, moi, et c'est moi qui vais revenir victorieuse. Il ne reste que sept tributs dans l'arène. Toutes les nuits, Hunter et moi nous mettons en chasse, nous en trouvons, nous les tuons. Et nous chassons. Des animaux, des plantes, de quoi nous nourrir. Des lapins, des racines, des oiseaux. Et des baies de sureau mortel pour le dernier repas d'Hunter.

Je m'appelle Rose Snow et je viens de tuer l'un des quatre tributs survivants. Un dernier, puis Hunter, puis ma victoire. Le calcul est simple. Le dernier est une demi-portion qui a dû survivre en se cachant. Une fois débusqué, il ne posera pas de soucis. Hunter a dû arriver à la même conclusion et donc, je ne prends pas le risque de rentrer au camp – trop dangereux. Tant pis pour le plan des baies, je dois partir, me cacher, et le tuer quand il sera lui-même en chasse. Nous ne sommes plus que trois, et les Jeux commencent vraiment.

Je m'appelle Rose Snow et, pour la première fois des Jeux, j'ai peur. Le canon a annoncé que la demi-portion a été tuée par Hunter. Nous ne sommes plus que deux, mais le combat semble déloyal. Je suis plus petite, j'aurais dû pouvoir me cacher, dans un arbre, dans un buisson, quelque part où je l'aurais pris par surprise. Mais il me trouve. Sans hésiter, il fonce vers mon arbre, vers mon buisson, et je comprends juste à temps pour m'enfuir. Et le scénario recommence. Je ne suis plus une chasseuse, plus une future vainqueure. Je suis juste une proie.

Je m'appelle Rose Snow et je ne comprends plus. Peu importe comment fait Hunter, il sait où je suis, il sait où me trouver. Tant pis. Qu'il me trouve. Quitte à ne pas pouvoir me cacher, j'ai couru vers la corne d'abondance pour rafler les dernières armes. Une armure dissimulée sous mes vêtements amples. Une épée plus petite mais plus maniable, un arc aussi, au cas où. Je suis prête. Je l'attends. Si je ne peux pas me cacher, alors qu'il me trouve et qu'on en finisse. Mais, pour la première fois des Jeux, j'aurais presque envie de pleurer d'abord.

Je m'appelle Rose Snow et le garçon que je vais affronter dans un combat à mort se rue sur moi. Avec une épée. C'est parfait. Mes vêtements masquent l'armure fine, il va vouloir donner un coup, être surpris par la résistance, et ne pas s'attendre à ma contre-attaque. Il s'élance. Lève son épée. Son bras change de trajectoire au dernier moment et le plat de la lame me contourne et me frappe violemment dans la nuque. Pas le temps de le voir venir. Je tombe sur le sol, assommée, désorientée. Mais, dans mon dernier regard vers lui, j'aperçois une oreillette.

Je m'appelais Rose. Rose Snow. Vous savez ? La petite-fille du président. Celle pour qui la dernière édition des Hunger Games a été décidée, celle qu'ils voulaient voir morte par-dessus tout. Autour de moi, tous les autres se complaignaient en jérémiades. Moi, je n'étais pas comme eux. Moi, je voulais croire à mes chances de victoire, à un combat loyal, à ce garçon sorti de nulle part. Pourquoi je ne me suis pas demandé d'où venaient sa musculature militaire, ses connaissances, son intérêt pour moi ? Comment ai-je pu sincèrement penser à cette histoire de famille oubliée, refuser d'envisager cette probabilité, tellement évidente quand on y réfléchit. Je pensais être un symbole, celui de la présidence de mon grand-père. Mais je n'étais pas plus importante que les autres. N'importe quel survivant de cette arène aurait été une claque pour les rebelles, un symbole de notre résistance face à l'oppression. Insérer au milieu de nous un jeune du district 13 surentraîné a dû être tellement facile à envisager pour eux. Autour de moi, tous les autres pleuraient, se complaignaient en jérémiades. Moi, je n'étais pas comme eux. Moi, j'ai été suffisamment stupide pour croire qu'ils laisseraient un seul de nous survivre.


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