Quand je divague trop, je préfère écrire. Ce qui, par conséquent, me fait accumuler plusieurs centaines de parchemins un peu partout chez moi et dans mon bureau. Il faudrait que je trouve une solution à ce problème. Si un jour quelqu'un tombe là dessus, ce serait assez embarrassant.
J'écris pour me vider l'esprit. Étonnement je trouve cela beaucoup plus efficace qu'une pensine. Cela permet de mettre les choses à plat. Parfois, cela nous pousse à voir les choses en face. Il m'est arrivé plusieurs fois de trouver des réponses en posant mes mots. Écrire les faits, les énumérer, les mettre bout à bout, tout cela contribue à élucider notre vie et nos maux.
L'écriture, aussi, m'as aidé quand j'ai perdu Lily. Elle m'a soutenue quand je n'avais plus rien. C'est aussi l'écriture qui m'as montré qu'en fait … je n'avais jamais rien eu dans la vie. L'amour ? De mes parents, non. De mes professeurs, non. De mes camarades, non. De Lily, non.
C'est l'écriture qui m'a fait réaliser pourquoi je m'étais tourné vers les forces du mal. En effet, je ne suis pas pardonnable pour cette action. En revanche, oui, il y a bien des explications derrière cela. J'ai mis des années à me demander pourquoi j'avais fait cela. Pourquoi je m'étais entouré de ces personnes aux mentalités aussi instables, aussi malsaines. Et puis finalement je me suis demandé : qu'est-ce que cherche un enfant de 11 ans, 15 ans ? Il est à la recherche de repères. Il est à la recherche de modèle. Il a besoin de quelqu'un, quelque chose pour se raccrocher.
À la maison, mon père alcoolique me battait. Ma mère subissait les humeurs de mon père. Elle ne s'interposait jamais entre ce cher Tobias et moi. Je ne lui en ai pas tenu rigueur, mais avec le temps, j'ai compris que cela avait vigoureusement joué sur mon appréhension du monde. Elle avait raison de se préserver des coups de cet ivrogne, mais ne méritais-je pas qu'un adulte me protège ? Ne méritais-je donc aucune prise de risque ? De toute évidence, mon berceau familial n'était pas ce qu'on pouvait appeler un parangon. À l'école alors ? Je me situais parfaitement entre deux camps. Celui des fiers Serpentard, enfants de fidèles d'un Seigneur des Ténèbres en pleine ascension et celui des aventureux et majestueux Gryffondor. Pourquoi entre ces deux camps précis et pas les Serdaigle et les Poufsouffle ? Parce que j'avais été réparti à Serpentard et que ma meilleure amie avait été répartie à Gryffondor.
Les premières années, je restais sur ce fil tendu. Je me contentais d'appartenir à la maison Serpentard en leur rapportant quelques points grâces à mes compétences en potions et je continuais de côtoyer Lily. Elle était cette seule personne à qui je pouvais me raccrocher. Une jeune fille au grand coeur, brillante, qui partageait ses heures de bibliothèque à mes côtés. Elle ne portait pas encore trop d'attention au groupe qui se faisait appeler les Maraudeurs. Et pourtant … je les voyait rôder autour de mon amie. Lily s'est liée d'amitié avec quelques jeunes filles de Gryffondor, elles-mêmes amies des Maraudeurs. Et ma place dans la vie de Lily a commencé à s'effacer.
Du côté des Serpentard, on se moquait de moi. J'étais moqué pour la nature de mon sang, principalement. Je ne comprenais pas cette manie de mettre le Sang purement sorcier sur un pied d'estale. Et puis j'ai rencontré un certain Mulciber, et un certain Malfoy qui m'ont expliqués leur vision des choses et qui m'ont laissés entrevoir une illusion. Une illusion dans laquelle je n'étais plus seul. Une illusion dans laquelle je faisais parti d'un groupe. Je n'avais cure de ces histoires de pureté du sang. Par ailleurs, je me sentais un peu escroc, moi qui était de père moldu parmi tous ces jeunes nobles, descendants de vieilles familles.
Je ne suis pas pardonnable. Je ne le serais jamais. Mais le fait est que quand on est jeune, on assimile les choses plus rapidement. Et là où je me fichais du discours de Malfoy me vantant les mérites de rejoindre les armées du Seigneur des Ténèbres, j'ai fini par absorber ses mots. Je me suis naïvement laissé convaincre au fur et à mesure que je voyais Lily s'éloigner de moi. La haine cumulée à la sensation de vide s'est enchevêtrée en moi pour créer finalement ce que je suis devenu. Un jeune homme agressif, perpétuellement sur les nerfs et sur la défensive. C'est de cette manière que j'ai fini par insulter ma meilleure amie et la voir à jamais s'éloigner de moi pour rejoindre le groupe des Maraudeurs.
Je ne suis pas pardonnable, et toutes ces mauvaises décisions sont nées d'un jeune homme à la recherche d'une figure, d'un soutien. Tous ces mauvais choix ont menés ce jeune homme à sombrer toujours plus, jusqu'à ce qu'il finisse au fond du trou. Aujourd'hui, le jeune homme a disparu. Il a laissé place à un homme noyant sa peine dans le sarcasme. Faisant semblant de se donner de l'importance et une quelconque prestance devant ses élèves, alors que finalement il n'a pas la moindre considération pour lui-même.
Il n'espère plus être sauvé.
Il se contente de mener à bien la mission que son employeur lui a donné. En mémoire de Lily, cette jeune fille au grand cœur qu'il a laissé partir. Peut être qu'il ira mieux quand ce travail sera achevé. Peut être.
Peut être aussi qu'il faudrait que j'arrête de m'égarer à l'écrit ...
