Disclaimer: Mise à part le temps que j'ai mis à écrire et corriger ce texte, rien n'est à moi.

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Couples: Naruto x Sasuke

Blabla de début de l'auteure:

Ce texte sans prétention m'a été inspiré par la chanson de Lady Gaga, Always Remember Us this Way. Aussi, je suis dans un mood assez étrange ces derniers temps, je me sens déchainer, et la suite de Naruto est décevante, voilà. Sans oublier cette citation, tirer du livre de Sapphô: quelqu'un, plus tard, se souviendra de nous.

N'hésitez pas à laisser une petite review, ça ne prend pas deux minutes à être rédigée et encore moins à être postée. De plus, ça motive les auteurs à continuer de vous faire rêver, donc lâchez-vous.

Et bonne lecture ! Je ferais moins long, la prochaine fois.

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Mon univers tout entier s'était construit autour de toi.

Je voyais le monde à travers tes yeux et je me complaisais dans ton aura vivifiante.

Je te prenais pour un acquis. Une valeur sûre qui ne disparaîtra pas. Une constante à jamais établie dans ma vie.

Tu m'avais montré plus d'une fois que j'avais le droit de te considérer de cette manière. Alors, j'ai fermé les yeux sur ta douleur parce que je me suis dit que comme les autres fois, tu endurerais tout.Tes peurs et surtout, les miennes.

Je me suis voilé la face et j'ai laissé ce secret s'immiscé entre nous. Et puis tu as fait un bruit horrible en t'écroulant au sol. J'ai tenté de me retourner pour te venir en aide, mais c'était trop tard.

Tu étais déjà brisé en mille morceaux.

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Sasuke n'avait jamais eu la larme facile.

C'était un autre trait de caractère qui indubitablement, l'opposait à Naruto. Le blond était une éponge à émotions, d'ailleurs, celles-ci se lisaient aisément sur son visage très ouvert sur les expressions plus abêties les unes que les autres. Or, cela n'avait rien enlevé à son caractère revêche. Les gens étaient souvent comme des machines qui réagissaient d'une manière spécifique à telle ou telle stimulation.Très peu d'entre eux étaient réellement imprévisibles. Naruto en faisait partie.

Et l'Uchiha l'avait toujours secrètement admiré pour être capable d'être aussi expansif sans se sentir complètement ridicule.

Lui n'avait jamais eu le courage de laisser déborder ses sentiments. Ses propres faiblesses l'empêchaient de se dévoiler et de montrer au monde l'étendu des fissures de son âme. Pendant longtemps, il s'était rendu inaccessible en se cachant derrière cette façade froide et rigide afin de se préserver du jugement d'autrui. Cette incapacité à connecter avec ses sentiments et ceux des autres avait constitué un obstacle à la création de lien solide et durable. Il était une personne émotionnellement inaccessible, uniquement capable de construire des murs autour de son cœur pour éviter de se sentir vulnérable.

Il avait toujours choisi la fuite lorsque des émotions trop fortes se manifestaient. Les rejeter et faire comme si elles n'existaient pas était plus facile que de prendre le temps de les comprendre et les accepter.

Faire semblant d'être quelqu'un que l'on n'était pas était éventuellement une condition pour naître dans sa famille.

Alors pleurer n'était pas quelque chose qui venait naturellement chez lui. Il pouvait compter sur les doigts d'une main les fois où il avait senti des larmes coulées le long de ses joues. Bien sûr, il ressentait la douleur, peut-être même plus que la plupart des gens, mais il n'y avait rien qu'il détestait plus que les grandes effusions.

Pourtant, lorsque Sakura ouvrit la bouche pour détruire tout ce qui constituait son monde, il n'eut pas juste envie de pleurer.

Sasuke eut la soudaine impression que le sol se dérobait sous lui. Il ressentit des décharges électriques et des sensations alternées d'élancement et des picotements dans les moindres recoins de son corps.

Et il n'avait aucune idée de comment nommer ce qui se passait en lui.

Il ignorait ce qui lui faisait le plus mal.

Que Naruto lui ait caché la vérité ou alors l'apprendre de la bouche de Sakura.

N'était-ce pas la preuve qu'il ne sera jamais réellement de retour ?

Des mois qu'il tentait de renouer avec un monde dont il ne se sentait lié que par de lointains souvenirs.Cette réinsertion sociale n'était pas une étape à négliger, il n'en dis convenait pas, c'était d'ailleurs l'une des nombreuses contraintes que lui avait imposées le Sixième afin qu'il puisse reprendre les missions.Il devait refaire partie du village. Il devait se faire accepter par les habitants. Et Sasuke avait naïvement cru qu'avoir l'appui du héros du village faciliterait cette réadaptation et effacerait toutes ces années où il avait disparu.

Une fois de plus, Naruto avait réussi à le convaincre. Son enthousiasme à toute épreuve avait presque fait disparaître son cynisme, il avait oublié que jamais il ne rattraperait ce temps qu'il avait gaspillé en choisissant de leur tourner le dos.

Après tout, tout était de sa faute. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même.

C'était lui qui était parti.

Lui qui avait préféré la vengeance.

Pendant ce temps Naruto et Sakura, s'étaient rapprochés, l'évidence même dans pareille situation, ses deux coéquipiers avaient dû faire bloc ensemble pour parvenir à supporter cette insuffisance dans leur quotidien. Mais entre le savoir et être confronté au gouffre qui le séparait à présent d'eux, il y avait un univers.

Puis aujourd'hui, son ancienne coéquipière qui se dressait devant lui, l'empêchant très clairement de faire un pas de plus, le renvoyait indubitablement des années en arrière.

- Je ne peux pas te laisser entrer, déclara Sakura poster comme un chien de garde devant la porte de la chambre d'hôpital.

Sasuke fronça les sourcils, s'appliquant à renfiler l'aura meurtrière qui le caractérisait. L'époque où la jeune femme aurait vendu père et mère pour des miettes d'attention de sa part lui parut encore bien plus lointaine.

-Tu te fiches de moi ? grogna-t-il.

Au-delà de la colère, c'était cette angoisse sourde grondant en lui qui faillit lui donner envie de l'envoyer valser à l'autre bout du couloir pour ensuite défoncer la porte et exiger des explications. Seulement, il se retint, son regard hostile n'avait pas fait baisser les yeux verts. Cela signifiait qu'elle était prête à se battre s'il le fallait. Il préférait encore éviter un tel extrême pour le moment. S'enquérir de l'état de Naruto était plus important que se bagarrer avec Sakura, dans l'immédiat.

- Pousse-toi de mon chemin, dit-il avec tout le sang-froid qu'il lui restait.

De quel droit l'empêchait-elle de le voir ?

Il était son compagnon d'armes, au même titre qu'elle. Il avait autant le droit de savoir comment il allait.

-Je suis désolée, Sasuke. Mais il a dit qu'il ne voulait pas te voir et de ne surtout pas te laisser entrer.

Sasuke encaissa la nouvelle avec un stoïcisme apparent, comme à son habitude.

En vérité, la douleur lui coupa presque le souffle tellement elle fût soudaine et grande.

Il ne voulut pas y croire.

Non, Naruto ne pouvait pas faire une chose pareille.

Pas à lui.

Et il ne sut pas combien de temps ils restèrent là tous les deux à se regarder en chiens de faïence. Mais le jeune homme avait déjà pris sa décision. Si quelqu'un tentait de le forcer à quitter cet hôpital sans qu'il n'ait eu le temps de voir la tête blonde de l'idiot qui lui servait de meilleur ami, il devrait s'y prendre avec un démon à queue. En l'occurrence, le plus proche qu'il connaissait se trouvait derrière cette porte, dans les confins de l'esprit de l'idiot en question.

Soudain, la porte s'entrouvrit et Sakura dut s'écarter pour laisser sortir Yamato. Sasuke, toujours aux aguets, y vit là une occasion qui ne se représenterait plus. La medecin-nin leva la main, sans doute dans l'optique de le retenir par la manche, mais le regard qu'il lui lança la dissuada de le toucher au moins pour les vingt prochaines années. Il devait voir Naruto. Il allait le voir. Même si pour ça, il faudra qu'il passe à tabac chaque personne qui se mettra en travers de sa route.

Et lorsqu'il fit interruption dans la chambre, le temps parut s'arrêter. En premier lieu, l'odeur difficilement supportable d'antiseptique, de désinfectant, couplé à l'air conditionné lui agressa le nez. La chambre était moyenne, dans les tons fades et surtout, les rideaux étaient tirés, ne laissant filtrer qu'un minuscule rai de lumière qui ne parvenait même pas au milieu de la pièce.

Naruto était allongé sur le lit, raide comme un piquet. Seuls ses yeux, ouverts dans le vide, et sa respiration calme le rassurèrent sur le fait qu'il était toujours en vie.

Kakashi et Tsunade étaient là, debout les bras croisés comme des fossoyeurs devant un tombeau. Il vit même Sai assit dans un coin de la pièce, à éplucher calmement des pommes dans un petit bol, comme si de rien était. Il ne prit même pas la peine de lever les yeux vers Sasuke, qui savait parfaitement que son entrée n'avait pu qu'être remarquée. Et l'horreur lui éclaboussa le visage.

Alors c'était vrai.

Naruto voulait vraiment le tenir à l'écart et ne pas l'inclure dans une période aussi difficile de sa vie.

L'Uchiha peina à renflouer le goût amer de la trahison sur sa langue. Il se sentit plus rejeté qu'il ne l'avait jamais été auparavant.

Naruto était en train de péniblement se redresser dans son couchage. Sasuke constata avec animosité la lenteur de ses gestes, chaque inspiration paraissait laborieuse. Mais qu'est-ce que c'était que ça ? D'où sortait cette atmosphère lugubre, et ses mines graves sur le visage de tout le monde comme s'ils étaient tous en train de contempler un cadavre en décomposition. Où était passée la joie, la bonne humeur et la candeur que Naruto apportait par sa simple présence ? Les cris tonitruants qui lui cassaient habituellement les oreilles, l'air rayonnant du blond qui lui brûlait les rétines à trop l'éblouir de naïveté et de franchise. Pourquoi le paradis aux yeux bleus était-il allongé dans ce lit d'hôpital, semblant au bout de sa vie ?

Brusquement, son souffle se bloqua dans sa gorge, Naruto venait de tourner les yeux vers lui et il se surprit à réprimer un mouvement de recul. La gravité de la situation lui comprimait douloureusement la poitrine. Sasuke eut tout d'un coup un mal fou à respirer. Ce n'était pas le petit rhum ou la petite fatigue passagère que Naruto avait prétexté ces derniers mois. Il avait plutôt l'air exténué et vieillit de plusieurs années.

- Pourquoi ? demanda-t-il soudainement.

Le blond détourna le regard, comme honteux.

Sasuke se retint d'aller le secouer tel un prunier pour le forcer à lui répondre. Mais il avait l'air si mal en point qu'il aurait pu le briser s'il se laissait aller à la fureur. Mais pourquoi ne lui avoir rien dit ? Il pensait être un privilégié dans la vie de Naruto, sans avoir besoin de faire beaucoup d'effort. Cet idiot surexcité passait son temps à le coller comme un vieux chewing-gum sous une sandale. Impossible de se débarrasser de lui d'habitude, il était plus coriace qu'une MST et résistant qu'un cafard. Alors Sasuke avait pensé que…naturellement… il avait pensé que…Naruto le plaçait au-dessus de tous les autres.

Alors pourquoi lui avoir caché son mal ?

Pourquoi avoir fait semblant d'aller bien pendant tout ce temps ?

- Pourquoi ? répéta-t-il nettement plus fort.

Sakura essaya de le calmer, mais il ne lui accorda pas un regard. À les voir tous au chevet du blond, il devait se rendre à l'évidence qu'il était le seul qu'on n'avait pas pris la peine de mettre dans la confidence dans son entourage proche.

Cela le blessa plus qu'il ne voulut l'admettre. Il avait l'impression que peu importe les efforts qu'il ferait pour réparer ses erreurs, il sera toujours confronté à de telles situations qu'il lui rappelleraient qu'un jour, il était parti et que leur monde avait continué de tourner sans lui.

Que jamais il ne se fondrait dans leur décor.

Il l'avait compris. Il l'avait accepté.

Mais Naruto…il avait cru qu'avec lui tout était revenu comme avant.Tout avait été si facile entre eux. Ils avaient recommencé à se chamailler, à se chercher et retomber dans cette relation de haine-amour comme les garçons de treize ans qu'ils étaient dix ans plutôt.

Alors pourquoi il ne lui avait rien dit ?

Et surtout, pourquoi lui n'avait rien vu ?

Lui qui avait toujours été le premier à se dresser face aux obstacles. Depuis quand était-il devenu aussi fragile ?

- Je ne veux pas que tu me vois dans cet état, déclara finalement Naruto, d'une voix atone.

Ses yeux bleus croisèrent les siens et Sasuke y vit toute son affliction.

Ce jour-là aussi, il l'avait regardé droit dans les yeux. Naruto regardait toujours tout le monde droit dans les yeux.

Et quand l'Uchiha lui avait demandé s'il allait bien, il lui avait fait un de ses grands sourire qui dévoilait toutes ses dents bien alignées, le sourire de dix kilomètres de long made in Naruto qui ne pouvait que nous rassurer, et même nous convaincre que les licornes existaient et habitaient au coin de la rue.

Sasuke serra les poings. De colère. De peine. Possiblement de honte pour s'être laissé berner par ses faux-semblants.

Car le blond lui avait dit ça va en le regardant droit dans les yeux.

- La pitié dans les regards, la compassion dans les gestes, la douleur et le regret. Je ne veux pas vivre ça avec toi. J'aimerais que tu te souviennes de moi comme ton pote un peu gonflant et pas très malin avec qui tu passais ton temps à te bagarrer. Je ne veux pas que tu aies ce souvenir de moi malade…faible.

Le silence dans la chambre après cette déclaration fut presque religieux. Naruto détestait la faiblesse. Il détestait être faible. Ça ne cadrait tout simplement pas avec l'attitude joyeuse qu'il affichait en toute circonstance, il était censé être celui qui n'avait aucun problème et qui n'était là que pour régler ceux des autres.

C'était sur son épaule que Sakura était venue pleurer après son départ. C'était sur lui que tout le village comptait pour assurer la relève, un jour. Sasuke pouvait aisément le comprendre…or, c'était une raison égoïste qui ne lui ressemblait pas. Il aurait voulu lui faire la remarque.

Mais qui était-il pour lui faire la leçon ?

En avait-il seulement le droit, alors que la sienne, de morale, était fortement douteuse ?

Non, bien sûr que non.

- D'accord.Très bien, s'entendit-il dire.

Le regard peiné que Sakura lui lança lui donna envie de se jeter par la fenêtre.

Mais il se contenta de faire volte-face, presque en automatisme.

Il ne voulait pas le laisser là, il ne voulait pas quitter le paradis aux yeux bleus.

Pourtant il avait été clair, il ne désirait pas sa présence à ses côtés.

Alors Sasuke sortit sans un mot et ferma la porte derrière lui.

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Les jours qui suivirent, l'héritier des Uchiha les passa camper devant la porte.

Naruto avait spécifié qu'il ne souhaitait pas sa présence dans la chambre, soit. Il allait rester là, autant de temps qu'il faudra, jusqu'à ce qu'il accepte de le laisser entrer. Non, jusqu'à ce qu'il lui demande d'entrer.

Sa vie s'était partagée entre son appartement et l'hôpital, quand Kakashi lui confiait des missions, il était bien obligé de quitter son poste de garde, mais lorsqu'il n'en avait pas, il pouvait passer toute la journée en face de cette porte, ne la quittant que quand ses envies naturelles devenaient extrêmement pressantes. Parfois, certains infirmiers lui jetaient des regards baroques, se demandant sans doute ce qu'il faisait là droit comme un poteau à fusiller la porte du regard, néanmoins il les ignorait tous et ne perdait pas son objectif en tête. Naruto était têtu, il l'était tout autant.

Au bout de deux semaines, Sakura lui apporta une chaise pour qu'il ne reste plus debout souvent pendant des heures. À certaines occasions, elle s'asseyait avec lui pour discuter après ses visites quotidiennes à leur ami commun. Ou plutôt, elle parlait et il se contentait d'écouter, hochant parfois la tête.

Ensuite, elle lui faisait un débriefing de l'état de Naruto jour après jour et Sasuke devenaint soudainement un moulin à paroles.

La jeune femme préféra se montrer honnête avec lui. L'heure n'était de toute manière plus à ce qu'ils continuent de se voiler la face sur l'état de leur ami.

Il y avait de bonnes journées, mais elles se faisaient de plus en plus rares et Naruto devenait plus faible à mesure que le temps passait. Les douleurs et les nausées lui pompaient toute son énergie, il tentait de se maintenir en forme, mais son corps ne suivait plus. Son appétit insatiable n'était plus qu'un lointain souvenir, également. Il ne parvenait plus à s'alimenter convenablement, son système étant trop affaiblit pour garder la nourriture.

Elle lui avoua au bord des larmes que les regards perdus que Naruto jetait au plateau repas qu'on lui servait étaient ceux qui lui faisait le plus mal. Ne plus le voir manger lui faisait très peur, dans la conscience collective la vie était liée à l'alimentation. Et l'incapacité de s'alimenter était un signe annonciateur de mort.

De plus, Naruto vivait très mal la situation. Il avait sauté toutes les étapes de la maladie pour passer directement à l'acception. Et à ce stade, ce n'était pas une bonne chose. Prendre conscience de sa mort prochaine commençait à le replier sur lui-même, à le rendre de plus en plus renfermé et muet.

Rien que le fait qu'il refusait toujours de voir Sasuke montrait une perte progressive de l'intérêt pour le monde qu'il connaissait. Naruto commençait à se détacher du monde qu'il l'entourait comme s'il n'y voyait plus aucun attrait à conserver les apparences d'une réalité qui finira par disparaître.

Et même s'il refusait toujours de le reconnaître, Sakura lui confia que son absence lui pesait. Parfois, il pleurait sans s'en rendre véritablement compte en fixant la porte où il savait que Sasuke se tenait derrière. D'autres fois, il se levait pour se rapprocher de l'entrée le plus possible et restait souvent des heures sans bouger ni dire un mot.

À ses révélations, sa culpabilité fut encore plus forte. Il se maudissait de n'avoir rien vu dès le départ. Quel genre d'ami était-il ?

Une fois de plus, il se fourvoyait.

Évidemment qu'il avait remarqué la baisse de régime de Naruto. C'était la personne qu'il passait le plus de temps à observer mais à qui, paradoxalement, accordait le moins de temps. Il avait vu que ses sourires étaient plus rares et plus forcés. Son visage crispé, ses doutes, ses inquiétudes. Mais il avait préféré fermer les yeux et se convaincre que tout allait bien. Égoïstement, il ne voulait pas accepter que Naruto puisse flancher un jour. Pour lui, il était roc qui se dressait devant les obstacles envers et contre tous.

Ça avait été plus facile de faire semblant de ne rien voir que d'accepter la réalité.

Encore maintenant, il refusait de croire que ce qu'ils vivaient tous actuellement était vrai.

Parce que c'était définitivement trop dur d'accepter que Naruto allait mourir.

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- C'est moi qui vais crever ! Si tu penses que t'entendre te lamenter sur mon sort et pleurnicher sur le vide qu'il y aura dans ta vie va m'aider à me sentir mieux alors que c'est MOI qui vais mourir, tu peux déguerpir tout de suite !

Sasuke croisa les bras et ne tarda pas à y enfoncer ses ongles. Même derrière cette porte les hurlements chargés de mépris de Naruto lui parvenaient avec une clarté renversante. Ça arrivait souvent. Quand il ne les ignorait tout simplement pas, le blond était imbuvable avec les gens qui lui rendaient visite. Encore plus avec Sakura sur qui il semblait prendre un plaisir tordu de s'acharner. Si au début l'Uchiha en avait tiré une satisfaction mesquine, rasséréner par la jalousie qu'il éprouvait envers Sakura, parceque elle, il la laissait entrer, Sasuke avait maintenant de la peine pour la jeune femme.

Naruto lui avait déjà hurlé dessus à lui par le passé, et bien des fois, mais s'il le faisait de cette manière, avec ces mots-là, il n'était pas garanti de le supporter. Depuis le couloir, il avait déjà entendu les atrocités qu'il avait balancées au visage de la medecin-nin. Lui jetant des insultes toutes plus fleuries les unes que les autres, ne manquant pas de rappeler sa faiblesse, à quel point elle avait passé sa vie à courir derrière des gens qui n'en avaient jamais eu rien à foutre d'elle, à quel point elle était stupide, inutile, bonne qu'à pleurer sur son sort et incapable d'accomplir quoi que ce soit.

Il était passé par toutes les cases de son existence et l'avait descendu comme si jamais de sa vie, il n'avait éprouvé une quelconque affection pour la jeune femme. La douleur le rendait aigri et nerveux, les traitements le fatiguaient et le moindre moyen de passer ses nerfs sur quelqu'un était bon à saisir.

Sasuke sentait son cœur au bord des lèvres à chaque fois que Naruto devenait cette personne-là. Il avait l'impression de le perdre un peu plus que le temps s'effritait et ça lui faisait mal. Atrocement mal. Il essayait de se rassurer en se disant que ce n'était pas vraiment lui, c'était sa maladie. Naruto n'était pas comme ça.

Ce n'était pas son Naruto.

Mais soudain aujourd'hui, quelque chose de complètement différent se déroula. Sakura, qui habituellement s'enfuyait en larme de la chambre après chaque joute verbale, pour la première fois, décida de lui répondre.

Et sans doute également pour la première fois, Sasuke eut véritablement du respect pour elle. Lui, voilà longtemps qu'il se serait suicidé après avoir tué le blond, car il n'aurait pas accepté qu'il s'adresse à lui avec autant de dédain, malade ou pas. Il loua la patience de sa coéquipière, bien que celle-ci venait d'atteindre ses limites.

- Je t'ai surestimé Naruto, on t'a tous surestimé ! Tu veux que je sois honnête ?Alors je vais l'être. Pour moi, c'est comme si tu étais déjà mort parce que celui que je vois en face de moi, cette personne froide et égoïste qui se console en faisant du mal aux autres, qui se complaît à les rabaisser pour rehausser l'image qu'il a de lui-même… ce n'est pas le Naruto que j'ai connu.

« Alors, oui, c'est dur et oui, je ne comprendrais sans doute jamais ce que tu peux ressentir. Je n'ai jamais compris, Naruto. Pas seulement maintenant, pas seulement aujourd'hui. Je ne sais même plus quoi dire. Avec toi, je n'ai jamais su quoi dire. D'une part, parce que je sentais que rien de ce que je pourrais dire…rien de ce que je pourrais faire, n'y changerait quelque chose.

Je me suis toujours senti écrasé par tout ce qui t'arrivait. Et à un moment, je me suis senti coupable. Coupable de ne pas pouvoir cerner ton regard. Quand nous étions petits, j'étais intimidée par toi. Parce que je voyais en toi trop de choses. Trop de douleur, trop de colère, trop de souffrance. Tellement plus que ce que je ne pourrais jamais éprouver. Pourtant, je me suis toujours naïvement dit qu'un jour, je finirais par avoir assez de force pour marcher à tes côtés et ne plus seulement me reposer constamment sur toi. Au final, en voulant te préserver, j'ai opté pour la mauvaise option. Au lieu de me dire que tu résoudrais le problème par toi-même, par peur de m'enliser dans des sentiments trop fort pour moi, j'aurais pu essayer de te comprendre.

Tu étais cette silhouette qui me rassurait et qui avançait toujours devant moi pour me montrer le chemin. J'ai toujours été conscience de ma faiblesse, pourtant, à tes côtés, j'avais l'impression d'être plus forte.

Depuis quand...depuis quand es-tu devenu aussi fragile ?

La vie n'a pas été tendre avec toi, je te l'accorde. Elle a été une chienne, du début à la fin. Je ne peux pas déchiffrer ça. Peut-être que tu as raison et que personne ne peut saisir l'ampleur du ressentiment dans ton cœur. Cependant, toi qui a toujours été plus fort que tout, plus fort que ta condition, bien plus fort qu'aucun de nous ne le sera jamais. Toute cette souffrance et cette solitude que tu as enduré avec des épaules solides, voir qu'il ne reste plus rien de ta rage de vaincre me désole.

Et c'est ça qui me rend plus malheureuse parce que, le pire, Naruto, ce n'est pas la mort. C'est ce qui est mort en toi alors que tu vis. »

Elle s'interrompit et un silence glaçant prit place. De son côté, Sasuke avait les bras le long du corps, abasourdi. Il savait très bien qu'elle aurait tout aussi bien pu lui dire la même chose que cela aurait été criant de vérité et surtout…

…plus que jamais auparavant, il comprit que ce qu'ils avaient construit tous les trois lorsqu'ils étaient enfants, était fragile et précieux.

- Si ça te fait plaisir de m'insulter, reprit Sakura avec nettement plus de calme. De rabâcher sans cesse mon inutilité…si me faire souffrir te permet de te sentir mieux, si ça t'aide à surmonter un tant soit peu ta condition, alors tant mieux pour toi, Naruto.Tu veux que je m'en aille, parfait. Je vais te laisser mourir seul et triste puisque c'est ce que tu souhaites tant.

Quelques secondes, plus tard, la porte s'ouvrit et se referma. Sakura avait les yeux et le visage rouges, ses mains tremblaient imperceptiblement et elle semblait sur le point de s'effondrer à la moindre secousse comme si, au-delà de la voix qu'elle avait donnée, c'était tout son être entier qui s'était livré.

Et peut-être était-ce certainement le cas. Malgré cela, lorsque leur regard se croisèrent, la jeune femme lui sourit, d'un air triste, mais d'un sourire teinté de soulagement.

-Désolé que tu ais dû assister à ça.

Il ne sut que répondre.

Y avait-il autre chose à ajouter ? Elle avait déjà tout dit. Et quelque part, lui aussi s'en sentait rassurer, parce qu'il n'était pas le seul qui avait fait des erreurs dans leur équipe et il n'était pas le seul non plus, à vouloir évoluer. Qui eut cru que de tout ce qu'ils avaient enduré, de son départ jusqu'à la guerre, c'était la destinée de Naruto qui les séparerait le plus.

Or, à présent, il voulait croire qu'ils se quittaient pour mieux se retrouver. Et il aurait donné n'importe quoi pour voyager dans le temps et chérir de tout son cœur les missions qu'ils avaient fait en tant que Genin. Car c'étaient les plus belles années de sa vie.

La nostalgie s'était emparée de lui, ainsi qu'un immense regret, mais que pouvait-il y faire ?

Sakura lui fit un signe de tête, annonçant muettement qu'elle rentrait chez elle. Il n'essaya pas de la retenir, car il savait qu'elle reviendrait le lendemain. Sakura avait beau être tout ce que les gens voulaient bien dire d'elle, elle n'était pas quelqu'un qui abandonnait les autres. Jamais.

Cependant, elle n'eut pas le temps de prendre congé que la porte commença lentement à s'ouvrir.

Le cœur de Sasuke fit un bond dans sa poitrine, le temps sembla s'écouler plus lentement tandis que la présence de Naruto leur apparaissait.

Il sortit d'un pas lent, agrippant fermement le support roulant de sa perfusion des deux mains, ses pieds étaient nus, ses cheveux complétement ébouriffés, mais surtout, il pleurait.

Ce constat fut comme une violente gifle venue de nulle part.

- Sakura…marmonna-t-il en tendant la main vers la jeune femme qui s'était elle aussi immobilisée. Je suis désolé, pardonne-moi, je t'en prie. Je t'en supplie, ne pars pas…je suis désolé.

Il se tourna ensuite vers Sasuke, complétement haletant, comme si ces simples phrases lui avaient pompé toute son énergie.

L'Uchiha retenu son souffle, appréhendant férocement la suite.Naruto semblait sur le point de lâcher prise à tout moment, il se fit violence pour ne pas se précipiter vers lui et serrer contre lui pour que plus jamais. Jamais. Il ne lui échappe.

Le blond tendit également son autrement main vers lui, abandonnant son support. Le sourire qu'il leur offrit n'avait rien avoir avec ceux à quoi il les avait habitués, mais ils l'empoignèrent, faute de mieux, alors qu'enfin, le blond faisait un autre pas vers eux.

- J'ai besoin de vous. J'ai tellement besoin de vous.

Jusqu'à la dernière seconde, pensèrent-il en chœur.

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Il sembla à Sasuke qu'il avait attendu ce moment toute sa vie, mais enfin, Naruto l'autorisa à rester. Il consentit définitivement à l'accepter dans cette période si difficile de sa vie. Le brun vit cela comme un privilège qu'il n'était pas prêt de laisser filer et fit son possible pour l'épauler du mieux qu'il put.

C'était assez bancal au début, Sasuke n'était pas doué pour ce genre de chose et il savait que Naruto n'avait pas besoin d'être consolé.

Et également ne voulait surtout pas se comporter avec lui comme s'il allait passer l'arme à gauche d'un moment à l'autre, même s'il ne pouvait tout simplement pas s'empêcher d'être inquiet et peut-être cela finissait quand même par se ressentir dans son attitude.

Naruto ne lui fit jamais aucune remarque, petit à petit, il retrouvait sa joie de vivre, sans doute pas comme avant, rien ne serait plus jamais comme avant, mais c'était mieux que rien. Parfois, Sasuke venait le chercher et l'emmenait dans les jardins de l'hôpital pourqu'il penne l'air, supportant de moins en moins l'atmosphère lugubre de sa chambre.

Ils étaient obligés de se servir dans ces cas d'un fauteuil roulant, car les longues distances et monter des escaliers fatiguaient grandement Naruto.

- Je sais que je ne suis plus valide et en pleine possession de toutes mes capacités, mais laisse-moi me voiler la face, s'il te plaît, ronchonna le tumultueux malade en refusant le bras que Sasuke lui tendit.

Cela lui prit deux fois plus de temps que s'il avait simplement accepté son aide, mais Naruto réussit à quitter de la chaise roulante pour se laisser tomber sur le banc qu'ils avaient tous les deux décidés d'assiéger en cette fin d'après-midi.

Fier de lui, l'idiot lui fit un sourire narquois qui l'amusa plus qu'autre chose. Dernièrement, les gestes dans ce genre-là étaient devenus de petits défis, mais de grandes victoires.

- Je n'ai jamais eu l'habitude de me faire aider et encore moins par toi.

Sasuke retint un soupir en s'asseyant à ses côtés, poussant le siège roulant plus loin. Il avait eu une mission le matin même, mais aussitôt terminé, il était renté se doucher, enfiler un jogging, un tee-shirt et des sandales, noirs. Avait attaché ses cheveux trop longs depuis un moment et sauté de toit en toit jusqu'à l'hôpital. Lorsqu'il avait poussé la porte, Naruto abandonnait l'émission télé qu'il regardait pour le fixer. Fronçant les sourcils, il lui demanda s'il espérait le trouver mort et prêt à être enterré pour porter des couleurs aussi déprimantes.

- À t'entendre, on croirait que tu voudrais que je me comporte comme un connard avec toi.

Naruto éclata de rire. Un son cristallin qui lui fit bizarrement mal au cœur.

- Pas à ce point, répondit-il, alors.

- Tu sais bien que la situation est différente.

- Peut-être. Mais je ne veux pas que tu te comportes autrement avec moi sous le seul prétexte que je vais mourir.

L'Uchiha fronça les sourcils. Ce qu'il détestait l'entendre dire ça.

- Le simple fait que tu vas mourir change tout, Naruto. On n'y peut rien.

- Ouais…mais c'est déjà assez difficile pour moi.Tu sais, à chaque fois que j'ai entamé un entraînement, c'était dans l'optique de ne surtout pas me laisser distancer par toi. Et maintenant regarde-moi, incapable de me débrouiller sans fauteuil…comme un foutu invalide. C'est d'une ironie.

Il eut un autre petit éclat de rire. À la fois amer et coléreux. Sasuke avait la gorge nouée, encore bien plus en colère que lui contre cette situation.

- Je sais que tu ne crois pas au paradis ni en l'enfer et il n'y a pas si longtemps moi non plus, tu sais. Je n'ai jamais cru en ce genre de truc. J'ai toujours soutenu que l'homme était maître de son existence et peu importe pour quoi nous sommes sur la terre au final, c'est à nous de décider ce que nous voulons faire. Pourtant depuis un certain temps, je me plais à imaginer un endroit après ma mort ou je pourrais aller m'installer pour vous observer toi et Sakura, vivre votre vie, termina-t-il en dans un sourire en coin.

Ses yeux se perdirent dans le lointain, vers le ciel, aussi beau que ce qu'il avait dans le regard. Lorsqu'il poursuivit, il lui offrait toujours son profil. Sasuke l'admira, les lèvres entrouvertes, complétement subjugué. Il le vit fermer les yeux, ses cils ridiculement longs créèrent des ombres sur ses joues bronzées, ainsi que ses lèvres roses pales, toujours étirées dans un léger sourire.

- Je sais que c'est utopique et stupide, mais…je n'ai plus rien à perdre à y croire. Ça me console d'y croire.

Lui, ça ne le consolait pas. Parce que ça ne suffisait pas que Naruto veille sur lui depuis l'au-delà même si un tel endroit existait. Ça ne suffira jamais.

- T'as toujours été incroyablement niais, dit-il surtout pour le taquiner.

Naruto s'indigna, réaction attendue, puis poussa son épaule de la sienne.

- Ce n'est pas moi qui suis niais. C'est toi qui es trop terre-à-terre. En fait, t'es carrément chiant !

- Rien à foutre, rétorqua-t-il, encore dans le but de l'enrager.

Ce qui arriva, une fois de plus. Il le connaissait comme s'il l'avait fait. Et il se fichait bien de ce paradis, si tant bien qu'il soit vrai. Le seul qu'il connaissait était assis à côté de lui. Et il avait des yeux bleus vertigineux. Alors lorsqu'il lui sourit, Sasuke ne put se retenir de sourire à son tour, soudainement ému de le voir ainsi paisible et heureux, malgré ce qui flottait au-dessus de sa tête.

Quand il prenait cette expression qui le rendait si magnifique.

Cette expression qu'il n'avait montrée qu'à lui, celle qui provenait du plus profond de son cœur, Sasuke avait envie de…se pencher et…

-Tu sais, reprit alors le blond, le sortant durement de ses songes. Je n'arrive toujours pas à m'y faire. Et je ne sais pas si je dois être triste. Des fois, je me sens triste, mais je sais que ça ne sert à rien alors je pense à autre chose. C'est difficile à expliquer. Je me demande si c'est comme dormir. Si j'aurais mal ou si je verrais quelque chose. Je me demande si j'aurais peur. Qu'elles seront mes dernières paroles. Si je devais les préparer à l'avance ou alors si je ne dirais rien.

« Je me rappelle de cette époque où je désirais ardemment la reconnaissance. Quand tu es un gamin différent des autres, tu as juste envie de te faire accepter. Et je me haïssais pour ma faiblesse, pour ma lâcheté, pour tout. J'aurais échangé ma vie contre n'importe quoi. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être un spectateur silencieux comme si je voyais mon vécu défiler devant mes yeux. C'est lent et ennuyeux, mais je me complais du chemin parcouru.

Et se tourna totalement vers lui et poursuivit :

- Sakura et toi, vous pensez que si je ne suis plus là votre monde arrêtera de tourner. Mais c'est la douleur qui parle à votre place. Vous souffrirez, mon souvenir vous hantera pendant quelque temps, mais après, vous m'oublierez. C'est ça, mourir. Faire face à l'oubli. Aux souvenirs qui s'effritent, à la mémoire qui nous joue des tours…

« Je ne veux pas que tu ne m'oublies pas à tout prix. Et je ne te demande pas non plus de penser à moi chaque jour. Ni même d'aller régulièrement sur ma tombe ou de faire un discours à mon enterrement. Mais promet moi que tu ne quitteras pas le village. Que tu continueras à le protéger lui et ses habitants. C'est tout ce que je te demande. »

Sasuke avait toujours eu conscience de tous ses manquements. De sa faiblesse et de sa lâcheté. Ça avait commencé par Sakura qu'il avait traitée comme une moins-que-rien. Il n'avait qu'à fermer les yeux pour voir les corps qui se traînaient, les membres qui se déchiraient, les larmes qui coulaient et toute la désolation qu'il avait semé sur son passage. Il le ressentait comme s'il le revivait.

Pourtant…malgré la gravité de la situation, il n'y arrivait pas.Il n'arrivait pas à se lever. Ses jambes étaient alourdies par sa peur, sa haine, sa colère. Qui ? Qui voulait-il qu'il puisse protéger alors qu'il n'arrivait déjà pas à se regarder dans une glace, à se protéger lui-même de ses propres démons ?

Il n'y arrivait pas.

Autrefois, cette part de colère en lui était tiraillée par le désir de se venger de ces gens qui lui avaient fait du mal.

Il ne pouvait changer rien du tout de toute manière. Il n'y avait pas si longtemps, il était le fils maudit Uchiha. On ne le considérait même pas comme un être humain, il était le rejeton maudit, celui qu'il fallait éviter à tout prix, celui qu'on devait éloigner des enfants et à qui ont lançait des regards de dédain…celui qui méritait de mourir.

Alors il refusait de se battre, par vengeance ? Non. Non, c'est plus compliqué que ça.Toute cette haine qu'on lui avait crachée au visage sans qu'il ne puisse rien y faire.Toute cette différence qui le caractérisait. Elle avait fait ployer ses épaules. Une part de lui à force d'avoir été incompris lui hurlait : pourquoi devrais-je les aider ? Pourquoi devrais-je aider ceux qui durent toute ma vie m'ont empli de haine ? Ceux qui m'ont transformé en ce qui je suis aujourd'hui. Mais une autre, celle qui voulait être digne de Naruto, ne pouvait refuser.

Il n'y avait pas de partie juste en lui. Il n'y avait que son égoïsme, sa peur et sa haine. Il n'était pas le héros que Naruto voyait en lui. Ni le sauveur. Il n'était rien. Rien qu'un type enchaîné par son passé, qui cachait sa douleur derrière son agressivité et ses sarcasmes. Celui qui gueulait devant tout le monde et pleurait en cachette. Il était un imposteur. Et assurant son rôle jusqu'au bout, il soutint le regard de Naruto.

- C'est d'accord.

- Je veux l'entendre, exigea-t-il.

Il ne se fit pas prier.

- Je te le promets, Naruto.

Le sourire qu'il reçut fut une belle récompense.

- Merci.

- Ne le fait pas.

Il avait passé sa vie à lui courir après, c'était la moindre des choses.

- Un jour, peut-être que vous arrivez à en rire. Je ne veux pas d'obsèques grandiloquentes !

Sasuke eut un rictus moqueur.

C'était ironique de constater à quel point maintenant qu'il avait eu la reconnaissance après laquelle il avait couru toute sa vie, cela le mettait mal à l'aise de recevoir des éloges.

Naruto ne savait vraiment pas ce qu'il voulait…ou plutôt, il était trop bon pour ce monde. Les gens comme lui aurait dû évoluer dans une sphère hors du temps, dénué de douleur et de tristesse. D'un autre côté, si cet idiot gueulard n'avait pas existé, peut-être qu'il y'aurait juste plus eu de monde à l'heure actuelle.

- Tu es un héros de guerre, c'est compliqué de demander ça. Ce n'est pas juste Konoha qui te pleurera.

À cette perceptive, son rictus s'épaissit un peu plus. Parler de la mort de Naruto avec autant de naturel avait grandement le don de le perturber.

- C'est ma mort prochaine qui te fait sourire comme ça ?

- Je me disais juste, tu ne faisais jamais les choses en ordre comme tout le monde.

Naruto ouvrit de grands yeux, surjouant son indignation.

- C'est toi qui dis ça ?

- Tu es encore l'exemple le plus palpable, ta vie entière en est un exemple. Et tu as tort de penser que l'histoire de ton parcours puisse rester dans l'ombre.Tu n'es peut-être pas devenu Hokage.Tu n'as peut-être pas résolu tous les problèmes du monde Ninja…mais tu as déjà écrit ta légende, Naruto.Tu as déjà pris ta route et on se souviendra de toi.

Il le dit en le regardant droit dans les yeux et constata avec plaisir le rosissement de ses joues. Il devait certainement recevoir ces mots comme la récompense qu'il avait attendu toute sa vie et que Sasuke avait tardé à lui offrir : sa reconnaissance à lui.

- De nous, Sasuke, corrigea-t-il, ensuite. Je ne suis pas le seul héros de guerre et ma légende, comme tu dis, s'est construite aux côtés de personnes tout aussi formidables.

Il lui fit un clin d'œil entendu qui les fit sourire tous les deux. De toute façon, Naruto l'avait dit, il s'en fichait à présent qu'on se souvienne ou pas de lui. Il était de ces indispensables qui s'établissaient, telle une vérité absolue. Et nul besoin de la rappeler.

- Je ne veux pas rester à tout prix dans les annales, tu sais ? Savoir que j'ai eu de l'importance pour des gens un jour, ça me suffit amplement. Mais puisqu'il faut à tout prix laisser un souvenir, ce n'est pas juste ma silhouette qui ne disparaîtra jamais. C'est la nôtre, tous, on se souviendra de nous.

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Les jours qui suivirent furent peuplés de moments calmes et plus ou moins joyeux. Naruto souriait, Sasuke savait que c'était plus forcé qu'autre chose, mais il ne disait rien, ne voulant surtout pas que son cynisme plombe une fois de plus sa joie de vivre, même si elle était feinte. Son meilleur ami se confiait à lui, plus jamais qu'auparavant Naruto se mettait à nu devant lui, lui dévoilant ses doutes, ses peurs, ses appréhensions ce qui relevait pour lui de la plus grande preuve de conscience, car Naruto pouvait passer des heures entières à déclamer des discours sur l'acceptation et le partage, mais jamais il ne se dévoilait intimement, il était au sentimentalisme ce que Sasuke lui-même était à la douceur, c'est-à-dire pas très proche.

Il y'avait plus la honte d'autrefois qui l'avait poussé à tout garder pour lui, il ne lui restait plus assez de temps pour qu'il se permette de le gaspiller à essayer d'être quelqu'un d'autre.

L'Uchiha l'écoutait, sans même avoir besoin de parler. Il n'était pas un bon conseiller de toute manière et être aux côtés de Naruto, ça avait quelque chose d'à la fois doux et amer parce qu'ils savaient tous les deux que ce qu'ils étaient en train de lentement tisser point par point avait une date de péremption.

Et malheureusement celle-ci arriva plus vite que Sasuke ne l'aurait cru.

L'état du blond s'aggravait, il perdait des couleurs, se fatiguait beaucoup plus vite, mangeait beaucoup moins. Et paradoxalement, il se livrait à lui beaucoup plus, comme s'il voulait se vider de tout ce qu'il ressentait avant qu'il ne puisse plus le faire. Puis un jour, Sasuke se diriger vers sa chambre d'hôpital, un bouquet de fleurs à la main. Une composition de la part d'Ino qu'il avait croisé en chemin.

Lorsqu'il entra dans la chambre, la présence de Shikamaru, assis au chevet du blond, lui sauta tout de suite aux yeux. Ainsi que celle plus en retrait de Tsunade et Kakashi.

Sasuke n'aurait su dire ce qui le préoccupa le plus, son sixième sens ou alors le regard coupable que Naruto lui lança, mais il sut qu'il se jouait quelque chose de grave. D'un pas lent, il alla déposer les fleurs sur la commode à côté du lit, son regard croisace lui étonnement grave de Shikamaru, puis ensuite, il reporta son attention sur Naruto.

Le blond se mordit la lèvre, comme tirailler de l'intérieur. Il avait l'air d'avoir envie de lui dire quelque chose, mais redoutait sa réaction. Sasuke trouva cela ridicule sur le coup, à moins qu'il lui annonce qu'il ne lui restait plus qu'une heure à vivre, il ne pouvait plus s'étonner de rien depuis le début de sa maladie.

Du moins, c'est ce qu'il croyait.

Étant donné que quand Naruto ouvrit la bouche pour lui établir ce qu'il lui pesait tant, Sasuke eut à nouveau l'impression que tout autour de lui, le chaos régnait.

- Je vais me faire retirer mon démon.

Dans un premier temps, il n'en crut pas ses oreilles. Puis l'absurdité de cette annonce lui vrilla les pores de tout part. Ce n'était pas possible, si Naruto se faisait retirer le démon renard, alors il… il mourrait.

- Lequel de vous lui a mit ces idées en tête ? demanda-t-il d'une voix forte à l'ensemble des personnes présentes.

Il fit volte-face et planta ses yeux d'obsidiennes sur la Cinquième.

Elle n'était pas censée être la meilleure médecin ninja du monde, elle ? Alors qu'est-ce qu'elle foutait là à écouter les inepties de Naruto au lieu de se mettre au boulot et chercher un antidote ? Sakura qui n'était que son apprentie passait des nuits blanches à tenter de synthétiser quelque chose. Et puis Kakashi, ce n'était pas le chef, à présent ? Pourquoi autorisait-il une pareille situation ?

Naruto, littéralement la réincarnation d'un dieu, héros de guerre, hôte respecté de tous, l'enfant de la prophétie.

Et lui-même, dernier représentant du clan le plus puissant de Konoha, possesseur de pupilles dont le pouvoir dépassait l'entendement, l'un des ninjas les plus forts que le monde est porté, depuis le début de la maladie deNaruto étaient restés simple spectateurs des atrocités que cette situation leur imposait.

Tous impuissant face…à la vie.

À quoi servaient ces gros titres si c'était pour finir par suffoquer sous terre avec les verres.

- Mais vous allez vous bougez, merde ! éructa-t-il, soudain hors de lui.

Depuis le début, il avait essayé de rester calme, de pensée à Naruto avant tout.Pour la première fois de sa vie, il avait fait passer quelqu'un avant lui, il avait pensé aux sentiments du blond avant de penser aux siens, mais là, il ne pouvait pas.

Juste, non.

Il n'allait pas laisser Naruto se faire du mal, pas tant que ça lui en faisait à lui aussi. Et tant pis s'il redevenait l'être égoïste qu'il avait toujours été. Tant pis. Cet orage qui grondait en lui, cette fureur, il avait l'incandescent désir de hurler, de tout casser, pour ne serait-ce qu'essayer de se tranquilliser. Cette douleur était trop vive, trop forte, elle l'engloutissait et il ne pouvait plus lutter.

- Sasuke, calme-toi, tenta le Sixième en amorçant un pas vers lui.

Il l'ignora royalement, tout comme Tsunade qui pesta contre le sale gosse qui ferait bien de descendre de ses grands chevaux s'il ne voulait pas s'en prendre une.

- Je sais que tu me penses trop stupide pour réfléchir par moi-même, mais ils n'y sont pour rien, intervint alorsNaruto.

Sasuke le considéra avec exacerbation, le sourire désolé que Naruto lui offrit en réponse lui donna envie de le tuer lui-même, puisqu'il souhaitait apparemment tant mourir. Il n'arrivait pas à croire qu'il choisissait la mort de son plein gré. Cette maladie était une punition, mais cette décision, l'Uchiha la vivait comme un saut dans le vide en pleine connaissance de cause et il refusait de le laisser faire sans broncher.

- Tu es devenu fou, c'est ça ? Tu ne peux pas faire ça ! La mort n'est pas une issue de secours. Quand on meurt, c'est fini, Naruto il n'y a pas de grandes révélations, pas de paradis utopique ni de monde enchanté où nos actions dans notre vie sur terre nous mèneront.

Ces mots étaient vides, froid. Son ton, sec. Il ne faisait qu'énoncer une réalité implacable. Pour lui tout ceux qui croyaient en autre chose n'étaient que des aliénés incapables de réussir dans leur vie et qui se consolaient en pensant à une autre bien meilleure.

- Quand on meurt il n'y a plus rien à part le vide, le néant.

- Je le sais ! s'exclamaNaruto, d'une voix enrouée. Je ne suis pas aussi puéril. Ma décision n'est pas dictée par une soudaine envie de mourir. Je ne suis pas suicidaire ou alors presser de passer l'armeà gauche. Je suis juste réaliste !s'époumona-t-il.

Sasuke crut devenir fou. Réaliste ? Selon lui, il était loin de l'être. La réalité était qu'avec les circonstances actuelles, il lui restait à peu près un an à vivre. Pourquoi exiger raccourcir ce délai déjà dérisoire ?

Le réceptacle de toute sa fureur baissa la tête et ferma les yeux quelques instants, semblant chercher ses mots. Sa main partit agripper le tissu de son habit d'hôpital, au niveau de son cœur. Sasuke l'observait, son propre palpitant semblant vouloir jaillir d'un instant à l'autre. Naruto était devenu si frêle, si mince, il paraissait bien trop petit pour ce lit, et ses cheveux, complètement décoiffer, lui tombait n'importe comment sur les épaules. Il ressemblait à un enfant beaucoup trop éprouvé par la vie et d'un seul coup, Sasuke eut le cœur au bord des lèvres, les pieds et les mains tremblantes, la respiration laborieuse, extrêmement touché par cette vision qui peignait clairement ce que Naruto avait été toute son existence.Toutefois, de lui émanait inlassablement autant de force et de détermination. Même quand il reprit la parole, sa voix ne trembla pas d'un iota.

- Je sens mon corps qui devient faible et qui m'abandonne. Ces cellules, qui sont pourtant faites de moi, me parasitent et me transforment en ce que je ne suis pas.

« Nous sommes dans un monde qui n'est fait ni de croyance, ni de rêve. Notre statut de Shinobi nous pousse à faire des choses que nous ne contrôlons pas. Mon appartenance à Konoha me poussera à penser à elle avant de penser à moi.

Nous sortons d'une guerre et les nouvelles alliances restent fragiles, Konoha ne peut pas se permettre de perdre le Kyuubi.

Ma maladie est incontrôlable, elle pourrait m'emporter à tout moment. Je me dois d'agir pour le bien de tous. Pour la nouvelle génération qui représente l'avenir.

Il faut se battre pour les vivants, Sasuke.

Être un Shinobi, c'est prendre le risque de mourir au détour d'une ruelle sombre la gorge tranchée par une lame ennemie. C'est accepter que sa vie ne tienne qu'à un fil et qu'on peut la perdre à tout instant.

Toute ma vie, j'ai vécu sous le joug des décisions qui ne m'appartenaient pas. Alors choisir ma mort, c'est une manière pour moi de me mettre au-dessus des règles que nous impose notre monde.

Konoha a besoin que je sois un héros jusqu'au bout. De cette façon, je gagne contre cette maladie.

Je refuse de mourir brancher à toutes ses machines et calfeutrer dans cette chambre. Je suis un Shinobi et ceci est ma bataille. Je mourrai Sasuke, oui, mais ce sera avec honneur. »

Un silence de cimetière accueille ce discours grave et cette ambiance de discernement qu'avait rarement disposé Naruto, mais qui lui sied étonnement bien.

- Ce n'est pas une décision imminente Sasuke, déclara Kakashi au bout d'un moment. Trouver quelqu'un avec la quantité monstrueuse de chakra de Naruto ne sera pas une mince affaire.

- Mais le plutôt serait le mieux, ajouta le concerné. J'en ai déjà discuté avec Kurama, c'est la solution la plus sûre, je suis sincèrement désolé, Sasuke. Je comprendrais que tu m'en veuilles ou même que tu me détestes, mais je t'en prie, accepte-le.

Sasuke eut un reniflement.

Les dents serrées, il le fixa, comme luttant contre son propre corps pour bondir sur lui.

Naruto ne changera décidément jamais, pensa-t-il avec aigreur. Même un pied dans la tombe, il avait encore le luxe de jouer au héros et de penser à l'avenir de tous les autres avant de ne serait-ce que songer à sa propre condition. Il faisait preuve de tant d'abnégation qu'on aurait dit que sa propre situation l'indifférait totalement.

À ce moment, il paraissait s'en foutre totalement de mourir.

Sasuke s'en sentit complétement griser.

Stupidement, il s'enorgueillit de faire partie de la vie d'une personne comme lui.

Évidemment, toute sa colère et surtout sa peine, ne s'étaient pas miraculeusement envolées, mais il savait que jamais il ne pourrait lutter contre ça. Alors il jeta les armes et s'approcha de Naruto, du côté opposé à Shikamaru qui le fixait avec une pointe de doute, et se contenta de lui prendre la main.

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Sasuke repensait à ses conversations avec Naruto.

La disparition du blond le ramenait à sa propre mort. Il se confrontait à tout un tas de sentiments complexes, mais surtout, la douleur de savoir qu'un jour, plus proche qu'il n'aurait pu se l'imaginer, il serait forcé d'endurer l'absence de la personne qui lui était le plus cher au monde.

Il avait fait face à une infinité de mort, une infinité de cadavre. Mais faire face au cadavre de Naruto ? Rien que cette idée le terrifiait, il était parcouru de sueurs froides. Même mit devant le fait accompli, il ne s'y résoudrait pas. C'était trop dur d'imaginer Naruto, la respiration coupée, la lueur dans ses yeux bleus éteinte à jamais, ses lèvres nues du sourire qui le caractérisait. Savoir que son corps se refroidirait, deviendrait totalement livide, rigide, orné des couleurs de la mort. Son abdomen gonflerait, son odeur changerait, ses cheveux tomberaient et les verres entameraient la dévoration son corps qui se décomposerait.

Avant même qu'il ne s'en rende compte, Sasuke avait quitté ses draps, enfilé des chaussures à la hâte et valdinguait à présent sur les toits du village vers une destination qui était chère à son cœur. Il se faufila par la fenêtre, et resta debout à fixer la silhouette allongée de Naruto entre les draps immaculés. Jusqu'à ce que celui-ci sursaute violemment en l'apercevant.

- Seigneur ! s'exclama-t-il, une main sur la poitrine. J'ai cru que mon cœur s'était arrêté, ça ne va pas de rester là à me fixer comme le psychopathe que t'es ?

Comme aucune réponse ne lui parvint, le malade se leva péniblement de son couchage pour s'approcher de lui. Sasuke hésita à lui proposer son aide en le voyant galérer avec ses perfusions, mais il savait que son ami le prendrait mal alors il se fit violence.

- Sas'ke? Qu'est-ce tu fais là ?

Ses grands yeux bleus étaient posés sur lui, toujours si beaux et si clairs. Pas d'orbes complètement éteints, Sasuke retint un soupir de soulagement.

- J'en sais rien.

Son corps avait pratiquement bougé tout seul jusqu'ici, incapable de lutter contre l'angoisse qui lui tordait le ventre. Il n'avait pas de raison valable d'être là à une heure aussi tardive à part peut-être qu'il avait désespérément envie de le voir.

Que ne plus le voir débarquer chez lui, empiéter sur son espace personnel, foutre le bordel dans son appartement et le forcer à sortir faire la fête avec leurs autres amis, lui manquaient.

Qu'il lui manquait.

Les autres qui vivaient peut-être la situation très mal. Après tout, Naruto était une sorte de soleil autour duquel ils orbitaient tous.

- Tu m'avais pas dit que t'avais une mission très tôt demain matin ? demanda le blond, suspicieux.

- J'irais pas.

- Quoi ? Pourquoi ça ?

- Tu sais très bien pourquoi, grogna-t-il.

Naruto fronça les sourcils, ce qui ne le formalisa pas. C'est vrai qu'il outrepassait l'accord avec Kakashi, mais il s'en fichait à présent. L'idiot n'était pas le seul à ne pouvoir en faire qu'à sa tête.

- Ce n'est pas ce que je souhaite ! Je ne veux pas que tu mettes ta vie entre parenthèses parce que je ne serais plus là. Je vais mourir, Sasuke. Tu dois l'accepter !

Il avait les larmes aux yeux. Puis se mordant la lèvre inférieure, il détourna lentement le regard.

- Et ce que je vais dire n'aurais sans doute aucun sens, mais…la mort ne doit pas empêcher la vie.

La douleur ne s'estompera jamais. Même dans cent ans, penser à lui le ferait toujours autant mal. Et il était certain que rien que pour le niquer un peu plus, il vivra très longtemps. C'était comme s'il se réveillait d'un cauchemar et qu'il constatait que ses démons avaient réussi à le suivre dans la réalité. Il essayait ardemment de se réveiller, mais ce qui avait parasité ses songes était devenu sa certitude. Un monde sans Naruto était un cauchemar dont il ne se réveillerait jamais. C'était comme si le soleil s'éteindrait au-dessus de lui et que jamais plus il ne pourrait revoir la lumière.

Sa vie prenait un sens totalement creux.

Naruto poussa un soupir tout en tournant les talons. Alors que Sasuke pensait que c'était là une invitation implicite à déguerpir, le jeune homme revint quelques minutes plus tard avec un écrin entre ses doigts.

- C'est une fleur de Lotus, expliqua-t-il. Maitre Rokudaime a réussi à trouver quelqu'un qui pourra accueillir mon démon, et un convoi est en ce moment même en direction de Konoha. Je ne sais exactement lorsqu'ils arriveront, mais quand tous les pétales auront fané cela voudra dire que…

Il s'interrompit. Il n'avait de toute manière pas besoin de terminer et énoncer cette vérité que Sasuke refusait d'admettre.

- Naruto…je…je.

Il devait le lui dire.

Partir en mission pour une durée indéterminée avec la crainte de ne peut-être pas le trouver debout sur ses deux jambes à son retour était au-dessus de ses forces. Il voulait voir la vie dans son regard quand il lui donnerait une réponse. Peu importait si c'était un rejet. Il se fichait à présent de savoir son orgueil bafoué, il y avait des choses tellement plus importantes…tellement plus vraies.

L'amour qu'il ressentait pour lui était loin d'être celui des romans à l'eau de rose. Pourtant, il n'en demeurait point sincère. Sasuke n'aurait pas passé son temps à lui dire qu'il l'aimait, par pudeur, par orgueil, par ce qu'il faisait qu'il était lui. La terre ne s'arrêtera pas de tourner lorsque Naruto ne serait plus là, mais lui, il sera malheureux. Et il était en colère, contre lui, contre la terre entière, il maudissait Naruto de l'avoir rendu aussi dépendant de lui. Mais jamais il ne cessera de se soucier de son sort. Les sentiments qui lui fourrageaient le cœur exprimaient sa pitié. Il l'aimait assez pour avoir envie de souffrir à sa place.

- Ça aurait dû être moi. Moi, je mérite de mourir. Pas toi…toi tu…

Sa voix se brisa. Lui, il n'avait jamais eu de rêve ni d'espoir. C'était pour lui qu'il avait choisi de revenir. La raison même de son existence était remise en question.

Même lorsqu'il s'approcha de lui et qu'il le prit dans ses bras pour le serrer de toutes ses forces, il eut la sensation que cela ne sera jamais assez pour le retenir.

Jamais il ne s'était autorisé à être aussi proche de lui. Seulement, en le tenant étroitement contre lui, il se rendait compte à quel point il avait eu tort de se cacher derrière sa crainte d'être éconduit.

Il commença par le regarder. Puis le toucher. Il se sentit relevé. Il avait toujours été le pilier qui l'empêchait de tomber.

Il lui donnait la force.

Je suis si triste.

Les bras de Naruto passèrent derrière son dos et il le serra aussi contre lui.

Je sais.

Jamais il ne s'était forcé avec lui. Et dans cette impression d'être un frein dans sa progression Naruto lui avait pris la main en lui donnant les meilleures parties de lui.

Jamais il ne s'était plaint lorsqu'il trainassait. L'encourager et le pousser toujours plus loin. Jamais il ne l'avait abandonné. Jamais il ne l'avait jugé.

Alors il ne pouvait que se contenter de l'aimer.

De cet amour.

Leur amour. Celui qui défiait toutes les frontières et qui cassait tous les codes.

Leur amour. Pas comme les autres.

Leur amour à eux.

Son nez plongea dans son cou et caressa son duvet blond.

Ça me fait si mal de te perdre.

Il était là. Il le cherchait inlassablement.Il veillait sur lui. Et il lui donnait la force.

Il vit ses poils se dresser à cette partir sensible de son anatomie ou son odeur était plus marquée.

Je sais.

Toutes ces choses qu'ils ne se disaient pas, mais qu'ils ressentaient au plus profond de leur être. Sasuke était tellement dégoûté. L'idylle amoureuse qui avait longtemps nourri ses songes, ça aurait pu être eux.

- C'est tellement injuste.

Il aurait tant voulu pouvoir retourner en arrière pour pouvoir mieux profiter de lui. La sensation que le temps coulait trop vite, qu'à chaque battement de cils, Naruto s'éloignait un peu plus de lui, était affreuse.

- Je ne te cache pas que je garde toujours ce ridicule espoir que Tsunade débarque avec un traitement miracle, mais il faut que je sois réaliste, ça n'arrivera pas, murmura-t-il contre son cou.

Il y avait forcément une autre issue. Naruto ne pouvait pas disparaître.

Pas lui.

Pas maintenant.

Tous les gens qu'il aimait finissaient par mourir alors comment devait-il vivre ?Comment pouvait-il vivre avec ce mal dans son être ? Pourquoi souffrir au point de ne même plus arriver à être triste ? Pourquoi fallait-il s'habituer à la douleur ?

Combien de corps devra-t-il enjamber avant d'avoir son quota de souffrance ?

Puis sa voix qui lui chuchota à l'oreille qu'il partirait.

Sans doute pour la première fois, Sasuke prit vraiment conscience du mot mourir.

Et il eut l'impression qu'il mourrait avec lui.

La main de Naruto dans ses cheveux ne le ramena que partiellement sur terre. Les caresses sur son crâne apaisaient son cœur, mais pas au point de le guérir.La plaie devenait trop grande au fil du temps et le seul remède allait bientôt s'évaporer à son tour.

Il le serra plus fort contre lui. Il aurait tout donné pour que le temps s'arrête et qu'ils ne quittent jamais cette position. Que la voix de Naruto à ses oreilles ne prenne pas cette note de mélancolie qui sonnait la fin d'une époque.

- Tu devras réapprendre à vivre. À vivre sans moi. À vivre pour toi.

Sur le point de lâcher quelques larmes, l'Uchiha ferma les yeux.

Sa prise se raffermit, si ce fut réellement possible. Non, il ne voulait pas. Ça faisait trop mal. Son cœur se ratatinait sur lui-même dans sa poitrine, prêt à périr en même temps que lui. Car s'il n'était pas à Naruto, Sasuke était certain qu'il ne le donnerait à personne d'autre.

Il n'en voulait déjà plus lui-même.

- Mais je ne me fais pas plus de soucis que ça, reprit-il en s'écartant légèrement. Sasuke tu es fort.Tu as toujours été plus fort que moi.

- Ne dis pas de connerie, se refrogna-t-il.

Existait-il seulement quelqu'un de plus fort que cet idiot blond surexcité ?

- Je sais que tu le seras, pour le village, pour la famille.

Comment lui demander d'être fort pour la famille alors que sa famille, c'était lui ?

Il ne savait même pas comment le dire. Il avait toujours cru qu'il serait toujours là et que jamais il n'aurait besoin de se mettre à nu.

Après, il vit dans son regard qu'il n'avait pas besoin de le faire, ce qu'ils étaient en train de partager en ce moment valait plus que la plus belle déclaration d'amour.

Naruto avait passé sa vie à se croire moins important qu'il ne l'était véritablement. À s'en vouloir de ne pas avoir pu le retenir par le passé, mais peut-être que s'il n'avait pas été là, Sasuke aurait cessé d'exister aujourd'hui.

Il n'avait même pas pu se racheter auprès de lui, ni lui rendre la pareille. Et aujourd'hui, encore, il lui demandait de l'aider.

Dis-moi comment vivre si tu n'es plus là. S'il te plaît, dis-le-moi.

- Je n'ai plus peur. Je me sens serein et calme. Tu l'as dit toi-même, j'ai déjà pris ma route et laisser l'image que je voulais qu'on ait de moi. Je n'ai aucun regret.

En effet, il avait une expression paisible sur son visage, presque transfiguré, qui au lieu de le rassurer, ne fit qu'injecter un peu plus de panique en Sasuke.

- Ne parle pas comme ça, lui ordonna-t-il. Ce ne sont pas des adieux. Nous nous reverrons à mon retour.

Naruto ne répondit pas tout de suite, lui servant cet étrange sourire qu'il avait pris l'habitude d'adopter ces derniers temps. Un mélange de douleur, de peine, mais aussi, étrangement, d'amour.

Le dernier des Uchiha retint son souffle lorsque la main devenue pâle de la personne qu'il chérissait le plus au monde se posa délicatement sur sa joue. Ses doigts étaient froids, quelque peu fripés également, pourtant Sasuke leva la main à son tour pour la serrer et s'y agripper de tout son soûl, car c'était la main de Naruto.

- Bonne chance pour ta mission, Sasuke.

La manière dont son prénom roula sur sa langue le fit pratiquement hoqueter. Sasuke n'avait aucune envie de partir et de le laisser, aussi niais qu'aurait pu paraitre cette idée, il aurait souhaité rester là à lui tenir la main à tout jamais. Alors quand il se résolut enfin à s'éloigner après un dernier regard au blond qui lui fit un léger signe de main, il se jura de ne jamais oublier cette vision.

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Durant les deux semaines qui suivirent, Sasuke fit ce que Kakashi attendait de lui.

La maladie de Naruto n'était pas véritablement un secret, mais personne n'avait idée à quel point c'était grave. Donc mis à part leurs amis proches, personne ne s'inquiétait réellement.

L'Uchiha n'aurait su dire ce qu'il ressentait vis-à-vis de cet état de fait. Assurément savoir que Naruto serait enseveli sous des tonnes d'attentions plus ou moins hypocrites l'aurait horripilé, mais les voir tous là à vivre leur vie comme si la personne qui méritait le plus de vivre parmi eux n'était pas en train de s'éteindre à petit feu avait le don de remplir de ressentiment.

Serrant les dents, l'Uchiha poursuivit sa progression. Il était en colère. Vraiment en colère.

Nul n'aurait pu le savoir, car comme à son habitude il avait tout enfoui sous un masque de neutralité imperturbable et paraissait évoluer sans le moindre bémol. En réalité, chacun de ses pas était dicté par la terreur de perdre cet être auquel il tenait tant.

Et durant tout son périple, il fit son possible pour ignorer l'écrin qui contenait la fleur de lotus, celle-ci dans une des poches basses de son pantalon. Son poids lui rappelant constamment que le temps n'était plus du tout un allié de confiance.

Enfin, après trois semaines durant lesquelles le Shinobi d'élite qu'il était avait mené son équipe d'une main de fer, la mission prit fin, couronnée de succès. Le chemin du retour jusqu'à Konoha se déroula dans une étrange frénésie. Sasuke se fichait du rapport à rendre tout comme il se fichait des éloges de ses subordonnés à son égard.

Tout ce à quoi il pensait, c'était être près de Naruto, jusqu'au tout dernier moment.

Il voulait lui tenir la main lorsque son dernier souffle le quitterait. Il voulait que ce soit sur lui que ses yeux se posent pour la dernière fois avant qu'ils ne s'éteignent. Il voulait recevoir son sourire, se rappeler de chaque courbe de ses lèvres. Lui dire qu'il l'aimait. Que malgré ce qu'il lui avait demandé, il serait juste incapable de ne pas ramener chaque minute du reste de son existence à lui.

Qu'il se souviendrait toujours de lui.

Sautant d'arbre en arbre, il regretta un instant d'avoir refusé la correspondance que Sakura lui avait proposée le matin de son départ. Cela lui aurait permis de savoir quand le cortège du nouvel hôte arriverait à Konoha. Mais sur le coup, cette perspective lui avait férocement serrer la gorge de douleur et il avait tourné furieusement les talons sans explications.

Faites que j'arrive à temps.

Le village se rapprochait à l'horizon, la falaise au visage commençait déjà à se déchirer dans le ciel au fur et à mesure de sa progression. Sasuke augmenta son allure, mettant plus de puissance dans ses sauts afin de repartir plus vite.

S'il vous plaît.

Il n'accorda pas un regard à son équipe qui peinait à le suivre, redoublant encore plus, repoussant les quelques limites qu'il lui restait. Il lui semblait qu'au-devant, c'était l'aboutissement de tous ses espoirs qui l'attendait fermement.

Dieu. Ou peu importe.

Sa respiration erratique, ses jambes flageolantes et son cœur qui filait à cent à l'heure, ironiquement, infusait la vie dans tout son être.

Laissez-moi lui dire au revoir.

Sasuke s'arrêta devant les portes du village. Son souffle était toujours saccadé et ses mains tremblaient légèrement.

Mais il parvint à sortir l'écrin qui gardait la fleur et l'ouvrir.

Il ne restait plus que le bourgeon.

Son monde se fendit, puis tomba en silence.

Porté par la brise, le dernier pétale dansa dans les airs avant de s'échouer au sol.

Le paradis venait enfin de retourner parmi les anges.

Fin.