Disclamer : Les personnages et l'univers sont issus de Miraculous, les aventures de Ladybug et Chat Noir, création de Thomas Astruc. Cette histoire est une fanfiction et ne peut faire l'objet d'une transaction commerciale.

Ce texte fait suite à "Partenaires de confiance" et "La fille de la photo".

J'ai écrit cette histoire avant de terminer de visionner la saison 3. Les révélations des derniers épisodes ne sont donc pas pris en compte.

Merci à Fenice pour sa relective attentive et folle_angela pour son illustration.


I - Pierre angulaire


Quand la sonnette retentit, Marinette sursauta et se piqua avec l'épingle avec laquelle elle était en train de confectionner un drapé. Elle se mit vivement en route vers le hall d'entrée, tendant l'oreille pour vérifier que son visiteur surprise n'avait pas réveillé Émilie, sa benjamine de dix-huit mois. Elle faillit trébucher sur le chien Plagg, mais réussit à éviter la chute et se précipita vers la porte d'entrée, son pique-épingle toujours autour du poignet et un mètre de couturière autour du cou, Marinette tira le battant et se retrouva nez à nez avec Nathalie, l'épouse de Gabriel Agreste. Alors qu'elle restait stupéfaite, sa visiteuse lui dit d'une voix monocorde :

— Bonjour, Marinette.

— Bon… bonjour, Nathalie. Enfin, je veux dire Ma... Madame Agreste.

— Nathalie me convient très bien. Puis-je entrer ?

— Oui, oui, bien entendu.

Marinette s'effaça pour laisser passer la belle-mère d'Adrien. Elle songea avec consternation au chaos qui régnait dans le salon. Elle s'était promis de tout ranger pendant la sieste de la petite mais elle avait oublié et était partie mettre en œuvre sa dernière idée dans son atelier.

— Pardonnez-moi pour le désordre, fit-elle en introduisant Nathalie dans la pièce. Les enfants, vous savez ce que c'est !

Mais que je suis bête ! songea Marinette en slalomant entre le puzzle de Benoît et les dessins d'Amandine. Elle n'a jamais eu d'enfant. Elle inspira pour retrouver son calme.

— Puis-je vous offrir une tasse de thé ? dit-elle par politesse.

— Volontiers, répondit la visiteuse.

Elle a l'intention de rester un moment ! paniqua Marinette, en invitant d'un geste Nathalie à s'asseoir. Elle-même se dirigea vers la cuisine ouverte pour faire chauffer de l'eau, tout en calculant le temps qu'il lui restait avant le réveil d'Émilie.

Quelques minutes et une tasse ébréchée plus tard, Marinette posa un plateau sur la table basse. Elle se souvint à la dernière minute que sa mère lui avait apporté des gâteaux secs deux jours auparavant. Pendant qu'elle s'affairait, Nathalie avait pris l'album de photos qui se trouvait sur la table basse et l'avait feuilleté avec attention.

— Benoît, Amandine et Émilie sont magnifiques, commenta-t-elle

D'accord, tu connais le nom de mes enfants et tu es venue en paix, analysa Marinette. Mais tu as choisi un moment où Adrien n'est pas là. Tu as quelque chose à demander qu'il pourrait refuser.

— Êtes-vous à Paris pour longtemps ? demanda-t-elle, sachant que le célèbre styliste vivait dans le Sud-Ouest de la France depuis quelques années.

— Je repars demain matin, la renseigna Nathalie. J'espère que je ne vous dérange pas.

— Nous avons encore une demi-heure avant qu'Émilie se réveille.

J'espère qu'elle ne pense pas que je dis ça pour lui faire comprendre qu'elle doit être partie d'ici trente minutes !

— Vous pourrez éventuellement faire sa connaissance, ajouta-t-elle pour ne pas être impolie.

— Ça me ferait vraiment plaisir, assura Nathalie, et Marinette eut l'impression que c'était sincère.

Marinette fit le service puis s'assit. Elle examina sa visiteuse. Elle s'était coupé les cheveux, et cela lui allait bien. Elle portait une robe colorée très seyante. Rien à voir avec ses anciens tailleurs pantalon qui gommaient ses formes et mettaient en avant son professionnalisme.

— Vous êtes maintenant installée à Bordeaux, lança Marinette pour amorcer la conversation.

— Plus exactement dans les faubourgs de Libourne, précisa Nathalie. Nous ne sommes pas très loin de toutes les commodités de la ville mais avons un grand terrain et une vue magnifique sur les vignes.

— Ça doit être agréable.

— J'apprécie cette nouvelle vie, convint Nathalie.

— Vous étiez originaire de Paris ? demanda Marinette avec curiosité.

— Non, d'un petit village dans les Vosges. Le climat est bien plus clément à Libourne.

— J'imagine, réagit Marinette. Avez encore de la famille là-bas ?

— Non, plus du tout. De votre côté, vos parents vont bien ?

— Oui, très bien. Ma mère m'aide beaucoup avec les enfants.

— Benoît est rentré au cours préparatoire, cette année, souligna Nathalie. Le passage à la primaire n'a pas été trop difficile pour lui ?

— Il est très content d'apprendre à lire. Mais c'est vrai qu'il a du mal avec la discipline de l'école. Il trouve qu'il n'y a pas assez de récréations.

Marinette s'abstint de préciser qu'Adrien, avec l'humour ravageur qui le caractérisait, avait surnommé leur aîné Cataclysme, dès sa première nuit à la maison. Malheureusement, les capacités motrices de l'enfant, alliées à sa curiosité et son esprit d'aventure n'avaient pas fait mentir son surnom.

— Et la petite Amandine ? Apprécie-t-elle la maternelle ?

— Oui, beaucoup. Elle aime dessiner et trouve qu'il y a des jeux bien plus intéressants qu'ici.

— Tout se passe bien, je vois.

— Oui, nous avons de la chance. Ils sont en excellente santé et ne posent pas de problèmes particuliers.

— Je suis admirative quand je vois le succès de votre entreprise, alors que vous êtes la mère de trois jeunes enfants.

Ce n'est pas ton mari qui a facilité mes débuts, songea Marinette. Ses pensées durent transparaître sur son visage car Nathalie baissa les yeux et dit :

— Je suis consciente qu'il y a pu y avoir des malentendus malheureux il y a quelques années. Je conçois que vous puissiez en éprouver de l'amertume. Mais le temps passe, et les gens évoluent. Ils vieillissent et voient les choses avec plus de recul. De hâte aussi, car ils savent que le temps leur est compté.

Nathalie fit une pause et Marinette garda le silence. Elle commençait à avoir une idée de la raison de la présence de sa visiteuse, mais voulait la laisser aller au bout de sa demande. Celle-ci dut sentir qu'il était temps d'aller droit au but car elle lâcha :

— Gabriel aimerait que son fils lui rende visite.

— C'est à lui qu'il faut le demander, répondit Marinette.

— Je suis certaine que votre avis compte beaucoup.

— Moins que vous semblez le croire. La brouille qui subsiste entre lui et Adrien n'est pas de mon fait. Je n'ai jamais dissuadé Adrien de parler à son père, bien au contraire.

— Vous auriez eu des raisons, nota Nathalie qui ne semblait pas vouloir éviter de parler des sujets qui fâchent.

— Je conçois très bien que votre mari ait des griefs à mon encontre, posa Marinette. Je le comprends et je l'accepte. Mais j'ai toujours considéré que c'était entre lui et moi. Je n'ai jamais souhaité qu'Adrien s'en mêle. Il se trouve qu'ils ont fait de moi un point d'achoppement, sans me demander mon avis. Je n'ai jamais eu voix au chapitre et eux seuls pourront régler cela.

Nathalie resta un moment silencieuse, analysant ce que venait de lui dire Marinette. Puis elle remarqua :

— Comme vous l'indiquez, vous êtes, que vous le vouliez ou non, la pierre d'achoppement. Quoique vous en pensiez, votre approbation ou votre réticence aura forcément un impact sur Adrien. Pourriez-vous au moins lui transmettre cette demande ?

— Pourquoi ne pas le lui demander directement ?

Nathalie soupira :

— Je lui ai annoncé beaucoup de consignes et d'ordres directs de son père durant sa jeunesse. Je ne veux pas qu'il se sente piégé ou qu'il ait l'impression que tout se passe comme avant. Ce n'est pas une injonction. C'est la demande d'un vieil homme à son fils.

— Monsieur Agreste est-il malade ? s'inquiéta Marinette.

— Non, pas à proprement parler. Mais il a des soucis de santé, liés à son âge. Ils sont encore bénins mais ils lui font prendre conscience qu'il n'est pas immortel et qu'il aborde la dernière partie de sa vie. Il aimerait revoir Adrien et faire la connaissance de ses petits-enfants.

— Est-ce que votre mari est prêt à faire les concessions nécessaires pour que cela soit possible ? demanda Marinette. Peut-il comprendre que jamais Adrien ne lui présentera mes enfants si je ne suis pas avec eux ? Qu'il a trop de loyauté envers moi pour cela ? Je ne demande pas à monsieur Agreste de m'accepter et encore moins de m'apprécier, mais pourrait-il au moins me tolérer ?

— Pourrions-nous y parvenir progressivement ? suggéra Nathalie. D'abord, Adrien seul, pour qu'ils puissent régler certains points entre eux. Puis les enfants avec vous dans un second temps ?

— Je ne suis pas contre. Mais je ne sais pas si Adrien va être d'accord avec cela. Il estime que ce n'est pas à lui de faire le premier pas, vu la façon dont s'est déroulée leur dernière entrevue.

— Puis-je au moins avoir l'assurance que vous lui en parlerez ?

— Je peux même vous promettre de l'encourager à accepter mais, une fois de plus, je ne garantis pas qu'il suivra mes conseils.

À ce moment, des appels parvinrent de l'étage au-dessus.

— Excusez-moi, fit Marinette. Je vais chercher Émilie.

Elle monta dans la chambre d'enfants et prit sa fille qui lui tendait les bras dans son lit. Elle passa rapidement à la salle de bains pour changer la couche. Elle en profita pour lui donner un petit coup de peigne et revint au salon, la petite dans les bras.

Nathalie sourit en voyant l'enfant et tendit spontanément sa main. Marinette fit les présentations pour laisser à sa fille le temps d'accepter d'être tenue par une personne inconnue, puis confia le bambin à celle qu'elle devait bien considérer comme sa belle-mère. Elle alla ensuite dans le coin cuisine sortir le pot de compote pour le goûter de la petite. Trois minutes plus tard, elle regardait Nathalie donner la becquée à Émilie. Elle aurait bien aimé prendre une photo de l'événement pour la montrer à Adrien, mais elle n'osa pas.

Le petit pot vidé, Nathalie se leva pour partir.

— Marinette, je vous remercie pour votre accueil. J'en ai été très touchée. J'ai également été ravie de pouvoir faire la connaissance d'Émilie.

— Cela semble réciproque, remarqua Marinette en regardant sa fille qui souriait à la visiteuse.

— Elle est absolument adorable.

Nathalie se dirigea vers ses affaires qu'elle avait laissées sur le canapé. De sous son manteau, elle dégagea le large sac qu'elle portait sur l'épaule en arrivant.

— Gabriel a tenu à choisir des petits cadeaux pour ses petits-enfants, dit-elle en sortant trois paquets enrubannés. J'espère qu'ils leur plairont.

— Je… je vous remercie pour eux, fit Marinette, un peu dépassée par la tournure que prenaient les événements.

— Ce n'est rien. Au revoir, Marinette. À bientôt, j'espère.

— Bon retour, Nathalie.


Voilà. Comme vous le voyez, on a fait un petit saut dans le temps.

On retrouve Adrien dès le prochain chapitre (qui s'appellera "Le bon choix").

Vous êtes toujours là ?