Ça avait commencé par de simples passes, des services qui ne voulaient même pas être envoyés. Les deux jeunes garçons ne s'entendaient même pas, se disputant à la moindre occasion et s'envoyant des ballons dans la tête. Comment une relation si mal débutée pouvait en arriver là ? Tout deux se posaient la question mais se fichaient un peu de la réponse.

Puis cela avait dérivé en petites attentions de rien du tout, des regards en coins et des insultes lancées sans vraiment de méchanceté, se traduisant plus comme des compliment que comme de réels reproches.

De fils en aiguilles, les coups de pieds s'étaient transformés en caresses, les morsures devinrent baisés.

Au final, à y regarder de plus près, tout semblait parfaitement logique et si leurs camarades de volley les avaient aperçus dans leurs moments plus intimes il n'auraient que soupiré d'amusement en les trouvant mignons.

Rivaux

Camarades

Coéquipiers

Amis

Meilleurs amis

Petits amis

Les jeunes garçons se retrouvèrent pleinement satisfaits, liant amusement, travail et amour. Tout concordait parfaitement. La sensation de leur cœur s'agitant à la simple vue de l'autre était agréable et le rougissement prenant place sur leurs joues devenait amusant. Ils étaient parfois gênés, ne sachant pas forcément comment s'y prendre dans une relation amoureuse mais ces petites erreurs rendaient leur début de relation plus pur et plus candide.

Et pourtant, un couple si beau ne peut pas exister sans disputes. Avec deux caractères comme les leurs, les disputes étaient fréquentes mais jamais si violentes. Jamais ils n'en venaient aux mains et généralement elles se réglaient toujours le jour même.

Cette fois fut différente. Le sujet de la dispute n'était pourtant pas si grave. Le plus petit voulait essayer de modifier leur courte miraculeuse pour qu'elle soit encore plus forte, oui, pourquoi pas après tout, ils avaient bien remarqué le jour même que les adversaires étaient capables de la contrer donc cette option semblait être la bienvenue. Malheureusement, le plus grand ne le vit pas sous cet angle et se braqua. Les insultes commencèrent à fuser, la douleur s'installa dans la poitrine des deux adolescents et la phrases de trop fut dite.

« tu ne peux rien exiger alors que tu es tout juste assez bon pour que je puisse t'utiliser à bon escient »

Suite à ces quelques mots, Kageyama, le plus grand des deux, celui même qui les avaient prononcés, crût apercevoir des larmes se former aux bords des yeux de son compagnon mais il ne put le confirmer car bien vite le rouquin fonça sur lui pour le mettre au sol. La bagarre démarra et elle ne fut arrêtée que quand leur aîné vint les stopper, leur donnant un dernier coup au passage.

Et ce fut le début de trois semaines invivables.

Leurs camarades avaient bien entendu remarqué le lendemain matin leurs pansements et le fait qu'il ne s'adressaient pas la paroles. Cependant, dans leur position ils ne pouvaient pas faire grand-chose hormis apporter un maximum de soutient et de bon conseils aux plus jeunes. A première vue on pourrait se dire que Kageyama avait été le plus bouleversé par cette dispute, quand on regardait ce qu'il s'était passé au collège et ses yeux rougis on comprenait bien que la nuit n'avait pas été facile. Et pourtant, Yachi, la jeune manager du club, savait que c'était faux. Elle avait vu le sourire empli de tristesse du jeune central et les larmes couler de ses joues quand il lui avait tourné le dos, enfourchant son vélo.

Aujourd'hui, il était comme d'habitude. Il sautait partout, rigolait avec ses deux aînés Nishinoya et Tanaka, et jouait très bien même avec Sugawara, le second passeur de leur équipe. Tout semblait bien aller pour lui. Enfin, ça c'était si on décidait de ne pas prêter attention à ses cernes et au sourire factice qui se décollait de son visage quand il était dos à tout le monde.

Hinata Shôyô n'allait définitivement pas bien et personne ne sembla le remarquer.

Les jours passèrent, la situation ne s'améliora pas pour autant, s'empirant même quand un des deux ne faisait que remarquer une petite erreur de l'autre. Et Yachi s'inquiéta de plus en plus. Du côté de Kageyama tout sembla s'arranger, il avait retrouvé son mordant et son égocentrisme habituel mais c'était une tout autre histoire quand on regardait le visage du plus petit.

Un visage blanc, des cernes prenant plus de place sur ses joues qui se creusaient, un sourire qui perdait son éclat à chaque heure. Il avait également doublé ses heures à l'entraînement, travaillant tout ce qu'il pouvait travailler seul jusqu'à l'épuisement et parfois même jusqu'à ce qu'il vomisse ses tripes sur le sol du gymnase. Le voile disparaissait au fil du temps, laissant voir aux membres du club que : non, ça n'allait pas, et ça n'avait jamais été.

Kageyama le remarqua également mais ne comprit pas cet état alors que c'était fréquent qu'ils se disputent, ça ne voulait pas dire qu'ils ne s'aimaient plus, mais sans savoir pourquoi, il n'arrivait pas à se retrouver face à son copain pour le lui dire. Chaque fois que son regard se portait sur le central, il ressentait une pression sur sa poitrine. Culpabilité ou inquiétude ? Il n'arrivait pas à différencier ces deux émotions pour savoir laquelle lui serrait le cœur.

Si quelqu'un avait eu le courage d'aller parler à Hinata, de lui demander clairement et simplement si quelque chose n'allait pas, il lui aurait sûrement répondu que tout allait bien et qu'il était juste un peu fatigué alors que c'était à coup sûr le plus gros mensonge de sa vie.

Non, ça n'allait pas et il ne savait plus quoi faire. Tout s'embrouillait, les émotions prenaient le dessus le laissant vidé de toute énergie. Et pourtant quand le soleil partait se coucher pour laisser la lune et les étoiles veiller sur cette petite ville, toute trace de sommeil disparaissait de son corps, le laissant telle une coquille vide fatiguée mais ne pouvant dormir. Et finalement, les larmes commençaient à couler, telles des torrents inarrêtables. Ces larmes salées faisaient mal au jeune garçon. Il n'aimait pas être triste - comme tout le monde en soit - mais lui était un garçon fait pour sourire, fait pour sauter et pour illuminer son entourage. Le soleil personnifié si on regardait les kanjis de son prénom. Ce côté là de lui-même, il le trouvait détestable, à chouiner pour rien et n'arrivant pas à arrêter ses jérémiades silencieuses quand les larmes devenaient trop nombreuses et l'étouffaient tandis qu'il se débattait seul dans son lit contre sa propre tristesse.

Mais même quand il faisait le point sur lui-même pour essayer de réparer seul ce qui se passait dans sa tête, il comprenait que le problème était plus profond et que ce n'était même pas son copain qui l'avait le plus blessé.

Avant leur dispute, cela faisait un mois qu'ils étaient officiellement en couple et il avait décidé de le dire à ses parents, n'ayant pas honte le moins du monde tellement sa candeur avait l'habitude de prendre le pas sur sa conscience, ne pensant même pas au fait que, peut-être, ses parents allaient mal réagir. Cette idée lui avait paru si absurde qu'elle ne lui avait même pas traversé l'esprit. Du moins, jusqu'à ce qu'il se retrouve devant les faits. Sa mère l'avait plutôt bien pris, elle ne comprenait pas tout, mais essayait de se faire à cette idée que, oui, son fils sortait avec un autre garçon mais qu'au moins il était heureux tel quel. Mais malgré cette bonne réaction d'un côté, ce ne fut pas le cas de l'autre.

Ce qui blessât le plus le fils Hinata ne fut pas forcément les reproches mais tout d'abord ce regard. Un regard désapprobateur, colérique, mais principalement déçu. Il avait déçu son père, encore. Le patriarche de la maison avait déjà beaucoup de mal avec son fils aîné qui préférait jouer à la « baballe » que de se concentrer sur ses cours et ses notes, plus que basses. Alors les injures et les punitions faisaient parties intégrante du quotidien du jeune garçon. Mais cette réaction là, ce simple regard avait, pensait-il, suffit à l'amocher sans qu'il ne s'en rende compte, ne voyant les effets qu'a long terme.

Et la preuve était là, ce n'était en soit pas la phrase de Kageyama qui l'avaient rendu si triste mais le regard qu'il avait quand il l'a prononcée. Ce regard qui signifiait « tu m'as déçu » . Ce regard l'avait poussé à se souvenir de cette discussion avec son père, de la baffe qui avait suivit le regard, des insultes envers sa personnes et tous ceux qui lui ressemblaient. Les mots avaient été violents, la baffe résonnait encore dans son crâne et les larmes avaient déjà tracé leur chemin sur ses joues rondes.

[ Tu es tout juste assez bon au volley. / Tu n'es pas assez bon à l'école. ]

Ces deux phrases se mélangeaient dans sa tête et la noirceur s'amplifiant au fil des jours, il finît par croire qu'il était aussi nul au volley qu'il l'était à l'école.

Alors il s'entraînât, plus, toujours plus. Il additionnait les heures supplémentaires, donnant tout ce qu'il pouvait mais ne le voyant jamais du bon côté. Pour lui il était toujours trop nul, pas assez bon.

Son état se dégrada de plus en plus. Cela faisait une semaine maintenant - seulement - qu'ils ne se parlaient plus avec le brun. On était vendredi et Hinata se disait qu'enfin ce soir il serait libéré. Chaque fois qu'il posait son regard sur son petit ami - ex ? - son cœur se serrait et il se demandait ce qu'il faisait là, à espérer des excuses qu'il n'avait même pas demandé.

A cet instant précis, quand leurs yeux se trouvèrent à nouveau, le brun eu d'un coup très peur. C'était lui qui provoquait une si grande détresse dans le regard de son copain ? pourquoi avait-il envie de pleurer alors qu'ils ne s'étaient que regarder ? Kageyama prit donc tout le courage dont il disposait et s'avança vers le rouquin.

Quand Hinata vît le plus jeune arriver il eu d'un coup la boule au ventre. Il savait que face au garçon qu'il aimait, il n'arriverait pas à mentir comme il le faisait depuis une semaine. Et pourtant les voix résonnèrent et lui donnèrent la force de mentir, la force de dire "je vais bien", la force de ne pas admettre qu'il avait envie de pleurer à chaque seconde de sa misérable existence, la force de ne pas lui dire que les coups de son père lui avait fait prendre conscience qu'il avait honte de lui-même et de ce qu'il était.

Le noiraud arriva à sa hauteur et ne trouvant pas les mots adéquats, il fit un simple geste. Il posa simplement sa main sur la joue du roux, caressant doucement ces rondeurs qui fondaient aux fils des jours. Comment n'avait-il pas remarqué que le plus petit maigrissait à vu d'œil ? Le rouquin le regarda, les yeux grands ouverts, il ne fallait pas qu'il craque sinon il n'allait plus jamais pouvoir s'arrêter de pleurer. Alors il bégaya quelque chose qui ressemblait à une phrase du style "qu'est ce qu'il y a bakageyama ?"

Mais à la place de lui répondre, le plus grand déposa simplement ses lèvres sur ses jumelles, lui offrant un baiser qui voulait dire "je suis désolé" et "je suis là pour toi".

Quand il se releva, ce fût un sourire larmoyant qu'il retrouva, son regard se voilât d'incompréhension et le roux leva juste la tête pour empêcher ses larmes de couler puis quand il les stoppa enfin il regarda simplement son amoureux et avec un grand sourire, lui avoua.

pas besoin de me regarder comme ça bakageyama, tout va bien

Kageyama ne comprit pas pourquoi ce sourire et la façon guillerette de Shôyô de sortir du gymnase lui mit la boule au ventre, comme si un poids dont il ne connaissait même pas l'ampleur venait de loger au creux de son estomac.

Shôyô rentra chez lui, détestant les larmes qui s'étaient remises à couler à partir du moment ou il avait tourné le dos à son copain. Juste avant de passer la porte d'entrée, il sécha son visage et regarda dans le reflet de son téléphone si sa tête était crédible. Après avoir tout remis en ordre, il passa la porte et dit joyeusement "je suis rentré". Sa petite sœur, Natsu, lui sauta dans les bras et il la fit sauter en lui faisant un grand sourire. Puis quand il la fit descendre elle lui dit, mal à l'aise, "papa t'attends dans le salon, et je crois qu'il est pas content, il avait un papier dans les mains".

L'aîné Hinata devint blême. Les examens de mi trimestre, il allait se faire tuer. Il avait du passer en rattrapage pour aller au camp d'entrainement mais son père n'était pas au courant, étant en déplacement pour le travail.

Il alla jusqu'au salon, la boule au ventre.

Kageyama ne se sentait pas bien. Il pensait que son action allègerait le coeur du plus petit mais quand il l'avait vu ce matin, Hinata n'avait même pas essayé de faire la course avec lui. La poitrine du noiraud se serra, on voyait à des kilomètres le bleu en forme de main sur la joue du roux, même s'il essayait de la cacher du mieux qu'il pouvait.

Shôyô lui faisait toujours le même sourire, ce sourire qui essayait de le rassurer mais qui lui donnait plus envie de pleurer qu'autre chose. Le sourire était tel qu'el mais son énergie n'était plus là, tout ce qui faisait d'hinata shôyô un petit soleil avait disparut. Et les jours s'écoulaient et ce même sourire perdait de son intensité, devenant fade et sans plus aucun intérêt.

Autant la semaine passée il arrivait à gratter quelques heures de sommeil ci et là autant maintenant il ne dormait plus, s'épuisant rien qu'a monter les escaliers pour rejoindre sa salle de cours. Alors faire du volley...
De plus il ne mangeait presque plus, toute nourriture lui donnant juste envie de tout recracher tellement elle n'avait plus de goût.

Alors les journées était longues, il faisait de son mieux en cours, essayant de ne pas s'endormir sur sa table, il faisait de son mieux au club, essayant de ne pas s'évanouir à chaque entrainement mais rien n'était jamais assez bon, c'était toujours trop peu pour son esprit alors il faisait plus, révisait jusqu'à 4heures du matin, s'entrainait jusqu'à 21h30.

Mais son corps ne tint plus. deux semaines avec ce rythme effréné avaient totalement bousillé le tas d'os qu'il appelait "corps".

Le dernier jour d'entrainement avant leurs jours de repos, son corps lâcha et Hinata tomba au sol avant même d'essayer de sauter pour toucher la balle. Kageyama fût le premier a courir vers lui, lui évitant de s'éclater la tête contre le parquet dur. Il paniqua, le visage de son copain était méconnaissable, les yeux bouffis, des cernes beaucoup trop grands pour un visage aussi petit que celui de Shôyô et surtout ce sourire triste, tinté de ces yeux qui exprimaient toutes les excuses du monde. Le brun lui parla alors doucement, vérifiant qu'il avait encore les yeux ouverts.

- Hey... doucement, tout va bien.

Le roux répondit faiblement, les larmes aveuglant sa vue.

- Je suis désolé...je n'ai encore une fois pas été assez bon..

Les larmes coulaient maintenant en trop grande quantité pour même tenter de les essuyer alors Tobio prit juste le garçon qu'il aimait dans ses bras, tournant son regard apeuré vers le coach qui s'était approché d'eux, calmant les adolescents autour pour laisser de l'espace à Hinata.

" Ca va aller t'en fais pas, va juste le poser à l'infirmerie, j'arrive dans deux minutes . "

Le verdict était tombé. Le rouquin avait perdu 15 kilos en seulement trois semaines et faisait des crises d'hypoglycémie et d'anémies très régulières dues à ses repas beaucoup trop négligés. Et tout cela avait été créée par une seule et unique chose. Des mots que le plus petit eût du mal à assimiler, tombant totalement dans les limbes du sommeil.

C'est clair et net, ce petit fait de l'anxiété de performance.

Anxiété de performance : liée aux situations d'évaluation. Elle implique des signes et symptômes, parfois , variés dont le stress, la peur (dont la peur de l'échec) et la détresse . L'anxiété de performance peut-être un frein significatif à l'apprentissage et à la performance et serait une cause d'abandon scolaire,,. Elle peut également avoir des conséquences plus larges en affectant le développement social, émotionnel et comportemental du sujet, ainsi que son estime de soi.

Alors qu'il se réveillait d'un sommeil qui semblait beaucoup trop agréable, sa première vision fut un Kageyama endormit sur une chaise, le buste à moitié allongé sur le lit dans lequel lui-même était installé. Son copain lui tenait la main, aillant entrelacé leur doigts un peu gauchement.

Le mouvement qu'il produisit dans le lit suffit à réveiller le jeune homme à ses côtés qui ne devait sûrement pas très bien dormir. Quand il vit qu'il avait ouvert les yeux, le brun se jeta sur lui enfournant sa tête dans son cou tout en murmurant.

"Me refait plus jamais ça imbécile. J'ai eu si peur."

Les larmes vinrent aux yeux du roux, il murmura des "désolé" toutes les deux minutes, se protégeant contre le torse de son copain.

Kageyama le regarda alors, lui demandant des explications qui sortirent difficilement des lèvres du roux tellement il tremblait.

Petit à petit, toute la douleur accumulée pendant ces trois semaines infernales s'évacua en même temps que les larmes du nouveau petit géant, son sourire redevint un peu plus sincère que ces derniers temps bien qu'il restait fragile et tremblant.

Hinata rigola un peu et mit sa tête face à la sienne.

"je vais bien."

" ne me redis plus jamais cette phrase, je t'en supplie."

"Et si c'est vrai ?"

"Alors dit moi juste que tu m'aimes"

"je t'aime, mais ce mot ne sera jamais assez "