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The fallen soldier
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Nous partîmes dans les barques elfiques, quittant ce pays de la Lorien. Une vaste forêt qui comportait des arbres comme nulle part ailleurs. Je devais bien avouer que le cœur du monde elfique, comme l'appelait Legolas, n'était pas dénoué de beauté.
Je me sentais étrangement triste. Et désemparé.
Plus nous avancions sur ces eaux bleues-vertes, plus je me sentais coupable. Mon père recherchait l'anneau unique, le fléau d'Isildur. Le Gondor en avait besoin. Cruellement besoin.
Mais j'étais trop faible et lâche pour le prendre à Frodon. Alors que tout serait plus simple pour le Gondor et les hommes, si nous avions cette arme.
Depuis toujours le sang de notre peuple avait coulé. Depuis toujours, nous avions payé un lourd tribu pour protéger nos terres et celles des autres.
De mon point de vue on nous devait bien cela. Mais il n'en était rien. Le seigneur elfe Elrond avait préféré le confier à un semi-homme, un hobbit dénuer de force qui avait pour but de détruire la seule arme qui pouvait nous sauver tous. Et mettre un terme à de nombreuses souffrances. De trop nombreuses souffrances.
Je devais le lui prendre. Je n'avais plus que cette solution. Je devais le lui prendre. Plus j'y réfléchissais, et plus cela tombait sous le sens. Mon père le voulait. Et j'étais le seul à pouvoir le lui donner. Je lui rendrais un fier service en le lui donnant. Il fallait que je trouve le moment. Et comme je sentais le regard d'Aragorn sur moi, il faudrait que je sois discret. Mais j'étais Boromir du Gondor, j'allais bien réussir. Je n'en étais pas à ma première mission périlleuse, loin de là, et il ne s'agissait cette fois-ci que d'un hobbit.
A nous, peuple du Gondor, l'anneau était indispensable. Et utiliser l'arme de puissance de l'ennemi, n'était-ce pas la meilleure façon de gagner la guerre ?
Aucun doute, pensais-je pour moi-même.
Après quelques jours de navigation, nous fîmes halte juste au-dessus des chutes de Rauros.
Nous partirons cette nuit, déclara Aragorn. L'obscurité nous aidera. Puis nous gagnerons la rive opposée pour prendre la route du Mordor.
J'aurais voulu faire un crochet par ma cité, Minas Tirith, la fière cité blanche. Je soupirais.
Je posais mes affaires, et en tournant la tête je vis que Frodon était absent. C'était sans doute le moment ou jamais.
Je vais chercher du bois, déclarais-je à mes compagnons.
Ceux-ci opinèrent du chef, et je m'enfonçais dans l'étendue d'arbre derrière nous sans éveiller le moindre soupçon.
Scrutant les bois qui me faisait face, je guettais la moindre trace du hobbit. Mais après avoir parcouru plusieurs centaines de mètres et m'être éloigné du campement, je commençais à me dire que je ne le trouverais pas. Avait-il disparu ? Avait-il décider de donner l'anneau à nos ennemis ? Ceux-là même qui nous observait dans l'ombre de la végétation dense depuis notre sortie de la Lorien.
Cela ne se peut, murmurais-je.
Rendant les armes, je m'occupais de prendre du bois. Après tout j'étais parti avec ce prétexte.
Et puis je le vis. Devant le visage de pierre d'une statue depuis longtemps tombée et oubliée.
Personne ne doit s'aventurer seul, fis-je. Surtout vous. Tant de choses repose sur vous.
Frodon leva la tête vers moi et me regarda avec inquiétude. Comme si je troublais sa solitude.
Je sais pourquoi vous désirez être seul, repris-je. Vous souffrez, jour après jour, je le sais. Mais n'est-ce pas vain ? Il y a d'autres moyens. D'autres chemins.
Je sais ce que vous diriez, affirma Frodon. Cela me semblerait sage mais je me méfie.
Se méfier ? Pourquoi ? demandais-je en m'approchant de lui. Nous avons tous peur Frodon. Mais laisser la peur nous guider et détruire l'espoir que nous avons c'est de la folie !
Il n'y a pas d'autre moyen, déclara Frodon.
Je ne réclame que la force de défendre mon peuple ! m'écriais-je en jetant le bois que j'avais dans mes bras. Il suffit de me prêter l'anneau.
Non !
Je ne suis pas un voleur.
Vous n'êtes plus vous-même, fit Frodon en reculant.
Combien de chance avez-vous ? demandais-je. Ils vous trouveront. Ils prendront l'anneau. Et vous supplierez que l'on vous tue. Et cela sera la fin pour nous tous. Ne le voyez-vous pas ? Pauvre fou ! Vous ne l'avez que par hasard ! Il aurait pu être mien. Il aurait dû être le mien !
Je me jetais alors sur le petit homme qui tomba sur un lit de feuilles mortes, une lueur paniquée dans le regard.
Donner le moi ! criais-je.
Non ! s'écria Frodon avant de disparaitre.
Je tombais à mon tour, jeté au sol par une force invisible.
Je vois clair dans vos pensées ! criais-je en me relevant. Vous allez le donner à Sauron ! Vous allez nous trahir ! Je vous maudis ! Vous et tous les autres semi-hommes !
Je trébuchais avant de m'étaler de toute ma hauteur au sol face contre terre. Les feuilles mortes et la mousse humide contre ma peau m'éveillèrent alors.
Qu'avais-je fait ?
J'étais Boromir du Gondor, guerrier fier et brave et pourtant j'avais failli. Lamentablement. J'avais été faible. Me laissant emporté par le pouvoir de l'unique. Moi qui avais prêté le serment de protéger son porteur. Frodon avait disparu, et seul dans ces bois me yeux recouvrèrent la vue. Je m'étais trompé. Sur toute la ligne. Suivant aveuglement le discours que m'avait tenu mon père avant que je parte vers le nord.
Quel genre d'homme étais-je devenu ?
J'avais juré de protéger le semi-homme, et au lieu de cela j'avais causé sa fuite.
Quel genre d'homme étais-je devenu ?
Soudain des bruits de pas m'interloquèrent. Ils étaient rapides et pressés et tapait le sol avec bruit. Une petite armée ennemie se dirigeait vers mes compagnons.
Sans attendre je m'élançais en avant. Sans me douter que je ne reviendrais pas.
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FIN
J'espère que ce court OS consacré à Boromir vous a plu. C'est la première fois que j'écris sur ce personnage.
Je vous souhaite un bel été et prenez soin de vous.
Little-road.
