Petit mot de l'auteure : cet UA post trilogie a été écrit pour le défi saphique de septembre sur le thème "Lever de soleil". Voilà donc un Genyalina !
Il fait encore nuit lorsque Alina se réveille en sursaut. Dans son esprit encore effrayé, se mêlent les images confuses d'ombres destructrices, des explosions, du regard désemparé de Nikolaï, et les miettes de rêves de ténèbres.
Mais, comme à chaque fois, c'est surtout l'image du corps sans vie de Mal qui lui tire des larmes. Cela a beau faire deux ans désormais, les yeux vitreux de son ami continuent de la hanter. Tu m'as déçu, Alina, semblent-ils l'asséner de reproches. Tu aurais dû me sauver, mais tu n'étais pas assez forte finalement. Même si ses proches lui ont répété maintes et maintes fois que Mal avait fait son choix, il s'était sacrifié pour leur permettre de connaître un avenir heureux, Alina ne peut chasser la culpabilité qui la ronge.
Elle aurait dû, elle aurait pu, elle... Elle ne sait plus où elle en est. Ses connaissances se résument au fait que si elle avait été plus forte, la guerre aurait été terminée plus tôt et nombreuses auraient été les victimes en moins.
Les yeux vitreux et le sang reviennent avec d'avantage de force dans l'esprit d'Alina. Elle sent la panique monter en elle, essaie de lutter contre cette vieille ennemie mais sais que très bientôt, elle sera submergée. Alors elle fait la seule chose qui parvienne à apaiser la vague destructrice qui sommeille en elle : elle prend la main de Genya.
Du moins, elle se tourne pour le faire, mais lorsque ses doigts se posent sur la partie du lit occupée par la rousse, sa main ne rencontre que du vide.
La vague de panique se transforme alors en véritable tsunamis d'inquiétude. Pourquoi Genya n'est-elle pas à ses côtés ? Commence alors un enchaînement de pensées plus destructrices, celles qui renvoient à une époque pas si lointaine où leur vie était menacée chaque jour. Et si Genya avait été enlevée ? Ni une ni deux, la brune se saisit du couteau qu'elle garde sous son oreiller en permanence et descend dans les escaliers à tout vitesse. Peut-être s'inquète-t-elle pour rien. Peut-être Genya est-elle simplement descendue chercher à manger, prise par une fringale nocturne.
Mais lorsqu'elle entre dans la petite pièce du rez-de-chaussée, la figure de la rousse n'est nulle part. Pour tâcher d'y voir mieux, Alina lève les mains par réflexe mais celles-ci restent désespérément vides, ne lui offrant que de l'obscurité. Elle a l'impression que les Ténèbres l'oppressent, que le Darkling est de retour pour invoquer une armée de l'ombre. Elle est alors à deux doigts de suffoquer avant d'entendre un léger bruit venant de l'extérieur.
Prudemment, elle s'avance vers la porte fenêtre.
Sous ses yeux stupéfaits, elle aperçoit Genya, en train de ramasser un livre qu'elle a manifestement laissé tomber.
Sans réfléchir, Alina fonce dehors. En cet instant, les Ténèbres n'importent plus ; elle ne prend pas la peine de vérifier s'ils sont présents, seule importe Genya. Elle doit vérifier si elle va bien.
Évidement, lorsque Genya se reçoit en pleine face la masse inquiète d'Alina, elle semble surprise. La brune tremble, lui demande si elle va bien, et ne s'apaise pas, même lorsqu'elle lui répond que tout va bien. Des larmes coulent sur les joues de la demi shu et c'est au tour de Genya d'être soucieuse.
- J'ai cru que quelqu'un t'avais fait du mal... murmure Alina, en enlaçant une nouvelle fois la rousse.
- Je suis là, et je vais bien, répond-elle doucement. Tout va bien.
C'est un mensonge, bien évidement, puisque tout ne pourra jamais bien aller – la preuve en est à ces larmes. Elles ne disparaîtront sans doute jamais totalement, à l'image de leurs cauchemars respectifs ; les tortures, le Darkling, les morts – Mal, David et tous les autres... Mais elle la rassure quand même, car que pourrait-elle bien faire d'autre ?
Au bout d'un moment, la brune semble quelque peu calmée.
Ce n'est alors qu'elle remarque que le soleil commence à poindre.
Aussitôt, les tremblements reprennent. Cette fois-ci, ils sont plus maîtrisés, mais Genya sait combien Alina souffre de voir l'astre. Pendant si longtemps, le soleil était son allié, voir plus – elle était le soleil incarné. L'invocatrice de lumière. Partout où elle allée, ce symbole la représentait. Et si elle ne voulait pas de ce pouvoir au début, il est rapidement devenu son seul allié de confiance. Et désormais, elle l'a perdu. Le soleil l'a quitté, la laissant seule pour affronter l'obscurité. Chaque confrontation avec l'astre lui rappelle ce qu'elle a perdu et ce qu'elle a échoué à garder – son pouvoir, bien sûr, mais aussi Mal. Alors Genya n'est pas étonné lorsqu'elle sent une pression d'Alina sur son bras, qui lui demande de rentrer. Mais la rousse dit doucement :
- En fait, j'étais venue assister au lever du soleil.
- Pourquoi ? S'étrangle Alina.
Après tout, elle n'est pas la seule à souffrir du soleil. David aussi n'a pas survécu à la guerre. Et même si elles pansent leurs blessures ensemble, aucun de leur baisers ne pourra complètement remplacé ceux qui ont fait si longtemps battre leurs cœurs. Alors que Genya vienne rendre hommage à l'astre qui les a lâché au si mauvais moment, c'est une chose étonnante.
- Cela me manquait, finit par répondre Genya. Je me suis levée tôt pour pouvoir assister à son lever. Mais... Mais quand tu es arrivée, j'étais en train de faire demi-tour. Je suis tellement faible... murmure-t-elle amèrement.
- Tu n'es pas faible, lui répond alors Alina avec ferveur. Tu es Genya Saffin, celle qui a tenu tête au Darkling !
- Il faut croire que les mauvais souvenirs sont plus forts que l'Hérétique Noir, ironise la rousse. Je ne suis pas assez forte, c'est tout.
- Moi non plus, je ne suis pas forte. Mais tu te rappelles de ce que tu m'avais dit ? À deux, nous pouvons être plus fortes.
Se disant, Alina lui tend une main secouée de tremblements. Après une hésitation, Genya la saisit. Elles s'assirent alors toutes deux dans l'herbe fraîche du matin et attendirent ensemble que le soleil termine de se lever.
