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Le cas Penny Fleck

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Salutations, et bienvenue sur cette nouvelle fanfiction !

Après avoir écrit il y a plusieurs mois, suite au film Joker (2019), "Le cas Arthur Fleck", j'ai concrétisé l'autre idée qui me trottait en tête : écrire "Le cas Penny Fleck".

J'en profite au passage pour remercier annehansa qui m'a motivée à écrire cette histoire ; nos discussions et le fait de savoir que j'aurais au moins une lectrice m'ont poussé à poser mes idées par écrit.

Donc, dans cette nouvelle histoire, nous allons suivre Penny Fleck, récemment internée à l'asile d'Arkham, ainsi que le psychiatre Benjamin Stoner, qui essayera tant bien que mal de soigner sa nouvelle patiente.

Cette fanfiction comptera six courts chapitres au total.

Je précise que je me base sur des éléments du film, tout en y ajoutant ma petite touche personnelle.

Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture !

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Assis à son bureau, c'est dans un soupir de lassitude que Benjamin Stoner referma le dossier qu'il avait entre les mains. La journée avait déjà été longue pour le psychiatre ; pour autant, elle n'était pas encore terminée. Il lui restait une dernière patiente à rencontrer ce jour : Penny Fleck.

Le docteur Stoner passa une main sur son crâne dégarni. Il ferma les yeux un instant, essayant de recentrer son attention sur le dernier cas de sa journée, en vue de ne pas laisser sa fatigue transparaître au cours de l'entretien qui allait suivre – avant qu'il puisse enfin rentrer chez lui.

Penny Fleck.

Troisième admission en psychiatrie. La jeune femme était déjà connue des services de santé mentale de la ville ; pour autant, Benjamin Stoner ne la connaissait pas encore.

Penny Fleck avait d'abord été internée à l'âge de quinze ans, contre sa volonté mais avec l'accord de ses parents, suite à une décompensation psychique induite par l'abus de drogue – du cannabis, spécifiait le dossier – ayant provoqué l'apparition d'idées délirantes chez l'adolescente. Après deux mois d'internement dans le service de pédopsychiatrie du docteur Hill, la jeune Penny Fleck avait peu à peu retrouvé le contact avec la réalité et avait pu être renvoyée chez elle.

Pour autant, son parcours en psychiatrie ne s'était pas arrêté là. A l'âge de dix-neuf ans elle fut de nouveau admise, là aussi sous contrainte ; mais il n'était alors plus question de l'accord parental. En effet, monsieur Fleck était décédé depuis quelques années, suite à un cancer foudroyant ; la mère de la jeune Penny, quant à elle, avait développé une sénilité précoce et était décédée un mois avant la nouvelle admission de Penny en psychiatrie, décès faisant suite à une chute fatale dans les escaliers de la maison familiale.

A cette nouvelle hospitalisation, des traces de drogues avaient à nouveau été détectées dans l'organise de la jeune femme : cannabis, opium et héroïne. La jeune Penny mentionnait également des consommations d'alcool régulières, complétant ce sinistre tableau. Comme précédemment, des idées délirantes à tendance mégalomaniaque étaient apparues chez la jeune femme ; mais ce n'était pas cela qui avait motivé l'hospitalisation. C'étaient des voisins de l'immeuble dans lequel la jeune Penny avait emménagé qui avaient contacté la police suite à des cris répétés au cours d'une nuit. Une fois les forces de l'ordre sur place, de la violence physique avait été constatée entre Penny Fleck et son petit ami du moment, tous deux couverts de bleus et l'appartement retourné sans dessus dessous. C'est au cours de la garde à vue que les idées délirantes de mademoiselle Fleck avait été repérées et qu'il avait donc été décidé de la renvoyer en hospitalisation psychiatrique.

L'histoire aurait-elle pu s'arrêter là ? Benjamin Stoner n'en était pas sûr. Le parcours de la jeune femme, ainsi que son instinct de professionnel aguerri, lui semblait évoquer un futur instable... Ce qui semblait se confirmer à présent.

Ce matin, Penny Fleck, âgée de vingt-cinq ans, avait dans un tout autre contexte été à nouveau admise en service psychiatrique, pour la troisième fois. Son service psychiatrique, cette fois. A vrai dire, le docteur Stoner se serait bien passé d'un nouveau cas dans son service déjà surpeuplé ; mais il y avait encore moins de place ailleurs. Et, vu l'âge de la patiente, il n'était plus question de négocier une place en pédopsychiatrie auprès de son ancien psychiatre, le docteur Hill, qui n'accueillait aucun patient de moins de vingt-et-un ans dans son propre service.

Heureusement que Hill lui avait laissé suffisamment d'écrits pour que Benjamin puisse se faire une relativement bonne idée du cas de la jeune femme... Jeune femme qu'il devait rencontrer dans sept minutes, constata-t-il en regardant sa montre.

Nouveau soupir.

Le docteur Stoner prit le dossier en main et se leva, puis contourna son bureau avant d'ouvrir la porte et de pénétrer dans le couloir de l'asile d'Arkham. Il croisa quelques infirmiers et aide-soignants accompagnés de patients déambulants, certains le regardant de leurs yeux sédatés tandis que les professionnels lui adressaient un hochement de tête respectueux. Hochement que leur rendit Benjamin, qui avait de nouveau adopté sa posture droite et fière dans ce lieu public où il se devait d'avoir bonne apparence en toute circonstance.

Il parcourut les longs couloirs sans hésitation, le plan de l'asile étant parfaitement imprimé dans son esprit après ses longues années de service. Il tourna encore à droite, puis à gauche, et arriva finalement dans l'aile des cellules d'entretien. Un gardien l'attendait devant la porte 12.

« Elle est à l'intérieur ? » demanda le docteur Stoner sans préambule, désignant d'un geste du menton l'intérieur de la cellule où il devait rencontrer sa nouvelle patiente.

Le gardien lui répondit par un signe de tête affirmatif. Alors, le psychiatre actionna la poignée de la porte et pénétra dans la salle.

La lumière était aussi désagréable que dans les autres cellules d'entretien, trop blanche à son goût, et se réverbérant désagréablement contre les parois des murs trop blanches elles aussi, conférant une ambiance particulièrement froide à la pièce. Au centre, assise devant une petite table aussi blanche que le reste de la salle, une jeune femme blonde lui faisait face. Ses cheveux étaient grossièrement attachés en une queue de cheval d'où plusieurs mèches s'échappaient anarchiquement.

Au bruit de la porte se refermant, la jeune femme releva ses yeux bleu clair vers le nouvel arrivant. Malgré ce bleu vif, son regard était comme éteint. Le docteur Stoner avait l'habitude de ce genre de regards, modifiés par les effets des tranquillisants administrés aux patients pouvant faire preuve d'agressivité. Il avait reçu une petite note sur son bureau quelques heures auparavant, indiquant justement que mademoiselle Fleck avait eu droit à pareille injection au vu de son agitation à son entrée dans le service. Il faudrait par la suite lui trouver un traitement médicamenteux le plus adéquat possible.

Ne laissant rien transparaître de ses pensées, Benjamin attrapa la deuxième chaise présente et la tira pour s'asseoir dessus, faisant à présent face à la jeune femme. Il posa le dossier devant lui et croisa les mains sur la table, fixant sa patiente droit dans les yeux.

« Bonsoir, mademoiselle Fleck. »

Benjamin patienta quelques instants, mais il n'y eut aucune réaction chez la jeune femme. Elle continuait simplement à le fixer de son regard vide.

« Penny, relança le psychiatre. Est-ce que vous m'entendez ? »

A l'emploi de son prénom, sa jeune patiente eut comme un petit éclat dans son regard avant de finalement hocher la tête, lentement. Le psychiatre nota dans un coin de son esprit qu'il vaudrait mieux utiliser son prénom pour la faire réagir.

« Bien, reprit-il. Je me présente, je suis Benjamin Stoner, votre nouveau psychiatre. Enchanté. »

La jeune femme eut pour seule réaction un clignement des yeux pouvant laisser supposer qu'elle avait bien entendu ses paroles.

« Penny, savez-vous où vous êtes actuellement ? »

Sa patiente inclina légèrement la tête et fronça les sourcils. Il lui laissa le temps de réfléchir.

« Je... » commença-t-elle, incertaine, articulant péniblement. « A l'hôpital ? »

Benjamin hocha la tête.

« Vous êtes actuellement hospitalisée, en effet. Nous sommes à l'asile d'Arkham. »

Le regard de Penny se perdit en direction du sol.

« Arkham... » répéta-t-elle lentement.

Le psychiatre laissa le silence planer quelques secondes afin qu'elle puisse assimiler les informations.

« Savez-vous pourquoi vous êtes ici ? »

Il lui sembla que la jeune femme était toujours perdue dans sa contemplation du sol.

« Penny ? Savez-vous pourquoi vous êtes ici ? » répéta-t-il doucement.

Penny releva alors son regard vers lui. A nouveau, elle fronça les sourcils.

« Je n'ai rien fait de mal » répondit-elle d'un ton légèrement plus assuré malgré son regard toujours hagard.

S'il avait été seul dans son bureau, Benjamin Stoner aurait soupiré. Mais ici, face à sa patiente, il garda son calme professionnel.

« Il s'est pourtant passé des choses graves, Penny. Premièrement, vous avez été interpellée par la police alors que vous vous trouviez dans le hall de Wayne Enterprise, hurlant que vous deviez voir monsieur Thomas Wayne. Et quand l'agent de sécurité a voulu vous retenir vous l'avez directement menacé de mort. Est-ce que vous vous souvenez ? »

Penny resta silencieuse un moment.

« Thomas... articula-t-elle finalement. Il fallait que je voie Thomas... »

Benjamin hocha la tête.

« Il a fallu trois policiers pour vous contenir et vous emmener au poste » précisa le psychiatre.

Aucune réaction. Benjamin n'était pas sûr qu'il tirerait plus d'informations de sa patiente sur cet événement-ci pour le moment. Alors, il décida d'enchaîner avec le deuxième élément. Le plus grave.

« Pendant que vous étiez en garde à vue, des policiers ont été envoyés chez vous. Dans votre appartement. Ils y ont trouvé votre fils. »

Le psychiatre décida de laisser un temps avant de poursuivre, afin de voir si la jeune femme réagissait.

Son regard sembla s'éclairer légèrement.

« Arthur... » lâcha-t-elle finalement, un léger sourire ornant ses lèvres.

« Oui, Arthur, votre fils, confirma le professionnel.

- Notre fils, répondit Penny toujours souriante.

- "Notre" ? demanda le psychiatre.

- Oui, répondit-elle. A Thomas et moi... Notre enfant... »

Benjamin Stoner ancra fermement son regard dans celui de la jeune femme.

« Votre fils, seulement le vôtre, rectifia-t-il. Arthur n'est pas le fils de Thomas Wayne. Il est votre fils adoptif. »

Pas de réaction.

« Vous l'avez adopté » insista-t-il dans l'espoir que ses paroles atteignent l'esprit de la jeune femme.

Celle-ci secoua finalement la tête dans une négation silencieuse.

« Vous l'avez adopté, répéta le psychiatre. Tous les papiers sont là » expliqua-t-il en tapotant le dossier posé sur la table.

A nouveau, Penny secoua la tête.

« Ce n'est pas vrai, répondit-elle finalement, les yeux dans le vague. Thomas... C'est lui qui a fabriqué les documents, pour que ça reste notre secret... »

Mentalement, Benjamin Stoner prit note de l'apparition d'une première idée délirante. Les papiers étaient formels, il n'était nulle part mention de Thomas Wayne concernant cette adoption. De plus, au cours de l'entretien lors de la garde à vue, il s'était avéré que Penny Fleck avait très probablement une obsession à l'encontre de Thomas Wayne, son ancien employeur ; celui-ci réfutant quant à lui vivement toute possible relation intime avec la jeune femme.

« Penny, reprit-il. Vous êtes en couple avec... » il regarda le dossier « ... Eric Allen. Pas avec Thomas Wayne. »

La jeune femme ne répondit rien, les yeux toujours hagards. Le psychiatre décida tout de même de poursuivre.

« Votre fils, Arthur, et votre petit-ami, Eric, ont tous deux été retrouvés à votre appartement. Eric était déjà connu des forces de police pour abus et possession de drogues, et agressions physiques. Eric est quelqu'un de violent, n'est-ce pas ? »

Là non plus, pas de réponse ; mais il vit les yeux de Penny balayer le sol, comme à la recherche de quelque chose d'invisible. Malgré tout, elle entendait ses paroles. Alors il poursuivit.

« Votre petit-ami a été violent avec votre fils. Il l'a maltraité, a abusé de lui. Et il avait déjà été violent avec vous également... »

Commençant à se sentir agacé par le silence face à lui, Benjamin décida de confronter sa patiente.

« Penny » reprit-il tout en sortant une photo du dossier pour la mettre face à elle. « Votre fils, Arthur, a été retrouvé attaché à un radiateur, avec de multiples blessures sur le corps, ainsi qu'un sévère traumatisme crânien » expliqua-t-il.

Penny avait relevé les yeux vers la photo tendue vers elle mais, là encore, elle ne lâcha pas un mot. Son regard semblait bien dirigé vers la photo mais, également, semblait comme absent.

Gardant contenance, Benjamin attendit.

Le regard toujours dans le vague, Penny répondit alors dans un murmure.

« Je ne l'ai jamais entendu pleurer... Pas une seule fois. Il a toujours été un petit garçon si joyeux... »

Un léger sourire étira son visage, comme si la jeune femme était en train de vivre ce qu'elle venait de dire, bien loin des atrocités que lui révélaient le psychiatre et la photographie.

Benjamin préféra alors ranger la dite photo dans le dossier. Il nota mentalement que, pour l'instant, l'épreuve de la réalité semblait trop difficile pour la jeune femme, qui était en plein déni. En plus d'être sédatée, elle était complètement perdue dans ses pensées obsessionnelles sur Thomas Wayne et leur supposée progéniture...

Habitué à ce type de pathologie, le psychiatre se fit la réflexion qu'il n'y avait probablement rien de plus à en tirer pour le moment, et décida de clore ce premier entretien.

« Penny, dit-il alors. Nous allons nous revoir bientôt, dans deux jours. Vous allez rester ici, à Arkham, pendant quelques temps. Je vais vous prescrire un traitement et il faudra que vous le preniez. »

La jeune femme semblait à nouveau perdue dans ses pensées, alors le professionnel insista car il s'agissait là d'un point important.

« Penny, vous m'entendez ? Je vais vous prescrire des médicaments, et il faudra que vous les preniez. C'est la condition pour qu'un jour vous puissiez revoir Arthur. Vous comprenez ? »

Il vit qu'il avait réussi à capter son attention. Malgré son air absent, la jeune femme avait légèrement relevé son regard vers lui ; puis, finalement, elle hocha la tête.

« Bien. »

Le psychiatre se leva alors et toqua deux coups contre la porte, signifiant au gardien que l'entretien était à présent terminé.

Tandis que la porte s'ouvrait, il se retourna vers la jeune femme.

« A bientôt, mademoiselle Fleck. »

Il partit sans que celle-ci lui ne lui ait répondu, et il ressentit alors une légère amertume. Ce cas ne serait pas des plus aisé à traiter, il le sentait d'avance. Or l'enjeu était particulièrement important : il fallait que Penny Fleck puisse à nouveau être connectée à la réalité pour que son jeune fils adoptif et elle puisse espérer être réunis un jour. Seraient-ils condamnés par la pathologie de sa patiente, ou bien un pan d'avenir pourrait-il leur être offert si Benjamin réussissait à ramener Penny Fleck sur le chemin de la stabilité mentale ?

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Voilà pour ce premier chapitre. Concernant les éléments abordés ici, je me suis basée sur la scène du film (que l'on peut facilement retrouver sur Youtube - pour ma part je l'ai revue en VO, du coup j'ai fait ma propre traduction et j'ai remanié l'entretien à ma sauce). D'ailleurs, dans cette scène, on peut apercevoir un document mentionnant certains antécédents de Penny, que j'ai utilisés ici.

A bientôt pour le deuxième chapitre !