Cela faisait plusieurs heures qu'il les suivait, Merlin pouvait sentir sa magie. La sensation d'être surveillé le démangeait depuis qu'ils avaient levés le camp quelques heures plutôt. Une étincelle de magie avait touché la sienne, frôlant sa peau et sifflant dans ses cheveux, pleine d'une curiosité complice. Pour cette raison, Merlin, moins inquiet que troublé, n'avait pas alerté ses compagnons de voyage.

L'étrange phénomène qui électrisait sa peau recommença une nouvelle fois et un frisson descendit le long de sa colonne vertébrale.

« Merlin, tout va bien ? » Le questionna Lancelot.

Le chevalier avait rapproché sa monture du magicien et chevauchait désormais à ses côtés. Merlin répondit d'un hochement de tête distrait. Cette fois, Lancelot commença sérieusement à s'inquiéter. Merlin avait toujours un mot à dire.

Un contact doux, comme un serpent de plumes, s'enroula soudain autour des épaules de Merlin, remontant sur son cou et redescendant sur son côté. Surpris, le magicien sursauta. Sa magie réagit d'une manière étrange à ce contact taquin : elle repoussa la vrille de magie inconnue entourant son corps et chercha pourtant à l'attirer contre lui. Merlin n'était pas habitué à sentir une présence magique qui ne désirait pas le tuer, lui ou les chevaliers. La curiosité sincère qu'il sentait émaner de l'inconnu le rendait perplexe. Comme s'il prenait conscience qu'il lui manquait quelque chose dont il n'avait pas connaissance avant. Merlin ne l'avouerait jamais à Lancelot ou à Gauvain, mais la compagnie d'un autre être magique lui manquait parfois.

Lancelot posa sa main sur l'épaule de Merlin. Le jeune magicien s'ébroua.

« Nous sommes suivis », chuchota-t-il.

Lancelot se redressa instinctivement et jeta un rapide coup d'oeil aux arbres alentours.

« Qui ?

-Un sorcier. Mais je ne pense pas qu'il soit dangereux.

-Oh ? Alors pourquoi nous suit-il ?

-Je l'ignore, répondit Merlin en se tortillant, mal à l'aise.

-Qu'est-ce que vous complotez tous les deux ? Intervint Gauvain. J'ai horreur d'être laissé de côté ! »

Gauvain tapa amicalement l'épaule de Merlin. Plusieurs événements se produisirent alors en même temps. Les vrilles de la magie inconnue délaissèrent Merlin pour s'en prendre au chevalier joueur et l'éjecter de son cheval, tandis qu'une force surnaturelle désarçonna et plaqua à terre Merlin et Lancelot, se trouvant trop proche du serviteur pour éviter le sort, au sol.

Les chevaliers restants sautèrent rapidement de leur monture pour les aider. Malgré leur effort, Arthur et Léon ne parvinrent pas à relever le chevalier et le serviteur.

C'est alors qu'ils remarquèrent le sorcier sortir des sous-bois.

« Restez où vous êtes, l'avertit le Roi. Que nous voulez-vous ? »

Un sourire paresseux étira les lèvres du sorcier.

« Je souhaite simplement faire connaissance avec mon prochain ! »

Le regard d'Arthur dériva vers son serviteur, finalement parvenu à se relever.

« Merlin ? » dit-il d'un ton sous-entendant clairement « Qu'est-ce que tu as encore fait ? ».

Merlin secoua la tête, jetant un regard méfiant au sorcier. Il eut juste le temps d'apercevoir ses yeux s'illuminer qu'une brume ocre les recouvrit. Si l'étrange brume fut en grande partie stoppée par la barrière magique déployée par Merlin, elle parvint tout de même à étourdir les chevaliers. Si Arthur ne luttait pas pour rester éveiller, il remettrait certainement en question le choix d'avoir un magicien incompétent dans leur groupe.

Merlin se releva et se plaça, protecteur, devant le Roi. Il avait peut-être mal jugé le sorcier en fin de compte. Il espérait que son hésitation n'allait pas leur coûter la vie.

Le sorcier s'avançait. C'était un homme vêtu d'un plastron en cuir sous une tunique et d'amples culottes noires, arborant des bracelets en argent à ses bras, une cape nouée autour du cou. Il avait un visage avenant, une courte barbe, des yeux brillants et des cheveux ébouriffés.

Une vrille de magie le secoua de sa contemplation. Il devait s'éloigner afin d'attirer le sorcier plus loin.

« Si c'est moi que tu veux, haleta Merlin, viens me chercher. »

Le sorcier s'arrêta, plaça une main sous son menton et lui jeta un regard langoureux.

« Te vouloir de quelle manière, chérie ? Ne te méprend pas, les deux que j'ai en tête impliquent des cordes, mais c'est une importante distinction à faire avant que nous ne procédions à notre petite affaire. »

Merlin cligna les yeux de surprise. Il devait avoir mal compris.

« Quoi ? »

Le sorcier s'approcha de quelques pas et le dévisagea des pieds à la tête.

« Je manque de compagnie, j'apprécierais grandement la tienne. »

Une image le traversa soudaine : lui, nu, les bras attachés dans le dos, les chevilles accolées à ses poignets, les genoux écartés dans une posture indécente tandis que des cordes circulaient entre ses cuisses jusqu'à...

Merlin rougit furieusement, rejetant l'image mentale.

« A-arrête ça tout de suite. »

Le sorcier fit la moue mais cacha sa déception derrière un rire.

« Alors tu me refuses ? »

Merlin balbutia. « Je n'ai pas dit ça. »

Merlin était perturbé, d'accord ?

Il se tourna vers Lancelot, parce que qu'est-ce que diantre était-il en train de se passer ? Le chevalier lui renvoya un regard urgent qui disait « sauve-toi » contrastant avec celui de Gauvain qui criait « maudit-le ».

Avant que Merlin ne puisse faire quelque chose, il se retrouva au sol, des lianes rampant sur son corps.

« Qu'est-ce que... »

Le sorcier s'approcha en sautillant, le saisit et le balança par-dessus son épaule, ignorant le cri perçant qu'il poussa.

« Allons discuter de nos conditions à l'abri des oreilles indiscrètes.

-Quoi ? Non ! Lâchez-moi ! »

Impuissant, les chevaliers regardèrent Merlin disparaître avec le sorcier. Quelques instants après, alors que le sortilège se levait, ils se précipitèrent dans leur direction. Pour trouver Merlin, assis en tailleur au sol, bras croisés, fusillant du regard un cochon qui l'observait d'un air indigné.

« J'ai bien envie d'un cochon de lait ce soir, annonça Gauvain, passant un bras autour des épaules du jeune homme tout en foudroyant le cochon-sorcier d'un regard mauvais.

Le sorcier détala en couinant.

Plus tard ce jour-là, sur le chemin du retour, Lancelot se colla à Merlin et chuchota d'une voix malicieuse à son oreille.

« Alors comme ça, tu ne refuserais pas des cordes ? »

Merlin trébucha.