XXI - Marinette Week


En théorie, le local de ménage était fermé à clé. Par message, juste avant le déjeuner, Adrien avait assuré à Marinette qu'il pourrait se débrouiller pour l'ouvrir et cette dernière s'était bien gardée de demander comment il allait s'y prendre. Ce n'était pas une utilisation tout à fait régulière des pouvoirs de Plagg, mais Ladybug n'avait aucun moyen de l'apprendre, n'est-ce pas ? À l'heure dite, elle se rendit au lieu de rendez-vous. Elle entrouvrit la porte pour se glisser dans la petite pièce. Adrien s'y trouvait déjà. Il sourit en la voyant. Il ne fit cependant aucun geste. Ce fut elle qui se rapprocha et le prit dans ses bras. Alors seulement, il se permit de la serrer contre lui. Ce fut elle, encore, qui posa ses lèvres sur celle de son amoureux. Il répondit au baiser avec empressement.

Pas un mot ne fut prononcé les dix minutes qui suivirent. Ils étaient totalement concentrés sur le bonheur que leur donnait cette étreinte. L'intense bien-être qu'ils ressentaient. Leur amour qui pouvait enfin se révéler. Leurs poitrines pressées l'une contre l'autre, avec leur cœur qui battait la chamade à l'intérieur. Leurs mains se perdant dans leurs cheveux et courant le long de leur dos. Leurs lèvres qui s'exploraient avec douceur. C'était tellement bon !

Ils finirent par rompre le baiser et éloignèrent leurs visages pour se contempler. Ils souriaient tous les deux, fous de bonheur.

— Je t'aime, Marinette, avoua Adrien. Je t'aime tellement.

— Moi aussi je t'aime, Adrien. Je suis désolée d'avoir mis autant de temps à l'accepter.

— Ce n'est pas grave. Et puis je comprends. Mon entourage n'est pas évident.

— On peut le gérer. Tu en vaux le coup.

Profondément touché, Adrien serra Marinette contre lui. Il avait besoin de se convaincre que ce n'était pas un rêve. Elle avait vraiment accepté de sortir avec lui.

— Il faut qu'on étudie ton emploi du temps pour voir comment nous retrouver régulièrement, chuchota Marinette, lovée contre sa poitrine.

— J'ai très peu de temps non comptabilisé quand je ne suis pas au lycée, soupira Adrien. (Cela lui donna une idée.) Je pourrais inventer un cours supplémentaire en fin de journée et nous dégager ainsi une heure régulière. Du sport, décida-t-il. C'est la seule activité de loisir que mon père peut accepter.

— Dommage, fit Marinette avec malice. Cela aurait eu du style que tu t'inscrives à des cours de poterie.

Il rit doucement contre elle.

— Vannerie ? proposa-t-il. Scrapbooking ? Mime ?

— Pole dance ! fit-elle inspirée. C'est une activité sportive, non ?

Ils éclatèrent tous les deux de rire.

— Oh, la tête de mon père si je lui déclarais que je veux en faire, s'étouffa Adrien. Je vais garder ça à l'esprit pour les jours où je n'ai pas le moral.

— Pense à ça également, fit Marinette en lui donnant un doux baiser.

— Je ne risque pas de l'oublier, dit Adrien tout illuminé.

Ils s'assirent par terre, avec le mur comme dossier, blottis l'un contre l'autre.

— Je l'ai dit à Nino quand il m'a demandé ce qui me mettait de si bonne humeur, avoua Adrien.

— Alya a deviné tout de suite, dit Marinette. Si on veut que cela reste entre nous, il va falloir avoir l'air un peu moins heureux.

— Ça va être compliqué !

— Allons, le mannequin Adrien Agreste doit savoir un minimum jouer la comédie.

— J'ai davantage l'habitude de feindre d'avoir l'air heureux que le contraire.

Quelques baisers dans le cou et sur les joues récompensèrent cette confession.

— J'ai bien l'intention de faire tout mon possible pour que tu n'aies plus à faire semblant, promit Marinette.

— Je ne doute pas que tu y arrives, assura Adrien.

Avant la reprise des cours, il leur restait encore un moment, qu'ils passèrent à se faire des câlins et à se dire des mots doux. C'était une véritable découverte pour Adrien. Kagami l'embrassait avec plaisir, mais elle n'aimait pas rester trop longtemps contre lui. Elle s'y était accoutumée au cours de leurs mois de relation, mais il sentait que ce n'était pas un geste spontané pour elle. Alors que tout cela paraissait tellement naturel à Marinette ! Et on ne l'avait jamais appelé « Brioche au sucre », « croissant doré », « chou à la crème » ni « merveilleux » (c'était manifestement un gâteau aussi). Il fit de son mieux pour ne pas être en reste et trouver des noms de sucreries pour répliquer. Elle ne sembla trouver aucun inconvénient à être qualifiée de « roudoudou », de « guimauve » ou de « praline ». Il était conscient que cela pouvait paraître parfaitement mièvre. Peu lui importait. Seul comptait son émerveillement à lire un immense bonheur dans les yeux de Marinette et percevoir dans sa voix l'infinie tendresse qu'elle lui réservait.

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Le lendemain était un samedi. Adrien se précipita chez Marinette dès qu'il put s'échapper de chez lui. Avant de sonner à la porte de l'appartement, il vérifia qu'il n'avait pas de message en attente sur son téléphone.

La veille, il avait envoyé un message à Kagami « Pour ton info, je sors avec Marinette. Je reste à ta disposition si tu as besoin de moi. N'hésite pas à me demander de t'accompagner quelque part. Tu es toujours une amie chère à mon cœur ». Elle n'avait pas répondu. Ce n'était pas grave. Ce qui était important, c'est qu'elle sache qu'elle pouvait toujours compter sur lui.

Kagami sortit totalement de l'esprit d'Adrien quand Marinette ouvrit la porte. Qu'elle était belle quand elle lui ouvrait les bras ! En la serrant contre lui, il avait peine à croire à son bonheur. Après s'être dit tendrement bonjour, ils montèrent dans sa chambre. Jamais un samedi après-midi n'était passé aussi vite. Adrien eut l'impression d'être à peine arrivé, que l'alarme qu'il avait programmée sur son téléphone lui indiquait qu'il fallait repartir.

— On s'appelle ce soir, mon croissant aux amandes, le consola Marinette. Et demain. Et on se voit lundi. Et mardi. Et les jours d'après.

— C'est vrai, mon calisson. Mais chaque heure loin de toi est une heure perdue.

Après un dernier baiser, ils redescendirent dans le salon en se tenant la main. Adrien s'aperçut un peu tard que madame Cheng était en bas dans le coin cuisine. Il voulut s'éloigner de sa petite amie, mais celle-ci le tenait fermement, n'hésitant pas à révéler leur lien à sa mère. Manifestement, Marinette n'était pas du genre à cacher des choses à ses parents.

Il salua poliment la mère de sa petite amie, qui le pria de l'appeler « Sabine ». Puis il échangea un dernier baiser avec sa douce et tendre sur le paillasson puis il se dépêcha de rentrer chez lui.

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Au cours des semaines suivantes, Adrien et Marinette savourèrent leur nouvelle relation. Ils restaient discrets, cependant, s'efforçant au lycée de faire perdurer l'image de simples bons amis. Ils se limitèrent à prendre ensemble un seul repas par semaine, chaperonnés par Alya et Nino. Ils se voyaient tous les jours, choisissant la pause du matin ou celle de l'après-midi. Deux fois par semaine, après les cours, ils se rencontraient dans le local déniché par Adrien. Celui-ci avait prétendu suivre deux entraînements de basket supplémentaires pour que son chauffeur passe une heure plus tard. Ils n'avaient mis personne dans la confidence pour ces rendez-vous-là.

La plage du samedi après-midi se partageait entre des moments à deux dans la chambre de Marinette et des sorties en groupe. Quand ils étaient avec leurs amis, ils ne cachaient pas la nature de leur relation. L'ancienne classe de troisième était donc au courant, ainsi que Sundar, qui s'était très vite douté de quelque chose. Comme l'avait supposé Adrien, il leur était parfois difficile de dissimuler leur béatitude permanente. Le mannequin se surveillait davantage chez lui, après avoir surpris les regards étonnés de Nathalie. Il leur était aussi difficile de dissimuler leurs sentiments quand ils se parlaient en classe. À plusieurs reprises, leurs amis avaient levé les yeux au ciel devant leurs regards énamourés et ils avaient dû se discipliner pour reprendre une attitude plus neutre.

Deux semaines après le début de leur relation, Marinette et Adrien se retrouvèrent chez Alya. Nino et Chloé étaient là également. Adrien avait insisté auprès de son amie d'enfance pour qu'elle les rejoigne, sachant que Sabrina avait prévu d'assister à un match important pour l'équipe de football dans laquelle jouait Sundar, cet après-midi-là.

— J'ai vu ton dernier post Instagram, Marinette, dit à un moment Alya. C'est trop chouette que tu aies terminé ta collection. On sent la joie que tu as eue à piquer ton dernier point.

Adrien, assis sur le lit, ses bras autour de la taille de Marinette, sourit avec fierté et embrassa sa petite amie sur la tempe. Il l'avait félicitée par message avant de venir.

— J'adore ce boléro, fit savoir Nino.

Adrien remarqua que Chloé hochait la tête. Elle avait vu la vidéo et avait apprécié le modèle, même si elle était trop fière pour le reconnaître.

— Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ? demanda Alya.

— Je vais souffler un peu avant de lancer une autre collection, dit Marinette en souriant. Sinon Adrien va se lasser de m'entendre tout le temps parler de passepoils et de fronces.

— Tu ne me lasseras jamais, mon sucre à la menthe, assura Adrien.

Il vit Chloé lever les yeux en entendant l'appellation et il retint un sourire. Les mimiques de son amie d'enfance étaient une des raisons pour lesquelles il ne se privait pas de qualifier Marinette de friandise devant elle.

— Je parlais de ta collection actuelle, corrigea Alya tout à son idée.

— Oh, tu penses à un book comme l'année dernière ? crut comprendre Marinette. Je pense attendre les vacances de Pâques pour ça.

— Tu ne voudrais pas voir plus grand ?

— Si tu nous disais ce que tu as en tête ? finit par demander la jeune styliste.

— J'ai pensé que tu pourrais rebondir sur le succès de ton making of des derniers mois, révéla Alya. Pourquoi ne pas proposer un défilé en ligne ? Ça sera un événement auquel tu feras participer tout le lycée.

— Vraiment ? s'amusa Marinette. C'est mon amie ou la présidente du Bureau des étudiants qui me parle, là ?

— Tu vas commencer par lancer un appel à candidatures pour devenir modèle, continua Alya imperturbable. Tu choisiras un élève par pièce. Avec les accessoires, tu auras besoin d'une vingtaine de mannequins. On fera ton tournage dans l'établissement. Il y aura un montage pour le site du lycée et tu publieras sur ton Insta un modèle ou accessoire par jour, pendant vingt jours.

— La Marinette Week, proposa Adrien.

— Ah ouais, super ! approuva Nino.

— Vous êtes fous, protesta Marinette en riant.

— C'est organisatrice d'événements, ta vocation, maintenant ? ironisa Chloé à l'attention d'Alya.

— J'adore, dit Adrien. Fais-le Marinette, tout le monde est gagnant. Cela amusera les autres élèves, cela te fera de la publicité et cela rendra populaire le BDE.

— C'est vrai que ça pourrait être marrant, reconnut Marinette.

Le reste de l'après-midi fut consacré à la communication autour de l'appel à candidatures. Chloé donna l'idée de recruter plus largement : maquillage et coiffure pouvaient aussi être confiés à des élèves intéressés par ces techniques. Nino précisa qu'il n'avait rien contre le fait d'avoir de l'aide pour les prises de vue et de son. Adrien ajouta qu'il n'était pas certain de pouvoir assurer le poste de photographe comme l'année précédente sur un projet de cette taille. Il faudrait aussi des personnes pour l'organisation. Ils décidèrent finalement de proposer à toutes les bonnes volontés d'apporter leur expertise pour la bonne marche de l'événement.

Vers la fin de l'après-midi, quand Sundar et Sabrina les rejoignirent, ils avaient fait la liste de tous les postes à pouvoir et étaient en train de terminer les textes précisant les compétences requises. Alya filma ensuite Marinette en train de présenter son projet, puis appelant tous les élèves du lycée à postuler.

Elle termina la vidéo par ces mots :

— L'idée est de participer à un événement convivial et festif, où vous pourrez faire preuve de vos compétences et montrer ce que vous pouvez apporter aux autres, conclut-elle. Je vous demanderai du sérieux et de la rigueur, mais notre premier objectif sera de nous amuser et de passer du bon temps ensemble. Si vous êtes intéressés, surveillez la chaîne du BDE, toutes les précisions y seront publiées.

Alya lui fit signe que c'était parfait, en coupant l'enregistrement.

— Tu vas postuler, Chloé ? demanda Adrien.

— Si je le fais, tu me sélectionneras, Marinette ? vérifia la fille du maire.

— Tu seras auditionnée comme tout le monde, répondit l'organisatrice. Si tu passes positivement l'entretien, tu pourras être tirée au sort.

— Je ne suis pas certaine que cela m'intéresse, prétendit alors Chloé.

— Enfin, tu ne peux pas demander des passe-droits tout le temps ! protesta Adrien.

— Tu peux parler ! Tu crois que, toi, tu vas passer un entretien et être tiré au sort ?

— J'ai déjà passé mon entretien de motivation et, crois-moi, il a été coton et j'ai bien failli être recalé, fit Adrien d'une voix ironique. Plus sérieusement, je ne pense pas postuler. Je n'ai pas un emploi du temps assez souple pour garantir d'être là quand Marinette aura besoin de moi. Je ne veux pas non plus qu'on se rende compte à quel point on est proches. Je me contenterais d'être conseiller de l'ombre. Toi, tu peux maximiser tes chances en te proposant non seulement pour être mannequin, mais aussi en coiffure et maquillage.

— Maquillage, j'aimerais bien, dit timidement Sabrina.

— Je veux bien porter le matériel, compléta Sundar.

— Je vous promets que je regarderai vos CV avec bienveillance, s'engagea Marinette en leur faisant un clin d'œil.

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Le lundi, le projet de Marinette était sur toutes les lèvres. La styliste et Alya avaient posté sur les comptes du BDE dès le dimanche soir et des affiches étaient déjà présentes sur les panneaux dont disposaient les élèves dans l'établissement.

Le dimanche, Alya et Marinette n'avaient pas chômé. Elles avaient discuté avec le responsable du club vidéo pour obtenir du matériel et l'assurance que ses affiliés se proposent pour participer au projet. Lundi midi, les deux jeunes filles avaient réussi à obtenir un rendez-vous avec le proviseur, qui leur accorda le droit de filmer dans l'établissement, suggérant d'ajouter au projet une présentation du lycée mettant à l'honneur toutes les activités annexes comme les clubs et associations sportives et artistiques. Dans la foulée, une salle fut mise à leur disposition pour faire passer les entretiens de candidature et entreposer du matériel.

Dès le mercredi, Marinette commença à recevoir les candidats. Elle leur demandait ce qu'ils attendaient du projet, quelles étaient leurs disponibilités et leur faisait préciser les compétences dont ils pouvaient se prévaloir. Ensuite, en fonction du poste qui les intéressait, elle expliquait ce qui serait attendu d'eux. Enfin, elle expliquait les modalités de la sélection. S'ils arrivaient à la convaincre qu'ils étaient prêts à donner du temps et de l'énergie et que la description des attendus ne les effrayait pas, ils étaient amenés à déposer leurs noms dans les urnes qui correspondaient aux engagements les intéressant.

À la fin de la semaine suivante, elle procéda au tirage au sort, en présence de tous ceux qui s'étaient présentés pour y assister. Comme Marinette avait expliqué qu'une personne sélectionnée pour deux postes différents pourrait indiquer celui qu'elle préférait (l'autre étant alors réattribué), presque tous les candidats étaient là. Soit plus d'une soixantaine d'élèves sur cinq cent cinquante que comptait l'établissement. La séance, originellement prévue dans une salle de cours, eut finalement lieu dans l'amphithéâtre.

Une quarantaine de postes étaient à pourvoir, allant du mannequinat à la coiffure, en passant par l'accessoiriste et l'intendance. Cela prit plus d'une heure pour attribuer chaque poste et prévoir un remplaçant pour chacun d'eux. Marinette clôtura la séance en précisant que le défilé pourrait se dérouler en présence de public et que chacun était invité à y assister.

Les cinq séances prévues auraient lieu sur deux semaines, en fin de journée, à l'heure où se tenaient les activités extrascolaires. En conclusion Marinette n'oublia pas de remercier le proviseur, qui était, lui aussi, venu assister à la séance, pour apporter son soutien et son aide logistique.

Les deux semaines suivantes furent intenses pour tous ceux qui s'occupaient de la partie organisation du projet. Alya, en parallèle, s'occupait du volet de présentation du lycée. Elle interviewait professeurs et élèves et filmait les équipements dont bénéficiaient les clubs.

Tout à son défilé, Marinette avait moins de temps à consacrer à Adrien. Celui-ci ne s'en plaignit pas, ravi de voir sa petite amie à la fois radieuse et reconnue pour son talent. Leurs conversations par messages ne tournaient presque qu'autour du projet. Il tentait de participer en donnant des idées ou proposant des solutions pour tous les problèmes et contretemps que Marinette rencontrait. À sa demande, Marinette avait calé un des tournages sur le créneau d'un de leur rendez-vous secret. Il put ainsi assister à l'un d'eux.

Adrien n'avait pas postulé pour être mannequin et ses camarades de classe s'en étaient étonnés. Il avait répondu qu'il n'en avait pas le temps et avait ajouté que le but de Marinette était de donner sa chance à tous. Introduire un professionnel dans la sélection aurait été contraire à la philosophie du projet. Au début réticent, Sundar avait mis son nom dans l'urne du poste de mannequin homme, mais n'avait pas été sélectionné. Il n'avait pas non plus été pris pour une tâche plus technique, mais Marinette lui avait dit que si elle avait besoin d'une aide au pied levé, elle le contacterait pour lui demander s'il était disponible.

Chloé allait défiler comme mannequin – elle prétendait que c'était pour rendre service, mais Adrien la savait ravie de participer. Sabrina avait eu le poste de maquillage qu'elle avait espéré. Juleka avait été déçue de ne pas voir son nom sortir de l'urne du mannequinat, mais elle serait coiffeuse, ce qui lui plaisait aussi. Nino n'avait pas été tiré au sort, mais avait assuré qu'il était prêt à encadrer les équipes.

Lila, bien entendu, n'avait pas voulu prendre part au projet de Marinette. Elle avait tenté dans un premier temps de le dénigrer, mais l'opinion des lycéens était très globalement positive et très peu d'élèves se joignirent à elle pour dénoncer les nuisances que cela entraînait ou prétendre que la glorification d'une élève était suspecte et malsaine.

L'insupportable menteuse avait ensuite tenté de ramener l'attention vers elle en prétendant avoir été contactée par Elon Musk. Celui-ci l'avait remarquée quand elle avait visité le siège de SpaceX et il lui avait annoncé qu'elle était pressentie pour occuper une place dans un de ses lancements. Cette tentative se solda également par un échec. Le compte qui la parodiait avait laissé des traces et peu de personnes la crurent. Et puis, dans l'ensemble, ce qui se passait dans l'établissement était plus intéressant que d'écouter une des leurs se vanter de sa chance.

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La vidéo qui fut postée sur le site du lycée eut beaucoup de succès. Marinette faisait désormais partie des têtes connues de l'établissement et dut redoubler de prudence dans ses relations avec Adrien. Tout comme ils l'avaient fait quand ils s'étaient éloignés l'un de l'autre, ils ne se faisaient plus la bise et évitaient de s'approcher trop près l'un de l'autre en public.

Durant les vacances de Pâques, Adrien s'arrangea avec Kagami pour prétendre qu'ils sortaient ensemble plusieurs fois par semaine. Il profita de ces plages de liberté pour passer un peu de temps dans la chambre de Marinette. Ces jours-là, il avait du mal à terminer son dîner, car il pouvait difficilement partir sans avoir mangé un ou deux gâteaux que Tom montait spécialement pour lui à l'appartement. Mais la bonne humeur qui subsistait en lui, après ces heures de câlins, fous rires et bavardages, compensait son estomac distendu.

Les amoureux passèrent également du temps avec leur groupe d'amis. Un après-midi, Marinette devant remplacer sa mère en boutique, Adrien invita Kagami à se joindre à lui pour voir ses camarades. Elle n'accepta qu'après qu'il lui eût certifié que sa nouvelle petite amie ne serait pas là. Il ne put cependant éviter que l'on parle abondamment du défilé de Marinette. Celle-ci postait chaque jour une vidéo sous le mot-clé #MarinetteWeek, présentant alternativement un vêtement et un accessoire, porté par ses camarades de lycée. Tous ceux qui s'étaient intéressés au projet diffusaient les posts auprès de leurs connaissances et chaque séquence faisait un nombre de vues conséquent.

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À la rentrée, Marinette était devenue très populaire. Elle avait donné une bonne image du lycée et mis des camarades à l'honneur. Les mannequins qu'elle avait choisis étaient loin d'avoir le physique de l'emploi, mais elle avait réussi à les présenter à leur avantage. Par leur succès, ils attiraient les hommages, alors que certains avaient auparavant subi des regards dépréciateurs auparavant.

Un matin, entre deux cours, Adrien vit arriver Marinette, son téléphone à la main, visiblement dans tous ses états.

— Tu as vu ? demanda-t-elle.

— De quoi tu parles ?

— Jagged Stone a cité ma chaîne et mon défilé sur son Insta ! lui apprit-elle d'une voix aiguë qui attira l'attention. Il a des millions de followers ! Oh, Adrien, je n'arrive pas à y croire. En deux heures, j'ai eu des milliers de visites !

— C'est vrai ! Mais c'est génial ! se réjouit-il.

— Et regarde les partages ! continua-t-elle en sautillant sur place. Plus d'une centaine ! Oh j'y crois pas ! Nadja Chamack, Clara Rossignol…

Spontanément, elle lui sauta au cou. Adrien, pris de court, eut le réflexe d'écarter les bras pour marquer sa surprise. Elle le lâcha rapidement et partit à toutes jambes en s'exclamant :

— Je vais être en retard en anglais !

Adrien, toujours les bras en croix, lança dans son dos :

— Bravo pour le partage, tu le mérites !

— Tu ne parles pas d'elle sur ton Insta, Adrien ? s'enquit un de ses camarades.

— Ce n'est pas moi qui tiens la chaîne AdrienAgresteOfficial, expliqua-t-il en baissant les bras. Je n'ai aucun lien avec le service communication. Je ne fais que poser et défiler.

— Tu t'occupes quand même de ton fan club, opposa Shaïma, une camarade qu'il savait être une fan.

— Pas du tout, la détrompa le mannequin. Ce n'est pas mon travail.

— Attends, tu veux dire que tu ne lis pas ton courrier ? s'étonna-t-elle.

— Je ne vois pas comment j'aurais le temps, entre les cours, les devoirs et les shootings, fit-il remarquer.

— Quelqu'un les lit, au moins ? s'inquiéta-t-elle.

— Bien sûr. Normalement, il y a une réponse, avec une photo qu'on me fait refaire régulièrement, qui sert spécifiquement à ça.

— Dit comme ça, ça fait très déshumanisé, fit Shaïma, d'une voix déçue.

— C'est le cas de tous les fan-clubs, affirma Adrien. Le but est d'entretenir un engouement pour faire acheter un produit. Un disque, du parfum, des places de concert… Et puis, je ne suis pas certain qu'il serait bon pour ma santé mentale de lire ce qu'on m'envoie.

— Tu reçois des trucs gores ? s'intéressa Sundar.

— Je suppose. Mais ce n'était pas à ça que je pensais. Je sais que toutes ces lettres sont écrites avec de bonnes intentions, et je ne pense pas que ce soit très sain de lire des compliments à longueur de journée. De toute façon, la personne que les gens ont en tête n'existe pas. C'est juste un produit créé par des professionnels. Moi, j'ai une vie beaucoup moins intéressante qu'on se l'imagine.

— Tu as une petite amie ? osa Shaïma.

— Je ne réponds pas à ce genre de question, répondit tranquillement Adrien. C'est ma vie privée et je n'ai pas envie de la lire sur les réseaux sociaux.

— Ça veut dire oui ?

— Ça veut dire que cela ne te regarde pas, répondit Adrien en souriant pour adoucir le propos.

— Et tu as une vraie vie ? demanda une autre de leurs camarades, que Sundar avait toujours trouvé assez perspicace.

Cela fit rire Adrien :

— Bonne question ! Alors, oui, heureusement, avec mes amis ou ici en classe. Mais il est vrai que j'ai aussi des moments de représentation, où je dois ressembler à ce qu'on attend de moi.

— Et qu'est-ce qu'on attend de toi ? demanda-t-elle amusée.

— Un truc bien propre, bien net et très ennuyeux, reconnut-il

— Cela ne fait pas très glamour.

— D'où l'importance de préserver sa vie privée, sourit Adrien avant que l'arrivée de la professeure mette fin à l'échange.

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#Désolée, mon massepain, je crois que je me suis un peu emballée.

#Tout le plaisir a été pour moi, mon berlingot. Je me vengerai ce soir, pendant mon heure supplémentaire de basket.

#J'ai hâte de voir ça !

#On est deux !

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Au cours des jours suivants, le compte de Marinette totalisa des centaines de milliers de vues, en grande partie sur les vingt posts de son défilé, mais aussi sur ceux qu'elle avait postés depuis le début de l'année.

Des centaines de mentions suivirent et Marinette reçut des dizaines de mails chaque jour : des encouragements, mais aussi des demandes de conseils en couture et des demandes de mise en avant. Des clients de la boulangerie en parlaient à ses parents, qui étaient très fiers de leur fille.

Une semaine plus tard, alors que Marinette s'apprêtait à rejoindre discrètement son amoureux dans le local d'entretien après son dernier cours, une fille de la classe d'Adrien vint lui parler.

— Que puis-je faire pour toi, Louane ? demanda aimablement Marinette.

La jeune fille se trémoussa un peu avant de demander :

— Est-ce que tu sais si… si Adrien Agreste sort avec quelqu'un ?

Marinette fit de son mieux pour garder la figure neutre. Elle répondit :

— Je ne peux pas répondre à ta question.

— Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?

— Les deux. Soit je n'ai pas l'information parce qu'Adrien pense que cela ne me regarde pas, soit je l'ai, mais il n'y a que lui qui peut décider ceux qui peuvent être au courant. C'est sa vie privée, je n'en dispose pas.

— Et toi, tu voudrais sortir avec lui ? insista Louane.

— Si c'était le cas, c'est à lui que j'en parlerais, pas à toi.

— Tu ne veux vraiment rien me dire.

Marinette n'aimait vraiment pas cette conversation.

— Si tu t'intéresses à lui, ce n'est pas vraiment mon affaire, Louane, fit-elle remarquer. Je ne sais pas ce que tu attends de moi.

— Eh bien… savoir si j'ai une chance. Je n'ai pas envie de me ridiculiser.

— Adrien est quelqu'un de gentil. Si tu te déclares et qu'il n'est pas intéressé, il ne se moquera pas de toi et n'en parlera à personne. La seule chose que tu risques, c'est un refus poli.

— Même ça, j'aimerais éviter.

Marinette réfréna l'envie de soupirer bien fort. Elle était horriblement gênée par la situation, tout en se sentant désolée pour sa camarade. Elle savait à quel point il pouvait être douloureux d'être attiré par une personne dont le cœur est pris ailleurs. Tomber amoureux n'est pas toujours aussi gratifiant qu'on pouvait l'espérer.

— Est-ce que tu ne pourrais pas lui demander discrètement ce qu'il pense de moi ? insista Louane.

Marinette refusa de la tête avant d'avoir pu s'en empêcher. Elle sentait très mal cette affaire.

— Louane, si tu veux une réponse, demande-lui directement. Je n'ai rien à faire dans cette histoire, conclut-elle fermement.

— Lila a raison, cracha Louane. En fait, tu veux te garder Adrien pour toi toute seule et tu éloignes les autres de lui.

— Pardon ? s'effara Marinette.

— Tu es toujours à lui parler, lui tenir la jambe, faire ton intéressante avec tes vêtements nuls ! Tu te prends pour Lagarfeld, ou quoi ? Tu fais tout ça pour attirer son attention. Tu espérais qu'il se propose comme mannequin pour ton défilé, hein ? Je suis bien contente qu'il t'ait snobée !

Les accusations étaient tellement ridicules que Marinette arriva à garder son sang-froid et répondre sèchement :

— On peut toujours compter sur Lila pour donner une version déformée de la vérité. Je ne vais pas perdre mon temps à réfuter ses mensonges. Si tu veux vivre dans son monde imaginaire, c'est ton problème, pas le mien.

Elle planta là sa camarade et sortit de la classe.

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Marinette fila dans le couloir, profondément agacée. Elle s'était sentie coupable au début de l'entretien, avec l'impression que son bonheur causait le malheur d'une autre élève. Elle s'était réellement demandé le meilleur conseil qu'elle pouvait lui donner pour qu'elle souffre moins de l'attirance non réciproque qu'elle avouait pour son célèbre camarade. Les accusations et le rôle révélé de Lila l'avaient ulcérée. Elle se sentait à la fois stupide de n'avoir pas vu l'attaque venir et indignée d'être la cible d'une accusation aussi injuste.

Alors qu'elle descendait les escaliers, Marinette tenta de se calmer. Elle allait retrouver Adrien pour une petite heure et elle ne voulait pas gâcher ce rare moment d'intimité. Elle voulait profiter à fond de ce moment. Ne penser qu'à ses bras autour d'elle, rire de ses blagues, savourer ses mots tendres. Rien qu'en y pensant, elle se sentit se détendre et sourire.

Elle était nettement moins contrariée quand elle déboucha dans le hall d'accueil. Elle se dirigea vers l'aile où se trouvait la cantine, puis bifurqua dans le couloir étroit où se trouvait le local sur lequel Adrien avait jeté son dévolu. Elle se demanda une fois de plus si ce n'était pas Plagg, qu'aucun mur n'arrêtait, qui avait fait les repérages.

Arrivée à la porte, elle frappa un rythme syncopé qu'ils avaient mis au point, puis entra. Adrien sourit alors qu'elle s'approchait de lui après avoir refermé la porte derrière elle.

— Comment va ma petite dragée ? demanda Adrien.

— Toujours bien, quand tu es là, répondit-elle en se fondant dans ses bras.

Beaucoup de baisers et de mièvreries plus tard, ils se résignèrent à se séparer.

— Samedi, je raccompagnerai Kagami chez elle, indiqua Adrien. Je partirai de chez toi vers dix-sept heures.

— D'accord, c'est noté. Elle va bien ?

— Il me semble. J'ai un peu discuté avec elle il y a deux jours.

Marinette hésita et demanda :

— Tu parles beaucoup avec Louane, de ta classe ?

— Pas trop, c'est une copine de Lila.

— Je vois.

— Pourquoi tu me demandes ça ? s'inquiéta Adrien alors qu'elle se dirigeait vers la sortie.

— Rien de grave. Elle m'a fait un cirque comme quoi, je faisais mon intéressante pour attirer ton attention. Je pense que Lila l'a montée contre moi.

— Je suis désolé.

— Ne t'en fais pas. On n'en est pas à la première offensive de super-menteuse.

— Je vois bien que cela te perturbe.

Marinette décida de ne pas expliquer la manière dont Louane avait abordé la question. Elle ne savait pas si le dépit de leur camarade ne cachait pas une vraie blessure amoureuse. Elle s'obligea à sourire :

— C'était désagréable, mais j'ai vécu pire.

Elle ouvrit la porte qui donnait sur le couloir et se coula dehors après avoir vérifié que la voie était libre. Adrien la retint par l'épaule et l'embrassa tendrement.

— Tu es extraordinaire, ma praline, chuchota-t-il. Ne laisse personne te laisser croire le contraire.

— Merci, mon craquelin.

Ils se sourirent et Marinette se sauva. Elle laissait toujours Adrien derrière elle pour qu'il puisse laisser Plagg refermer la porte.

Elle ne vit pas l'ombre qui la regarda passer, à partir d'un renfoncement.


Bah oui, cela ne peut pas se passer sans quelques désagréments, les scénaristes ont été très clairs là-dessus. Je vous rassure, néanmoins : il n'y aura pas d'effacement de mémoire ni de retour en arrière. Le prochain chapitre s'appellera : "Les valeurs de la marque".