XXXVII - Mineur disparu


À sept heures du matin, Nathalie était debout et habillée. Avant de descendre aux cuisines, elle vérifia que rien n'avait transpiré des évènements de la veille sur les réseaux sociaux. Tout allait bien. Elle descendit, se prépara un thé et des toasts dans la cuisine, tout en surfant sur le téléphone d'Adrien. La veille au soir, ses amis, sur leur groupe privé, s'inquiétaient pour son protégé. Nathalie avait constaté avec satisfaction que ceux qui avaient assisté à l'altercation s'en étaient tenus à la version officielle : Adrien aurait simplement crié sur Lila, quand il avait appris qu'elle avait médit de Marinette. Chloé avait ajouté un petit mot le soir, indiquant qu'elle avait passé le reste de la journée avec Adrien et qu'il allait bien. Elle précisait qu'elle n'était pas certaine qu'il retourne au lycée, mais qu'elle était prête à faire intervenir son père si on lui refusait l'accès au manoir Agreste.

À sept heures trente, Nathalie était dans son bureau, vérifiant l'agenda de son patron et répondant aux divers mails qui étaient déjà dans sa boîte de réception. Elle devait aussi chercher des professeurs particuliers pour Adrien.

Elle travaillait depuis une heure quand le garde du corps frappa brièvement à sa porte avant d'entrer sans attendre sa réponse. Elle lui lança un regard interrogatif. Il lui fit signe de venir. Elle se leva et le suivit dans le hall.

Il lui montra les écrans de surveillance et lança une séquence. Atterrée, Nathalie vit Adrien tirer le panneau qui dissimulait le coffre-fort de son père, l'ouvrir, (comment !?) et en inspecter le contenu. Son cœur bondit quand il s'empara de son Miraculous. Elle vit Adrien pivoter sur lui-même pour profiter de la lumière, observer le bijou d'un air stupéfait, puis le mettre dans sa poche. Il prit ensuite le Livre des Miraculous et sortit du bureau.

— Où est-il allé ensuite ? demanda Nathalie d'une voix blanche.

Le garde lança deux séquences tour à tour. Adrien avait remonté l'escalier et avait pris le couloir menant à sa chambre, dans laquelle il était entré. Nathalie lança « Envoyez-moi tout ça ! » avant de courir à l'étage. Elle ne prit pas le temps de frapper avant de faire irruption chez Adrien. La chambre était vide.

Méthodiquement, elle vérifia la salle de bains, puis le mezzanine. Il n'était plus là. Elle se laissa tomber sur le lit défait, fixant sans la voir la verrière, dont un des panneaux était entrouvert. Elle alluma sa tablette, qu'elle avait machinalement prise avec elle quand elle était sortie de son bureau et ouvrit le mail contenant les vidéos qu'elle venait de recevoir du garde. Elle les lança, tentant de comprendre ce qui venait de se passer.

Comment Adrien avait-il ouvert le coffre ? Et comment était-il sorti du manoir ? Car elle était certaine qu'il ne s'y trouvait plus. Il n'aurait pas laissé le coffre ouvert s'il pensait devoir en subir les conséquences. S'il était repassé par le hall, ce serait sur les vidéos de surveillance. Il était sorti de sa chambre, sans laisser de trace. Depuis combien de temps en était-il capable ? L'avait-il fait au cours des six semaines qui venaient de s'écouler ? Son isolement avait-il été seulement de façade ?

Comprenait-il la nature de la broche qu'il avait dérobée ? Oui, sans doute. Sinon, il n'aurait pas pris le livre. Il avait compris quelque chose en l'identifiant. Elle repassa la bande de surveillance, isolant le moment où il examinait le Miraculous du Paon. Elle laissa filer le moment, avant de mettre subitement la bande en pause, puis de revenir en arrière.

Là ! Avant de se tourner vers le coffre pour y prélever le manuel, Adrien levait la tête, la tournait en fixant un point mobile qui se trouvait au-dessus de lui et prononçait quelques paroles. Comme si quelque chose voletait autour de sa tête. Quelque chose que la caméra n'avait pas pu restituer.

Un kwami ? Nathalie posa lentement sa tablette sur le lit. Adrien possédait-il un Miraculous ? Il serait… Chat Noir ? C'était impossible !

Mais Nathalie savait qu'elle ne faisait que nier l'évidence. Cela expliquait qu'Adrien ait pu ouvrir le coffre. Qu'il ait immédiatement reconnu le Miraculous du Paon, qu'il soit parti en emportant le manuel, qu'il se soit volatilisé. Elle se souvint de son absence durant un combat, la semaine précédente. Celui qui s'était passé à un moment où il était au lycée. Sous la surveillance de Lila. Elle avait aussi noté, quand elle avait étudié l'historique de son navigateur, qu'il allait beaucoup sur le Ladyblog et visitait les forums consacrés aux deux héros. Il avait aussi pas mal de clichés représentant Ladybug dans sa galerie. Elle avait pensé à un intérêt innocent, qu'il partageait avec les jeunes de son âge. Elle n'en avait même pas parlé à Gabriel, ne voulant pas le contrarier.

Et maintenant… Où était allé Adrien ? Voir Ladybug. Forcément. Comment le retrouver ? Adrien avait trois heures d'avance sur eux. Il avait largement eu le temps de prévenir sa partenaire et de trouver un endroit pour se cacher. Allait-il prévenir quelqu'un auquel il tenait particulièrement ? Chloé ? Marinette ? Il avait dû continuer à les fréquenter puisqu'il pouvait sortir à loisir !

Soudain Nathalie se souvint d'un élément qu'elle avait mis de côté. Marinette avait refusé l'offre du Papillon. Elle avait repoussé une akumatisation alors qu'elle venait de vivre une scène éprouvante. Gabriel n'avait pas voulu le prendre en compte, mais l'instinct de Nathalie ne l'avait pas trompée. La gamine était plus solide qu'elle le paraissait. Elle devait savoir qu'Adrien pourrait s'échapper pour venir la voir. Était-elle Ladybug ?

Nathalie reprit sa tablette. Elle tapa un message sur la messagerie instantanée qu'elle partageait avec Gabriel.

#Le rendez-vous que vous attendiez aura lieu ce matin. J'annule tous vos autres engagements et je réserve un vol privé. Veuillez vous rendre à l'aérodrome au plus vite.

La réponse de son patron ne tarda pas. Un simple « Bien reçu ». Gabriel avait compris qu'il s'était passé quelque chose de grave, requérant sa présence à Paris, qu'elle ne voulait pas évoquer clairement. Elle était déjà en train de réserver le vol. Ensuite elle s'occuperait de l'agenda.

Elle redescendit au rez-de-chaussée et alla voir le garde.

— Le système de sécurité n'a pas marché cette nuit, lui fit-elle savoir. Le mail que vous m'avez envoyé n'a jamais existé.

L'homme grogna un assentiment et entreprit de faire disparaître les vidéos compromettantes.

oOo

Il était six heures et demie quand Chat Noir arriva à proximité de la maison de Marinette. Il hésita un moment. Allait-il rejoindre sa petite amie en passant par la terrasse et lui révéler sa nature de héros ou se contenterait-il de sonner à sa porte et lui expliquer pourquoi il s'était sauvé de chez lui ? Il avait déjà laissé un message sur le répondeur de Ladybug, mais elle devait dormir et il ne savait pas quand elle se transformerait et pourrait l'entendre.

Finalement, il n'osa pas se dévoiler devant Marinette, sans avoir auparavant l'aval de la gardienne. Il se détransforma et entra dans l'immeuble. Il frappa à la porte qui séparait la boutique de la cage d'escalier.

Au bout d'un moment, Tom vint ouvrir. Il marqua un temps de surprise en découvrant le jeune homme.

— Qu'est-ce que tu fais là à cette heure, mon garçon ? demanda-t-il d'une voix inquiète.

— J'ai besoin de parler à Marinette, indiqua Adrien. Je rentre chez moi juste après, ajouta-t-il pour tranquilliser le boulanger.

— Ne reste pas trop longtemps, d'accord ? dit le boulanger d'un ton conciliant. Je ne veux pas que tu te fasses prendre. Voici la clé de l'appartement.

Adrien arriva au second étage et ouvrit la porte après avoir timidement frappé, au cas où Sabine serait dans le salon. Ce n'était pas le cas. Il monta donc vers la chambre de Marinette. Là encore, il frappa avant d'entrouvrir la trappe.

— Oui ? fit la voix endormie de Marinette.

— C'est moi, chuchota-t-il.

Il l'entendit se précipiter sur l'échelle qui menait au niveau inférieur et se permit de terminer d'entrer dans la pièce.

— Que se passe-t-il ? demanda-t-elle effarée, les cheveux en désordre, vêtue d'un pyjama léger.

Il referma la trappe derrière lui et se décida à expliquer :

— Je… je pense que mon père est le Papillon.

Elle se figea, visiblement stupéfaite. Il pensa qu'elle allait protester, dire qu'il se faisait des idées, mais elle demanda simplement :

— Tu as vu son Miraculous ?

— Non, il est à l'étranger. Mais j'ai trouvé celui du Paon. C'est celui qui crée les sentimonstres. Il… il était dans le coffre de mon père.

— Tu l'as pris ? s'enquit Marinette.

Il le sortit de sa poche et le lui montra.

— Tu ne dois pas retourner chez toi, commenta-t-elle d'une voix étonnamment calme.

— Non, confirma-t-il, soulagé de ne pas avoir à insister ou à se justifier.

— Mes parents savent que tu es là ? s'enquit-elle, pratique.

— Ton père m'a donné la clé.

— Ils ne voudront pas que tu restes ici, jugea-t-elle. Et puis c'est le premier endroit où on va te chercher.

— Compris, je vais partir.

— Deux minutes, laisse-moi réfléchir. (Elle fronça les sourcils et hocha la tête.) Je vais t'amener à un endroit où tu pourras te cacher, le temps de trouver une solution.

— Je ne veux pas t'impliquer plus que nécessaire, se força-t-il à dire, par correction.

Elle le prit dans ses bras :

— Ne dis pas de bêtises. Où tu iras, j'irai. Et puis il est de notre devoir à tous d'aider Ladybug et Chat Noir.

— Merci, mon réglisse. Je sais comment les prévenir. En attendant qu'ils puissent prendre ça en main, il ne faut pas que mon père me rattrape.

— Il est à l'étranger, tu m'as dit.

— Vers huit heures, on saura chez moi que le coffre a été ouvert et que j'ai disparu.

— Vers huit heures, je suis supposée être au lycée. Voilà ce qu'on va faire. Tu vas redescendre et dire à mon père que tu rentres chez toi. Moi, je vais partir à sept heures trente, avec mon sac de classe, et je te rejoins. Ensuite, on s'arrange pour disparaître tous les deux et tu me diras comment tu comptes contacter Ladybug et Chat Noir.

— Ça me paraît un bon plan, fit Adrien, soulagé. On se retrouve au coin de ta rue dans une heure ?

— Parfait. Tu sais où te cacher en attendant ?

— Ne t'en fais pas pour ça, je trouverai.

— Bien.

Marinette l'embrassa et ils redescendirent dans le salon. Tom arrivait à ce moment dans l'appartement.

— Tu rentres chez toi ? demanda-t-il.

— Oui, il faut que je me dépêche, mentit Adrien.

— Prends un croissant, proposa le boulanger qui avait remonté de quoi constituer le petit-déjeuner de la famille.

— Merci beaucoup, Tom, fit Adrien, heureux d'avoir quelque chose à se mettre dans l'estomac.

— À plus tard, mon baklava, répondit Marinette. On se voit tout à l'heure au lycée.

oOo

Marinette remonta dans sa chambre une fois Adrien parti. Il allait sans doute se transformer en Chat Noir dès qu'il serait hors de vue, pour se cacher sur un toit en l'attendant. Une fois seule, elle prit le temps d'analyser ce que son petit ami lui avait révélé :

— Tu te rends compte, Tikki, le père d'Adrien ! Celui de Chat Noir ! exprima-t-elle d'une voix stupéfaite.

— Ils étaient si près, commenta Tikki d'une voix effrayée. Nous avons eu de la chance qu'Adrien soit le premier à comprendre.

— Je savais que son père était insupportable et incapable de sentiments, mais c'est tellement pire, soupira Marinette, navrée pour Adrien. Ça doit lui briser le cœur.

— Marinette, il faut que tu fasses en sorte qu'il fasse son devoir, la pressa Tikki.

— Bien sûr qu'il va le faire ! s'indigna Marinette. Il a pris le Miraculous et il est venu, non ? Il a dû me laisser un message ! Tikki, transforme-moi !

Ladybug ouvrit son yoyo. Elle avait un message en attente :

Ma Lady, j'ai identifié le Papillon. C'est mon père. Je pars de chez lui avec le Miraculous du Paon. Il est à l'étranger, mais va sans doute rentrer très vite. Je tâche de me trouver un endroit où me cacher. Je me retransformerai plus tard dans la matinée pour qu'on puisse discuter.

La voix de Chat Noir était informative, sans affect. Il semblait avoir totalement maîtrisé ses nerfs. Sans doute s'empêchait-il de penser à ce que cela signifiait pour lui.

Elle répondit :

— Bien reçu, Chat Noir. Je te recontacte plus tard.

Ladybug redevint Marinette.

— Il va falloir que je lui dise qui je suis, songea-t-elle tout haut. Mais quand on sera en sécurité. Et quand j'aurai un plan.

Il était près de sept heures, maintenant. Marinette vida son sac de classe et remplaça sa trousse et ses cahiers par quelques vêtements. Elle descendit ensuite pour prendre un solide petit-déjeuner, ne sachant pas ce que la journée allait lui réserver. Sa mère était encore là :

— Ton père m'a dit qu'Adrien était passé. Il va bien ? s'inquiéta-t-elle.

— Il avait besoin d'être réconforté.

— Et toi, ma chérie ? Tu dois t'inquiéter pour lui.

— Oui, c'est vrai. Mais ça va aller, Maman. On va tenir, tous les deux.

Sabine embrassa sa fille et descendit rejoindre son mari en boutique. Marinette récupéra des gâteaux secs – elle pensait davantage aux kwamis qu'à elle-même – et but son chocolat. Il était encore un peu tôt pour partir, mais ses parents étaient occupés et ne le remarqueraient sans doute pas.

Après réflexion, elle sortit son téléphone de sa poche et l'éteignit. Elle remonta dans sa chambre et mit son appareil au fond d'un tiroir de son bureau. Enfin, elle quitta l'appartement.

Dans la rue, elle s'arrangea pour être bien visible des toits en se dirigeant vers le carrefour où elle avait donné rendez-vous à Adrien. Les rues étaient assez fréquentées, beaucoup de personnes se rendant sur leur lieu de travail. Une fois à l'endroit prévu, elle n'eut pas longtemps à attendre. Adrien, sa capuche fermement rabattue sur sa tête, son sac sur l'épaule, arriva rapidement. Il avait l'air bien plus abattu que l'heure précédente. L'attente ne lui avait pas été bénéfique.

— Où va-t-on ? demanda-t-il.

— Chez un ami. Ça risque d'être un peu long, car on va faire des détours et éviter d'être repérés si tu es recherché, d'accord ?

Adrien acquiesça l'air un peu absent et la suivit dans le trajet qu'elle avait prévu. Un quart d'heure plus tard, elle les fit entrer dans une allée marchande. Arrivée au milieu, elle se réfugia dans un recoin sombre. Elle repoussa la capuche d'Adrien et la remplaça par un béret. De son côté, elle passa une veste un peu trop large pour elle et entoura sa tête d'un foulard. Il la regarda faire, le regard flou, sans avoir l'air de comprendre qu'elle tentait de déjouer les caméras de surveillance.

— Adrien, ça va ? s'inquiéta-t-elle.

Il hocha la tête sans répondre. Elle posa la main sur son front. Il était brûlant. Sans doute le contrecoup de ses funestes découvertes.

— On en a encore pour une demi-heure de marche, tu tiendras le coup ? demanda-t-elle.

— Oui, souffla-t-il d'une voix douloureuse.

Ils repartirent. Au lieu de se diriger vers l'autre extrémité de la galerie, Marinette pilota Adrien vers l'entrée par où ils étaient arrivés. Elle sentait qu'Adrien marchait de plus en plus difficilement. Elle poursuivit cependant son chemin sans traîner. Il y avait de plus en plus de monde dans les rues et les boutiques ouvraient peu à peu.

Quand ils arrivèrent à destination, Adrien, lourdement appuyé sur elle, était grelottant de fièvre.

oOo

Il était dix heures quand Gabriel franchit les portes de son manoir. Nathalie l'attendait dans le hall. Sans dire un mot, ils se dirigèrent vers le bureau de Gabriel. Derrière la porte fermée, Nathalie décrivit ce qu'elle avait découvert sur les bandes et fit part de la disparition d'Adrien. Elle montra ensuite les images à son patron. Elle ne formula aucune hypothèse, le laissant tirer ses propres conclusions.

— Il est Chat Noir, fit finalement Gabriel.

— C'est très possible, convint Nathalie.

— Il a dû se précipiter vers Ladybug pour lui remettre le Miraculous du Paon. Qu'avez-vous entrepris ces deux dernières heures ?

— Rien. Il avait déjà trois heures d'avance. J'ai les noms et l'adresse de ses plus proches amis.

— Pensez-vous qu'il va tenter de joindre cette fille ? Dupain-Cheng ?

— C'est probable.

— Serait-elle liée à tout cela ?

— Je ne l'exclus pas.

— Elle a des parents. On peut faire pression sur elle. Cela fera sans doute sortir Adrien du bois. Mettez-moi en contact avec André Bourgeois.

oOo

Marinette vérifia tout autour d'elle. Très peu de monde sur le quai. Bien. De toute manière, il fallait bien y aller. Ils seraient encore plus suspects s'ils restaient où ils étaient.

— Adrien, on est presque arrivés.

Il se faisait lourd contre elle, maintenant. Il n'allait plus tenir debout très longtemps. Elle descendit les marches qui menaient aux berges et s'avança vers le Liberté. Elle arriva avec soulagement au niveau de la passerelle qui donnait accès à la péniche. Elle savait cependant que tout n'était pas terminé. Elle allait devoir justifier leur présence. Peut-être ne voudraient-ils pas d'eux.

— Marinette ? Qu'est-ce que tu fais là ?

— Luka, je…

En trois pas, le frère de Juleka fut près d'elle.

— Que se passe-t-il avec Adrien ? Il est malade ?

— Oui.

Luka fit passer le bras d'Adrien sur ses épaules et, deux secondes plus tard, il était sur le pont du bateau. Anarka apparut dans la découpe de la porte qui donnait accès à l'intérieur de la péniche.

— Qu'est-ce qu'il a ? demanda-t-elle tout en reculant pour permettre à son fils d'entrer.

— Il est brûlant.

— Amène-le sur ta couchette.

Marinette les suivit dans la coquerie, où se trouvait Juleka en train de prendre son petit-déjeuner. Tous se transportèrent vers la cabine que Luka partageait avec sa sœur. Celui-ci et sa mère déposèrent Adrien sur le lit.

— Il lui est arrivé quelque chose ? demanda Anarka.

— Ces derniers jours ont été difficiles, tenta d'expliquer Marinette.

— Juleka nous a raconté pour hier, dit Luka.

— Luka, aide-moi à le déshabiller et à le mettre sous les couvertures, ordonna sa mère. Juleka, va chercher la trousse à pharmacie. Marinette, rapporte-moi un verre d'eau.

Quand les deux filles revinrent, Adrien était sous la couette, son pantalon en tas, par terre. Pendant qu'Anarka faisait prendre un cachet au malade, Marinette, sous prétexte de le plier, prit le vêtement de son ami. Discrètement, elle récupéra le Miraculous du Paon qui était dans une des poches. Elle posa ensuite soigneusement le vêtement de côté pour rendre son geste naturel.

— Je ne vois pas ce qu'on peut faire de plus dans un premier temps, annonça la mère de Luka. Maintenant, Marinette, tu vas nous expliquer ce que vous faites ici.

Marinette acquiesça de la tête et se pencha sur Adrien pour l'embrasser sur le front. Ce faisant, elle prit sa main et fit glisser la bague du Chat de son annulaire. Tout en se redressant, elle mit la chevalière à son doigt.

Ils retournèrent tous dans la coquerie.

— Son père sait qu'il est avec toi ? demanda la capitaine de la péniche.

— Non, et… Je pense qu'Adrien a besoin de quelques jours au calme.

— Et tes parents ?

— Ils pensent que je suis au lycée. Je leur expliquerai dès que possible.

— Je vois. Nous non plus, on ne dira rien, lui assura Anarka. Mais son père est du genre à mettre toute la police sur le pied de guerre pour retrouver son fils.

— Je suis désolée, je sais que je vous apporte des problèmes, se désola Marinette. Je n'avais pas prévu qu'il soit malade. Je pensais juste passer quelques heures ici le temps qu'il prenne du recul et décide ce qu'il voulait faire.

— Il est en fugue ? se fit préciser Luka.

— Oui. Pardon, mais je ne savais pas où aller.

— Tu as bien fait de venir, assura son ancien soupirant. J'étais sérieux quand je t'ai dit que tu pouvais compter sur moi en cas de problème.

— Si la police vient, que fait-on ? demanda Juleka.

— S'il tient debout, on le cache, décréta sa mère. Sinon, on dit qu'il est arrivé malade et qu'on ne savait pas quoi faire, qu'on a paniqué.

— Son téléphone ! songea Luka. Ils vont le retrouver avec.

— On lui a confisqué depuis longtemps, le tranquillisa Marinette. J'ai laissé le mien chez moi.

— Tu y as pensé, bien sûr, commenta Luka.

— Juleka, dit Anarka, ne te met pas en retard. Nous devons agir le plus normalement possible. Luka, tu ne devais pas t'occuper des cordages ce matin ?

— Si, j'y vais.

— Bien. Marinette, je pense qu'il vaut mieux éviter que tu sortes, continua Anarka.

— Je vais veiller sur Adrien.

De retour dans la cabine où se trouvait Adrien, qui dormait d'un sommeil agité, Marinette ouvrit son sac pour en faire sortir Tikki.

— Plagg, chuchota-t-elle.

— On est en sécurité ? demanda le kwami noir, qui s'était blotti près de sa semblable dans le sac de Marinette.

— Je le pense. Luka est adorable, comme d'habitude, Juleka est une amie d'Adrien et n'est pas du genre bavarde. Anarka a un côté pirate, elle ne nous dénoncera pas. Vous pouvez veiller un moment sur Adrien ? Je veux mettre le Miraculous du Paon en sûreté.

— Regarde dans son sac, lui conseilla Plagg. Il a pris le Livre des Miraculous, aussi.

Marinette se figea :

— Mais que je suis stupide ! s'écria-t-elle. J'avais oublié ce livre. J'aurais dû me poser plus sérieusement la question de son origine. Si seulement j'avais dit d'où il venait à Maître Fu, je suis certaine qu'il aurait compris…

— Il pouvait y avoir plein d'explications, Marinette, dit doucement Tikki. Tu ne pouvais pas savoir.

— Si, mais… C'est trop tard maintenant. J'ai mieux à faire que de me lamenter sur le passé. Je vais le mettre en sûreté.

— Et la bague, demanda Plagg. Que vas-tu en faire ?

— Je la garde pour le moment. Désolé, Plagg, mais tu comprends bien que je ne peux pas prendre le risque de la lui laisser.

Le kwami hocha tristement la tête.

— Tu peux rester près d'Adrien tant que je le suis, le consola Marinette.

Elle ouvrit le sac d'Adrien et récupéra le livre. Puis elle sortit les lunettes du Cheval de son sac à main et les mit sur son nez.

— Bonjour, Kaalki. Transforme-moi !

Elle traça ensuite le cercle de téléportation et plongea dans le grenier de son grand-père.

Moins d'une minute plus tard, un cercle lumineux réapparut dans la cabine et Amazone en émergea. Alors qu'elle posait le second pied sur le plancher, la porte de la pièce s'ouvrit et laissa le passage à Luka, qui tenait un mug dans chaque main. Les deux jeunes gens restèrent figés un instant, puis Luka franchit le seuil avant de refermer la porte derrière lui d'un coup de pied.

— C'est bon, Marinette, je le savais déjà.

Celle-ci se détransforma.

— Tu savais quoi ? demanda-t-elle en retirant les lunettes du Cheval.

— Que tu es Ladybug.

Marinette ferma les yeux un moment. Ce début de journée était vraiment compliqué.

— Comment tu as su ? interrogea-t-elle durement.

— Café ? répondit-il en lui tendant un mug.

Elle le prit machinalement sans le quitter des yeux.

— Tu sais, dit-il en s'appuyant contre une des cloisons, il y a une époque où je t'observais beaucoup. Et j'ai remarqué que tu avais une grosse pression, pas seulement à cause d'Adrien. J'ai eu des doutes pendant plusieurs mois, puis, le jour où je t'ai pour la première fois parlé de la musique que j'avais composée pour toi, j'ai eu la confirmation. Tu avais l'air si paniquée et si perdue…

— Luka… murmura Marinette, complètement dépassée.

— Bois ton café pendant qu'il est chaud, recommanda-t-il.

Davantage pour reprendre contenance qu'autre chose, Marinette s'exécuta. La boisson lui fit du bien. Luka regardait vers sa couchette, où Adrien, le visage rougi, dormait toujours.

— Il est Chat Noir ?

— Plus maintenant, répondit Marinette.

— Vous n'êtes pas là uniquement pour une histoire de famille, je suppose.

— La situation s'est compliquée, admit Marinette.

— Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider, assura Luka.

— Je te remercie. C'est très précieux, pour moi.

Luka lui sourit, puis annonça :

— Je n'ai pas cours ce matin, mais je devrai y aller cet après-midi. Je retourne sur le pont. Comme dit ma mère, le mieux est de suivre l'emploi du temps que nous avions prévu.

oOo

Sabine était descendue en boutique, comme chaque matin. Elle se sentait inquiète pour Adrien. Tom lui avait dit qu'il avait l'air perdu, quand il avait frappé à la porte de la boutique. Qu'y avait-il de si urgent qu'il ne puisse pas attendre le soir pour venir voir Marinette ? S'était-il passé quelque chose ? Avait-il été maltraité chez lui ? Abusé ? Tom et elle avaient-ils échoué à gagner sa confiance ? Ils auraient dû se montrer plus attentifs durant les soirées où Adrien leur rendait visite. Ils savaient que ce n'était pas par pure politesse si le jeune homme restait avec eux un moment, avant de monter dans la chambre. Il éprouvait le besoin de leur parler. Peut-être avait-il manqué de temps pour leur confier ce qui clochait réellement dans sa vie.

Sabine en était là dans ses réflexions, quand elle vit trois hommes entrer dans la boulangerie. À leur attitude, elle devina immédiatement qu'ils ne venaient pas acheter leur pain. L'un d'eux vint directement au comptoir et présenta une carte :

— Police judiciaire, Madame. Nous aimerions vous poser quelques questions à propos d'un mineur disparu.

— Disparu, dites-vous ? s'étonna-t-elle. Un instant, s'il vous plaît, j'appelle mon mari.

Que se passait-il ? S'était-on rendu compte de l'absence d'Adrien avant qu'il n'ait eu le temps de rentrer chez lui ? Était-ce bien ce qu'il avait fait ? Aurait-il fugué après être venu voir Marinette ? Sa fille était-elle au courant de quelque chose ?

Elle alla au fond et cria :

— Tom, la police est là, tu peux venir ?

Elle revint ensuite au comptoir et demanda en montrant le client qu'ils avaient dépassé :

— Puis-je servir Monsieur Douillon ?

— Je suis désolée, Madame, nous devons agir rapidement. Pourriez-vous fermer votre boutique durant quelques minutes ?

— Oui, bien entendu. Monsieur Douillon, voici votre baguette, vous me réglerez plus tard.

Sabine raccompagna son client à la porte et la verrouilla. Heureusement, c'était une heure creuse, il n'y avait pas d'autres personnes qui attendaient d'être servies.

— Il nous semble que votre fille, Marinette, est la petite amie du mannequin Adrien Agreste.

— Pas tout à fait, corrigea Tom.

— Ils ont rompu il y a un mois, à peu près, ajouta Sabine. Ils sont toujours amis, je crois.

— Quand est-il venu ici pour la dernière fois ?

— Oh, cela fait un moment, n'est-ce pas, chéri, fit semblant d'hésiter Sabine. Les deux petits étaient encore ensemble. Deux mois, au moins.

— Il a été vu, près de chez vous, tôt ce matin.

— Vraiment ? feignit de s'étonner Tom. Cela m'étonne, car ma fille m'a dit qu'il était amené au lycée par son chauffeur.

— C'est Adrien qui a disparu ? demanda Sabine.

— Qu'est-ce qui vous fait croire ça, Madame ? interrogea le policier.

— Vous m'avez dit que vous vouliez m'interroger à propos d'une disparition de mineur, rappela la boulangère.

— Accepterez-vous que nous vérifiions qu'il n'est pas ici ? demanda l'enquêteur.

— Je ne vois pas trop pourquoi vous pensez qu'il serait là, mais si cela vous permet de fermer une piste, pourquoi pas ? accepta Sabine.

Les trois hommes eurent vite fait de faire le tour de la boutique et du fournil.

— Pouvons-nous monter chez vous ? J'aimerais vous poser encore quelques questions, demanda alors l'enquêteur.

— Si vous voulez, fit Tom, en les précédant dans la cage d'escalier par la porte de service.

Quand Sabine accéda au hall, en fermant la marche, elle vit qu'un quatrième policier gardait la porte cochère. Cela ne la rassura pas. Une fois en haut, les hommes, tout à fait poliment, requirent de nouveau le droit de visiter les lieux. Une fois qu'ils eurent constaté que ni Adrien ni Marinette n'étaient là, l'enquêteur demanda :

— Où est votre fille ?

— Au lycée, répondit Sabine.

L'officier prit son téléphone et parlementa un moment avec un collègue. Quand il raccrocha, il se tourna vers les Dupain-Cheng.

— Elle ne s'est pas présentée ce matin à son établissement.

— Quoi ? s'affola Sabine. Vous en êtes certain ?

— Tout à fait.

Sabine prit son téléphone pour tenter de joindre sa fille. L'appel bascula immédiatement sur la messagerie.

— L'avez-vous vue aujourd'hui ? demanda le policier, alors qu'elle raccrochait, le front plissé.

— Je suis descendue à la boulangerie pendant qu'elle prenait son petit-déjeuner.

— Vous a-t-elle parue préoccupée ou excitée ?

— Comme d'habitude, répondit Sabine, en réalisant que sa fille avait été très calme, ce qui était, d'une certaine manière, plus significatif que lorsqu'elle était fébrile.

— Avez-vous une idée de l'endroit où elle a pu aller ? Ses meilleurs amis ?

Sabine fournit tout ce qui lui vint à l'esprit. Elle transmit également le numéro de téléphone de Marinette. Elle ne comprenait pas ce qui avait pris aux adolescents. Car même si elle ne l'exprimait pas, elle était persuadée qu'ils étaient ensemble. Elle prit la main de Tom qui ne disait rien, mais dont le regard trahissait l'inquiétude qu'il éprouvait pour sa petite fille.

L'officier de police sortit un moment sur le palier, pour passer un appel. Quand il revint, il avait l'air sombre. Il s'assit sur un fauteuil, pour faire face à Sabine et Tom, qui s'étaient assis sur le canapé.

— J'ai une mauvaise nouvelle pour vous, dit-il. D'après les messages se trouvant sur le téléphone d'Adrien Agreste, il est évident que c'est votre fille qui l'a convaincu de quitter son foyer pour s'enfuir avec elle.

— Pardon ? fit Sabine, sans cacher son ébahissement.

— Je suis navrée de vous l'apprendre. Je viens d'avoir monsieur Agreste, qui est furieux et qui est en train de porter plainte contre elle. Il lui est reproché du chantage, des tentatives d'extorsion et menace de publication de photos personnelles.

— Quoi ? protesta Tom. C'est complètement faux !

— Je crois que vous ne comprenez pas bien la situation, insista le policier. Votre fille doit impérativement être retrouvée pour être interrogée. Les messages qu'elle a envoyés sont très graves. Elle a non seulement demandé à Adrien Agreste de partir avec elle, mais elle l'a menacé de publier des images intimes s'il ne le faisait pas. Le fait d'être mineure ne l'empêchera pas de passer devant un tribunal.

Une peur intense envahit Sabine. Elle savait que toutes ces accusations ne tenaient pas. Il n'y avait rien de sordide entre Marinette et Adrien. D'ailleurs, le téléphone de ce dernier était dans les mains de son père des semaines. Elle craignait cependant que le policier soit sincère. Que des preuves aient été fabriquées contre sa fille. Rien que la rumeur porterait préjudice à Marinette, surtout après la vidéo publiée un mois plus tôt.

— C'est un tissu de mensonges, hurlait désormais Tom. Comment osez-vous parler de ma fille comme ça ?

Il se leva et les trois policiers s'avancèrent vers lui. La situation avait totalement dégénéré en quelques secondes. À ce moment, Sabine vit un papillon violet se fondre dans le téléphone qu'elle tenait toujours à la main et elle entendit une voix qui lui susurrait :

— Limier, je suis le papillon. Je peux t'aider à retrouver ta fille, avant ceux qui lui veulent du mal…

— Je ferai ce que tu veux si tu me donnes le pouvoir de retrouver ma fille pour que je puisse la protéger.

— Limier, je te donne un flair qui te permettra de suivre sa trace. Trouve-là !


Bonjour tout le monde. Je suis désolée pour les deux jours de retard, j'ai du mal en ce moment à suivre le rythme. J'espère que cela ira mieux quand je serai en vacances (et que j'aurai fait une cure de sommeil).

Le prochain chapitre s'appellera "Le Limier".