Bonjour tout le monde !

Les premiers mots de cette fic ont été tapés il y a environ deux ans. Deux ans. C'est long, oui. Et j'ai même raccourci mon synopsis, pour vous dire à quel point l'écriture de cette histoire a pu être laborieuse. Je suis cependant extrêmement fière des dix-sept chapitres que je m'apprête à publier ici.

J'aimerais remercier tout particulièrement Shiroitora-lili et Perigrin Touque pour leurs bêtas-lectures et leurs précieux conseils qui m'ont beaucoup motivée 3

En espérant que cette fiction vous plaise,
Bonne lecture !

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Chapitre 1

Campagne germanique, juillet 1743...

- Et maintenant ?

La calèche filait dans la nuit, traînée d'ombre coupant brièvement les tâches argentées déposées par la Lune dans la forêt. Cela faisait longtemps que les chevaux avançaient sans relâche, dans le silence le plus complet. Dans l'habitacle doublé de velours précieux, Pandore ne donnait aucun signe de vie, immobile, muette. Inconfortablement assis à la place du cocher, tenant les rênes, Cheshire trembla légèrement, se sentant comme s'il avait commis un sacrilège. Sa question avait brisé le silence, sa question avait perturbé l'atmosphère... il n'osa pas la répéter. Mal à l'aise, il regarda autour de lui, apercevant le temps d'un éclair une chouette perchée dans un chêne. Puis une autre, dans un bouleau.

Athéna.

La déesse les surveillait. Même si sa réincarnation avait disparu, même si Hadès était vaincu, elle les surveillait. Le Spectre aurait parié que Pandore avait senti ces regards jaunes et ronds, qu'elle se murait dans ses pensées pour pouvoir y échapper. Elle n'avait pas réellement digéré la trahison d'Alone, la défaite d'Hadès. Elle avait l'air calme en donnant aux dieux jumeaux leur sépulture, mais ce n'était qu'une façade, Cheshire en avait à présent la confirmation. Pandore n'avait qu'un seul désir : fuir. Cela expliquait pourquoi elle n'était pas restée dans le château de sa famille, pourquoi elle était partie si vite, sans prendre de valises. Frissonnant, le Spectre du Caith Sith se recroquevilla légèrement sur lui-même, ramenant ses jambes l'une contre l'autre et contractant ses épaules. Cette position, bien qu'inconfortable, le rassurait. Il avait l'impression d'offrir moins de prise au regard des chouettes sacrées. Devant lui, les chevaux galopaient calmement, infatigables. Leurs sabots cerclés de fer frappaient la terre à intervalles réguliers, parfaitement synchronisés. Ce rythme semblait s'incruster dans l'air, emplissant les oreilles du Spectre, obsédant et unique.

Tout sembla devenir clair comme du cristal. Les regards brillants des chouettes, les gouttes de sueur qui habillaient la robe des chevaux, les éclats jetés par la Lune sur les arbres et le sol. Les yeux hagards, Cheshire se redressa, se mit finalement debout, tenant toujours les rênes. Mais sa poigne devenait lâche. Seules ses jambes contractées avaient encore de la force. Elles l'enracinaient à la calèche, le maintenaient debout, sous la Lune, malgré les branches qui de temps à autre fouettaient son visage. Peu à peu, Cheshire ne regardait plus rien. Le paysage autour de lui était net, et il le voyait, mais aucune image n'atteignait le nerf optique. Les rênes lui glissèrent des mains. Insensibles, les chevaux continuèrent d'avancer, en ligne droite. Le Spectre ne sentait plus rien, debout à l'avant de sa calèche. Il n'y avait plus que le bruit des sabots, martelant sa conscience.

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Une maison bourgeoise, juillet 1743...

- Mère ! Mère ! Il se réveille !

Tout était flou, embrouillé. Une douleur lancinante lui transperçait de part en part les tempes.

- Ne bougez pas !

Non, il ne risquait pas de bouger, il avait trop mal, il n'était même pas sûr de vraiment sentir son corps. Que s'était-il passé ?

- Apporte-moi de l'eau, Mara, il est fiévreux !

Oh, de l'eau... Oui, pourquoi pas... Une sensation fraîche sur son front, bienfaisante et relaxante. Ses paupières lourdes papillonnent maladroitement. Il distingue des formes, des sons vagues. Soudain, lumière. Trop de lumière. Noir, vite. Il replonge. Quelques jours s'écoulèrent ainsi, dans une semi-conscience. Lorsqu'il s'éveillait, ne serait-ce que quelques secondes, il y avait toujours une personne auprès de lui. Une femme, ou Mara, sa fille. Il ne savait pas à quoi elles ressemblaient, n'osant pas ouvrir les yeux après sa première expérience. Mais il les entendait s'interpeller, la voix aiguë de la gamine contrastant avec la voix plus abîmée de sa mère :

- Mara, je t'en prie, cesse de crier et sors !

Le tumulte enfantin cessa, enfin. Desserrant doucement les paupières, Cheshire réussit à visualiser la silhouette de la femme qui semblait prendre soin de lui depuis plusieurs jours. Il entrouvrit les lèvres, assoiffé, mais il ne put rien émettre d'autre qu'un léger râle. Toutefois, la femme sembla comprendre. Très vite, un tissu humidifia prudemment ses lèvres. Ronronnant de plaisir, le jeune homme ouvrit un peu plus la bouche, désireux d'avoir plus. Le chiffon s'éloigna, et une main vint se placer dans son dos, le redressant. Un verre s'approcha de ses lèvres. Il but, autant qu'il le pouvait et autant qu'on lui autorisait. Se sentant déjà un peu mieux, il papillonna des yeux, se décida enfin à soulever franchement ses paupières. Cillant sous la lumière tamisée déjà trop forte pour lui, il s'habitua peu à peu à ce nouvel éclairage. Son regard erra dans la pièce, toute en bois : murs, plancher, plafond... Les poutres et les planches s'assemblaient pour créer un chalet coquet et confortable. Les meubles également étaient de bois : son lit, une commode marquetée, et une chaise, sur laquelle la femme était assise. Elle n'était ni vraiment jeune, ni vraiment vieille, ni vraiment belle, ni vraiment laide. Ses cheveux étaient ramenés sur le haut de son crâne, bien que quelques boucles soient tombées sur ses épaules. Ses vêtements, bien que de bonne qualité, étaient sobres. C'était une femme banale, le genre qu'on croise mais qu'on ne retient pas. Cheshire ne s'attarda pas sur elle, une seule chose le préoccupait.

- Où... Pandore...
- Vous ne devriez pas parler, l'interrompit doucement la femme. Je ne vous cacherais pas que vous êtes gravement blessé... Vous souvenez-vous de ce qui vous est arrivé ? Hochez la tête pour dire oui.

Cheshire resta immobile, incapable de se souvenir de quoi que ce soit. Lui et sa maîtresse avaient quitté le château, filant dans les forêts germaniques. La Lune, les chouettes, le silence... Il se rappelait vaguement de cela, mais rien d'autre. La femme acquiesça, semblant comprendre.

- Mon nom est Ingrid Rosenthal... Quel est le vôtre ?
- Où...
- Quel est votre nom ? répéta Ingrid en ignorant son début de question.
- Cheshire...
- Oh, vous êtes Anglais ? Et bien, je n'aurais jamais cru... Vous venez des Indes, probablement. J'ai entendu dire que beaucoup de nobles d'Angleterre ramenaient leurs gens des Indes...

Que racontait-elle... Secouant la tête, Cheshire gémit, attaqué de nouveau par cette douleur lancinante.

- Ne bougez pas trop, rappela inutilement Ingrid. Vous avez été blessé à la tête en tombant dans la vallée...
- Tomber... ?
- Oui, votre calèche a dévalé une pente trop abrupte, vos chevaux n'ont pas survécu... Vous êtes un miraculé !
- Pandore... gémit de plus belle le jeune homme, brusquement terrifié.
- Pandore ? C'est le nom de votre maîtresse ?

Incapable de répondre, Cheshire acquiesça.

- Calèche... Intérieur... marmonna-t-il.

Pas de réponse. Puis :

- Je suis désolée, mais il n'y avait personne dans l'habitacle. Vous conduisiez une voiture vide. J'en ai d'ailleurs été fort soulagée, un passager ou une passagère n'aurait jamais pu survivre au choc !

Il n'entendait déjà plus le babillage futile de cette femme. Vide, la calèche ? Impossible, impensable. Pandore était montée à l'intérieur, silencieuse, et y était restée, sans donner signe de vie à cause des chouettes. Vide, la calèche ?

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Demeure d'Ingrid Rosenthal, dans la campagne germanique, octobre 1743...

Trois mois avaient passé. Trois mois pendant lesquels Cheshire était resté prostré, complètement vide et déprimé. La trahison de Pandore l'avait brisé, broyé. La jeune femme n'était en effet pas dans la calèche au moment de leur chute. Et il était même fort probable qu'elle ait quitté l'habitacle bien avant en se téléportant à l'aide de son cosmos, mais impossible d'en être certain en se contentant d'inspecter le lieu de l'impact.

Une nuit, ne pouvant plus retenir sa curiosité maladive, Cheshire s'échappa de la maison d'Ingrid. Il se rendit au bas de la pente, là où la calèche s'était écrasée. Aucune trace du cosmos de Pandore, mais le jeune homme perçut ses propres traces ainsi que celles des chevaux, qui l'avaient - involontairement ou pas - hypnotisé avec leurs battements de sabots. Remontant d'un bond jusqu'en haut de la vallée, il s'arrêta. Pas de Pandore. Continuant son chemin, il s'enfonça dans la forêt. Pas de chouettes, heureusement. Athéna ne devait pas accorder tant d'importance à un simple cocher.

Après plusieurs heures de marche, alors que la Lune était au plus haut, Cheshire sentit un effluve familier parvenir à ses narines. Cette trace, ce parfum de cosmos capiteux et hautain, à l'image de sa propriétaire, était la fin d'un long fil brutalement coupé au détour d'un bosquet, au fin fond d'une forêt allemande. Ce type de trace était caractéristique d'une téléportation. Pandore l'avait abandonné, sans état d'âme. Un bruissement dans les branches attira son attention : une chouette. Les prunelles de Cheshire se contractèrent violemment. Il frappa. Une boule de plumes et de chairs s'écrasa au sol tandis que le jeune homme furieux s'éloignait de la trace maudite, un goût amer en bouche. Son surplis avait été détruit par l'accident en lui amortissant le choc, Pandore était perdue et il se trouvait réduit à séjourner chez une femme banale, bourgeoise mariée par habitude et vivant à l'écart de la société afin de pouvoir ignorer en paix les tromperies continuelles de son mari. Une sourde colère brûlait en lui, et il n'avait qu'une envie : retrouver son ancienne maîtresse et lui faire payer cette trahison.

Il ne savait pas encore comment il se vengerait, ni même s'il y parviendrait un jour, mais ce dessein devint dès lors son unique raison de vivre. Pas un jour ne s'écoulait sans qu'il y songe, pas une nuit sans qu'il en rêve. Alors même qu'il s'attachait doucement à Ingrid et Mara, ce projet continuait de lui titiller l'esprit, insidieux, insistant. Il ne pouvait pas aller de l'avant, retenu par ces chaînes affamées réclamant leur dû. Son imagination et son intellect étaient en vérité totalement dédiés à ces fers vengeurs. Des idées lui venaient, des images grandioses d'appareils de torture, des visions merveilleuses de Pandore déshonorée et désespérée, des tableaux machiavéliques dépeignant ses plus sombres envies. Même la pensée qu'il ne la reverrait probablement jamais ne suffisait pas à le décourager. Cheshire croyait dur comme fer, au-delà de tout réalisme, que lui et Pandore se recroiseraient. Il était tout bonnement impossible qu'un tel événement ne se réalise pas ! Lui et la jeune femme étaient chauffeur et passagère, serviteur et maîtresse, chat et propriétaire. Rien d'autre que la mort ne pouvait les séparer dans la vie.

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Berlin, capitale du Royaume de Prusse, août 1743...

Une ombre passait de toit en toit, emmitouflée dans une cape déchirée. Remarquée uniquement par quelques chiens de garde qui grognaient sur son passage, la silhouette arriva bientôt à son but : un luxueux hôtel particulier situé dans un des quartiers les plus riches de Berlin. Cette demeure était la toute nouvelle acquisition d'une famille montante dans la noblesse prussienne. Bourgeoise, riche, influente dans le domaine des finances, la dynastie Rosenhart avait su se distinguer en fournissant à Sa Majesté le roi Frédéric II une aide financière importante durant les premières victoires de la guerre de Succession d'Autriche. Après son anoblissement, son premier réflexe avait été de célébrer sa bonne fortune par l'acquisition d'une magnifique maison dans les beaux quartiers berlinois. Et c'était sur le toit de ce bâtiment que se tenait désormais perchée la mystérieuse silhouette encapuchonnée.

Les fenêtres du premier étage de l'hôtel particulier, illuminées, laissaient filtrer des accords de musique et un brouhaha de voix. En se penchant, l'ombre pouvait même apercevoir les convives se mouvoir le plus dignement possible dans leurs extravagantes tenues, un verre ou une douceur à la main. Un orchestre jouait mollement dans un coin de la pièce, et les buffets se vidaient. C'était la fin de la fête, toutes et tous sentaient la fatigue pénétrer peu à peu leurs membres. Les plus couche-tôt se préparaient même au départ, saluant le Monsieur, s'inclinant devant Madame, puis quittant la grande salle. Une poignée de minutes, et voilà qu'une calèche passait le porche et s'élançait dans les rues de Berlin. Patiente, obstinée, l'ombre attendit jusqu'à ce que le dernier serviteur ait éteint les lumières. Puis elle se laissa souplement choir, passant en une seconde devant les combles, puis les humbles fenêtres du troisième niveau, et celles plus décorées du deuxième, avant d'atterrir sur le balcon du premier étage, se plaquant rapidement contre la fenêtre pour ne pas être vue depuis la rue. Après quelques secondes d'immobilité, elle se détacha du carreau et se retourna, posant sa main sur le loquet. À l'intérieur, le verrou de la fenêtre bougea lentement, et, brusquement, se détacha. Silencieuse, la silhouette s'introduisit dans la salle.

Celle-ci était vide et propre à présent. Il ne restait rien qui puisse laisser imaginer les excès de la veille. Seul l'air conservait encore quelques relents d'alcool et de nourriture. L'ombre eut un léger frisson, comme dégoûtée par ces effluves à la fois luxueux et pourrissants. De toute évidence, la guerre contre l'Autriche n'était pas une misère pour tout le monde... Il n'y avait guère que les classes les plus pauvres pour en souffrir, d'ailleurs. La bourgeoisie et la noblesse, riches à foison, payaient pour éviter le service militaire, et finançaient les batailles pour se rengorger des succès de l'armée petite, mais si héroïque de Frédéric II. Cette maison était le pur produit de ces combats. Secouant la tête, la silhouette se sortit de ses pensées. La richesse et le luxe étaient deux choses auxquelles elle était parfaitement accoutumée, et qu'elle savait être de bons atouts dans bien des situations. En outre, mieux valait ne pas rester là, il ne manquait plus qu'un valet insomniaque voulant profiter du balcon ne la débusque... Elle avait pris quelques précautions pour ne pas être gênée dans sa mission, bien sûr, mais malheureusement ses pouvoirs se limitaient aux gens de la maisonnée qui avaient eu la bonne idée de s'endormir après avoir dîné d'un pot-au-feu spécialement assaisonné par ses soins.

Sa démarche assurée laissant penser qu'elle connaissait par cœur la demeure, l'ombre s'avança dans un couloir, tournant à gauche au premier embranchement pour déboucher dans une cage d'escalier magnifiquement décorée. Vérifiant à nouveau que nulle âme n'était dans les parages, elle tira de son manteau un élégant poignard avant d'entamer la montée. Selon le repérage minutieux qu'elle avait effectué deux jours plus tôt, les appartements de la famille Rosenhart - le père, la mère et les deux filles - se situaient sur tout le deuxième niveau. Parvenue dans un couloir silencieux, l'ombre s'accorda quelques instants de réflexion : devait-elle commencer par les filles ou par le couple ? Le couple serait probablement plus simple à gérer que les deux gamines encore jeunes et en pleine santé, mais son plan tombait à l'eau si l'un des parents, éveillé par quelque colique, donnait l'alerte et réveillait les filles... La silhouette décida finalement d'éliminer les gamines en premier, espérant aller assez vite pour qu'elles n'aient pas le temps de réagir. Les appartements des enfants, elle le savait, se situaient au bout du couloir, à gauche. S'avançant rapidement, l'ombre ouvrit la porte et entra dans des pièces roses, si roses qu'on ne pouvait douter de la couleur malgré le pauvre éclairage.

Comme prévu, des servantes se trouvaient là, somnolentes, mais elles ne présentaient pas de danger pour l'ombre qui savait qu'elles ne se réveilleraient pas sans SON accord. Traversant plusieurs salons et une antichambre, la silhouette arriva enfin à son but. Une chambre, deux lits, deux cibles. Écartant les premiers baldaquins sur sa route, elle s'agenouilla sur le lit et frappa, faisant couiner le matelas. Comme prévu, un bruissement signala l'ouverture des baldaquins de l'autre lit :

- Magda ? demanda une voix hésitante.

Aaah, les jumelles et leurs intuitions ! L'ombre sourit, écarta doucement le rideau qui lui barrait la vue sur la deuxième moitié de la chambre.

- Magda ? répéta la voix endormie. Tu as fait un cauchemar ?

Seul le sifflement d'une lame dans l'air lui répondit, clouant pour toujours le bec de Jana Rosenhart, commère de renom malgré son jeune âge. La silhouette s'autorisa à respirer. Pour l'instant, tout se passait bien. Moins précautionneusement, elle ressortit des appartements, "réveillant" au passage les servantes, qui, comme des marionnettes, marchèrent à sa suite, silencieuses. C'est ainsi escortée que l'ombre pénétra dans le premier salon privé du couple Rosenhart. Les trois valets et deux servantes qui s'y trouvaient, et leurs semblables des salons suivants, se levèrent à son entrée, grossissant sa suite. Parvenant à l'antichambre, elle s'arrêta, et d'un geste ordonna à ses pantins de ne plus bouger. La silhouette s'avança enfin dans la chambre conjugale, et en ressortit quelques minutes plus tard, accompagnée de deux hommes supplémentaires, qui rejoignirent les rangs immobiles de leurs congénères. L'ombre laissa le silence calme de la nuit emplir la pièce durant quelques minutes, avant de prendre la parole :

- Bonjour à tous. À compter de ce jour, vous me servirez moi, et moi seule, et me jurerez fidélité pour l'éternité. Vous vous dévouerez à moi corps et âme, et jamais vous ne me trahirez, quelque soit l'offre qui vous soit faite. Je serai dure, mais pas ingrate. Je saurai récompenser les plus méritants et méritantes, tout en condamnant fermement, bien entendu, ceux et celles qui ne s'acquitteront pas pleinement de leur tâche. Je disposerai également des inutiles, alors tâchez de vous rendre le plus indispensable possible. À présent, regagnez tous vos chambres et dormez. Demain, dès l'aube, je veux vous voir dans le hall, et aucun retard ne sera toléré.

S'inclinant, la foule s'ébranla et quitta la chambre, laissant seule la nouvelle propriétaire des lieux. Lorsque la porte se referma, celle-ci retira sa cape, dévoilant une peau pâle tendue sur un visage altier, encadré par de longs cheveux noirs et souples. Ses yeux brillaient, satisfaits par la tâche accomplie, et ses lèvres écarlates esquissaient un fin sourire. Pandore, dix-neuf ans et des poussières, ancienne Commandante des Armées d'Hadès, avait de quoi être fière : elle venait de récupérer la fortune et les domaines d'une famille de parenté lointaine, tout en se taillant une place de choix dans la société prussienne. De plus, quelques formalités, pots-de-vins et vieux testaments suffiraient à lui rendre son domaine d'Heinstein.

Il ne lui restait plus qu'à choisir un nom... Un patronyme un peu mystérieux mais en même temps très allemand, une appellation qui l'éloigne de Pandore, et donc des glaçantes chouettes du Sanctuaire, mais sans renier ses origines. Après plusieurs minutes de réflexion, la jeune fille hocha la tête et murmura pour elle-même, et pour chaque personne que sa voix chargée de cosmos atteindrait, son nouveau surnom : Fraulein von Heinstein.