Juin 2032 – Partie II


J'essayai de ne pas laisser transparaître la nervosité qui encombrait mon esprit – sans grand succès. Assise dans un immense fauteuil dans lequel je me perdais, j'attendais que Thésée Meadowes termine de lire le rapport que je lui soumettais, et cela me paraissait être bien trop long pour les quelques parchemins qu'il avait à lire. De temps à autre, je l'entendais pousser un soupir – le plus souvent, réprobateur. Mais rien de plus.

Est-ce qu'il était réprobateur envers moi, ou envers mes conclusions ? Dans les faits, je savais que j'avais raison d'écrire ce que j'avais écrit, mais je craignais qu'il me soit reproché ma trop grande franchise. Une Invisible se devait d'être discrète, de ne pas faire de vagues auprès de ses collègues.

Je me retins de justesse de me mettre à me ronger les peaux autour des ongles, et attendis, difficilement, que Thésée Meadowes prenne enfin la parole.

Je sursautai lorsque mon rapport vint se poser devant moi, lévitant grâce à la magie. N'ayant moi-même pas l'autorisation d'utiliser des sortilèges informulés devant d'autres sorciers, j'avais parfois tendance à oublier que toute la communauté magique n'était pas soumise aux mêmes restrictions que moi.

- Bon. Rien de bien neuf sous la vigilance du sphinx. L'équipe Thêta bâcle son travail… et on a beau leur faire remonter leurs erreurs, les archéomages n'en ont rien à faire.

Thésée était toujours dans mon dos.

- Rejoignez-moi, Astrid, et faisons ensemble les cent pas dans mon bureau.

- Si cela ne vous dérange pas, je préfère rester assise.

- Comme vous le souhaitez…

Je fis toutefois tourner mon fauteuil, afin de le regarder s'agiter autour de sa mappemonde. Il me semblait particulièrement nerveux. Il regardait sans cesse les lieux représentés sur sa carte, et où se trouvaient des archéomages, tout en secouant la tête, dépité.

- Merlin, ces sorciers sont censés adorer leur travail, et vouloir le faire correctement… Qui peut tant vouloir dénigrer l'Histoire, au point de vouloir la profaner en ne faisant pas des fouilles correctes ?

Je haussai un sourcil entendu.

- Pour être honnête, des dizaines de sorciers. Ou, plutôt, des centaines, d'après mon expérience avec les Invisibles.

Je notai un léger frémissement de la mâchoire chez Thésée, me surprenant. Il n'avait pas l'habitude de se crisper lorsque je mentionnais les Invisibles, mais peut-être devrais-je me méfier. Plus d'un sorcier m'avait paru être en accord avec mon passé, avant de finalement me faire comprendre que ce que j'avais vécu chez les Invisibles était un frein à notre relation professionnelle.

- J'espère que le ministère de la Magie va finir par se rendre compte qu'il est stupide de vous empêcher de quitter le territoire, grommela-t-il.

Hum. Il était plus agacé par le fait que mon passé m'empêche d'être l'historienne dont il avait besoin – une de celles qui allaient sur le terrain.

- Ce n'est pas parce que vous m'enverrez sur le terrain que l'équipe Thêta cessera de faire un travail pourri, vous en avez conscience ?

Il acquiesça mollement.

- Je ne suis pas certain de vous envoyer travailler avec eux, me dit-il du bout des lèvres. J'aime laisser les personnes compétentes ensemble, surtout lorsque les équipes incompétentes me semblent irrécupérables.

- Vous êtes dur…

- Oh, par Merlin, Astrid, vous le dites vous-mêmes. Ils sont mauvais.

- Mais moi, je ne suis pas leur supérieure…

- Croyez-moi, si je pouvais, je ne serais pas leur supérieur non plus, grommela-t-il.

Il posa ses deux mains sur le bureau central, où figurait la mappemonde sur laquelle étaient représentés les sites actuels de fouille. Son index tapota nerveusement le bois.

- Si seulement le ministère de la Magie accédait à mes demandes…, marmonna-t-il.

Je retins un soupir d'agacement.

- J'imagine qu'ils ne veulent toujours pas me laisser sortir du territoire ?

- J'avais cru arriver à un presque accord il y a peu, mais ensuite…

Il ne termina pas sa phrase, mais je n'en avais pas besoin pour deviner ce qu'il avait voulu dire.

- Ensuite, des rumeurs sont parues, une nouvelle fois, selon lesquelles je ne veux pas aider le ministère de la Magie à capturer les Invisibles qui sont en liberté alors qu'ils ne le devraient pas, et que je ne donne pas d'astuces pour vaincre les Rapaces Nocturnes, c'est bien ça ?

Restant silencieux et avec une mine sombre, Thésée Meadowes acquiesça. Cette fois, je ne retins pas un soupir de frustration.

- Je vous avais prévenu que cela serait compliqué.

- Ils sont butés. Les agents du ministère de la Magie, précisa-t-il. Mais pas autant que moi…

Je ne sus déterminer si cette affirmation de sa part me rassurait ou, au contraire, m'inquiétait. Après tout, être buté n'était pas toujours une qualité – mon entourage avait plutôt eu tendance à me le reprocher, ces dernières années.

- Qu'est-ce que vous voulez faire, en attendant ? demandai-je. En attendant que le ministère accède à vos demandes…

Si tant est que le ministère de la Magie se décide un jour à accéder à ses requêtes, ce dont je doutais sincèrement. Les Invisibles, on les aimait surtout lorsqu'on pouvait les surveiller et avoir un œil sur eux, et si possible à Azkaban, avec les Rapaces Nocturnes. Pas lorsqu'on leur autorisait des sorties du territoire sans supervision.

- Sincèrement ? Je songe à ne plus vous donner du tout de travail. Pour dire au ministère de la Magie que tant qu'il n'accède pas à mes demandes, je ne peux pas vous faire travailler…

Je haussai un sourcil de scepticisme.

- Si vous faites ça, je change de travail, le prévins-je.

- Oh, gardez vos menaces, Astrid. Vous êtes une Invisible, qui voudrait de vous ?

- Eh ! m'insurgeai-je.

Thésée Meadowes m'adressa un sourire d'excuse pour sa plaisanterie qui dépassait le cadre de notre relation professionnelle.

- Vous n'avez pas tort, cela dit, reconnus-je avec une grimace. Vous me semblez tendu, aujourd'hui, ou je me fais des idées ?

Son attitude n'était pas celle à laquelle il m'avait habituée. Thésée était généralement dans sa bulle, insensible aux problèmes et difficultés qui l'entouraient, vivant la vie comme un défi de chaque instant, et adorant ces défis, justement. Aujourd'hui, en revanche, il semblait bien plus renfermé que d'habitude, bien plus nerveux, bien moins optimiste.

Il me ressemblait presque, et ce n'était pas un compliment.

- C'est juste que…

Je l'encourageai à poursuivre lorsqu'il s'enferma dans un silence buté. Il poussa un profond soupir, et secoua sa main gauche, comme pour se débarrasser d'un Doxy qui volerait trop proche de lui.

- Depuis quelques jours, un sorcier vient tous les jours visiter nos collections, et cherche à discuter avec le personnel, mais personne ne semble lui convenir.

- C'est-à-dire ?

Je me redressai dans mon fauteuil, mon attention entièrement tournée vers Thésée Meadowes.

- Eh bien… Tout le personnel a tenté de l'aider, de répondre à ses questions mais, à chaque fois, il paraissait frustré, et disait qu'il attendait une certaine « G »… Sauf que personne qui travaille ici ne porte cette initiale.

Il m'adressa un regard sceptique, et j'eus la décence de détourner le regard.

- Son attitude était assez étrange pour que je me penche sur le dossier des personnes travaillant ici, et je dois reconnaître que si plusieurs d'entre vous ont un deuxième prénom, vous n'êtes que deux à en avoir un dont l'initiale est un « G ». Dont vous, Astrid. Alors, bien sûr, je pourrais croire à une coïncidence, ajouta-t-il lentement après un temps de silence.

J'émis une moue sceptique.

- Mais vu votre tête entièrement coupable, je suppose que j'avais raison de songer que vous étiez responsable de cela ? Et que vous vous cachez derrière votre deuxième prénom pour rencontrer cette personne qui… Qui est-elle, d'ailleurs ?

Je poussai un profond soupir.

- Écoutez, Thésée, faisons comme si vous n'aviez pas fait ce constat, et…

Il secoua la tête si vivement que je m'interrompis, craignant qu'il ne se l'arrache du cou.

- C'est hors de question. Je veux savoir ce que vous avez fait, Astrid, pour ne pas paraître stupide si cela devait se retourner contre vous et que les Aurors venaient me poser des questions.

Je soupirai, amusée de son entêtement.

- Sincèrement, vous devriez rester en dehors de cela, et…

- Astrid ! s'agaça-t-il. Je fais tout pour vous aider, et vous n'arrêtez pas de me repousser. Est-ce que c'est quelque chose d'illégal, ce que vous faites ?

- Hum… Disons que je me fais passer pour une personne que je ne suis pas. Mais qui n'existe pas, et qui s'inspire tout de même de moi. Donc, finalement… Ce n'est pas de l'usurpation d'identité, et ce n'est pas non plus un mensonge à part entière, non ?

J'étais certaine que les Aurors n'apprécieraient pas cette explication, mais elle valait le coup d'être tentée. Elle ne fit pas rire Thésée Meadowes, en revanche.

- Astrid, je vous le redis. J'ai besoin de savoir ce que vous faites, non pas pour vous disputer comme une étudiante indisciplinée, mais pour pouvoir vous soutenir en cas de problème avec le ministère de la Magie, vous comprenez ? Je refuse de les laisser avoir leur quart d'heure de gloire en affirmant que vous êtes ingérable, juste parce que vous avez été une Invisible.

J'hésitai un bref instant, avant de camper sur mes positions.

- Moins vous en savez, et moins vous n'avez de risques de devoir me dénoncer au ministère de la Magie. C'est plus intéressant, pour vous, non ? Autant que vous restiez en dehors de mes magouilles…

La moue sceptique de Thésée Meadowes me fit penser que je n'avais peut-être pas le bon angle d'attaque pour mon argumentation.

- Qui est cet homme, et pourquoi est-ce qu'il veut vous parler ? Qu'est-ce que vous avez fait ?

J'hésitai un instant, me demandant si je pouvais faire confiance entièrement à Thésée Meadowes, avant de décider que, oui, je pouvais. Il me faisait confiance, et, plus important, je lui faisais également confiance. Peut-être à cause de sa personnalité hors-norme, peut-être parce qu'il n'avait pas peur d'aborder le sujet des Invisibles avec moi, à l'inverse de nombreuses autres personnes – à commencer par mon petit ami.

Je me décidai finalement à lui avouer ce que j'avais fait.

- Eh bien… Vous avez entendu parler de A. H. ?

- Hum… Ma femme m'en a parlé, oui.

- Vous êtes marié ?! m'exclamai-je de surprise.

J'en avais presque oublié que nous parlions d'un journaliste – si je pouvais réellement le qualifier de tel – qui avait des comptes à me rendre. Thésée Meadowes haussa un sourcil de surprise.

- Pourquoi tant d'étonnement ? Cela vous semble impossible ?

- Bah… J'ai du mal à vous imaginer avec une femme vous attendant à la maison, à vrai dire.

Il afficha un sourire narquois, me désarçonnant légèrement. J'avais la sensation de lui avoir partagé une bonne plaisanterie, sans savoir laquelle.

- Cela tombe bien, elle ne m'attend pas à la maison. Elle est plutôt à courir dans toutes les bibliothèques sorcières. Je travaille dans les musées, et elle, dans les bibliothèques. Cela vous convient, vous souhaitez qu'on parle encore de ma vie personnelle, ou vous comptez m'expliquer ce que vous avez fait ?

- Pour être honnête, j'ai des dizaines de questions à vous poser, à présent, murmurai-je.

Thésée Meadowes m'avait paru être un sorcier tellement passionné par son travail qu'il en était incapable de s'intéresser à autre chose. Apprendre qu'il était marié me surprenait au plus haut point. Et puis, je voulais savoir si sa femme connaissait madame Glose, la bibliothécaire de Poudlard, qui m'avait accaparée des dizaines d'heures pour me parler d'ouvrages – certes intéressants, mais souvent, je n'avais plus besoin de les lire une fois qu'elle m'en avait parlé en détail…

Il poussa un soupir. Lui, de toute évidence, ne semblait pas pressé de me raconter sa vie personnelle. C'était bien dommage, je n'avais pas envie de lui détailler ce que j'avais entrepris de mon côté, préférant qu'il reste dans l'ignorance. Toutefois, cela ne semblait pas être son souhait.

- S'il vous plaît, Astrid, dites-moi ce que vous avez fait.

- En réalité, pas grand-chose, lui assurai-je. Simplement… J'ai trouvé le moyen de contacter A. H., je l'ai fait, et comme je ne voulais pas qu'il se doute qu'il s'agissait de moi, je l'ai fait en utilisant l'initiale de mon deuxième prénom, qui n'est pas connu de grand-monde. Et il a fini par me demander mon prénom, réellement, donc je lui ai donné. Enfin, je lui ai donné mon deuxième prénom, évidemment. Geneviève.

- Ou Genevote. Ou Genovefa…

J'acquiesçai.

- D'ailleurs, on a un souci avec ses reliques, j'aimerais bien que vous alliez sur le terrain pour voir tout ça, murmura Thésée. Celle de Sainte Geneviève, précisa-t-il quand il vit mon air étonné. Mais revenons à nos dragons, se reprit-il en affirmant son ton de voix. Donc, vous vous faites passer pour une certaine G. auprès de A. H.

J'acquiesçai.

- Et tout cela, pour… ? s'enquit-il.

- Savoir à quoi il ressemble, principalement. Et peut-être l'effrayer aussi un peu, avouai-je du bout des lèvres. Je lui ai dit qu'il pouvait me rencontrer au Museum, mais que pour d'évidentes raisons de discrétions, je préférais que nous ne prenions pas rendez-vous. Il m'a dit qu'il ferait en sorte d'y aller régulièrement, jusqu'à ce que nous nous croisions. De toute évidence, mon piège a marché, il est vraiment stupide, bien plus qu'un Rapace Nocturne ! m'extasiai-je. Enfin… Vous ne m'avez pas entendu dire cela, évidemment, ajoutai-je plus calmement.

- Évidemment, murmura Thésée Meadowes en se frottant les yeux d'épuisement. Évidemment…

Il paraissait presque abattu de savoir ce que j'avais fait, et je me sentais coupable de lui donner ce tourment en plus. Déjà qu'il devait travailler avec des archéomages incompétents, s'il devait en plus compter sur une historienne incapable de se contrôler, il allait partir à la retraite bien plus tôt que son prédécesseur. Ce qui m'ennuyait, étant donné que j'appréciais Thésée.

- Je vous avais dit qu'il aurait été mieux que vous restiez dans l'ignorance, lui fis-je remarquer. Du coup, vous me dites qu'il est venu plusieurs jours ? tentai-je pour le détourner de sa réflexion.

Je craignais trop qu'il s'inquiète de si j'avais le droit de faire cela. Pour être honnête, je crois que la réponse était ni oui, ni non, mais en tant qu'Invisible, il y avait des chances que dans mon cas, la réponse soit franchement non. Et cela pouvait m'attirer des problèmes – et en attirer également au conservateur, s'il se retrouvait mêlé à tout cela.

- Tous les jours, depuis une semaine ou deux.

Thésée Meadowes jeta un œil à sa montre, qui contenait un nombre d'aiguilles incalculable.

- Il ne devrait plus trop tarder à arriver, d'ailleurs. Et je ne sais pas pourquoi je vous dis cela, car je suis persuadé que c'est une très mauvaise idée que vous alliez à sa rencontre… Vous ne voulez pas laisser tomber, Astrid ? s'enquit-il avec inquiétude.

Je me levai en haussant les épaules. Un petit sourire aux lèvres – celui que j'avais en tant qu'Invisible qui allait attraper un Rapace Nocturne ou un de ses proches – je m'étirai, et vérifiai que ma baguette était facilement accessible.

- Laisser tomber ? Hors de question. Il s'agit d'un homme qui cherche à nuire, uniquement parce que cela fait vendre ses papiers. Je refuse de le laisser sans rien faire. Il mérite que lui et moi ayons une grande discussion. Vous savez dans quelle zone il se rend, généralement ?

- Je ne crois pas que… Oh, doux Merlin, pesta Thésée Meadowes, se résignant à me donner l'information que je demandais. Dans le secteur de l'Égypte antique. Mais s'il vous plaît, Astrid, ne faites rien d'insensé !

- Ce n'est pas mon genre, assurai-je en me dirigeant vers la sortie du bureau.

- C'est totalement votre genre, marmonna le conservateur lorsque je passai à son niveau.

Bon. En réalité, il n'avait pas tort, mais je n'avais pas envie de lui donner cette satisfaction.

Je sortis du bureau de Thésée Meadowes en songeant à l'approche que j'allais adopter en entrant en contact avec A. H. Directe ? Subtile ? Douce ? Énervée ? Agressive ? C'était une question à laquelle j'aurais dû songer bien avant aujourd'hui – mais de toute évidence, j'avais préféré laisser mon instinct choisir ce qui allait se produire. Ce n'était pas pour me déplaire, mais je n'étais pas certaine de pouvoir compter entièrement sur mon instinct, dans une telle situation. A. H. m'agaçait prodigieusement, et il était possible que je me laisse déborder par les sentiments plutôt négatifs que j'éprouvais à son égard.

Le secteur de l'Égypte antique était un secteur que j'affectionnais particulièrement, même si, lorsque je travaillais au British Museum et que j'accueillais les groupes de sorciers, je n'étais presque jamais affectée à celui-ci. En effet, mon lien avec l'Égypte était trop corrélé aux Invisibles et aux diverses missions que j'y avais effectuées pour que le British Museum se risque à me voir y travailler. Cela n'avait pas grand sens, étant donné qu'aucun des objets n'était lié à une affaire sur laquelle j'avais travaillé, mais le ministère de la Magie et l'ancien conservateur du musée n'avaient pas toujours fait preuve de grande logique, lorsqu'il s'agissait de traiter le dossier des Invisibles – et de la manière adéquate de me réhabiliter.

J'aperçus quelques uns de mes collègues, dès lors que je passai les passages secrets qui menaient aux sections sorcières du musée, mais aucun ne parut vouloir réellement s'approcher de moi, ni discuter. À mon grand soulagement, réalisai-je rapidement. Je n'avais pas envie de leur parler. Je n'avais pas la moindre idée de ce que nous aurions pu nous dire.

« Eh, désolée de vous avoir abandonnés l'année dernière… Quoi de neuf, sinon, vous avez toujours des soucis avec la momie de Cléopâtre ? »

Non, définitivement, il valait mieux que nous ne nous parlions pas. J'allais peut-être devoir essuyer des commentaires négatifs de leur part, qui plus est, et je n'étais pas certaine d'être en mesure d'avoir cette conversation avec eux, actuellement. J'avais déjà vécu beaucoup de discussions difficiles ces derniers mois, je ne voulais pas en vivre encore, avec mes collègues cette fois. Du moins, pas tout de suite – j'avais conscience que nous finirions par travailler ensemble, que Thésée Meadowes ne pourrait pas être un intermédiaire à vie, et qu'il me faudrait bien leur présenter des excuser, et même leur apporter quelques explications.

J'arrivai rapidement dans le secteur de l'Égypte antique, et n'eus aucun mal à distinguer qui, des trois personnes dans la pièce, était A. H. Déjà, il s'agissait du seul homme présent. Ensuite, il ne cessait de regarder autour de lui, à la recherche de quelqu'un, et pâlit brusquement lorsque son regard se posa sur moi.

Pour quelqu'un qui cherchait à dissimuler son identité, il n'était pas très doué pour cela. Il aurait au moins pu faire en sorte de ne pas être désarçonné en me reconnaissant, et, pour se protéger, il aurait dû venir avec un autre homme, histoire de garder sa couverture le plus longtemps possible. Mais c'était certainement mon côté Invisible qui parlait – le côté de ma personnalité qui savait comment se dépêtrer de bon nombre de situations, le côté qui savait être sous infiltration. Ce côté que je n'étais pas censée utiliser – et que j'utilisais en rencontrant A. H.

Je me raclai la gorge, et les deux autres personnes présentes dans la salle se tournèrent vers moi. Je n'étais pas certaine qu'elles soient réellement mal à l'aise à l'idée d'être dans la même pièce que moi, j'en doutais même fortement, mais toutefois, après m'avoir dévisagée quelques secondes, les deux sorcières continuèrent leur visite en passant à la salle suivante – celle de la Grèce antique.

Tant mieux pour moi.

Un sourire froid collé aux lèvres, je m'approchai de A. H.

Petit, un léger embonpoint, et beaucoup de rouge aux joues. Un visage banal, mais toutefois avenant. Des yeux légèrement ternes, et fuyants – mais peut-être que ce n'était dû qu'à ma présence. J'avais besoin d'analyser son physique, pour savoir si celui-ci collait avec la personnalité qu'il allait me dévoiler. Et puis, j'avais appris à faire ainsi lorsque j'étais une Invisible : repérer toutes les caractéristiques physiques d'un Rapace Nocturne, pour savoir si, physiquement, il représentait une menace – en plus de la menace magique, évidemment.

À mon humble avis, A. H. était aussi dangereux qu'un Veracrasse, après ma rapide inspection. Il n'y avait pas de quoi s'inquiéter outre mesure.

Sauf que j'avais aussi conscience qu'il cherchait à me faire passer pour une personne que je n'étais pas – tout du moins, pas entièrement – auprès des sorciers, et pour cela, je devais rester sur mes gardes, et ne pas m'arrêter à son apparence non menaçante.

Il déglutit lorsque je m'arrêtai en face de lui.

- A. H., n'est-ce pas ? demandai-je doucement.

- Astrid Smith… Ou devrais-je dire G ? Ou même… Geneviève ? s'enquit-il fermement.

Je penchai la tête légèrement, de manière à acquiescer, mais également à dissimuler mon trouble. Je m'attendais à ce qu'il soit plus perturbé par mon approche frontale, pourtant, si son visage n'avait pas perdu de sa rougeur, ni de sa nervosité, il ne paraissait pas si déstabilisé que cela. Un bon journaliste se devait certainement de garder son calme en toute situation, je n'en doutais pas, mais cela ne m'arrangeait pas, présentement. Je tablais sur l'effet de surprise pour en apprendre plus sur lui, mais j'allais devoir réajuster mes plans, de toute évidence.

- G., Geneviève et Astrid Smith sont une seule et même personne, reconnus-je.

- Donc… Vous mentez sur votre identité !

Je souris un peu plus, et j'aperçus un léger doute dans son regard. Très bien. Il suffisait de peu pour instiller le doute dans son esprit.

- Vous ne pouvez pas mentir sur votre identité, poursuivit-il néanmoins. Vous êtes une Invisible !

- Qui vous dit que j'ai menti ?

- Vos initiales…, commença-t-il.

Je l'interrompis sans aucune forme de politesse.

- Sont A. G. S. Mauvais travail d'investigation de votre part, si vous n'êtes pas capable de découvrir que mon deuxième prénom est Geneviève…

Une fois de plus, j'aperçus dans son regard ce léger trouble. J'étais sur la bonne voie. Je le touchais sur un point sensible. Je me détendis, me sentant soudainement plus confiante. Je n'en ferais qu'une bouchée, de cet A. H, j'en étais certaine à présent. J'avais fait mes preuves en tant qu'Invisible pour déjouer les intentions des uns et des autres.

- Maintenant que je me suis présentée en bonne et due forme… Il serait poli de votre part de me dire quels prénom et nom se cachent derrière vos fameuses initiales, vous ne croyez pas, A. H. ?

Cette fois, c'est un éclair de vanité que j'entraperçus dans son regard. Il semblait que A. H. était également en manque de popularité et de reconnaissance… J'allais essayer de jouer avec cette facette de sa personnalité.

- Je dois ma renommée à ma discrétion, et au fait que l'on ne me connaisse pas sous ma véritable identité…

- Vous devez votre renommée, le repris-je en insistant lourdement sur le mot, parce que vous jouez avec la curiosité maladive des sorciers, et leur donnez les ragots qu'ils ne pensaient même pas vouloir connaître, c'est différent. Votre discrétion, soyons honnêtes entre nous, tout le monde s'en moque. Et je crois même qu'elle vous dessert, actuellement…

- Que voulez-vous dire ?

- Eh bien… Un journaliste anonyme ? Ce n'est pas normal… Êtes-vous seulement un véritable journaliste ? Peut-être que votre anonymat est seulement là pour vous permettre de rester inconnu, et donc que personne n'aille vérifier que vous n'avez jamais eu votre carte de journaliste… Je me demande ce que pourraient penser les rédacteurs en chef, si une telle rumeur leur parvenait…

- Personne ne vous croirait !

Je haussai les épaules, sans me départir de mon sourire amusé.

- Personne ne croirait Astrid Smith, l'Invisible, je vous l'accorde. Mais qui mettrait en doute une source anonyme, qui n'utilise que l'initiale G., et qui rapporte une telle information ? Cela vaudrait le coup de se méfier, vous ne pensez pas ?

Son regard passait à droite et à gauche, sans cesse. Parfait. Le Niffleur se sentait acculé. Je n'avais plus qu'à attendre qu'il se laisse berner par un bijou en toc.

- Personne ne vous croirait, répéta-t-il.

- On croit bien un soi-disant journaliste qui signe tous ses papiers sous initiale, depuis des mois… Pourquoi est-ce qu'on ne croirait pas une autre source anonyme, qui aurait des preuves de ce qu'elle avance ?

Il déglutit. Son secret lui tenait à cœur, c'était certain.

- Vous bluffez.

- Peut-être. Mais si vous n'avez pas envie de me donner plus d'informations, je ne vois pas pourquoi je resterais ici. Après tout, je ne suis pas simplement G., je ne vais pas vous fournir des informations compromettantes me concernant, malgré ce que vous espériez. Cette conversation n'a plus lieu d'être, n'est-ce pas ?

J'amorçai un demi-tour sur mes pieds, mais n'eus pas le temps de finir mon mouvement avant d'être rappelée.

- Attendez, miss Smith ! Je…

Je me repositionnai en face de lui, un sourcil haussé.

- Alexander Hotch.

- Vraiment banal, reniflai-je.

Je le vexai une nouvelle fois, mais tant pis. J'avais le renseignement que je voulais.

- Il fallait bien que mon anonymat se termine un jour, ajouta-t-il rapidement, comme pour se rassurer d'avoir donné son identité à une Invisible.

- C'est bien parce que vous n'avez jamais été sur le devant de la scène que vous avez une telle réflexion, marmonnai-je.

Un éclair de cupidité traversa son regard, et je compris qu'il avait certainement toujours espéré avoir son moment de gloire. Il risquait de l'obtenir plus rapidement qu'escompté, si je diffusais son prénom et son nom aux bonnes personnes… Mais est-ce que j'allais garder cette information pour moi, ou non ? Je n'avais pas encore pris ma décision.

- Vous savez, ce n'est pas parce que vous n'avez rien voulu me dire que je n'aurai rien à écrire sur vous ! me lança alors Alexander Hotch.

Eh bien. Il ne manquait pas d'assurance.

- C'est une promesse, ou une menace ? demandai-je.

J'avais espéré un peu de légèreté dans mon ton, mais je savais que j'étais surtout crispée. Alexander Hotch parut outré.

- Je ne menace jamais personne, miss Smith. Je vous rappelle simplement que les écrits ont un pouvoir plus importants que la parole. Les écrits restent, les paroles s'envolent…

Je serrai les dents. J'en avais conscience, bien entendu. J'en avais suffisamment fait les frais pour me voiler la face, et pour ne pas réaliser que ce qui avait été écrit de sensationnel sur les Invisibles était bien plus ancré dans les esprits que toutes les paroles plus simples qui avaient pu être prononcées.

Je me questionnai pendant une brève seconde. Est-ce que cela valait le coup que je poursuive cet échange avec Alexander Hotch, ou devrais-je cesser cette conversation ?

La curiosité l'emporta, une fois de plus. Je doutais pouvoir discuter une nouvelle fois avec Alexander Hotch, après aujourd'hui. C'était certainement ma seule chance d'obtenir des renseignements, ou, tout du moins, de le confronter.

- Qu'est-ce qui vous pousse à écrire tout ça ?

Je lui avais craché cette question, mais il ne se formalisa pas de mon ton.

- Tout ça quoi ? s'étonna-t-il.

- Tous vos mensonges.

- Ce ne sont pas des mensonges à proprement parler.

Je levai les yeux au ciel, haïssant immédiatement sa manière de jouer sur les mots.

- Vous arrangez la vérité.

- Ce n'est donc pas un mensonge.

- Quand vous dites que je refuse de coopérer avec les Aurors, vous mentez, insistai-je.

- Vraiment ? s'étonna-t-il.

Il affichait un air moqueur qui ne me plaisait absolument pas. Je me crispai un peu plus, devenant une véritable boule de nerfs, prête à exploser.

Mauvais signe. J'étais en train de perdre le contrôle de l'échange. Mon assurance s'effritait, or, je ne pouvais pas me le permettre. Je refusais de me le permettre.

- Les Aurors ne m'ont jamais demandé de coopérer, répondis-je. Je ne peux pas aider des personnes qui ne veulent pas de mon aide…

Pendant une brève seconde, je crus qu'il était surpris, mais cet éclair dans son regard disparut presque instantanément.

J'avais cru qu'Alexander Hotch était simple à cerner, mais le mystère autour de lui s'épaississait. Que recherchait-il, exactement ? Chaque mot que je prononçais paraissait le ravir au plus haut point, alors que je ne lui donnais aucune information concrète. Je ne faisais que lui exposer des faits, et, étrangement, cela le ravissait autant que les pires mensonges ravissaient Rita Skeeter, à l'époque où elle avait encore de l'importance – du moins, de son point de vue.

- Les Aurors sont à la recherche des Rapaces Nocturnes et des Invisibles… Ils vous ont forcément demandé de l'aide. Peut-être pas officiellement, mais tout au moins, officieusement. Et même si, par le plus grand des hasards, ils ne vous avaient demandé aucune aide, il est certain que vous possédez des informations susceptibles de les aider… Comme, comment traquer des Rapaces Nocturnes. Mais ça, vous ne leur en avez pas parlé, n'est-ce pas ?

Je fronçai les sourcils, refusant de répondre frontalement à cette question, qui ressemblait fortement à une affirmation.

- Vous ne leur en avez pas parlé, car d'après les bruits de couloir du ministère de la Magie, vous ne voulez pas que le célèbre Harry Potter se mêle de cette bataille, vous souhaitez le laisser loin des combats… Alors, est-ce que vous allez me mentir une nouvelle fois, ou bien reconnaissez-vous que cela est vrai ?

Je réfléchis rapidement, mais aucune réponse pertinente ne me venait, ou, plutôt, aucune réponse qui le ferait changer d'opinion.

Comment Alexander Hotch avait-il fait pour obtenir cette information ? Je doutais qu'il la tienne de Harry lui-même. Mais alors, de qui ? Je n'en avais pas parlé, pour ma part, et je ne pensais pas que Harry soit négligent au point de discuter de cette information avec des personnes qu'il n'estimait pas dignes de confiance…

Mais alors, qui ?

Les secondes, puis les minutes, défilèrent, sans que je ne réussisse à trouver la moindre réponse cinglante à lancer à Alexander Hotch. Son sourire se fit plus affirmé, il se redressa.

- Je vois. Je suis certain que nous aurons à nouveau l'occasion de discuter, miss Smith. La vie des Invisibles me passionne… et encore plus mes lecteurs. Ainsi que tous les petits mensonges du ministère de la Magie… On se verra bientôt.

Il me fit un petit salut, avant de quitter la salle du musée. Je glissai mon poing dans ma veste, le serrai, et retins difficilement une flopée de jurons. Je pensais ressortir victorieuse de cet échange, mais je devais bien avouer que l'échange était plutôt négatif pour moi.

Par Merlin, j'avais eu Alexander Hotch devant les yeux, et je n'avais pas réussi à l'intimider suffisamment pour m'assurer une tranquillité d'esprit.

.

.

.

Le train ralentit, arrivant à sa destination. Je gardai les yeux fixés sur mes mains, comme je l'avais fait tout le trajet durant. Je regrettais mon idée de prendre le train, mais j'avais fini dans cette situation par ma simple faute, par manque de réflexion.

Il m'aurait suffi de ne pas accepter, mais têtue comme je pouvais l'être, je n'en avais fait qu'à ma tête.

J'avais décidé de répondre à l'invitation de Jenna de revenir à Eastbourne. Sauf que pour la contacter, j'avais besoin d'un téléphone – ce que je n'avais pas, dans mon appartement sorcier. Et après ma sortie d'Azkaban, je n'avais pas jugé bon de récupérer le téléphone portable que le British Museum avait mis à ma disposition.

J'étais donc allée dans un appartement mixte, autant Moldu que sorcier : celui de Roxanne et Timothy. Qui m'avaient tous les deux demandé, de manière insistante, pourquoi j'avais tant besoin de téléphoner. Et j'avais donc dû leur donner la raison, ce qui avait eu le mérite de faire taire Timothy pendant de longues minutes – et de longues secondes pour Roxanne, ce qui relevait d'un quasi miracle. Suite à cela, j'avais eu droit à un questionnement en règles de la part de l'ancienne batteuse, qui était difficilement réfrénée par son mari, dont la curiosité semblait s'étoffer au fur et à mesure des années qu'il passait en compagnie de Roxanne. Pour mon plus grand malheur, en l'occurrence. Ils avaient tous les deux rassasié leur curiosité au bout de plusieurs heures – et après que j'ai répondu à leurs questions.

À présent, j'étais dans le train pour Eastbourne – j'aurais volontiers transplané, si Jenna n'avait pas tant insisté pour connaître mon horaire d'arrivée, afin de m'accueillir à la gare.

Par réflexe de nervosité, je me mordis la lèvre inférieure, et me mis à triturer la peau de mon poignet gauche. Je commençais à me dire que j'avais peut-être fait une erreur en choisissant de venir à Eastbourne passer quelques heures en compagnie de Jenna. Qu'est-ce que cela pouvait bien m'apporter de positif cette sortie ?

Mais il était à présent trop tard pour reculer, n'est-ce pas ? J'avais choisi de suivre cette voie, malgré les avertissements de certains – surtout ceux de Stiles, à vrai dire, qui ne trouvait pas cela sain pour moi de me rendre dans la ville où j'avais grandi. C'était le sujet principal de nos disputes de ces derniers jours…

Je me levai, chassant, par ce geste, Stiles de mes pensées. Je devais faire sortir le négatif de mon quotidien. C'est en tout cas ce que me suggérait Margaret Royalmind. Je n'étais pas certaine, cela dit, qu'elle réalise à quel point le négatif imprégnait ma vie, depuis tant d'années. Ou peut-être qu'au contraire, elle ne le réalisait que trop bien, et qu'elle me conseillait de faire table rase de presque la totalité de mon passé. Qu'est-ce que j'en savais, finalement ? Plus les séances passaient, et moins j'avais l'impression de comprendre où cette thérapie me menait – si seulement elle était censée me mener à une destination particulière.

Sur le quai de la gare, pas grand-monde patientait. Quelques grands-parents, qui attendaient des enfants et adolescents qui avaient été mis dans le train, à Londres, par des parents qui n'avaient pas encore leurs vacances et qui souhaitaient les voir partir de la maison pour un week-end. Quelques professionnels, qui attendaient leurs collaborateurs qui venaient de la capitale. Et puis, Jenna. Elle m'adressa un grand signe de main en me repérant, en même temps qu'un sourire immense habillait ses lèvres. Je m'approchai d'elle avec légèreté.

- J'avais peur que tu ne viennes pas, finalement ! Tu sais, la plupart des gens, aujourd'hui, sont joignables par différents biais… Tu pourrais faire de même ! me dit-elle en guise de salutations. Tu n'as même pas de téléphone portable sur lequel je peux te joindre… C'est incroyable, de nos jours !

Ma légèreté me quitta instantanément.

Étais-je complètement folle de tenter d'avoir une relation amicale avec une Moldue ? Est-ce que c'était aussi impossible que ces quelques phrases me le laissaient croire ? Je sentis une petite crise de panique monter, avant de finalement réussir à me calmer. J'esquissai un minuscule sourire.

- Je vais y remédier. Alors, qu'est-ce que tu as concocté comme programme pour aujourd'hui ?

Jenna remonta ses lunettes de soleil sur son nez, un grand sourire sur le visage.

- Tout d'abord, aller prendre des forces dans un bon restaurant. Et ensuite… Il y a une fête foraine qui s'est installée, comme chaque année, pas loin de la plage. Il y a une bonne ambiance, de la musique, du bruit, beaucoup de monde… Est-ce que ça te tente ?

Dans les faits, absolument pas. Aller à un endroit qui rassemble les foules avait plus tendance à réveiller des traumatismes qu'à me faire passer un bon moment. Mais si je me braquais à chaque proposition qui m'était faite, je n'allais plus rien faire en dehors de mon travail. Alors, malgré la répulsion que cela me procurait, j'acceptai la proposition de Jenna, en réussissant l'exploit d'acquiescer sans qu'elle ne se doute de mon manque de motivation.

Et c'était tant mieux, parce que je passai un agréable moment. Contrairement à ce que pensait Jenna, la fête foraine n'était pas bondée, ce qui m'évita de devoir gérer mon malaise en présence d'un trop grand nombre de personnes. Les forains n'étaient pas débordés, et ils se lançaient des blagues à tout-va, rendant l'ambiance très différente de mes souvenirs, dans lesquels ils tentaient par tous les moyens de me faire participer à leurs attractions, alors que je n'en avais aucune envie. Là, ils paraissaient plus enclins à nous partager leurs expériences, discuter avec deux adultes, sans enfant à leurs côtés, et qui semblaient s'être perdues dans la succession de stands.

Jenna était une personne toujours aussi volubile. Si j'étais obligée de garder bon nombre de mes aventures de ces dernières années secrètes, elle n'était jamais vexée lorsque je cessais soudainement de répondre à une de ces questions, parce que je craignais de violer le Code International du Secret Magique. Elle n'en prenait pas ombrage, et se lançait elle-même dans un nouveau sujet de conversation, acceptant mes silences comme peu d'autres personnes ne l'auraient fait.

J'en appris beaucoup sur sa vie, de ces dernières années, et j'étais impressionnée par sa capacité à toujours trouver du positif dans chacune de ses expériences, alors que, moi-même, je me complaisais dans mes moments sombres. J'aurais aimé avoir sa volonté – mais c'était certainement plus qu'une simple volonté de sa part. C'était sa personnalité, qui elle était. Et j'étais admirative de cela.

- Oh, regarde ! me dit soudainement Jenna, alors qu'elle venait d'acheter une pomme d'amour.

Enthousiaste, je suivis du regard ce qu'elle pointait du doigt, avant de me rembrunir immédiatement.

- Oh, non, grommelai-je.

Jenna me montrait une attraction de diseuse de bonne aventure. J'avais passé des années loin de la divination, que ce soit à Poudlard ou après, ce n'était pas pour me retrouver à écouter les bêtises d'une Moldue qui portait trois couches de vêtements alors qu'il faisait une chaleur à faire fondre une statue de glace protégée par un sortilège anti-chaleur. Sauf que Jenna se dirigeait déjà vers la table, m'entraînant à sa suite. Elle paraissait très excitée.

- J'ai bien envie d'entendre ce qu'on peut me prédire…

- Franchement, Jenna, tu vas perdre de l'argent plus qu'autre chose…

- Tu n'es pas intriguée ? s'enquit-elle.

Je haussai les épaules, peu désireuse de dire franchement ce que je pensais de la divination, ou quel que soit le nom que lui donnait cette Moldue.

- Allez, juste pour l'expérience ! Bon, moi, je tente, insista Jenna, après avoir constaté que je n'étais définitivement pas d'humeur.

Doux Merlin. De mauvaise humeur, mais ne souhaitant pas paraître trop têtue et entacher notre journée qui se déroulait bien, je m'approchai un peu plus, alors que Jenna s'installait à la table de la voyante.

La femme sourit grandement en voyant Jenna, et m'adressa à peine un regard, ce dont je lui sus gré. Je pouvais l'observer à ma guise à présent.

Cette dernière regroupait tous les clichés de la voyante Moldue. Un immense châle qui dissimulait ses formes, une table ronde recouverte d'une épaisse nappe en velours, des breloques à ses poignets qui tintaient à chaque mouvement de ses bras, une paire de lunettes qui lui permettait certainement de voir plus loin que le bout de son nez – mais définitivement pas le futur, je n'en démordais pas – et des cheveux emmêlés et extrêmement longs. Une boule, certainement pas en cristal, était posée au milieu de la table, et un paquet de cartes était posé à côté de la main droite de la voyante.

Je la vis prendre les mains de Jenna, et je ne pus m'empêcher de lever les yeux au ciel. On aurait dit la vielle professeure de Divination de Poudlard, qui cherchait toujours à attraper des élèves dans les couloirs pour leur prédire quelque chose, dans l'espoir que cela les inciterait ensuite à suivre son option – autant vous dire que cela ne fonctionnait pas. Je ne doutais pas que, d'une certaine façon, il était possible de prédire certains faits du futur. Mais je refusais de croire qu'on puisse les prédire avec exactitude – cela serait mettre de côté le libre arbitre des Moldus, comme celui des sorciers, et je tenais trop à mon libre arbitre pour accepter cela.

Cela me parut durer une éternité, mais Jenna finit par se lever, le regard rieur – mais aussi un peu inquiet, je ne pus m'empêcher de le remarquer. Elle me rejoignit rapidement, et s'humecta les lèvres avant de parler, comme pour chasser sa nervosité.

- C'était… étrange, avoua-t-elle. Tu es certaine de ne pas vouloir tester ?

Je haussai les épaules.

- Allons ailleurs, marmonnai-je.

J'amorçai un pas en direction opposée à la voyante quand celle-ci m'interpella.

- Astrid, vous avez peur de votre futur ?

Tous mes muscles se tendirent. Mon instinct d'Invisible voulut sortir ma baguette magique, mais une part de mon esprit, encore consciente, me rappela que j'étais dans le monde des Moldus, et que je ne pouvais pas faire cela. Pourtant… Comment connaissait-elle mon prénom ?

Jenna avait dû lui dire. Après tout, j'étais trop éloignée pour les entendre. Je ne savais pas ce qui s'était dit entre elles.

Je me morigénai, me forçant à avoir une pensée logique. Je ne pouvais pas me faire avoir par un tour aussi stupide.

- Oh, elle connaît ton prénom ! me chuchota Jenna en me saisissant le bras.

Bon. Au temps pour ma déduction, qui venait de trébucher comme un Épouvantard qui se ferait passer pour un Détraqueur. Jenna ne lui avait pas dit mon prénom. Ma baguette, dissimulée, me démangeait. J'avais de plus en plus envie de la sortir. Pire, je ressentais le besoin de la sortir. Quelque chose n'allait pas, je le sentais au plus profond de moi. À moins que je n'aie envie de le ressentir.

Je me laissais déborder par mes émotions, et ce n'était définitivement pas une bonne chose. Je me forçai à me raccrocher à la réalité, comme j'avais pu l'apprendre avec Margaret Royalmind. Je devais réfléchir logiquement. Tout allait s'arranger.

- Je n'ai pas peur de mon futur, dis-je bravement.

- Ah ? Pourtant… Vous refusez de venir jusqu'à moi, se moqua la voyante.

- Je n'ai pas d'argent à dépenser dans un tour de passe-passe, dis-je simplement.

- Et si je vous le fais gratuitement ?

Je rongeai mon frein. Pour qui se prenait-elle, à insister ainsi ?

- Allez, cela ne t'engage à rien ! me souffla Jenna.

Je jurai, agacée d'être poussée ainsi. Pourquoi ressentait-on toujours le besoin de pousser les gens à faire ce dont ils n'avaient pas envie ?

- Très bien ! Mais après, on part, grommelai-je. J'en ai marre de cette fête foraine…

- Promis ! m'assura Jenna. On fera ce que tu voudras.

- Encore heureux, marmonnai-je avant de m'approcher de la voyante et de prendre place face à elle.

La voyante affichait un air goguenard satisfait. Il fallait que je la remette à sa place rapidement. Elle ne pouvait pas se permettre de se moquer de moi ainsi.

Elle tendit ses mains vers moi, et je rabattis les miennes.

- Non, vous ne lirez pas les lignes de ma main, dis-je. Tentez plutôt de lire mon avenir avec votre boule de cristal, ou en me tirant les cartes… Ou avec des feuilles de thé. Ou avec n'importe quelle autre forme de voyance, ce n'est pas comme si cela allait changer quoi que ce soit à ce que vous allez me raconter…

- Oh… Je vois que vous êtes plutôt sceptique concernant mon art. Et en même temps, vous semblez connaître beaucoup de techniques de voyance. Intéressant…

- Pas la peine d'être voyante pour deviner ça, dis-je à peine assez fort pour qu'elle l'entende.

- Je peux vous tirer les cartes, dans ce cas ? s'enquit-elle avec une grande politesse.

Elle ne me regardait plus. Elle était entrée dans son rôle, les yeux plissés, à peine ouverts. Elle secouait doucement la tête, comme gênée par des bruits alentours.

Merlin, j'espérais ne pas être obligée de rester aussi longtemps que Jenna avant moi. J'avais bien mieux à faire.

- Allons-y pour les cartes, soupirai-je avec désespoir.

Elle mélangea le paquet, avant de me le tendre.

- Je dois faire quoi ?

- Comme moi, à l'instant. Vous le mélangez, vous le coupez. Et nous tirerons ensuite les cartes.

Elle avait opté pour une voix profonde, qui ne correspondait pas du tout à sa corpulence que je devinais frêle, sous le châle. Il y avait quelque chose de familier chez elle, également… Si seulement j'arrivais à comprendre ce que c'était, je saurais certainement pourquoi elle connaissait déjà mon prénom. Mais j'avais beau chercher, elle ne me rappelait personne.

Je fis ce qu'elle m'avait demandé, de mauvaise grâce.

- Et maintenant ?

- Tirez six cartes.

- Pourquoi ?

- Parce que votre prénom se compose de six lettres.

C'était une explication très étrange, pour moi qui n'y connaissais rien. Et dire que des personnes croyaient en la cartomancie, et croyaient que leur destinée se trouvait dans les cartes qu'ils allaient tirer… en fonction du nombre de lettres qu'il y avait dans leur prénom.

Alors que j'allais tirer la première carte, j'eus une soudaine envie de disparaître, et de partir rapidement avant d'entendre les absurdités que la voyante allait me sortir. Mais je pris sur moi pour rester, ne serait-ce que pour ne pas avoir à justifier à Jenna un départ précipité. Et puis, des absurdités, j'en entendais souvent. J'allais me remettre d'en entendre, aujourd'hui encore.

Je tirai finalement les six cartes demandées.

- Et maintenant ?

La voyante ouvrit les yeux plus largement.

- Hum… Intéressant.

Je levai les yeux au ciel. C'était tellement cliché que cela devrait me faire rire. Mais j'étais tendue comme l'arc d'un centaure.

- Je note une certaine assurance dans votre vie. Vous savez ce que vous voulez, et vous êtes sur la bonne voie pour l'affirmer aux autres.

Je manquai éclater de rire, mais je me retins. J'étais perdue dans ce que je voulais, et ce depuis des mois.

- Vous êtes stable dans vos relations…

Bien sûr. Tellement stable que Stiles et moi avions passé les derniers jours à nous disputer, car il ne supportait pas que j'aille à Eastbourne, incapable de comprendre ce que cela pouvait bien m'apporter de positif dans ma vie.

- Professionnellement, vous êtes bien entourée…

Était-il nécessaire de soulever l'ironie de cette affirmation, étant donné que je travaillais seule, depuis chez moi ?

- De nouvelles perspectives professionnelles apparaissent devant vous…

Et disparaissaient aussi vite à chaque fois que Thésée Meadowes essuyait un refus de la part du ministère de la Magie de m'envoyer sur le terrain avec les archéomages.

- Votre famille vous entoure, et vous êtes aimée d'elle…

Oh, doux Merlin. L'ironie devenait difficilement supportable.

- Et vous pourrez bientôt construire la vôtre. Je vois beaucoup d'enfants, trois, autour de vous, et…

Et je me levai.

- On va arrêter là les frais, dis-je froidement.

La voyante papillonna des yeux. Je savais que je la connaissais, mais j'étais incapable de savoir d'où. Par Merlin, c'était agaçant !

- Vous êtes loin du compte me concernant, marmonnai-je. Je suppose que cela fonctionne pour beaucoup d'autres personnes, mais avec moi, cela ne prend pas. Bonne journée.

Cette fois, je lui tournai réellement le dos.

- Viens, on part, dis-je à Jenna. Je voulais aller voir la maison de Jill avant de repartir.

- Euh… D'accord. Comme tu veux… Eh, attends-moi !

J'avançais rapidement, cherchant à mettre le plus de distance possible entre la voyante et moi. Par Merlin, ce qu'elle avait vu n'avait aucun sens. Je le savais avant de m'installer, je le savais pendant qu'elle énumérait ce qu'était ma vie, ce qu'elle allait devenir… Et pourtant, j'avais perdu mon sang-froid, alors que je faisais tout pour rester sereine face aux imprévus du quotidien.

J'avais encore un sacré travail à faire sur moi-même avant de maîtriser mes réactions à chaque déconvenue qui me percutait. Mais ses paroles avaient éveillé en moi un futur possible. J'avais, l'espace d'un instant, imaginé ce que serait ma vie si les obstacles actuels étaient balayés.

Et cela m'avait enivrée.

Et effrayée.

J'avais peur de cette éventualité, peur de pouvoir retrouver une vie considérée comme plus normale… Ou j'avais peur de rêver de cette vie, avant de me prendre la réalité en pleine face : que cette vie n'était qu'un rêve, justement.

- Euh… Astrid, est-ce que ça va ?

Je repris pied avec la réalité, sortant de mes pensées. Jenna était à mon niveau, et me jetais des coups d'œil inquiets.

- Euh… Oui. Oui, ça va.

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit, cette voyante ? Et comment est-ce qu'elle connaissait ton prénom ?

- Rien. Elle n'a rien dit. Enfin… Rien d'important, assurai-je.

- D'accord…

Jenna ne paraissait pas convaincue, et elle avait toutes les raisons de ne pas l'être. Cependant, elle n'insista pas, et je lui en fus reconnaissante.

Nous arrivions dans la rue de mon enfance. Je me stoppai net.

- La maison n'a pas beaucoup changé, me rassura Jenna. Enfin, je ne suis pas venue dans le quartier depuis quelque temps, mais je n'ai pas entendu dire qu'il y avait eu des travaux.

Je hochai la tête, incertaine de ce que je voulais faire. Est-ce que j'étais en capacité d'aller jusqu'à la maison de Jill, finalement ? Je n'en étais plus si certaine. Je ne pouvais décemment pas dire à Jenna que j'étais au courant que la maison n'avait presque pas changé, parce que j'y étais entrée par effraction un an plus tôt. Je ne pouvais pas non plus lui dire que je voulais voir cette maison parce que, justement, un an plus tôt, j'étais venue la voir de nuit, et que j'avais eu l'impression de ne pas lui rendre hommage comme elle le méritait.

Nous remontâmes la rue silencieusement, jusqu'à nous tenir sur le trottoir, en face de la maison de mon enfance.

- Je n'arrive même pas à compter le nombre de fois où j'ai toqué à votre porte, pour te demander de venir manger une glace avec moi, m'accompagner à une fête, ou aider des amis à déménager…

Je souris, amusée.

- Comment est-ce qu'il s'appelait, déjà ? Ton ami qu'on avait aidé à emménager…

- Ray. Je crois que je l'ai aidé pour tous ses déménagements, d'ailleurs, murmura Jenna. Mais on n'aura jamais autant ri que pour le premier !

J'esquissai un sourire, mais n'ajoutai rien. J'avais besoin d'observer cette maison qui m'avait vue grandir. Je voulais l'observer réellement, une dernière fois. Partir de là en étant en paix avec la décision que j'avais prise, à même pas dix-huit ans, de vendre la maison de ma tante, malgré tous les souvenirs. Cette décision de la vendre qui m'avait offert la possibilité de disparaître sans laisser de traces quelques mois plus tard. Cette décision qui m'avait hantée, par la suite, lorsque les Invisibles avaient été dissous.

Je ne sais pas combien de temps nous restâmes devant la maison, exactement. Je savais que ce fut assez long pour que je sois finalement sereine, lorsque Jenna me raccompagna jusqu'à la gare.

.

.

.

Les jours passaient, et je n'arrivais pas à sortir de mes pensées ce que m'avait raconté la voyante. Pourtant, ce n'était que quelques mots, lancés comme cela. Elle sortait certainement les mêmes paroles à toutes les personnes qui perdaient leur temps à s'asseoir à sa table. Mais cela me tourmentait pourtant, au point de me réveiller la nuit, pour le plus grand déplaisir de Stiles, qui avait beaucoup de mal à supporter mes insomnies – comme si, moi, je les appréciais pleinement.

J'en avais, bien entendu, parlé à Margaret Royalmind, qui avait battu ses cartes pour m'agacer, et m'avait fait remarquer que si les quelques mots d'une voyante de pacotille me mettaient dans un tel état, je devais prendre le temps de réfléchir à la signification que j'accordais à ces mots, plutôt qu'à la signification que tout un chacun pouvait leur donner. Ces derniers temps, la Psychomage me poussait à nouveau dans mes retranchements, ses objets faisaient à nouveau des folies sur ses étagères, et je sortais totalement éreintée – et énervée – de nos séances.

Moi qui avais cru qu'un suivi avec une Psychomage ne serait pas long, et que je m'en sortirais rapidement, je réalisais à quel point j'étais loin d'en avoir fini.

Stiles trouvait par ailleurs que je passais trop de temps chez Margaret Royalmind, ce qui avait mené à une nouvelle dispute entre lui et moi. Je devais reconnaître que cette dispute était plutôt de mon fait, car j'avais eu l'indélicatesse de lui faire remarquer qu'il pourrait apprécier mes efforts pour consulter une Psychomage, étant donné que l'absence de consultations avait mené à ma rupture avec James. Stiles, à l'inverse, devrait être ravi que je prenne soin de ma santé, mais cette comparaison, au lieu de lui plaire, l'avait quelque peu agacé. Ce que je pouvais concevoir, certes, mais il n'était pas nécessaire pour autant de créer un vrai scandale avec cette simple analogie entre lui et James.

Cela dit, la jalousie de Stiles était à présent passée à la toute fin de mes priorités.

Parce que A. H. était revenu sur le devant de la scène, et qu'il me faisait passer pour une traître et pour une imbécile – même si, pour ce dernier point, j'étais la seule à en avoir conscience.

« Réunion entre Invisibles »
Sachez qu'Astrid Smith, Invisible comme vous le savez, a été aperçue à Eastbourne la semaine dernière… Où se trouvait également une Invisible en fuite, surveillée par des Aurors, qui s'était mêlée à des forains pour passer inaperçue.
Continuant pourtant d'affirmer qu'elle n'a plus aucun lien avec les Invisibles, ses actes ne cessent de nous prouver le contraire… Quand les Aurors se décideront-ils à protéger les sorciers d'une Invisible qui refuse de les aider ?
Comptez sur moi pour suivre ses faits et gestes…
A. H.

Ce n'était que quelques lignes. C'était moins pire que ce que j'avais déjà pu entendre et lire me concernant. C'était faux.

Mais cela me faisait affreusement mal.

Tout d'abord, parce que je n'étais pas censée avoir des contacts avec les Invisibles, et que cela pouvait me coûter très cher. Ensuite, parce que ces quelques lignes se trouvaient dans toute la presse sorcière – et j'avais pris le temps de vérifier. Enfin, j'allais devoir répondre de mes actes auprès de beaucoup de personnes alors que, pour une fois, je n'avais pas agi en âme et conscience.

Et puis, je détestais avoir conscience que je n'avais pas reconnu quelqu'un avec qui j'avais travaillé durant des années. Mary était discrète, chez les Invisibles, et, souvent, elle était envoyée sur de longues missions pour récolter des renseignements. Elle était presque aussi douée que Camille pour se dissimuler. Elle avait bien travaillé, cette fois-ci. Je ne l'avais pas reconnue.

Et je me sentais vraiment stupide de cela.

- Fait chier, bordel…

- Ah bah, vive la politesse ! ironisa l'horloge.

Je ne m'occupai pas d'elle, et partis à la recherche d'une plume et d'un parchemin. Il était temps qu'A. H. se sente également en danger. Il était temps que sa couverture tombe. Toutefois, avant que je ne puisse rédiger une missive pour Harry, on frappa à ma porte.

Craignant que les Aurors ne viennent me chercher en fanfare, je m'approchai doucement de la porte, prenant mon temps.

- Astrid, ouvre, par Merlin !

Je me figeai, avant de me secouer et de me dépêcher d'aller ouvrir.

Derrière la porte, James paraissait très agité. Il ne me laissa pas le temps de le saluer, et entra précipitamment dans mon appartement, un exemplaire de La Gazette du Sorcier à la main. Je fermai la porte, et le suivis.

- Qu'est-ce que…

- J'ai fermé la boutique, pour ne pas que ce soit Mélina qui soit obligée de fermer la sienne, elle est dans tous ses états.

Tiens. Il répondait à nouveau à mes questions avant que je ne termine de poser ma question ? Malgré l'état dans lequel il se trouvait, et dans lequel je me trouvais moi-même, je ne pus m'empêcher de sourire.

- C'est pas drôle, Astrid, me reprocha-t-il.

- Je sais, pardon, me repris-je.

Il s'installa sur le canapé, et Fléreur le rejoignit immédiatement en ronronnant. Moi qui étais persuadée que le fléreur était sorti pour se promener…

- Dis-moi que ce n'est pas vrai, me supplia James en agitant le journal.

Je secouai la tête.

- J'étais à Eastbourne, c'est vrai. Mais je ne savais pas que c'était une Invisible.

James jura, me faisant sursauter.

- Mais tu lui as bien parlé ! Merde, Astrid, ça peut être grave !

Je me mordis la lèvre.

- Je sais, dis-je doucement. J'aurais dû écouter mon instinct, c'était une voyante bizarre…

- Tu détestes la divination, me fit remarquer James. Pourquoi est-ce que tu t'es approchée d'elle ?

Je soupirai.

- C'est vraiment long à expliquer…

Il m'observa un long moment, et j'acceptai son examen sans rien dire. Je savais ce qu'il était en train de faire. Il cherchait à savoir si je lui mentais, ou s'il pouvait me faire confiance, et ne pas creuser plus longuement cette question. Satisfait de ce qu'il voyait, il finit par acquiescer, et je relâchai mon souffle, prenant conscience que j'avais eu peur qu'il ne me croie pas.

- Tu ne l'as vraiment pas reconnue ?

- J'ai eu la sensation de l'avoir déjà vue, mais rien de plus, avouai-je. Et… Je ne sais pas.

Je m'affalai sur le canapé à côté de lui, fixant mes mains du regard. Par réflexe, il m'empêcha de me triturer la peau du poignet.

- J'aurais dû écouter mon instinct, répétai-je lamentablement. Je te jure que je n'ai rien dit concernant les Invisibles, ça n'avait rien à voir, et…

- Je sais.

Je ravalai mes larmes. J'avais besoin que quelqu'un me croie, parce que je n'étais pas certaine que les autres personnes qui allaient lire cet article – mes amis, les Aurors, Stiles, Thésée Meadowes – allaient me croire.

- Merci, murmurai-je. Et désolée d'apprendre que tu as fermé ta boutique pour ça. T'aurais pas dû.

- Vu l'état dans lequel se trouve Mélina, je t'assure qu'il vaut mieux que ce soit moi plutôt qu'elle qui soit présent actuellement avec toi, se moqua-t-il.

- J'irai la voir après.

Un hibou frappa contre ma vitre. Je pestai.

- Tu sais ce que c'est ?

- Il n'y a que les hiboux postaux ou ceux des Aurors qui peuvent venir jusqu'ici… Je suis certaine qu'il s'agit de ma convocation au Bureau des Aurors.

James se leva du canapé, et l'absence de ses mains sur les miennes me fit prendre conscience que j'avais froid. Je soufflai, essayant de me calmer.

Je ne pris pas ombrage de voir James ouvrir mon courrier.

- Tu as raison. Tu dois te présenter au Bureau des Aurors avant midi.

Je fermai les yeux.

- Tu veux que je t'accompagne ?

Mes yeux se rouvrirent aussi sec. Je fixai James, incrédule. Lui-même paraissait comprendre ce qu'il venait de proposer.

- Pardon. C'est à Stiles de t'accompagner. Tu veux que je le prévienne ? Ou tu le préviendras toi-même, en fait, en allant au ministère de la Magie, il travaille là-bas, pas vrai ? Enfin, si tu le souhaites, je peux t'accompagner jusqu'au ministère, et…

Je ris nerveusement, interrompant James. Je mis du temps à me calmer, et James, qui s'installa à nouveau sur le canapé avec moi, me tendit soudainement un mouchoir, me faisant réaliser que je pleurais de nervosité.

- Stiles ne viendra pas avec moi, James. Il préfère vivre dans l'ignorance des Invisibles. Chaque fois que le sujet apparaît, il préfère faire autre chose. Et puis, j'aime autant retarder le moment où il me dira qu'il me l'avait bien dit, et que…

Je me tus. J'étais en train de me confier à James sur un sujet personnel, qui concernait mon couple, et je n'étais pas certaine que nous en étions à ce stade de notre amitié post-rupture.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda doucement James.

Bon. Il était prêt à m'écouter, autant en profiter.

- Disons que Stiles et moi nous disputons régulièrement depuis quelques temps, parce que je suis retournée à Eastbourne. C'est la deuxième fois que j'y retournais, expliquai-je à James en désignant le journal. J'y suis déjà allée il y a quelques semaines. Et… Stiles n'apprécie pas cela. Donc on se dispute. Beaucoup.

- Pourquoi est-ce qu'il n'apprécie pas cela ?

- Parce qu'aller à Eastbourne me fait énormément de bien. Bien plus que beaucoup d'autres choses.

- Oh.

- Ouais. Comme tu dis.

Un silence appréciable s'instaura entre nous deux. Je ne sais pas exactement combien de temps il dura, mais je l'appréciai à sa juste valeur. Je me mouchai, et me levai. Une décision venait de s'imposer à moi, claire et limpide. Je n'allais pas me rendre au ministère de la Magie comme une victime, oppressée par quelques articles. J'allais y aller la tête haute, car A. H. n'était pas le seul à avoir des informations.

- Je vais aller au ministère de la Magie, annonçai-je à James.

- J'aimerais quand même que tu n'y ailles pas toute seule. On ne sait jamais, je…

- James, l'interrompis-je. Ne t'inquiète pas.

- Astrid, ils vont sûrement chercher à te…

- Rendre coupable d'avoir pris le train, tout simplement ? Bien sûr. Mais pour une fois, j'ai de quoi me défendre.

- Comment ça ?

James paraissait réellement inquiet.

- A. H. Je sais qui c'est. Et il est temps qu'il sorte de l'ombre.

- Tu ne peux pas te baser sur de simples soupçons, m'avertit James.

Je souris.

- Ce ne sont pas des soupçons, James. Je sais de qui il s'agit, et il tient énormément à son anonymat. Autant que moi, je tiens à ma tranquillité.

Je désignai les journaux que nous avions tous les deux achetés.

- Et puisqu'il ne me laisse pas tranquille, il est temps que je fasse sauter son anonymat.

Un sourire amusé apparut sur le visage de James.

- Je vois. Je n'ai donc pas trop de soucis à me faire, pas vrai ?

Je ressentis un petit pincement au cœur lorsqu'il me dit cela, mais j'acquiesçai vaillamment.

Il était temps que je me batte pour ma dignité – tout du moins, pour ce qu'il en restait.


Lumos

Oui, bon, pardon, il y a eu un raté la semaine dernière, j'ai réalisé tard qu'il me fallait corriger le chapitre, et ça aurait été trop compliqué de tout préparer rapidement, et en plus, j'étais pas dispo le soir. Donc, c'était mort.
Mais je suis là, je ne vous abandonne pas pour de longs mois une nouvelle fois (pas pour le moment en tout cas...)
Pas mal de choses dans ce chapitre ! A.H., quand même, ce n'est pas rien. Et le passage à Eastbourne est plutôt sympa, non ? (Oui, je m'envoie des fleurs, que voulez-vous, je ne suis que joie en ce moment. Malgré le fait qu'on soit en novembre, aka le deuxième pire mois de l'année après février, voilà, les choses sont dites)
SINON ! Merci pour toutes vos reviews et d'être toujours présents et présentes malgré les absences de chapitres parfois. Merci évidemment à DelfineNotPadfoot qui corrige toujours les chapitres. Merci à ma motivation d'être présente pour écrire le NaNo (je sais pas comment je fais, allez, plus que quelques jours et ce sera FINI)
Pour les prochains chapitres, écrits pendant le NaNo (donc dans un jus très approximatifs), je ne vous garantis pas qu'ils arriveront dans deux semaines piles, parce que c'est toujours compliqué pour moi de replonger dans le Nano juste après l'avoir terminé. Je pense quand même pouvoir vous en offrir avant la fin du mois de décembre )
Allez, sur ce, j'arrête cette note d'autrice qui est en train de prendre de l'ampleur (qui était là lorsque mes notes d'autrice étaient TROP longues ?)
À très vite, portez-vous bien, faites attention à vous :)

Nox