Disclaimer : Ce one-shot n'est pas de moi mais de DaniJayNel, qui l'a publié originellement sur Ao3 en anglais. Elle m'a généreusement accordé sa permission pour le traduire et vous le partager ici. Ce n'est donc pas une traduction littérale de son texte mais une adaptation que j'espère assez fidèle.

Je vous conseille vivement de jeter un œil à sa page où vous pourrez trouver d'autres OS anglophones d'une grande qualité.

Merci beaucoup et bonne lecture !

Note de l'auteur : Écrire sur Annie et Ymir, c'est un pari risqué parce qu'elles s'accordent parfaitement à leur pairing canon respectifs, soit avec Armin et Historia. J'ai simplement cherché à traduire un OS sur elles car j'apprécie le concept du multi-pairing et le changement, c'est cool.

Si ce n'est pas votre tasse de thé et que vous êtes un fervent défenseur des pairings canon, je vous conseille de ne pas vous attarder ici mais d'aller jeter un œil à mes fics qui traitent de couples plus traditionnels.


Les seuls souvenirs heureux qu'Ymir retenait de son père se résumaient aux quelques fois où il sortait sa guitare et se mettait à jouer sous leur porche. Elle, pieds nus, jouant dans la boue et lui, ivre au milieu des bouteilles de bière vides autour d'eux. Sa voix était affreuse mais ses chansons avaient quelque chose d'envoutant. Ymir se rappelait de la façon dont ses doigts jouaient habilement avec les cordes et comment il arrivait à créer une mélodie de rien.

Lorsqu'elle fut assez âgée pour faire des petits boulots dans son quartier, elle économisa pour s'offrir sa toute première guitare acoustique. Entre temps, son père avait assez merdé avec d'autres femmes pour qu'elle se retrouve à vivre avec ses grand parents, donc plus personne n'était en mesure de lui apprendre à jouer. Elle s'acheta donc un livre pour débutant de seconde main et commença son apprentissage en autonomie.

Ymir se perdit dans la musique. Lorsque qu'internet émergea et qu'elle eut un téléphone pour son anniversaire -cadeau de son grand père- elle y chercha à se perfectionner. Elle suivait nombre de guitaristes de génie sur les réseaux sociaux et elle finit par décider que la seule chose pour laquelle elle serait reconnaissante vis-à-vis de son géniteur serait de lui avoir fait découvrir cet instrument.

Des années après, Ymir bossait dans le commerce de détail et était l'heureuse propriétaire d'un petit appartement perdu en centre ville. Elle osait penser qu'elle était douée pour jouer, d'une part car c'était sa passion et d'une autre parce qu'elle pratiquait dès qu'elle en avait l'occasion. En revanche, elle n'avait jamais essayé de faire quoi que ce soit de sa musique, elle était simplement heureuse de rentrer chez elle après une longue journée et de retrouver sa guitare bien aimée. Malheureusement, les murs de son appartement étaient incroyablement fins donc elle recevait souvent des plaintes de ses voisins si elle grattait les cordes de son instrument trop tard le soir. Parfois Ymir était un peu insolente et jouait quand même, mais la plupart du temps elle se résignait à reposer sa guitare sur son socle et se retirait dans sa chambre pour regarder un film quelconque avant de se coucher.

Elle vivait une vie sans remous, agréable. Elle était souvent fatiguée mais n'y faisait plus attention. Elle était célibataire certes, mais avait des amis et cela lui convenait.

Un vendredi soir, Ymir rentra chez elle épuisée. Elle peina à montrer les trois étages qui la séparaient de son appartement et se dirigea automatiquement vers sa porte. Elle ne remarqua pas la douzaine de cartons qui encombraient le couloir jusqu'à ce qu'elle manque de s'encastrer dans l'un d'eux. Elle cligna des yeux en retombant sur terre.

La porte de l'appartement qui précédait le sien était grande ouverte et elle y jeta un œil curieux en passant. Des cartons y étaient éparpillés partout et au centre de la pièce, deux hommes s'arrachaient les cheveux devant un mode d'emploi pour savoir comment monter un sommier absolument massif. Elle se demanda si c'était eux qui allaient emménager, mais réalisa qu'elle n'en avait pas grand chose à faire et rentra chez elle. Une fois la porte fermée, elle se déshabilla et se glissa dans un bain chaud pour se débarrasser des tensions de la journée.

Le lendemain, leur déménagement semblait être terminé, mais elle n'avait pas encore vu ni entendu ses nouveaux voisins. Ymir n'était pas vraiment du genre à frapper à leur porte avec un panier de mignardises fait maison pour leur souhaiter la bienvenue. Elle ne leur dirait probablement même pas bonjour s'ils venaient à se croiser dans le couloir, sauf bien sûr s'ils initiaient la démarche.

Elle ne fut pas spécialement curieuse de savoir qui avait emménagé à côté, alors la vie reprit son cours. Le week-end suivant en revanche, elle était de nouveau immergée dans un bain jusqu'aux oreilles lorsqu'elle entendit quelqu'un chanter. Les canalisations ancrées dans le mur grondaient comme jamais alors elle déduisit que ladite personne se douchait. Apparemment, leurs salles de bains respectives se jouxtaient.

Ymir ferma son robinet d'eau et rejeta ses cheveux humides en arrière. Elle ralentit sa respiration en tendant l'oreille. Etonnamment, la voix qui résonnait était féminine. Elle s'attendait à entendre quelqu'un d'autre mais il ne semblait y avoir qu'elle. La femme continua de chanter un air qui lui était inconnu et dont les paroles demandaient une certaine aisance vocale. Elle atteignait chacune des notes avec justesse, même les plus aiguës. Soudain les canalisations se tuent en même temps que le bruit de l'eau qui cascade. Elle continua d'écouter attentivement même si le chant se transforma en chantonnement distrait. Ymir entendit même le son caractéristique d'un interrupteur que l'on abaisse suivit de celui d'une porte que l'on ferme.

Elle eut soudain envie de faire courir ses doigts sur les cordes de sa guitare mais la fatigue l'emporta sur ce désir. Elle essaya néanmoins de trouver la chanson que sa voisine avait chanté en fouillant sur le net. Elle réussit à la dénicher et l'écouta avant de sombrer dans un sommeil sans rêves.

Le jour suivant, elle resta chez elle et ne put résister à l'envie de saisir sa guitare et de jouer les accords de la chanson d'hier. Elle s'assit sur son canapé et serra son instrument contre elle, puis elle ferma les yeux et se rappela de la manière dont cette femme entonnait ces notes. Sa voix était à s'en damner. Après quelques essais, elle se lança sérieusement et réussit à rejouer la mélodie, qu'elle laissa l'envahir. Elle la rejoua quelques fois avant de changer de morceau. Quand ses doigts commencèrent à lui faire mal, elle dû reposer sa guitare à contre-cœur.

Ce fut le lendemain que ça lui tomba dessus.

Ymir rentra de son travail et après un bon bain et un dîner à la sauvette, retrouva sa guitare et le confort de son sofa. Elle se mit à jouer ladite chanson et après quelques accords, elle entendit la voix de sa voisine s'élever. Elle s'arrêta pour l'écouter, mais le chant s'arrêta aussi, alors elle se remit à jouer. Ymir réalisa avec un frisson qu'elle suivait ses accords pour chanter.

Un large sourire étira ses lèvres, puis elle alla s'asseoir contre le mur et commença à jouer avec toute la passion qu'elle avait pour la musique. La voix de la femme était juste derrière elle, de l'autre côté de la cloison, se déversant à travers pour se joindre aux accords de sa guitare et Ymir fut émerveillée par leur harmonie. Elles s'accompagnèrent l'une l'autre jusqu'à ce que la chanson touche à sa fin. Elle entendit alors des pas s'éloigner et comprit que c'était tout ce qu'elle obtiendrait de sa voisine pour ce soir.

Après cela, lorsque Ymir se mettait à jouer, elle entendait parfois sa voisine s'y mettre aussi. L'inverse se produisait également, dès qu'elle l'entendait chanter, elle sautait sur sa guitare quand elle connaissait le morceau et grattait ses accords. C'en était presque devenu une routine, un passe-temps auquel elles s'adonnaient peu importe l'heure, quand le destin les amenait à penser à la même musique.

Ymir en était presque devenue un peu obsédée mais elle n'eut jamais le courage d'aller toquer à la porte d'à côté. Elle s'était créé une image mentale de sa voisine et avait peur que la réalité écrase sa petite rêverie. Elle ne s'était pas sentie ainsi depuis longtemps - comme si elle n'était plus seule, comme s'il existait quelqu'un qui pouvait peut-être la comprendre.

Quand Sasha la supplia de venir boire un verre, Ymir voulut refuser. Elle n'avait pas vraiment la tête à ça, et quelque part elle espérait qu'elle pourrait avoir un autre de ces moments avec sa voisine. Mais elle n'avait pas vu Sasha depuis des lustres et cette dernière pouvait s'avérer sacrément persuasive. Donc Ymir se retrouva à galérer pour choisir une tenue qui expliciterait le fait qu'elle soit gay et à sortir dans le froid de la nuit. Elle zieuta la porte voisine, son cœur passant la troisième à l'idée qu'elle puisse la prendre la main dans l'sac et finit par chasser cette idée de son esprit.

Le Titan était un bar populaire situé juste en bas de la rue et par chance, il disposait d'une des meilleures fréquentations en termes d'artistes locaux, qui s'y ruaient pour jouer dès que ses portes étaient ouvertes.

"Ymir !"

Sasha lui broya les côtes dans un câlin, les joues déjà rosies. Elle grogna et la repoussa gentiment.

"Déjà bourrée ?"

Sasha rit.

"Juste un peu. Viens, j'ai pris une table pour nous."

Sasha lui attrapa le bras et la traîna jusqu'à ladite table et Ymir fut surprise de voir qu'elle était déjà occupée. Son amie délaissa sa main pour aller enlacer la femme en face d'elles, alors elle comprit sans avoir besoin de présentation.

"'Mir, voilà Mikasa, ma nouvelle copine."

Cette dernière se leva et lui tendit la main. Ymir la fixa pendant une seconde, un sourire étirant le coin de ses lèvres. Elle lui serra la main même si le geste lui semblait étrange et s'avachit ensuite sur un siège.

"Sasha m'a beaucoup parlé de toi."

Ymir leva un sourcil.

"C'est vrai ?"

"En bien seulement !" Précisa Sasha, rouge tomate.

Elle abattit violemment sa main sur la table.

"À boire ! Tu veux quoi Ymir ?"

"Euh, un Coca ça ira."

"Pas d'alcool ?" Lui demanda Mikasa.

Ymir eut un rictus ironique.

"Nope."

"Cool !" S'exclama Sasha avant de se ruer vers le bar.

Ymir et Mikasa se dévisagèrent un moment, jusqu'à ce qu'un soupire s'échappe des lèvres de la guitariste.

"Tu sais qu'on était ensemble avant, hein ? C'est pour ça qu'elle est aussi nerveuse ?"

Mikasa lui sourit enfin.

"Ouais. Je m'en moque, mais elle était inquiète."

"Elle est stupide." Pouffa Ymir en roulant des yeux.

"Oui, elle l'est. Mais je l'aime."

"Vous vous fréquentez depuis combien de temps ?"

Elles pouvaient apercevoir Sasha au bar, penchée au-dessus du comptoir pour bavasser avec le bartender pendant qu'il préparait leurs boissons.

"Officiellement ? Un peu plus d'un mois. Mais ça fait plus longtemps que je suis amoureuse d'elle. On s'est rencontrées au boulot."

Ymir acquiesça.

"C'est mignon. Tant qu'elle est heureuse, ça me va. C'est un peu ma seule véritable amie."

Mikasa émit un bruit qui ressemblait étrangement à un ronflement.

"Ouais, elle m'a dit ça."

Ymir voulut être offensée mais Sasha arriva et se laissa tomber sur un siège aux côtés de Mikasa et leur tendit leurs verres. Elle descendit la moitié du sien en quelques gorgées.

"Alors, vous vous entendez bien ?"

Mikasa et Ymir échangèrent un bref regard avant de répondre par la négative.

"Nan." Dirent-elles en cœur.

Sasha blêmit et sa bouche s'entrouvrit sous le coup du choc mais quand les deux complices affichèrent un rictus moqueur, elle réalisa qu'elles plaisantaient.

Elle leur administra deux claques respectives et entreprit de bouder. Mikasa déposa alors un baiser sur sa tempe en guise d'excuse et Ymir détourna pudiquement le regard.

Elles passèrent un bon moment, trinquant en écoutant les talents locaux. Ymir adorait voir les différents styles musicaux et ceux qui les incarnaient en y mettant toute leur âme. Elle mémorisa distraitement quelques accords. Vers la fin de la soirée, la fatigue pesait sur ses épaules et Sasha était clairement saoule donc tout le monde tomba d'accord pour en rester là. Ymir n'était pas spécialement pressée alors elle décida de faire un détour pour apprécier l'air frais de la nuit. Elle passa par le parc du quartier et remarqua un petit groupe de personnes autour d'un feu de joie. Elle aurait continué sa route si elle n'avait pas entendu une voix familière qui la fit s'arrêter net.

C'était le chant de sa voisine, aucun doute là dessus. Sans réfléchir, elle tourna les talons et se pressa vers le groupe, l'oreille tendue pour déterminer de qui la voix provenait. Elle la trouva assise sur une balançoire, à l'écart du groupe, chantant pour elle-même alors qu'elle observait les gens rire et boire autour du feu crépitant. Elle se balançait doucement.

Ymir s'assit sur la place libre à ses côtés et avala sa salive.

"Hey, voisine." Articula-t-elle à son intention.

La femme cessa de chanter et s'immobilisa. Elle ne bougea pas pendant plusieurs secondes avant de lentement se tourner vers Ymir qui accrocha son regard. Elle avait les yeux d'un bleu cristallin, légèrement tirés et ses mèches blondes étaient retenues par un chignon en haut de sa nuque.

"Je m'appelle Ymir."

Ses yeux ne la quittèrent pas.

"Annie."

Ymir ne put réprimer son sourire. Elle tendit la main vers elle.

"Je t'ai entendu chanter. C'est moi qui joue de la guitare."

Les yeux d'Annie s'écarquillèrent. Elle fixa sa main un moment avant de la saisir. Ymir fut surprise par sa petitesse au creux de sa paume et par le frisson qui lui remonta soudainement l'échine.

Annie rompu le contact rapidement mais s'inclina vers elle.

"C'est toi qui joue pendant que je chante ?"

Ymir acquiesça.

"Ouais. Ta voix est superbe."

"Oh, euh, merci." Annie détourna les yeux, visiblement gênée. "Tu joues super bien aussi."

Ymir rougit.

"Merci. Quand tu te mets à chanter, j'peux pas m'empêcher de sauter sur ma guitare. Tu devrais, euh, passer chez moi un jour. On pourrait jouer ensemble."

Annie haussa un sourcil devant la proposition. Elle finit par sourire en haussant les épaules.

"D'accord."

Ymir resta là pendant quelques minutes de plus -jusqu'à se sentir mal à l'aise-. Elle n'avait pas d'idées pour pousser la conversation au-delà de son constat de mort naturelle et ne voulait pas paraître bizarre alors elle se leva.

"Bah, c'était cool de te rencontrer Annie. Je vais y aller. Euh, à un de ces quatre ?"

Annie la fixa de nouveau, se balançant distraitement.

"Oui, de même."

Se sentant vraiment mal à l'aise, elle s'en alla.

Quand elle se coucha, les yeux bleus d'Annie lui revinrent en mémoire dans un flash et elle ne put empêcher une étrange chaleur de se répandre sous ses côtes.


Annie n'aimait guère le changement. Elle savait que ce dernier était inévitable et qu'elle ne pouvait vivre indéfiniment dans sa bulle sécuritaire et routinière. Mais elle reconnaissait volontiers qu'elle exécrait le changement. Elle était très reconnaissante d'avoir ses amis à ses côtés, ils étaient particulièrement bienveillants concernant son anxiété. En réalité, le simple fait qu'ils savaient qu'elle était anxieuse prouvait qu'ils étaient proches au point qu'elle leur vouait une confiance aveugle.

"Voilà." Soupira Reiner en rangeant ses derniers outils dans une mallette à cet effet. "Le lit est monté, les toilettes fonctionnent et on a réglé son compte à une fuite que l'on avait trouvé sous l'évier."

Annie se dirigea vers lui et lui tendit une canette de soda glacée. "Merci Rei."

Il s'en empara et la termina d'une traite, heureux du rafraîchissement bienvenu. Berthold les rejoignît.

"Merci de m'avoir aidé, les gars." Leur dit-elle. "Je n'aurais pas pu tout faire moi-même."

Le blond rit et jeta sa canette écrasée dans la poubelle. "Tu sais qu'on est toujours là pour te donner un coup de main. De toutes manières, j'pense pas que t'aurais été capable de porter un seul de ces cartons toute seule."

Berthold rit sous cape.

"Rei, tu oublies qu'Annie est capable de te faire mordre la poussière."

Annie leva un sourcil à leur attention.

"J'aurais probablement pu faire une grande partie du boulot, mais j'avais juste la flemme."

Reiner fit mine d'être offensé.

"Peu importe" Dit-il en piégeant Annie dans une étreinte étroite dont elle essaya de se dégager en vain.

Elle menaça de lui balancer son genou dans les bijoux de famille alors il la reposa sans se faire prier.

"Okay, désolé !" Rit-il.

"Vous avez pas genre, un truc à faire loin d'ici ?" Grommela-t-elle, mais aucun des deux ne la prit au sérieux.

"On devrait rentrer, oui." Acquiesça Berthold. "Je vais chercher nos vestes."

Tandis qu'il disparaissait dans une pièce adjacente, Reiner se pencha pour être à sa hauteur -une de ses manies qu'Annie détestait- et il la regarda d'un air malicieux.

"J'ai vu ta voisine et je dois admettre…"

Il siffla pour accentuer ses paroles.

"Elle est canon."

Annie le regarda sans comprendre.

"À ton goût ?"

"Nan, canon pour toi, j'suis sûr que tu la trouveras à croquer."

"Hors de question que l'on ait cette conversation."

"Bah quoi, je pense simplement que tu devrais aller dire bonjour."

"J'ai tout !" Annonça Berthold sur le pas de la porte. Il remarqua l'expression gênée d'Annie et elle pouffa quand il pencha la tête comme un chiot curieux.

Reiner soupira en secouant la tête.

"J'veux juste que tu trouves enfin quelqu'un pour te tenir compagnie. Même pas besoin que ce soit une petite-amie. Genre, fais-toi d'autres potes."

Annie jeta sa canette dans la poubelle à son tour avant de le pousser vers l'entrée.

"Okay, Reiner. Merci. Je peux gérer ma vie sociale seule"

"T'es sûre de ça ?"

"Reiner." Gronda Berthold.

Annie lui lança un regard meurtrier, alors il sortit de son appartement en haussant les épaules en signe de capitulation. Ils se dirent au revoir puis elle referma le battant et fut quelque peu soulagée d'être enfin seule. Ils avaient mangé une pizza tard dans l'après-midi, alors elle n'avait pas spécialement faim, mais elle avait absolument besoin de prendre une douche. Heureusement, cet appartement disposait à la fois d'une douche et d'une baignoire. Elle opta pour la douche, se glissa à l'intérieur et laissa la fatigue et la sueur du jour disparaître au contact de l'eau chaude.

Annie ignorait à quel point les murs de l'immeuble étaient fins et une semaine plus tard, elle s'adonna à son habitude préférée sous la douche : chanter. Elle y mit toute son âme et quand elle eut fini, elle fredonna pendant qu'elle se préparait pour la nuit. Elle quitta finalement la salle de bain en se sentant un peu plus humaine et un peu moins comme un troll tout droit sorti des forêts.

Lorsqu'elle entendit la guitare pour la première fois, elle était à moitié entrain de comater son canapé, regardant à peine l'émission qui défilait sur son écran. C'est à ce moment qu'elle réalisa à quel point l'appartement était peu insonorisé, mais comme la guitare était vraiment belle, elle ne se plaignit pas. Elle réalisa rapidement que la personne jouait la chanson qu'elle avait chanté la veille et cela la fit rougir comme jamais. Heureusement, personne n'était là pour assister au spectacle.

Sérieusement, sa voisine l'avait-elle réellement entendue ? Se moquait-elle d'elle ? Non. Elle jouait vraiment bien, il n'y avait aucun moyen qu'elle le fasse juste pour se ficher de sa gueule. Annie se sentait en fait un peu émerveillée par l'initiative. Ce fut donc naturellement qu'elle se mit à chanter lorsqu'elle qu'elle la surprit à jouer les accords. Mais étonnamment, elle arrêta soudain de jouer alors elle se stoppa aussi, puis elle sourit pour elle-même lorsque les cordes résonnèrent à nouveau, cette fois-ci beaucoup plus près. Alors elle s'assit, le dos appuyé contre le mur et elle écouta la guitare en laissant sa voix s'élever au gré des notes.

Les jours qui suivirent, l'événement se rejoua régulièrement dans sa mémoire. Elle n'admettrait jamais qu'elle avait apprécié ça et encore moins qu'elle était un peu curieuse de rencontrer sa voisine depuis. Reiner avait clamé qu'elle était jolie, mais il pouvait parfois être stupide. Et fouineur. Mais, s'il avait raison ?

Originellement, Annie n'avait pas vraiment envie d'aller au feu de joie. Elle était plus d'humeur à simplement traîner sur son canapé, espérant que sa mystérieuse voisine recommencerait à jouer. Peut-être que cela devenait un peu obsessif mais peut-être aussi que cela l'aidait à se sentir beaucoup moins seule.

Elle fut la première à la remarquer, immobile sur la promenade, regardant dans leur direction. Elle chantait -plus pour elle-même que quiconque- et cette inconnue avait tourné les talons vers eux, cherchant visiblement quelqu'un. Quand son regard tomba sur elle, elle eut comme un pressentiment. L'inconnue s'assit à ses côtés et Annie se retrouva envahie par le stress. Elle se tût.

Bon sang, était-ce elle ? Il n'y avait aucune autre raison plausible qui expliquerait pourquoi cette femme la regardait ainsi. Après l'avoir détaillée subrepticement, Annie en vint à la conclusion qu'elle était si attirante que cela l'irritait. Elle était le genre de femme qui prenait ses sentiments les plus intenses pour de l'aversion et qui finissait par demander à ses conquêtes de quitter physiquement le pays. Reiner se moquait toujours d'elle à cause de ça.

Durant leur interaction, Annie essaya de demeurer calme et détendue, mais elle se rendit compte après coup qu'elle avait probablement paru très indifférente. Quand elle obtenu le nom d'Ymir, son cœur bondit dans sa poitrine. Pourquoi cette fichue pompe à sang faisait-elle ça ?

Alors qu'Ymir s'éloignait, Annie la regarda, regrettant de ne pas avoir eu le cran de lui demander de la raccompagner chez elle. Reiner et Berthold s'en chargèrent plus tard mais quand elle atteignit sa porte, elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à celle de sa voisine. Elle hésita une seconde -le temps de repousser ses pensées trop intrusives- et rentra chez elle. Elle s'effondra sur son lit et sombra dans le sommeil rapidement.

Les jours passèrent alors dans le silence le plus complet. Il y avait bien un vieil homme au deuxième qui regardait sa télé à un volume assourdissant, à la même heure tous les matins. Mais il ne le faisait que pendant exactement vingt-quatre minutes avant d'éteindre sa machine infernale, donc Annie ne ressentait pas le besoin de se plaindre de lui. A part cela, elle n'entendait que des bavardages occasionnels provenant d'ici et là. La nuit parfois, les bruits embarrassants de personnes s'adonnant au coït résonnaient dans l'immeuble, mais elle mettait simplement ses écouteurs pour s'épargner cela et essayait de dormir.

Un jour, Ymir se matérialisa devant elle alors qu'elle entreprenait de rentrer chez elle. Annie revenait d'un magasin non loin lorsqu'elle l'aperçu en amont, mais elle n'eut le courage de l'interpeller, alors elle marcha à une distance raisonnable derrière elle et se contenta de la détailler. Bordel, elle était si grande. Elle portait un jean exceptionnellement bien taillé et Annie pensa que c'était ridicule. Comme si les gens ne pouvaient pas déjà voir à quel point elle avait l'allure d'un mannequin, il fallait en plus qu'elle mette ses jambes autant en valeur ?

Agitée sans aucune raison, Annie décida d'arrêter de l'observer. Elles se suivirent mais Ymir ne la remarqua que lorsqu'elles furent sur leurs paliers respectifs. Ses yeux bruns s'écarquillèrent et son visage s'éclaira - pourquoi ? - et elle délogea un de ses écouteurs.

"Oh, Annie ! Je t'avais pas vu."

Elle fit entrer sa clé dans la serrure.

"C'est une allusion peu subtile à ma taille ?" Demanda-t-elle sarcastiquement.

Ymir rit.

"Bah, c'est vrai que tu es minuscule, donc j'aurais eu du mal à te remarquer."

Annie lui lança un regard assassin qui ne fit qu'agrandir son rictus. Elle appréciait son attitude désinvolte, même si elle sentait que son ton l'agaçait un peu malgré tout.

"Tu es libre aujourd'hui ?"

Elle hésita, la main sur la poignée.

"Ouais, toi ?"

"Yep."

Ymir continua de la fixer, alors Annie ne bougea pas, attendant quelque chose sans trop savoir quoi. La plus grande passa une main dans ses mèches courtes et sa voisine ne put se retenir de détailler la courbe de sa gorge, la définition de sa mâchoire, l'arête de son nez et… Bon, Annie s'avoua qu'elle était vraiment attirante.

"Tu veux passer chez moi ?"

Elle ne sut que dire pendant plusieurs dizaines de secondes. C'est seulement lorsqu'Ymir lui lança un regard appuyé qu'elle se rendit compte qu'elle devait donner un semblant de réponse, alors elle retira ses clés de la serrure et inspira.

"Euh, d'accord."

Ymir lui sourit et lui ouvrit la porte, alors elle s'engagea dans l'appartement. Malgré son anxiété, elle ne fut pas vraiment inquiète pour sa sécurité. Berthold n'exagérait pas lorsqu'il affirmait qu'elle était capable de mettre un homme à terre. Elle était menue, certes, mais elle avait une force de titan.

L'appartement d'Ymir était chaleureux malgré son minimalisme évident. Il y avait quelques tasses vides délaissées sur le lave-vaisselle, mais à part cela, la cuisine était propre. Le salon n'était composé que d'une grande télévision, d'un canapé trois places avec une table basse et d'un tapis ébène. La disposition des pièces de l'appartement semblait exactement la même que celui d'Annie.

"Tu veux un truc à boire ?" Lui proposa Ymir en déposant ses sacs de course sur la paillasse.

"Non merci, ça ira."

Ymir s'appliqua à ranger ses provisions dans un placard alors Annie prit place sur le sofa. Depuis sa place, il lui suffisait de tendre le cou pour l'observer, alors elle le fit. Elle pria pour que la femme ne la remarque pas la fixer parce que c'était probablement un peu flippant. Ymir se retourna, son œuvre terminée et elle se redressa d'un coup, le sang battant ses tempes alors qu'elle la rejoignit.

"Je pensais qu'on pourrait peut-être jouer cette chanson ensemble."

Ymir se laissa tomber à côté d'elle. En chemin, elle avait attrapé sa guitare qui reposait à présent sur ses genoux. Annie fixa les longs doigts d'Ymir tandis que cette dernière caressait habilement les cordes de son instrument tout en faisant tourner un médiator dans son autre main. Elle voulut rire d'elle-même car son regard la trahissait de toute évidence.

"Tu m'as entendu chanter sous la douche, n'est-ce pas ?"

Ymir lui sourit, outrageusement confiante.

"Oui."

"Pourquoi tu as joué la même chanson ?"

"Annie, ta voix est vraiment belle." Elle resserra sa prise sur son instrument et détourna le regard. "J'aime la musique avec chaque fibre de mon corps et quand je t'ai entendu chanter, j'ai été saisie par l'émotion." Elle s'éclaircit la gorge et rougit, visiblement embarrassée. "Je sais que ça semble étrange."

"Ouais, c'est assez bizarre."

Ymir leva les yeux et croisa son regard.

"Mais ça va, j'aime bien ce qui sort de l'ordinaire."

Les mots avaient franchi ses lèvres avant même qu'elle ne puisse peser leur poids, mais il était trop tard. Les yeux d'Ymir s'écarquillèrent légèrement. Des tâches de rousseur parsemaient ses joues et l'arête de son nez et Annie se dit qu'elles étaient vraiment adorables. Ymir baissa les yeux sur sa guitare, ses doigts glissant sur les cordes.

"Alors, tu ne penses pas que je suis une psychopathe potentielle ?"

Annie se détendit et ramena ses jambes contre sa poitrine, les pieds sur le sofa. Ymir ne sembla pas s'en insurger.

"Nan, après tout, nous le sommes tous un peu."

"T'es intrigante."

"Euh, tu craques pour moi ou quoi ? Tu ne me connais même pas."

Ymir grimaça.

"Et légèrement agaçante."

"Le produit de mon horrible caractère, j'en ai peur."

"On me disait ça souvent. Donc, tu veux bien chanter pendant que je joue ?"

Annie inclina la tête pour mieux regarder Ymir et quelque chose dans ses yeux bruns lui donna l'impression que si elle n'était pas prudente, elle y glisserait et s'y noierait. Mais elle commençait déjà à se dire qu'elle n'avait pas tellement besoin d'air de toute façon.

"Très bien. Voyons si tu es aussi douée en personne."

Ymir sembla se revigorer devant le défi. Elle commença à jouer, rapidement suivie d'Annie. Leurs notes s'accordèrent et ce fut comme si le monde se fondit entre elles et leur art. Lorsque le morceau toucha à sa fin, elles haletaient toutes les deux et se dévisageaient avec de grands yeux brillants.


Lorsqu'elles se sont embrassées pour la première fois, c'était bien des semaines plus tard, après de nombreuses disputes, insultes et une sacrée tonne de flirt. Annie s'était rendu compte très vite qu'elle appréciait vraiment Ymir, mais elle avait décidé de ne pas céder aussi facilement.

Elles venaient de terminer une chanson ensemble et Ymir posa sa guitare, se rapprocha d'elle et l'embrassa. Annie fondit contre elle.

Les lèvres d'Ymir étaient chaudes et le baiser qu'elle lui donna était doux et lent. Surprenant, puisqu'Annie pensait qu'elle serait agressive. Elle sourit contre sa bouche, puis elle s'éloigna tout en caressant sa lèvre inférieure d'un pouce.

"Ah, alors tu es vraiment une fragile." La taquina-t-elle.

Les yeux d'Ymir brillaient d'arrogance et de… bonheur ?

"Tais-toi et viens là."

Annie haussa un sourcil.

"Mais quelle connasse exigeante tu fais."

"Et quelle enfoirée grossière j'ai en face de moi ?"

Malgré les insultes qu'elles se lançaient sans cesse, elles souriaient. Lorsqu'elles s'embrassèrent de nouveau, Ymir apposa ses mains sur ses joues et Annie passa ses bras autour de son cou et se laissa basculer en arrière. Ymir se retrouva sur elle, son corps chaud contre le sien. Elles s'éloignèrent l'une de l'autre -à bout de souffle- et Ymir posa son visage contre la poitrine d'Annie en expirant longuement.

Les joues d'Annie étaient incroyablement roses et elle savait qu'elle était probablement en train de rougir jusqu'aux larmes. En plus des picotements parcourant tout son corps comme un courant électrique, son cœur menaçait de sortir de sa poitrine.

"Annie ?"

"Mmh ?"

"Je pense que je vais peut-être commencer à te supporter un peu."

Annie grinça. "Juste un peu ?"

"Oui."

"Bon, c'est cool. Je n'embrasserais pas non plus quelqu'un que je ne supporte pas."

"T'es sûre de ça ?"

"Evidemment imbécile."

Ymir ria et la chaleur de son corps détendit Annie. Elle laissa ses doigts glisser dans les cheveux bruns d'Ymir, gênée de le faire, mais incapable de résister. La brune alla trouver son autre main et entrelaça leurs doigts. Annie sourit, elle ne se souvenait pas de la dernière fois où elle avait été aussi heureuse.

"Je viens de décider." Murmura doucement Ymir contre sa poitrine.

"Oui ?"

"Je ne t'aime pas qu'un peu, Annie."

Annie sourit.

"Ouais. Je t'aime aussi."

Ymir s'étrangla avec sa propre salive avant de rire doucement. Elle n'avait pas à lui retourner l'information, car elles le savaient tous les deux. Elles restèrent allongées là, l'une contre l'autre. La main d'Ymir serra légèrement la sienne et le cœur d'Annie rata un battement pour toute réponse.