Bonjour à tous et toutes !

Me voilà avec un nouvel OS écrit dans le cadre du fest' organisé par FESTUMSEMPRA sur le thème « HAPPY HALLOWEEN ».

La liste complète des œuvres participantes à cette première édition est disponible sur AO3 dans la collection Happy_Halloween_Fest : allez-y, il y a de magnifiques textes !
Pour nous rejoindre sur le discord : discord . gg / 73rYkUNPTx OU par mail : festumsempra at gmail . com (Il faut enlever les espaces et remplacer le arobase).

...

Mon prompt était : Draco dit quelque chose à Harry qui le met en colère.

Le thème était Halloween, il était obligatoire d'écrire une fin heureuse (happy end) et cela devait tenir dans un maximum de 2000 mots.

Bonne lecture !


Drago soupire et maudit une énième fois Pansy, Blaise et Théodore de l'avoir trainé là. L'ambiance est horrible : trop de Gryffondor, de Poufsouffle et peu de Serpentard, une musique moldue, un buffet à thème écœurant et une décoration orange et noire triste à pleurer. Une ignoble banderole, aux couleurs des quatre Maisons, « Réunion des anciens élèves, promotion 1998-2000 », flotte au plafond de la Grande Salle, au milieu des bougies et des fausses toiles d'araignées.

Pour la dixième fois, Drago remplit son verre d'une boisson qu'il n'a toujours pas réussi à identifier. Sa couleur douteuse s'accorde avec le thème — rouge sang — et elle a un goût étrange, mais elle est légèrement alcoolisée. C'est son unique réconfort. Ses ami·e·s l'ont abandonné : Blaise et Théodore dansent enlacés et Pansy discute au buffet avec Luna Lovegood, sa nouvelle petite amie. Drago boit pour noyer son désespoir : lui est seul et sait très bien pourquoi.

Finalement, l'ivresse arrive : la pièce tangue et il a trop chaud. Quelle idée stupide d'avoir imposé un dress code ! Et le thème est si ridicule! Drago tire sur le col haut de sa cape noire. Le tissu est épais, très cher et serre trop son cou.

La faim tiraille Drago et il consent à avaler un petit boudin croustillant qui ressemble à un doigt crochu avec un ongle pourri. Impossible de déterminer ce que c'est, mais le goût est correct. Il en prend plusieurs et retourne se morfondre à l'une des tables. Il a promis à Théodore de rester jusqu'à la fin, il ignore pourquoi ce dernier a tant insisté.

Quelqu'un le bouscule et Drago s'écroule. Un liquide poisseux lui dégouline dessus. Drago jure en se relevant et cherche lae coupable des yeux, sans succès. Il baisse son regard sur sa tenue ruinée : sa chemise blanche, son veston gris foncé, sa lavallière et son pantalon noir sont maintenant rouges. Quelque chose goutte sur son visage et Drago découvre que ses cheveux sont aussi touchés par cette calamité.

Tout en grognant des insanités, Drago se rend aux toilettes. Heureusement vides. L'ancien Serpentard ôte cape, veston, lavallière et chemise, puis lance quelques Tergeo. Les taches s'estompent sans disparaitre.

— Merde !

Il relève la tête vers le miroir pour constater l'étendue des dégâts dans sa chevelure blonde devenue rousse. Un cauchemar. Drago évite le sortilège, les résidus risqueraient de reste, il devrait alors se raser la tête et cela est exclu. Il défait sa longue tresse et rince les mèches pour éliminer le liquide qui est cette boisson qu'il a ingurgitée toute la soirée. Cela a le mérite de le dégriser.

— Un problème Malefoy ?

Drago se relève brutalement et se heurte au robinet. Il n'a pas le temps de jurer qu'il perd l'équilibre, étourdi par le coup sur sa tempe. Une main de squelette le rattrape. Drago dégage vivement son bras.

— Je n'ai pas de problème et pas besoin d'aide, Potter ! Surtout si c'est toi.

— Comment m'as-tu reconnu ?

Harry retire son masque tête-de-mort avec un air dépité. Drago grimace intérieurement, il ne veut pas répondre. Et pourtant, sa bouche s'ouvre toute seule.

— Je reconnaitrais ta voix n'importe où, Potter… soupire Drago.

Drago se rhabille, il refuse de rester torse nu devant Harry. Sauf la cape, trop inconfortable et trop chaude.

— Tu es censé être quoi ?

Drago grogne et montre les dents comme un félin agressif. Deux canines pointues ressortent.

— C'est Pansy qui a choisi, je ne voulais pas venir.

— Ça te va bien, répond Harry en faisant un geste de la main vers Drago, comme pour l'englober, mais en fuyant son regard.

Drago a conscience que le costume de vampire lui sied, sa couleur de cheveux et sa peau naturellement pâle sont parfaites pour ça. Il ne veut pas que Harry le lui dise. Il n'a pas envie qu'il le complimente, il n'a plus le droit.

— Lâche-moi, Potter, je ne t'ai rien demandé. Va retrouver ta rouquine et te morfondre sur la disparition de tes parents au lieu de me faire chier.

Le regard de Harry devient dur et sa colère palpable cloue Drago sur place. Il est soudainement plaqué contre un mur, saisi au col. Les yeux verts devenus noirs. Harry est collé à lui, son visage à quelques centimètres, son souffle sur le menton et les lèvres de Drago. Ils sont silencieux, tout passe par leurs regards. La douleur de Harry et la tristesse de Drago.

Les souvenirs de la Huitième année affluent et Drago sent ses yeux se remplir de larmes qu'il retient. Il refuse de pleurer devant Harry, à cause de Harry. Son cœur brisé dix ans plus tôt palpite dans sa poitrine et Drago revit baisers et étreintes échangés pendant presque un an. Avant que Harry décide d'abandonner Drago et de faire sa vie avec Ginny Weasley.

Harry lâche Drago et s'excuse, les yeux baissés vers le sol. Si Drago ne le connaissait pas si bien, et il aimerait que ce soit le cas, il penserait que Harry a honte. Et ça ne lui ressemble pas, l'ancien Gryffondor assume ses choix habituellement, même s'ils sont merdiques.

— Je ne suis plus avec Ginny depuis quelques années maintenant…

— Ah tiens… Le parfait petit couple a volé en éclats finalement !

— Je me doute que cela te réjouit… Je ne peux t'en vouloir après ce que j'ai fait.

Drago acquiesce, mais Harry se méprend, il n'est pas ravi qu'il ait raté sa vie. Certes, le voir s'être trompé est une petite vengeance, mais la déception dans ses yeux fait mal. Malgré la sensation de déchirement quand Harry a rompu, Drago voulait qu'il soit heureux. Or ce n'est pas le cas et cela ne le réjouit pas.

Drago se redresse et vacille. Une douleur sourde pulse dans son crâne. Il porte la main à sa tempe, cela fait mal. Il avance d'un pas et tombe à genoux, une envie de vomir lui serre le ventre.

— Je t'emmène à Sainte-Mangouste !

— Hors de question ! Je te l'interdis, Potter ! marmonne Drago d'une voix pâteuse qu'il espère convaincante.

Puis Drago bascule en arrière, perdant connaissance. Il se retrouve telle une poupée de chiffon entre les bras de Harry.

oOoOOoOo

Drago ouvre les yeux, cligne dans la pénombre. Une douleur lancinante lui vrille la cervelle et il a soif. Il se redresse et tâtonne à la recherche de sa baguette. Celle-ci est posée sur la table de nuit. Un Lumos plus tard, Drago réalise qu'il n'est pas chez lui.

Il se lève lentement, s'étire, se frotte le visage. Il porte un pyjama inconnu. Il s'assure qu'il peut marcher et sort de la chambre à la lueur de sa baguette.

Il arrive dans une immense pièce dont la lumière aveuglante lui écorche les rétines. Il avise une chevelure noire qui dépasse d'un canapé.

— Rends-moi mes fringues, Potter, je veux rentrer chez moi !

Harry sursaute, se lève puis rejoint Drago.

— Comment ça va ? Tu as dormi presque quatorze heures.

— J'ai mal au crâne, j'ai soif. Rends-moi mes fringues.

— Tout est dans la chambre, j'ai réussi à faire partir les tâches qu'il y avait dessus. Tiens, c'est pour la douleur, répond Harry en lui tendant une potion.

Drago croise les bras. Il n'a pas confiance. Harry soupire ostensiblement.

— J'ai demandé à Théodore de t'ausculter, j'avais peur que tu aies une commotion cérébrale. Il m'a assuré que tu n'avais rien de grave et il a laissé la potion.

Drago jure que Théodore payera sa trahison ! Il avale le contenu de la fiole et va s'habiller. En revenant, Harry est toujours au milieu de son salon.

— J'aimerais te parler s'il te plait… Il y a des choses que tu dois savoir.

— On s'est tout dit il y a dix ans. Au revoir, Potter.

oOoOOoOo

Un mois plus tard, Drago ressasse cette soirée et ce réveil chez Harry. Heureusement, ses ami·e·s sont là pour lui changer les idées. Ce soir, il est invité chez Théodore et Blaise qui un apéro avec des anciens de Poudlard. Cette fois, il y a les habitué·e·s, mais aussi Granger et Weasley. Et Harry. Drago songe à partir, mais Théodore lui a déjà refourgué une coupe de champagne. Drago est coincé et décide de s'enivrer, et se goinfrer, pour supporter la soirée.

Des dizaines de petits fours et verres plus tard, Drago se prépare à rentrer. Il a évité les indésirables et a fait acte de présence, c'est suffisant. Mais rien ne se déroule jamais comme il voudrait. Harry l'attend dans l'entrée. Il va jusqu'à lui tendre sa cape doublée de fourrure. Drago lui arrache l'enfile sans un mot.

— Drago, s'il te plait. Laisse-moi te parler.

— Je n'ai rien à te dire, réplique Drago d'une voix trainante et alcoolisée.

— Je t'aime toujours, Drago, j'ai fait une énorme erreur il y a dix ans et je le regrette. Je n'ai jamais rien autant regretté de toute ma vie.

Drago s'immobilise, sa main suspendue dans le vide. Il se retourne et scrute Harry : son regard est sincère derrière ses sempiternelles lunettes rondes. Drago ne ignore pourquoi, mais il décide de lâcher sa rancœur, enfouie pendant dix ans. L'ivresse peut-être.

— Tu regrettes ? Tu m'as quitté pour avoir une petite vie d'hétéro bien rangée, avec la fille qui te courait après depuis toujours. Je ne t'ai jamais demandé de passer ta vie avec moi, Potter ! Je voulais juste être avec toi, que tu m'aimes et voir ce qui arriverait. Tu as choisi la facilité et la lâcheté plutôt que de faire face à tes sentiments et à tes amis ! Tu avais honte de moi, j'étais ton vilain petit secret, tout juste bon à se faire baiser en cachette.

— Je te demande pardon, Drago. Je n'ai plus honte.

Un bris de verre attire leur attention. Leurs ami·e·s respectifs sont sur le pas de la double porte qui sépare le salon et l'entrée, leurs visages figés de stupeur.

— Maintenant, au moins, ils sont au courant, ricane Drago avant de transplaner.

Drago enrage et a envie de pleurer. Il a juste le temps de balancer sa cape sur un fauteuil que quelqu'un cogne à la porte de son loft. Son pressentiment est bon quand il découvre Harry de l'autre côté. Et Théodore, qui lui fait un petit signe d'excuse avant de repartir.

— Je peux entrer ?

L'air pitoyable de Harry et le taux d'alcoolémie de Drago font retomber sa colère. À quoi bon lutter ? Il s'éloigne et laisse Harry le suivre dans la cuisine où Drago prépare un café noir. Tant pis pour son sommeil, de toute façon il sait déjà qu'il ne dormira pas.

— As-tu encore des sentiments pour moi, Drago ? Si non, je te laisserais tranquille. Mais je ne veux pas rater ma chance si jamais il reste un espoir.

Drago baisse la tête vers la cafetière italienne qui glougloute. Il refuse de regarder Harry. Il a envie de tout envoyer chier. Il n'ose croire en ce petit miracle.

— Redis-le, exige Drago.

— Quoi ?

— Que tu m'aimes. Redis-le !

— Je t'aime. Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne d'autre.

Un sanglot s'étouffe dans la gorge de Drago. Il refuse de pleurer. Mais son cœur s'affole dans sa poitrine. Il bat pour Harry. Depuis dix ans.

— Je n'ai jamais cessé de t'aimer… chuchote Drago, tout en versant le café dans deux tasses, avec deux sucres dans celle de Harry.

Puis il lui fait enfin face et lui tend le café. Son regard doux le fait vaciller et il sait qu'il ne peut pas refuser ce que Harry lui offre. Et il ne le veut pas.

Ils se fixent un long moment en sirotant lentement la boisson chaude.

— Que veux-tu faire ?

— J'ai trop bu, il vaut mieux que tu rentres chez toi. Reviens demain soir.

Harry hoche la tête, mais semble déçu. Drago le raccompagne jusqu'à l'entrée et l'attrape par le bras avant qu'il pose sa main sur la poignée. Il prend son visage en coupe, caresse sa joue du pouce et se penche pour l'embrasser. Doucement, lentement, comme s'ils ne s'étaient jamais quittés.