HELLO fma nation, je touche aujourd'hui au Ship (Le Ship) de cet anime, qui se trouve aussi être Le Ship de mon enfance, parce qu'après avoir visionné FMAB pour la première fois (j'avais juste lu le manga quand j'étais au collège) je n'ai pas pu m'en empêcher.

Je voulais de base écrire un truc court pour la royai week mais on n'a pas tout ce qu'on veut dans la vie, donc à la place je me retrouve avec 9k de canon compilant, character study (de Riza im love her), des personnages qui CULPABILISENT et quelque chose à propos du bonheur (oui). La citation de départ bien d'un poème d'Ocean Vuong (Haibun de l'immigrante, Ciel de nuit blessé par balles)(que je recommande chaudement btw)

warnings : de manière générale les thèmes de fma, donc la guerre machin ils culpabilisent tmtc, y a aussi une scène où une chèvre se fait tuer mais y a rien de graphique dw ! Ling Yao n'est pas dans cette fic, ce que je trouve regrettable et que je compte donc comme un warning (mais il est évoqué genre deux fois si ça peut rassurer)

BONNE LECTURE !


Quand nous l'avons quittée, la ville brûlait toujours. Autrement, c'était une parfaite matinée de printemps.

— — —

— — —

— En d'autres circonstances, que feriez-vous ? lui demande Grumman, sur le ton de la conversation.

Riza aurait dû reconnaître ici les premiers signes d'un échec cuisant, mais à cet instant précis, l'esprit ralenti par une longue journée de travail et les yeux fatigués par la lumière rougeâtre de fin d'après-midi, elle pense simplement qu'il fait preuve de politesse. Ils parlent très peu, pour un grand-père et sa petite-fille. Peut-être qu'ils n'ont simplement rien à se dire.

— Rien d'autre, répond-elle finalement, le ton sérieux et sans l'ombre d'un doute. Il n'y a que cette place ici pour moi. Il n'y en a aucune autre.

Grumman laisse échapper un rire forcé, étouffé par sa main. De cette façon, il ressemble à un vieil homme, et pas à la personne la plus puissante de ce pays. Mais peut-être que Riza s'est trop adoucie. Il y a quelques jours, quand Roy lui a proposé de prendre un café en terrasse avant de se mettre au travail, elle a failli accepter.

— Vous n'êtes pas sérieuse, reprend Grumman.

— Ai-je l'air de plaisanter ? demande Riza, sincèrement étonnée.

— Je trouve que oui. Vous ne pouvez pas réellement envisager que ce monde n'a créé pour vous qu'une place, et qu'elle est dans l'armée.

Ils sont alors dans le grand hall, qui se vide hâtivement et change de forme dès qu'elle cligne des yeux. Riza est irritée par la remarque, mais ne le fait pas savoir. Elle aimerait partir pour ne pas y répondre. Bien sûr, elle se retient. Manquer de respect de cette façon serait une mauvaise chose. Et puis, cet homme est son grand-père, elle ne l'oublie pas.

Elle essaye de ne pas répondre trop sèchement.

— C'est la place que j'ai prise, explique-t-elle. Il n'y en a plus aucune, car elles ont été prises par d'autres.

C'est trop tard, le mal est fait. Le mal est fait, et elle a tiré une chaise maudite. Riza restera assise ici. Mais en attendant, elle veut sortir du hall et observer les autres prendre ensemble leurs cafés en terrasse alors qu'elle continue à s'en priver.

— Vous êtes dure avec vous-même. Imaginez que c'est une autre version de cet univers. Tenez, j'ai trouvé un article fascinant dans le journal que je lisais ce matin. Si vous me donnez trois mots pour vous décrire, je suis persuadé que je peux trouver quelque chose.

Riza hoche poliment la tête.

— Je penserai aux mots, promet-elle.

— Eh bien, nous en reparlerons ! Le plus tôt possible.

Un nouveau hochement de tête. Il reste peu de monde dans le hall, le grandissant de plusieurs mètres. Riza ne peut pas imaginer un univers parallèle, car après avoir fait le mal, il n'existe ni voyage ni rédemption. Elle ne pensera pas aux mots. C'est une femme d'action.

Elle articule une forme de politesse, et quitte à son tour le hall, d'un rouge si fort qu'il lui fait mal aux yeux.

— — —

— — —

Roy Mustang a pour défaut de ne pas se préoccuper de la météo. Il demande toujours son café avant de s'abandonner à une tâche ingrate et l'oublie dès qu'il arrive, le nez plongé dans les papiers, puis lève les yeux pour tomber sur une tasse déjà froide. Ses blagues sont répétitives et souvent de mauvais goût. Il prétend être ouvert à toute critique, mais se mettra à grimacer et vous demandera moult justifications si vous osez vous prendre au jeu. Une fois, il a brûlé le dos de Riza et sa chair a gardé une odeur de viande cuite pendant des jours.

Naturellement, Riza n'imagine plus rien sans lui. Chaque saison lui fait penser à lui d'une façon ou d'une autre. Elle a tapé un rapport entier dans les jardins publics de Central lorsqu'il voulait s'aérer l'esprit et écouter autre chose que les claquements de talons des autres soldats. Elle a ouvert la bouche et avalé un flocon à peine né lorsqu'il lui a parlé de sa petite enfance. Le ciel était si clair qu'elle pensait rêver. Puis elle a incliné la tête pour l'inciter à continuer. C'est une femme d'action, pas de mots.

Riza a elle aussi beaucoup de défauts. Elle a par exemple cassé le set entier de verres à vin que Rebecca lui avait offert en 1912 (elle ne les sortait que pour boire de l'eau). Elle met rarement les autres à l'aise. Elle est très mauvaise pour choisir ses cadeaux. Ce genre de chose. Ce n'est pas le pire, mais c'est une accumulation, et le temps ne fait qu'allonger la liste.

Roy Mustang a pour défaut de ne penser qu'au passé et elle a pour défaut d'y penser plus encore. C'est une vieille histoire, n'importe qui pourrait la raconter. C'est une histoire qui s'est répétée mille fois et qui sera racontée tant que les hommes auront des bouches pour parler et des mains pour écrire. C'est une vieille histoire, mais ceux qui sont restés sans futur s'en souviendront parfaitement. Et ils n'oublieront pas.

Peu importe s'ils tombent amoureux.

— — —

— — —

Ils rendent leur uniforme à contrecœur un dimanche matin, aussi discrètement que possible. Grumman leur offre un sourire désolé, comme s'il était blanc comme neige dans cette affaire (ou n'importe laquelle, vraiment). Ses mains tiennent fermement les uniformes et il les tire finalement vers lui, ignorant le mépris qui occupe leurs yeux. Roy tord ses mains de toutes les façons possibles, et Riza est si immobile que respirer ressemble à un effort considérable. Grumman annonce qu'il est navré.

— Je suis navré.

— Navré, répète Roy, le ton dur et sec.

— Oui, réellement ! Que les choses prennent une telle tournure ! Mais vous comprenez bien que l'armée ne peut pas garder auprès d'elle une personne qui souhaite la démembrer.

— Naturellement, dit Roy, avec toute l'ironie dont il est capable. Cette armée doit toujours être en mesure de tirer sur une gâchette et d'écraser le visage de ses adversaires. Je suppose qu'il lui faut pour cela ses mains et ses pieds. Avec un peu d'imagination, chaque partie du corps peut être mortelle.

Grumman laisse échapper un rire si reconnaissable qu'il devient caricatural.

— Elle aurait aimé garder ses doigts pour créer des flammes en un claquement seulement, ajoute-t-il néanmoins.

Roy lui jette un nouveau regard noir.

— Eh bien, tant pis pour les flammes. Il vous restait encore quelque chose à brûler ?

— Je crois que non, dit Grumman. Mais ça ne veut pas dire que vous n'allez pas nous manquer.

Lorsqu'ils partent, Roy insiste pour faire le détour et passer par leur ancien bureau. Il y laisse une note à l'intention du reste de leur équipe, et jette le bouquet de tulipes qui restait depuis mercredi dernier dans le vase sur son bureau.

— Je préfère les jeter maintenant, précise-t-il. Si vous n'êtes pas là pour vous en occuper, elles faneront en quelques jours.

Riza laisse échapper un rire sans joie. Elle n'a pas prononcé un mot depuis leur entrevue avec Grumman. Elle se sent trahie et plus colérique qu'elle ne l'a été depuis des mois, mais c'est un rire qui lui échappe. Roy la toise avec incrédulité, les sourcils hauts levés comme un idiot. Officiellement, ce n'est plus son supérieur, mais les habitudes sont ce qu'elles sont.

— M'en occuper ? Monsieur, je n'ai jamais touché à ces fleurs.

— — —

— — —

C'est Edward Elric qui prend contact avec eux en premier. Il les appelle alors qu'ils sont au restaurant (Riza ignore comment il a su leur exacte position pour joindre l'établissement en question), et leur déclare d'un ton joyeux qu'il leur organiserait bien une fête de fin de service s'il n'était pas si occupé et à des centaines de kilomètres de Central et si la simple idée de devoir organiser une fête pour Mustang ne lui donnait pas envie de se jeter par la fenêtre.

— C'est très gentil d'appeler, Edward, répond Riza.

— C'est bien aimable de ta part, et je me ferai une joie de te trouver d'autres raisons de te jeter par la fenêtre, Fullmetal, répond Roy exactement en même temps.

À l'autre bout du fil, Edward laisse échapper un rire franc, qui paraît si léger à Riza que pendant un bref instant, elle se met à imaginer que tout ira bien et que la chaise sur laquelle elle est assise, les jambes sagement croisées, n'est plus maudite.

— Plus personne ne m'appelle plus comme ça, Colonel, répond-il.

— Tu peux également faire une croix sur ce titre, dit Roy. Je ne suis plus ni soldat ni alchimiste d'état.

— Pour vous appeler comment ? Mustang ? Non merci. Je vais garder Colonel, ou trouver quelque chose de plus insultant, si ça ne vous dérange pas.

— Eh bien si, ça me dérange, justement, rétorque sèchement Roy (probablement en train de débattre intérieurement s'il préfère se faire appeler par un titre qui lui rappellera à jamais un objectif qu'il n'atteindra jamais ou s'il préfère se faire insulter).

— Comment va Alphonse ? demande Riza, coupant court à leurs enfantillages.

Edward laisse échapper un soupir.

— J'aimerais bien le savoir, tiens. Depuis qu'il a filé à Xing, avoir des nouvelles de lui relève du miracle. Mais d'après quelques sources peu fiables, il semblerait qu'il soit trop occupé avec ses rendez-vous amoureux pour faire attention à moi.

Il ne fait aucun doute que les sources peu fiables doivent faire référence à Ling Yao et Lan Fan (probablement plus le premier que la seconde). Riza se demande comment ils vont, eux aussi. Et la petite Mei, qui lui a une fois sauvé la vie. Il faut un grand cœur pour sauver une vie comme la sienne.

— Comme ça, tu sais ce que Winry a pu endurer quand vous partiez sans donner de nouvelles, répond Riza.

— Hey, ça n'a aucun rapport, se défend Edward. J'étais en train d'essayer de sauver l'humanité, pas de train de passer du bon temps en amoureux. En parlant de ça—

Anticipant la suite, Riza se tend légèrement. Cela s'exprime par de petites choses que personne ne remarquerait habituellement. Mais Roy doit anticiper aussi, et Roy la connaît mieux que personne.

— En parlant de ça, bonne soirée à vous deux ! s'exclame joyeusement Edward. Je voulais juste vous dire que cette histoire d'armée est une perte de temps et que vous serez bien mieux sans, si vous arrivez à vous sortir le balai du cul (Roy se met à grimacer). Mais je ne savais pas où vous joindre, et en appelant votre bureau, Havoc m'a dit que vous seriez là.

— D'où est-ce qu'Havoc tient cette information ? fait Roy en plissant les yeux.

— Je pense qu'on sera tous plus heureux sans savoir. Passez une bonne soirée. Et venez nous voir à l'occasion, Winry et moi.

Un léger silence suit sa déclaration.

— Si l'occasion se présente, dit finalement Roy.

— Havoc m'a aussi dit que vous étiez probablement, ah, affectés par la situation. Mais voyez ça comme une seconde chance, hein ? reprend Edward, le ton faussement léger. Ce que vous n'avez pas réussi à accomplir dans l'armée, vous pouvez l'accomplir autrement. Il y a toujours un moyen.

Et Riza ne veut pas lui dire. Elle ne veut pas lui dire que la situation est bien plus complexe qu'elle n'y paraît et que maintenant, non seulement ils n'utiliseront plus l'armée comme moyen, mais en plus ils auront à la considérer comme un obstacle majeur. Ce qu'elle était déjà d'une certaine façon. Elle ne veut pas dire à Edward que les choses ne se passent pas toujours comme on pense qu'elles vont se passer, car Edward a beaucoup subi et dire qu'il a eu de la chance serait déplacé. Mais Edward est différent d'eux. Il voit la vie plus simplement et directement, pense au présent avant de penser au passé, et surtout, Edward n'a pas été à Ishval et n'y a massacré personne.

Et donc, Riza ne lui dit rien de tout cela. Elle promet qu'ils passeront.

— Nous gardons notre objectif, souffle-t-elle en conclusion. Nous trouverons un moyen. Encore merci, Edward. Passe le bonjour à Winry et à Alphonse, si tu parviens à le joindre.

Elle raccroche et on leur apporte leurs plats. Elle a commandé ce qu'il y avait de moins cher sur la carte, malgré les protestations de Roy. Ce dernier découpe sa viande avec un air détaché.

— Merci pour l'invitation, dit finalement Riza.

Elle garde en mémoire sa façon de manger, les pauses qu'il prend entre chaque bouchée, l'odeur du vin qu'il fait tout légèrement tourner dans son verre avant de le porter à sa bouche.

— Merci d'être venue, sourit-il. C'est la première fois, si je ne m'abuse.

— Parce que vous m'aviez promis qu'il serait question du futur, admet Riza.

Roy hoche gravement la tête, perdant son sourire.

— Je crois que cette conversation était assez claire. Il nous faut continuer. Ensemble, de préférence.

— Bien sûr.

— Ensemble de la façon qui vous plaira le mieux, ajoute Roy, le ton lent, choisissant méticuleusement chaque mot.

Le cœur de Riza rate un battement. Roy ne la quitte pas des yeux, mais une certaine nervosité teinte ses traits. Il s'est arrêté de boire ou de manger, et Riza s'en veut de lui répondre aussi froidement.

— Je ne vois pas de quelle autre façon nous pourrions être ensemble, Monsieur. Celle-ci me va très bien.

— — —

— — —

Quand elle était enfant, des garçons avaient ramené une bête près de la cour de l'école. Ils étaient en fin de journée et le Soleil était encore tapant, projetant des éclats de lumières qui glissaient des toits des maisons aux pavés des courtes rues. C'était une chèvre qui s'était, disait-on, éloignée de son troupeau et égarée dans le village. Elle boitillait, avançait lentement, le regard rectangulaire paniqué, comme celui d'un enfant perdu en pleine foule.

— Elle a peur, avait chuchoté Riza, qui à cet âge était aussi compatissante qu'une personne pouvait l'être.

On lui demanda de se pousser. La place se remplissait et un garçon enroula une corde autour du cou de la chèvre. Riza, bien que légèrement attristée, les regarda sans rien dire. Les bêtes finissaient par mourir, c'était ainsi. L'idée de mort, bien qu'angoissante, lui était suffisamment familière pour ne pas lui faire perdre la tête. Elle serra contre elle son cartable et effectua un signe de croix pour souhaiter un bon départ à la bête.

On tira sur la corde. La chèvre n'opposa aucune résistance. Le son de la cloche masquait ses cris affolés. Puis ce fut le couteau sous le cou, et plus rien.

Quelques éclats de sang furent projetés sur la robe de Riza. C'était sa robe préférée : une blanche, dans un tissu rigide mais léger, brodée sur les épaulettes et le col. Chez elle, elle frotta longuement, mais les tâches restèrent. Elle décida finalement de jeter la robe et n'y pensa plus pendant des années.

— — —

— — —

Ils se mettent d'accord pour rassembler des fonds et tous ceux qu'ils peuvent pour faciliter la reconstruction d'Ishval. Mais rallier des hommes de pouvoir est extrêmement difficile, car ils ne veulent pas se mettre l'armée à dos. Et l'armée, contrairement à ce que Riza a pu naïvement penser, n'a jamais été humaine. Même sans les Homonculus, même sans un plan diabolique, un grand méchant, elle est encore dirigée par la colère et la fierté. Les règles sont les suivantes : on ne la force pas à reconnaître ses erreurs, et on continue à la craindre. Reconstituer Ishval en secret était une affaire acceptable. Mais transformer des héros de guerre en tueurs ? La limite se trouve ici. Dans la fierté. Le petit Selim qui court jusqu'à sa mère après avoir trouvé un insecte dans l'herbe, accroupi dans son costume du dimanche.

L'armée n'est pas humaine mais eux le sont. Ling Yao leur envoie une certaine somme d'argent, ainsi qu'Alphonse et Mei, qui sont désormais fiancés. Riza leur fait faire le tour de Central dans une voiture de service que son grand-père lui a donnée, probablement par culpabilité. Mei a beaucoup grandit, et mélange son insouciance naturelle à une forme de grâce encore bancale, qu'elle traduit par une posture parfaite, souriante dans une robe droite qu'elle ramène de Xing. Elle demande à Riza où elle peut emmener Alphonse pour un rendez-vous galant, et Riza éclate de rire.

— Je n'en ai aucune idée, admet-elle.

Roy propose finalement de rendre visite à Edward et Winry, agacé de recevoir de leur part des lettres qui commencent par des surnoms les plus ridicules les uns que les autres.

— Lieutenant, lisez donc ceci, dit-il en lui tendant une lettre à moitié chiffonnée sous le nez. Ce gosse se moque ouvertement de moi.

— Eh bien, ça a toujours été le cas, fait-elle remarquer.

— Certes, mais j'ai toujours trouvé un moyen de garder la face ! s'exclame-t-il, scandalisé. Et puis, Fullmetal me doit de l'argent.

— Encore cette histoire, soupire Riza.

— Je veux dire, il gagne bien sa vie, maintenant, non ? Il serait temps de me rembourser.

Après un instant de silence, il lance à Riza un regard entendu.

— N'en touchez pas mot à Havoc, je vous prie. Il va encore me faire une réputation de vieux radin.

— Parce qu'elle serait fausse ? demande Riza, haussant un sourcil.

— Absolument. Je suis quelqu'un de très généreux.

Avant d'avoir à se justifier, il se lève et attrape son manteau.

— Je vais chercher nos billets à la gare. Vous m'accompagnerez, n'est-ce pas ?

Riza soupire. Elle termine son café d'une traite et se lève en lissant sa jupe longue.

— La question ne se pose même pas, répond-elle.

Le voyage se déroule dans un silence confortable. À leur arrivée, Edward leur passe un savon pour débarquer sans prévenir. Il précise qu'il s'en fiche personnellement, mais que Winry va paniquer — mais lorsque Winry arrive, elle est aussi calme que possible, et leur offre un grand sourire en se débarrassant de ses gants noircis d'huile.

Ils ont tous deux de grands projets. De famille, d'entreprise, et de recherche. Edward se prépare à un long voyage. Probablement le dernier. Il leur fait part des détails d'un ton très excité.

— Et vous ? Vous ne bougerez plus jamais, n'est-ce pas ? demande-t-il d'un air légèrement moqueur que Roy et Riza méritent tous les deux.

Mais c'est ainsi. C'est une vie sans rêves mais confortable pour des personnes maudites à ce point. Riza hoche donc la tête avec douceur, et observe l'amusement prendre place dans le regard d'Edward.

Roy finit par évoquer cette histoire d'argent, ce qui le fait rire plus encore.

— Nous avions un marché, Colonel, ricane-t-il. Je vous rends votre argent si vous prenez la tête de l'armée. En d'autres termes, vous pouvez lui dire adieu pour toujours. Il fallait tenir vos promesses. Mais tant qu'il y en a d'autres, tout ira bien. Dans cette histoire, vous ne perdez qu'un peu d'argent.

— — —

— — —

Seulement dans cette histoire, ils perdent bien plus que de l'argent. Rappelez-vous : c'est une très vieille histoire. C'est l'histoire de deux personnes qui sont tombées en désaccord sur l'amour. C'est l'histoire de deux personnes qui ont fait le mal. C'est l'histoire de la fille à sa place maudite et du garçon qui a perdu au jeu des chaises musicales.

Mais Riza connaît ses limites, et elle a beau les repousser encore et encore, elles sont toujours bien visibles et projettent sur elle une ombre interminable. Elle se réveille la nuit, le dos en sueur, puis y repense en promenant Black Hayate, puis est prise d'un frisson d'angoisse à seize heures onze, à la vue d'une silhouette qui de loin pourrait être celle de Roy. Rebecca lui demande pourquoi elle met encore de la distance entre eux, et Riza détourne le regard. Mais Rebecca est insistante, alors Riza craque et donne la justification :

— Parce que ce serait égoïste.

Rebecca la regarde en silence, attendant la suite.

— Tout ce que nous faisons doit viser à reconstruire ce que nous avons détruit, détaille Riza. Si nous devons vivre, ce n'est plus pour nous-même. Nous avons perdu ce droit.

— Beaucoup de soldats—

— Je me fiche des autres, l'interrompt Riza, le ton ferme. Bien sûr qu'en les écoutant, nous devrions vivre comme des rois. Mais c'est une histoire compliquée.

— C'est une vieille histoire, Riza.

— C'est une vieille histoire et ça n'a pas d'importance. Il faut continuer à la raconter et ne jamais l'oublier.

— Vous êtes ensemble de toute façon. Votre objectif vous demande de rester ensemble, car vous êtes plus forts ainsi. Et puis, nous sommes là, à boire du thé, rit-elle. Cela ne va pas à l'encontre de vos principes ?

Un sourire échappe à Riza, mais il n'a rien de joyeux.

— Ça ne change pas grand-chose, ça. Mais avec le Colonel, je crains de ne me perdre en chemin. Et si nous décidions d'être heureux, à la place ? Et si nous abandonnions tout ce que jusqu'ici nous avons réussi à construire ?

Elle observe le visage de Rebecca se tordre doucement, assimiler la nouvelle. Riza termine son thé mais ne continue pas, garant sur sa langue une touche de jasmin. La saison commence à se faire trop chaude pour ce genre de boisson.

Rebecca décide de changer de sujet.

— Tu sais, il va falloir penser à l'appeler autrement.

— Et pourquoi donc ? Il continue à m'appeler Lieutenant. Nous n'avons pas à changer cela non plus.

— Tu es bien la seule qu'il laisse l'appeler comme ça.

Riza hausse les épaules.

— Je ne suis pas sûre que ce soit un cadeau, dit-elle.

Black Hayate aboie, un garçon tombe de vélo, et elles perdent le fil de la conversation.

— — —

— — —

— Alors ? demande Grumman. Avez-vous trouvé autre chose ?

— Je vous ai déjà dit de ne pas passer à l'improviste. Déjà pour la voiture, c'était trop soudain, répond Riza.

— Ne soyez pas si dure avec moi. Fleuriste, peut-être ? Non, ce n'est pas ce qui vous correspond le mieux. Ah, avez-vous réfléchi aux trois mots ? Cela pourrait aider. Mustang également.

— Il est près de minuit. Nous en parlerons un autre jour.

— J'ai gardé mon journal exprès, se justifie Grumman alors que Riza le pousse gentiment vers la sortie. Pensez-y ! Cela pourrait aider !

Elle ferme la porte et la verrouille. Puis se laisse tomber sur son lit avec un long soupir. Elle ne veut pas penser aux mots, c'est inutile. Et puis, elle connaît déjà la vérité. Il n'y a que trois façons de les décrire : coupables, coupables, et coupables.

— — —

— — —

— Ce n'est pas que je suis radin, vous comprenez, reprend Roy, se servant son troisième verre de vin, mais il faut imposer des limites, sinon plus personne ne vous respecte.

— C'est cela, répond Riza.

— Oh, vous ne m'écoutez pas. Écoutez. Havoc dit n'importe quoi. Juste parce que je n'ai pas voulu lui payer un paquet de cigarettes, qui en plus sont mauvaises pour sa santé…

Il s'interrompt pour boire, et Riza penche la tête avec un sourire en coin en le voyant critiquer le tabac tout en buvant de l'alcool. Après un instant d'interrogation, Roy semble le remarquer, et son visage se dénue un instant de toute expression.

— Vous allez penser que cela fait aussi de moi un hypocrite, reprend-il lentement.

Riza étouffe un rire.

— Allons. Pourquoi penserais-je une telle chose ?

— J'ai des yeux, Lieutenant. Vous me trouvez radin et hypocrite.

— Je n'ai rien dit du tout.

— Mais j'ai mes raisons ! Non seulement Havoc devrait arrêter de fumer — vous savez que je ne bois qu'occasionnellement —, mais en plus c'est bien gonflé de sa part de me demander à moi de lui donner de l'argent, alors que de nous deux, c'est lui qui a encore un emploi ! Je ne sais pas vous, mais avec cette histoire, tous mes fonds se vident peu à peu.

Riza soupire. Pour elle, qui n'avait presque pas d'argent de côté, ça ne fait aucune différence. En revanche, elle commence à être lassée par cette conversation. Enfin, elle le serait si quelqu'un d'autre parlait. Malheureusement pour elle, elle est vouée à trouver de l'intérêt à chaque mot qui traverse la bouche de Roy.

— Radin, hypocrite et radoteur, dit-elle en portant son propre verre à ses lèvres.

La grimace de Roy est discrète dans la lumière douce et orangée de la pièce. À cette heure, le bruit couvre encore suffisamment leurs voix pour ne pas craindre qu'on les entende.

— Je ne suis pas— oh, laissez tomber. Vous savez quoi ? J'accepte au moins d'être hypocrite. Et radoteur.

— Et pourquoi pas radin ? demande finalement Riza.

Le sourire assuré qui barre le visage de Roy ne devrait pas être si séduisant, et elle ne comprend le piège qu'en croisant son regard noir mais pétillant, de mauvais augures. Roy aime bien faire le malin. Il sait pertinemment qu'elle sera adoucie par un peu de dépréciation. Et pourquoi serait-elle sévère ? Elle a beau penser aux raisons, rien ne pourrait lui donner envie de faire taire ces yeux-là, ou plonger dans le noir cette bouche-là. Elle les adore du coin des lèvres au bout des cils. Elle les adore tant qu'une douleur lui transperce le cœur rien que d'y penser.

— Parce que si c'était vous qui demandiez, croyez-moi, je ne serais pas du tout radin.

— — —

— — —

Et alors, qu'ils s'aiment en silence ? De loin ? Qu'est-ce que ça peut bien faire ? C'est une forme d'amour tout aussi convenable, n'est-ce pas ? Leur ambition à eux ne réside pas dans leur propre bonheur. Et l'état du monde ne dépend pas de ça. Mais Riza n'a pas dû faire passer le mot à Roy, dont les regards se font de plus en plus frustrés, et qui fréquemment reste la bouche ouverte mais silencieuse, une question informulée qui lui glisse entre les dents. Riza n'est pas assez tactile pour attraper d'une main son menton, de l'autre le bout de son crâne, pour fermer la bouche et couper la question. Elle se montre donc évasive, mais dans ses propres limites.

Elle accepte ses invitations dès qu'il mentionne le travail ou bien le futur, et elle s'endort sur son canapé, pieds nus, après avoir passé toute une soirée à préparer leur prochaine mission en compagnie d'Havoc et Breda. Le lendemain, elle se réveille enroulée dans son manteau noir, et le replie pour le laisser sur le bord de la table basse. Elle quitte la demeure avant le réveil de Roy, et ils n'évoquent plus jamais l'incident. Roy l'invite à nouveau. Elle l'emmène à sa boulangerie préférée, et ils prennent le petit déjeuner seuls sur la terrasse, à six heures du matin, remuant les cuillères dans leurs cafés alors que la brume claire se dissipe lentement pour laisser place à une chaleur brusque et collante. Et cela encore, encore, encore.

Arrive le jour où Roy veut poser la question. Il est passablement embêté après avoir eu Rebecca au téléphone, et Riza ne veut pas savoir de quoi il pouvait bien lui parler. Il se laisse lourdement tomber auprès d'elle sur les marches qui surplombent le marché de Central du mercredi matin. L'agitation est telle que Riza doit se rapprocher pour bien entendre ses mots.

— Alors ? Avez-vous réfléchi à cette histoire ?

— Quelle histoire, Monsieur ? demande Riza, agacée par sa question volontairement ouverte. Vous me forcez à poser la question, ajoute-t-elle.

Roy laisse échapper un rire penaud.

— Cette histoire d'être ensemble d'une façon ou d'une autre. Navré, arrive un point où je suis obligé de passer par de telles méthodes.

— Je n'y ai pas réfléchi, ment Riza.

— Vraiment ?

Face au silence de Riza, il laisse échapper un long soupir, et se laisse tomber en arrière, accoudé aux marches comme s'il voulait simplement faire baigner son visage au Soleil. Riza déglutit et détourne les yeux.

— Vous devez penser que je suis en train de commettre une bêtise, dit Roy d'un ton bas, presque couvert par les cris du marché.

— Vous en commettez beaucoup, admet Riza.

— Mais il y a des bêtises qui valent le coup, vous comprenez ? demande-t-il en soulevant et abaissant ses pieds dans un rythme inconnu à Riza. Pour moi, ce n'est même pas une bêtise.

— Pouvez-vous être plus clair, Monsieur ?

À cela, Roy grimace. Elle a le temps d'observer sa réaction avant de tourner de nouveau la tête. Mais son regard ruisselant de Soleil lui reste en mémoire et c'est à son tour à elle de soupirer.

— Non, ce n'est pas la peine, rectifie-t-elle avant de lui laisser le temps de répondre. C'est une bêtise, je ne souhaite pas l'encourager.

— Je pensais que c'était une sorte de jeu, répond Roy. Mais que nous avions le même résultat en tête. Était-ce un manque d'observation de ma part ?

Il se rapproche légèrement, toujours avachi sur la marche, mais entièrement de côté pour faire face à Riza, les mains tordues entre elles. Ce n'est pas comme s'il allait se montrer désespéré, pas un matin au marché à prendre le Soleil. Mais c'est un de ces rares moments où il laisse la douceur envahir son visage. Ainsi, il paraît incroyablement jeune, les yeux remplis d'un avenir radieux et joyeux, mais la bouche tordue par une légère tristesse, une peur qui refait surface. Sachant pertinemment que ce visage même est à la fois sa plus grande force et sa plus grande faiblesse, Riza reste de marbre.

— Un jeu ? demande-t-elle lentement.

Elle veut quitter le visage des yeux pour ne plus avoir à cacher la douceur qu'elle éprouve, elle, mais ne peut s'y résigner. Étourdie par le Soleil tapant, elle croit le voir sourire.

— Ne me mettez pas dans l'embarras, Lieutenant, dit-il d'un ton plus léger.

— C'est une vraie question. Quel était le but de ce jeu, exactement, Monsieur ?

Roy perd son sourire. Il pousse un énième soupir et rejette la tête en arrière. Riza secoue la tête. Elle n'est pas assez tactile pour passer sa main dans ses cheveux noirs d'encre et ramener cette tête qu'elle aime tant vers elle.

— Vous êtes bien dramatique, ajoute-t-elle néanmoins.

— Vous devez bien avouer que vous ne me facilitez pas la tâche ! grogne-t-il.

— N'avez-vous pas parlé de jeu ?

— Oh, c'est un jeu ou ça ne l'est pas, Élisabeth. Vous ne pouvez pas vous joindre à la partie dès que ça vous arrange, puis faire semblant de ne pas connaître les règles. Ce serait tricher ! dit-il en hochant la tête d'un air entendu.

Riza ne réalise son propre amusement que lorsque sa réponse franchit ses lèvres.

— Je vous promets que je ne suis pas si fourbe, dit-elle. Je n'ai honnêtement jamais vu cela comme un jeu. Mais si vous me parlez de règles, je veux bien plus de détails. Même si je pense toujours que c'est une bêtise, ajoute-t-elle pour la bonne forme.

— Ce n'est pas si simple, admet Roy. Il n'y a pas de notice comme au jeu des dames. C'est une affaire premier pas et finalité, vraiment.

Riza ressent un pincement au cœur. Voilà donc la question prête à être posée. Et avec ses remarques, elle ne peut plus se défiler. Mais elle peut encore gagner du temps.

— Et quel serait le but de ce jeu ? demande-t-elle dans un souffle.

— Une forme de réconfort, je suppose. N'importe lequel. Celui que chacun est prêt à donner à l'autre.

— Et le premier pas ?

— Ce que je suis en train de faire, répond-il en en laissant son visage reposer dans sa paume ouverte.

— Et c'est tout ?

— Oui. Le jeu se termine après le premier pas, car en réalité c'est une affaire des plus sérieuses, dit-il pensivement, comme s'il réfléchissait à une stratégie de survie sur le champ de bataille. C'est bien plus qu'un jeu. Nous sommes après tout de vraies personnes, n'est-ce pas ?

— Les vraies personnes ne peuvent pas éternellement jouer, traduit-elle.

— Alors ? Avais-je tort ?

— Ce n'est pas la question.

— N'avez-vous réellement pas réfléchi à tout cela ? J'étais persuadé que oui. Un mot de votre part, et je vous promets de ne pas insister. Mais personnellement, je commence à entrevoir mes limites.

Riza ne lui dit pas qu'elle est arrivée aux siennes depuis bien longtemps. Elle n'admet pas non plus y avoir pensé des heures durant, avoir rêvé de simplement avoir cette conversation avec lui et de lui donner la réponse qu'il leur ferait plaisir à tous les deux. En réalité, elle ne dit rien du tout. Elle hausse le visage et baisse les yeux sur le marché, qui arrive à sa fin. De cette façon, elle paraît trop perdue dans ses pensées pour que Roy ne ramène le sujet sur la table. Le marché se replie peu à peu, et la question reste sans réponse.

— — —

— — —

Quand l'été arrive enfin, Alphonse et Mei repartent à Xing. Ils laissent à Scar l'entièreté de leurs recherches sur l'alchimie du pays, et offrent à Riza une lame courte au manche sculpté en lui espérant de ne jamais avoir à s'en servir. Mais c'est un bel objet. Elle l'enveloppe dans un tissu blanc et le laisse au fond du sac qu'elle prend toujours pour sortir. Roy ne reçoit aucun cadeau, alors elle le laisse manipuler la lame quelques minutes, la faisant vivement tourner entre ses doigts comme s'il s'agissait d'un simple jouet.

— Vous allez vous blesser, dit-elle platement.

Probablement juste pour la provoquer, il la fait de nouveau tourner. Mais son regard est trop occupé à chercher celui de Riza, alors il manque son coup et laisse la pointe lui entailler le pouce. Riza soupire et sort bandages et désinfectant du tiroir de sa petite table basse. Elle a déjà dû en faire usage après s'être coupé l'index contre un verre à pied cassé.

— Donnez votre main, ordonne-t-elle.

Roy ne se fait pas prier. Dans la douce lueur de la pièce de vie, sa peau a quelque chose de précieux, passant de teintes bleuies à un doré éblouissant. Chaque objet donne l'impression d'être un trésor. Un feu crépite dans la cheminée et Riza, saisissant la main qu'il lui tend, sent qu'elle se met à brûler, elle aussi. Elle n'en laisse rien paraître. Il faut que la touche soit douce et professionnelle. Mais qu'y a-t-il de professionnel à ça ? pense-t-elle distraitement en enroulant avec lenteur le bandage autour du pouce de Roy. Se rendre chez son ancien supérieur en pleine semaine pour boire du rouge et faire les comptes ne peut pas être qualifié de tel. Au moins, son bandage ressemble à quelque chose.

La main de Roy reste dans la sienne une seconde de trop. Lorsqu'il s'éloigne, elle remarque que le silence qui les enveloppe est étrange, chargé de petits secrets prêts à craquer. Elle aurait dû garder la main un peu plus longtemps. Si une seconde de trop peut passer, trois ou quatre secondes le peuvent aussi. Une minute entière, même. Ils n'auraient pas prononcé un mot, le silence n'aurait fait qu'accueillir d'autres secrets. C'est une grande pièce, elle peut en accueillir davantage.

— Je n'ai pas mis de désinfectant, réalise-t-elle soudainement.

Roy éclate de rire. Tremblant ainsi sous la lumière, son visage ressemble au tout début d'un feu d'artifice. Riza veut désespérément le voir éclater, mais l'idée d'en arriver là est angoissante.

— Je préfère comme ça, dit-il. Au moins, ça ne pique pas. Et puis, il n'y a pas de raison que ça s'infecte.

— Voilà un verdict bien sérieux et fiable, ironise-t-elle. Votre main.

Rendez-la, pense-t-elle. Cela l'arrange, au final. Peut-être que lui aussi. Elle récupère sa main et cette fois, la garde autant de minutes que nécessaire.

— La douleur est parfois nécessaire, souffle-t-elle lorsqu'elle le voit grimacer.

— Je ne dis pas le contraire. Mais vous devez admettre que parfois, jouer les martyrs n'apporte rien à personne.

— Il y en a qui ont besoin de ça pour se sentir vivre, répond-elle simplement.

— — —

— — —

Et c'est vrai. Riza doit sentir qu'elle est en vie et qu'elle l'est de cette façon, comprenez-vous ? Parce que de son point de vue, même si le monde s'étend sous ses yeux à elle, elle pourrait bien être la personne la plus insignifiante à exister au moment présent. Si elle n'avait pas tant tué, elle n'aurait rien à redire à cette façon de vivre. Mais en de telles circonstances, elle doit comprendre. Comprendre qu'elle n'a jamais été insignifiante. Voyez-vous ? Elle aurait aimé l'être.

Seulement elle est signifiante à un point qui lui échappe. Elle a changé quelque chose dans ce monde (en mal), et elle existe dans le regard des autres (occasionnellement en bien), et deux options s'offrent à elle : oublier ou se rappeler. Il n'y en a pas d'autres. Elle peut faire semblant d'oublier ou prétendre se rappeler. Mais cela ne fera au final que la ramener dans l'un des deux camps.

— N'êtes-vous pas fatiguée de tout cela ? lui demande Roy en déposant une tasse de thé sur son bureau, où elle travaille, les yeux piquants.

— C'est pour la bonne cause, répond-elle avec un léger sourire. Merci.

— Il nous faudra tout de même penser à trouver des emplois à côté, soupire Roy. Nous allons arriver sur la fin de l'argent que j'ai de côté.

Riza hausse un sourcil.

— Si tôt ?

— Eh bien, j'ai jusqu'ici vécu d'une certaine façon ! s'exclame-t-il, visiblement vexé. Comment aurais-je pu deviner que je me ferais ainsi virer ? Ne soyez pas injuste avec moi.

— Je ne le suis pas, sourit-elle doucement. Mais cette maison est immense et vous pourriez en tirer un certain prix encore. Cela nous gagnerait du temps.

— Et où irais-je ? demande Roy.

— J'ai un petit appartement qui ne me coûte pas grand-chose, mais il y a une chambre encore vide.

Roy la regarde sans comprendre. Au bout de quelques longues secondes de silence, il souffle du nez, amusé.

— C'est de la folie. Vous refusez mes propositions de dîners galants, mais vous me proposez d'emménager chez vous !

— Qui a parlé de dîners galants ? Quand ? demande-t-elle, prise au dépourvu. Il n'y a pas eu de ces propositions, je m'en souviendrais.

— Maintenant. Maintenant, je vous propose, si vous avez envie, et—

— C'est non, Monsieur.

— Voilà, j'en étais sûr, grogne Roy. Voilà pourquoi je n'ai pas demandé.

— C'est vous qui êtes injuste avec moi, soupire Riza. Vous savez que ce n'est pas que je n'en ai pas envie.

Elle attrape sa tasse et boit son thé avant qu'il ne refroidisse (ce n'est pas son défaut à elle).

— Je comprends, dit Roy, le ton évasif.

— Mais vous ne comprenez pas vraiment, soupire-t-elle. Ça ne fait rien. Je m'en accommoderais. Mais ma proposition tient toujours.

Elle avale une nouvelle gorgée et ferme ses yeux pour se concentrer pleinement sur la sensation du liquide chaud qui traverse sa gorge. Il existe toutes sortes de réconforts qu'ils peuvent se permettre, après tout. C'en est un comme un autre. Et lorsqu'elle ouvre les yeux, Roy penche très légèrement la tête et la fixe en silence.

— Pensez-vous que nous allons tenir ? demande-t-il finalement, un sourire espiègle au coin des lèvres.

Riza sent le rouge lui monter aux joues.

— Je sais que je peux tenir.

— Bon, tant mieux. Sans cela, j'imagine que nous pouvons brûler en enfer.

Elle hausse les épaules et cette fois-ci, avale le reste du thé d'une traite.

— Dans tous les cas, c'est là que nous finirons conclu-t-elle.

— — —

— — —

On tira sur la corde. La chèvre n'opposa aucune résistance. Le son de la cloche masquait ses cris affolés. Puis ce fut le couteau sous le cou, et plus rien.

— — —

— — —

C'est donc dans son appartement à elle que la conversation se poursuit, quelques jours plus tard, sauf que cette fois, Riza est bien moins sûre d'elle. Le ton finit par monter légèrement, et ils décident de s'arrêter là. Chacun part se coucher, mais se retrouvent quelques heures plus tard dans la cuisine, fuyant un sommeil lourd de cauchemars. Riza ne pose pas de questions comme Roy n'en pose pas : ils n'en ont pas besoin.

Roy s'absente quelques minutes et revient avec un jeu de cartes, et un plateau d'échecs.

— Il me manque la moitié des pièces, admet-il néanmoins. Je ne sais pas où elles sont passées.

— Je ne joue pas aux échecs, répond Riza. Mais à l'occasion, je vous offrirai un nouveau set.

— Pour vous moquer de moi parce que je n'ai personne avec qui jouer ? Non merci, soupire Roy.

Riza se sent sourire. Son visage est encore crispé et son dos en sueur à cause du bout de sommeil cruel qui lui a été accordé. Elle tire sur une mèche de ses cheveux, le regard vague.

— Dommage, dit-elle. Je pensais enfin tenir une bonne idée de cadeau.

Roy éclate de rire.

— Allons, vous trouverez ! Et puis quelle idée de me dire ce que vous comptez m'offrir ! Je préfère les surprises.

Comme une ouverture au dialogue, ils évoquent chacun des éléments de leur enfance. C'était une période plus agréable, qui n'a pas été salie par la guerre, mais pendant laquelle ils avaient tous deux déjà beaucoup perdu. Ça ne fait pas grand-chose, car ils ne s'attardent pas là-dessus. Roy raconte avoir volé une bouteille de parfum si chère à une habituée du bar de sa mère adoptive qu'elle lui avait fait croire qu'il serait enfermé tout le restant de ses jours en prison. À treize ans, il l'avait cru. Et aujourd'hui, ironiquement, c'est bien là qu'est sa place. Mais il ne le dit pas — Riza sait où est l'ironie, il sait qu'elle sait, il n'y a pas de raison de formuler une phrase.

Riza parle de sa vieille robe blanche. Elle raconte être tombée, quelques semaines après l'accident, sur la tête coupée d'une autre chèvre, dans la cave d'une amie alors qu'elles voulaient y récupérer des bouteilles de vin. Riza se souvient avoir pensé qu'il s'agissait de la même — elles avaient ce même regard géométrique et un pelage blanc, sec, rugueux. Mais c'en était une autre, comme Riza en avait déjà vu et comme elle en verra encore. Ce qui est vivant finit par mourir pour une raison ou une autre. Imaginer la tête seule dans la cave lui laisse aujourd'hui plus une nostalgie légère qu'une angoisse profonde. Après cela, elle en a vu, des regards vides.

— Madame Christmas ramenait des bêtes entières pour les grandes occasions, lui répond Roy, un sourire discret au coin des lèvres. Elle gardait la tête sur un plat à part, je n'ai jamais compris pourquoi. Cela m'intimidait.

Il amène une main à sa nuque et reste ainsi, la tête penchée, perdu dans une autre époque.

— Voulez-vous jouer aux cartes ? demande finalement Riza.

La fatigue commence à la gagner à nouveau, mais elle n'a pas particulièrement envie de s'endormir.

— Le gagnant de chaque partie pourra tirer une confession à l'autre, propose immédiatement Roy.

— Très bien.

Il perd la première partie. De son regard le plus perçant, Riza le fixe silencieusement jusqu'à ce qu'il se décide à choisir une histoire à raconter.

— J'ai essayé de fumer, il y a quelques années, admet finalement Roy.

— Vraiment un hypocrite jusqu'au bout des ongles, rit-elle.

— Ce sont de fausses accusations ! Je n'ai pas persisté. J'ai tenu peut-être deux semaines.

Riza ramasse les cartes pour les mélanger à nouveau. Elle se concentre sur leur texture collante, essayant de ne pas laisser la douceur lui déborder du visage. Tant pis, c'est trop tard.

— Pourquoi avez-vous arrêté ? demande-t-elle.

Une grimace échappe à Roy.

— Bon, ce n'est pas glorieux, prévient-il. La raison pour laquelle j'ai commencé était purement esthétique. J'ai grandi entouré d'adultes qui tenaient un porte-cigarette comme s'il s'agissait d'une extension de leur propre corps, vous comprenez ? Pour moi, l'odeur du tabac allait de pair avec celle des parfums de luxe. Et comme je vous l'ai dit, voleur de parfum, ce n'était pas pour moi.

Il s'interrompt un moment pour soupirer alors que Riza coupe le jeu.

— J'étais déjà dans l'armée. Personne n'utilise de porte-cigarette, là-bas. Quelqu'un m'avait dit d'utiliser mon alchimie pour allumer une cigarette, précisant que ça ferait bon effet—

— Attendez, nous nous connaissions déjà ?

— Eh bien, je n'allais pas faire cela devant vous, grommelle Roy.

— Ce n'est rien. Je trouve ça drôle, admet Riza. Que s'est-il passé ?

Roy hausse les épaules, et récupère les cartes au fur et à mesure que Riza les distribue. Il fixe son jeu d'un air absent, le triant occasionnellement.

— Rien du tout. J'ai fait comme il m'a dit, mais je trouvais que j'avais l'air d'un guignol. Lui procédait d'une façon plus appréciable, à mes yeux. Il grattait une allumette sous sa semelle. Mais je n'avais aucune raison de faire ça, pas vrai ? Ce serait encore plus ridicule. L'alchimiste des flammes n'a pas besoin d'une autre source de chaleur que la sienne, n'est-ce pas ?

Riza hoche distraitement la tête. Elle repère deux As dans son jeu.

— Le pensez-vous toujours ? demande-t-elle finalement.

— Pas vraiment. Mais dans ce cas précis, je garde ce raisonnement. Il fallait me voir, Lieutenant. J'avais vraiment l'air d'un guignol.

— — —

— — —

Il faut attendre août pour que Riza mette l'index sur une chose fondamentale qui, bien qu'évidente en rétrospective, lui avait totalement échappé.

Elle est alors en train de se choisir un nouveau chapeau, en compagnie de Roy — qui a insisté pour le lui offrir. Elle s'arrête sur l'un d'eux, long et d'un vert pâle qui lui rappelle la surface des nénuphars flottant à l'étang où ils vont parfois pique-niquer. Une remarque échappe à Roy, quelque chose sur la façon dont cette couleur lui va à ravir, et soudainement Riza ne veut plus du tout du chapeau. Elle attrape Roy par sa main, une main sans gant et chaude, moite, bouillonnante d'été, et s'éloigne avec lui. Ils ne traversent que quelques rues presque en courant, puis s'arrêtent brusquement — son choix à elle.

Roy semble abasourdi. Il reparle du chapeau.

— La boutique ne vous plaisait pas ? Quelque chose s'est passé à un moment où j'ai détourné le regard ? Qu'est-ce qui ne va pas ? demande-t-il, laissant les questions se piétiner entre elles.

Mais la vérité est qu'il n'a pas même eu besoin de détourner le regard. Riza a toujours regardé sa propre existence droit dans les yeux et elle n'a jamais remarqué avant ce moment précis, une couleur qui lui rappelle un nénuphar, qu'elle était tombée dans une impasse.

— Ce qui ne va pas— bredouille-t-elle, j'ai oublié.

— Oublié quoi ?

— Pendant un instant, j'ai oublié, reprend-elle. Oublié tout ce qui n'allait pas.

Elle veut dire par là qu'elle est heureuse. Qu'elle a contemplé le vert et a pensé au nénuphar et à l'étang, à l'herbe longue sous ses pieds nus, aux miettes de pain dans les plissures de ses vêtements. La chaleur, à l'ombre, qui n'est plus si étouffante. La mélodie des grenouilles invisibles, comme un chant de guerre très, très lointain. Pendant un instant, elle n'a pensé qu'à ça : le chapeau, le vert, le nénuphar, le bonheur, dans le passé et le présent.

— Ce sont des choses qui arrivent, répond prudemment Roy.

— Non, pas pour moi.

— Vous venez de vous souvenir, alors, reprend Roy. Ce n'est rien. Vous n'avez oublié qu'un instant.

— Mais j'ai fait un choix. Je ne peux pas me permettre de faire les choses à moitié.

Elle constate que le son de sa voix lui paraît distant. Elle ne paraît pas bouleversée ou triste. Elle est déçue, c'est tout.

— Pensez-vous que personne d'autre n'a pensé à vivre comme cela ? demande finalement Roy, le ton défaitiste, d'une douceur presque insupportable. Que nous n'avons pas essayé ?

— Je ne demande pas aux autres de le faire. Mais il faut bien qu'une personne y parvienne, rien qu'une.

— Je ne crois pas que ce soit possible. Nous sommes nombreux à avoir essayé. Je crois qu'au final, ceux qui n'ont pas cédé sont morts.

Riza retient un frisson et détourne le regard. Elle n'est pas morte. Elle n'a pas encore cédé. Juste un peu. Elle se souvient encore.

— Je me souviens encore, dit Roy, je ferai tout pour ne jamais oublier. Vous le savez.

— Ce n'est pas le problème, soupire Riza.

— Nous sommes vivants, reprend Roy. Et nous avons de la chance.

— Et nous ne méritons ni l'un ni l'autre.

— Peut-être bien. Ça ne change rien. Il faut être vivant pour changer les choses. Il faut avoir de la chance pour tenir une promesse. Cela fait de nous de mauvaises personnes, mais nous sommes là.

Riza soupire et rejette la tête en arrière. Elle se remémore la guerre et tous les maux qui lui ont alors transpercé le corps. Sa mémoire est encore pleine. Elle se souvient, elle se souvient. L'odeur du métal humide sous ses mains tremblantes, la fumée qui remplit sa gorge, le sanglot d'un enfant, au loin. Elle se souvient de tout.

— Nous sommes vivants, répète Roy, moins sûr de lui cette fois-ci.

Peut-être pas si vivants qu'ils voudraient l'être. Ou peut-être trop vivant. C'est un entre-deux qui ne plaît à personne, mais le corps est une machine uniforme. Ce que l'on pense de la vie n'a aucune importance : elle est là ou elle ne l'est pas. C'est ça qui a de l'importance.

Et elle y pense encore une fois : c'est une vieille histoire. Personne n'y échappe. Tant qu'ils sont vivants, ils recherchent tous la même chose. C'est après tout cette chose qui les maintient en vie.

— Je me rappellerai, dit-elle doucement. Mais je resterai en vie.

Roy lui sourit. Elle a vu ce sourire des centaines de fois. Dans la chambre de son père, minuit passé, soufflant sur la dernière bougie allumée, puis dans une ville réduite en fumée. Puis dans un bureau agité, se moquant d'Havoc et de ses addictions. Puis à l'ombre d'un bâtiment, fixant intensément Riza après une conversation délicate. Elle aime ce sourire de la façon la plus forte dont on peut aimer quelque chose. C'est une chaude journée d'août, et leurs mains sont toujours moites. Riza n'a pas de chapeau.

— Voulez-vous retourner à la boutique ? demande-t-il finalement. Cette couleur vous allait réellement à ravir.

— — —

— — —

Trois mots.

Une nuit d'orage où aucun des deux ne trouve le sommeil. Paresseusement entassés dans le salon, Riza en robe de nuit, Roy encore dans ses habits de jour. Sa chemise est ouverte sur deux boutons et il s'est débarrassé de sa cravate. La fenêtre est fermée, mais l'air encore chargé d'électricité. Trois mots, pense Riza, le regard accroché à la fenêtre. La ville est silencieuse mais le ciel ne l'est pas. La température commence à chuter. Trois mots pour se tourner vers l'avenir, c'est un faible prix à payer. Roy observe son demi-jeu d'échecs, démuni.

Un accord a été signé entre Scar et Grumman, plus tôt dans la journée. Une nouvelle ni bonne ni mauvaise. Des avantages dans les deux camps là où l'un devrait être puni. Mais un bref coup d'œil de la part de Scar a suffi à lui faire comprendre qu'ils n'en avaient pas fini. Et un bref coup d'œil de sa part a suffi à promettre à Scar qu'ils s'acharneront. Elle ne réussira probablement pas à dormir de la nuit.

Le ciel craque encore, et Roy pousse un sifflement. Black Hayate se blottit contre Riza, et c'est encore ce bonheur déplacé qui la gagne. Tant pis, puisqu'il est là. Elle pense aux trois mots. Et après un long instant de silence, elle s'éclaircit la gorge. Roy s'arrache à sa contemplation du jeu pour se tourner vers elle, le regard fatigué. Ses manches retroussées et son col ouvert le rendent plus humain, plus fragile, et Riza trouve soudainement des dizaines de mots pour le décrire, mais ne s'arrête sur aucun d'eux. Il n'en faut après tout que trois. Elle inspire par le nez, et d'un ton mesuré, calme, quelconque, elle les prononce :

— Je veux essayer.

Les trois suffisent pour que Roy comprenne. C'est une femme d'action, pas de mots. Mais ce n'est pas assez. Trois, c'est trop peu. Elle continue donc.

— Je veux essayer. C'est égoïste. J'ai beaucoup de défauts, vous le savez déjà.

— Je m'en fiche, répond immédiatement Roy.

— Non, écoutez-moi. J'ai beaucoup de défauts. Je casse toujours mes verres à pied. Et j'offre de mauvais cadeaux. Rebecca finit toujours par les échanger.

— Je n'échangerai rien.

— Et je connais le dévouement plus que l'amour. Je vis rarement pour moi-même. Il est difficile d'aimer quelqu'un qui ne s'aime pas, on m'a un jour dit ça. Je ne possède aucun miroir. Vous savez déjà cela, Monsieur, mais je peux me montrer assez froide.

Il ouvre la bouche mais Riza reprend, la gorge nouée.

— Et j'ai tué beaucoup, beaucoup de personnes. C'est mon plus grand défaut. Beaucoup de personnes dont je ne connais pas le nom. Je dis que je me souviens, mais j'ai oublié beaucoup de leurs visages. Je suis une meurtrière. Je veux essayer, mais vous devez savoir toutes ces choses.

Roy ferme la bouche et hoche la tête. Pendant un instant, elle craint de le voir changer d'avis. C'est cette chose fragile dans son regard qui lui fait peur. Mais c'est une émotion qui dans cette histoire précise ne peut pas faire de mal. Roy finit par sourire. Encore ce sourire qu'elle adore tant.

— Je sais déjà toutes ces choses, Lieutenant. Je veux aussi essayer. J'ai moi-même une liste interminable de défauts, mais entrer dans les détails serait inutile. Vous connaissez cette liste mieux que quiconque.

— — —

— — —

Elle tire sur son col. Roy, un sourire aux lèvres, n'oppose aucune résistance. Le son de la pluie, au-dehors, masque le rire naissant au coin de ses lèvres. Puis c'est un baiser, un long baiser, et c'est là que tout commence.

— — —

— — —

fin.


MERCI D'AVOIR LU !

N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, ça me ferait ultra plaisir ! J'ai quelques autres idées avec du Royai donc on devrait se revoir prochainement (par exemple un uni ua avec kimblee, ce personnage trop sous-côté)

BISOUS ET À BIENTÔT