Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la nuit du FoF sur le thème "Traque". Pour ceux qui ne connaissent pas Miraculous, le méchant (le Papillon) a le pouvoir de prendre possession de personnes via des akuma (des sortes de petits monstres qui vont donner des pouvoirs maléfiques à la personne akumatisée qui doit en échange aider le Papillon)
Pas de spoils please ! J'ai pas vu la s3 et s4 !
Le métro est bondé.
Ce n'est pas vraiment étonnant, il est 17h après tout, les heures de pointe commencent à peine. Mais à défaut d'être surprenant, ce constant est bien embêtant. En équilibre précaire contre la paroi de la porte, Marinette a déjà fait six stations debout, et il lui en manque encore trois. D'ordinaire, elle supporte bien ce petit trajet pour aller à son baby-sitting. Mais aujourd'hui, la journée a été particulièrement longue un sommeil très court à cause d'une intervention la veille, un examen en première heure et deux douloureuses heures de sport en début d'après-midi. Rajoutez à cela une énième histoire créée par Lila, et vous obteniez une journée comme on aime les oublier. Alors ce soir, Marinette n'a pas vraiment envie d'aller garder deux gamines en bas âge qui, si elles sont très gentilles, vont sûrement aspirer ses dernières forces. Même si elle n'aime pas vraiment faire ça, elle envisage très sérieusement de les coller devant un dessin-animé, les parents comprendraient qu'elle recourt pour une fois à cette solution.
Elle en est là de ses réflexions lorsqu'elle reçoit un mail. Par réflexe, elle le regarde – c'est un message de l'école, qui lui indique que sa dernière note de mathématiques est disponible sur son compte élève. Après une brève hésitation, Marinette décide d'aller regarder. Autant savoir maintenant à quelle sauce elle allait être mangée, non ? Ce n'est pas comme si son 6 allait se transformer miraculeusement en note au-dessus de la moyenne en quelques heures.
C'est donc résignée qu'elle se connecte, et lorsqu'elle voit la note, elle ne peut s'empêcher de s'exclamer :
- Putain, mais ce prof m'énerve !
Ce langage ne lui ressemble pas vraiment, mais elle si fatiguée qu'elle n'arrive pas à s'imposer une barrière de politesse. Et le fait qu'elle découvre que la note n'est qu'un trois, alors oui, cela termine de classer cette journée comme catastrophique. Elle avait pourtant prévenu avoir été malade cette semaine là, et il a décidé de ne pas en tenir compte. Et avec ce trois, c'est toute sa moyenne qui baisse. Ses parents vont s'inquiéter, leur faire un discours mi énervés mi préoccupés, tu nous le dirai si tu étais harcelée à l'école, n'est-ce pas ? Tu sais que tu peux tout nous dire ?, elle va être obligée de les rassurer, dire la vérité, ou pas entièrement – elle est épuisée et n'a pas le temps de réviser, mais que leur répondre lorsqu'il lui demanderont pourquoi ? Qu'elle passe ses journées à sauver Paris ? Alors elle mentira, avec la même culpabilité que toujours.
La pression monte alors que toutes ces pensées se bousculent dans sa tête. Marinette lève donc sa tête pour quitter le téléphone et la mauvaise nouvelle, se raccrocher au reste de la masse informe autour d'elle.
Mais lorsqu'elle croise le regard des autres, elle n'y voit que de la terreur.
C'est à ce moment là qu'elle se rencontre que tous chuchotent en le regardant, certains la pointant du doigt. « C'est elle ! » entend-elle dire. Marinette jette un rapide coup d'œil sur ses vêtements – il y a quelque chose qui ne va pas dans sa tenue ? Mais elle entend murmurer elle a dit qu'elle était énervée, quelqu'un s'affole de savoir si un akuma est déjà là, d'autres expliquent à leurs enfants qu'elle est dangereuse et qu'il ne faut pas s'approcher d'elle.
Et là, Marinette comprend son erreur.
Elle a lâché un juron en public. Bordel, elle est même allée dire à voix haute qu'elle était énervée – mais à quoi pensait-elle ? Quelle parfaite petite idiote elle faisait. Elle en avait vu d'autres, en tant que Ladybug elle était pourtant bien placée pour savoir comment de telles inattentions pouvaient être dangereuses.
Et cela ne loupe pas, une voix se fait déjà entendre.
- La gamine, à la prochaine station, tu descends !
Marinette essaie d'expliquer qu'elle ne peut pas, elle a besoin du métro pour se rendre à son petit job, et puis, au fond, elle n'est pas vraiment énervée, elle a dit ça comme ça, c'est une expression.
Mais les autres ne veulent rien entendre, le monsieur virulent se fait rejoindre par d'autres et bientôt c'est toute la rame qui lui crie de descendre à la prochaine station.
- En restant dedans, tu nous mets tous en danger ! Tu vas te faire akumatiser dans le wagon et tous nous entraîner dans ta folie ! Alors tire toi !
À crier comme ça, c'est eux qui se mettent en danger Ladybug le sait bien. Mais voilà, les gens ont peur. Cela fait trois ans que le Papillon sévit sans qu'aucun super-héros ne le batte. Il n'y a pas un parisien qui n'a pas été la victime d'un akumatisé – statue de sel, de pierre, perte de voix ou de volonté, chose inanimée ou contrôlée, sortir de chez soi est un risque si grand que la moindre émotion négative est réprouvée. Ne pas céder aux akuma, ne pas céder à la colère, ne jamais ressentir agacement ou énervement, ou du moins ne pas le montre, voilà le quotidien de Paris. Cela a bien fait rire les étrangers au début – au moins, on n'aura plus de parisiens pour nous râler desus ! Alors certes, plus personne n'ose faire remarquer aux touristes qu'ils se tiennent à gauche des escaliers et non à droite, et c'est sûrement bien pour les touristes, mais le résultat de tout ça, c'est surtout une foule qui hurle terrifiée à une gamine de 15 ans de bien vouloir descendre du wagon à la prochaine station pour aller se faire akumatisée loin d'eux.
Marinette répète qu'elle va bien, qu'il ne faut pas s'inquiéter, mais le wagon s'arrête et elle sent une pression sur elle. Elle ne cède pas, ne veut pas commencer à céder à la terreur, mais la terreur se transforme en folie et elle se sent bousculée vers la sortie, jusqu'à ce qu'une main l'agrippe pour l'envoyer voltiger à travers les portes ouvertes du métro.
Certains passagers font mine d'être indignés par la brusquerie – on pouvait la sortir plus doucement quand même – mais tous sont intérieurement très soulagés que la bombe à retardement soit loin d'eux. Les personnes sur le quai lui jettent un rapide coup d'œil mais ne s'approchent pas ils ont un train à prendre, et puis, si elle a été poussée comme ça, doit bien y avoir une raison.
Alors le métro partie, Marinette se retrouve seule sur le quai, un hématome sur la joue et sur les bras.
Elle se relève difficilement, ses gestes rendus encore plus maladroits par la surprise et la honte. Elle récupère ses affaires éparpillées sur le sol, cherche sa trousse qui a glissé et la trouve finalement sur les rails. Là, elle observe l'objet inanimé, se met à pleurer.
Ce n'est que quelques stylos Marinette, ce n'est pas grave.
Mais elle ne peut s'empêcher de penser qu'à la place de la trousse, ça aurait pu être elle. Que aujourd'hui, elle s'en sort avec quelques bleus, mais qu'un jour, elle n'aura peut-être pas cette chance. Car cette traque à la moindre émotion négative va conduire à des morts, Marinette en est certaine. Ce qui vient de lui arriver n'est pas inhabituel ses derniers temps, elle intervient plus pour aider des personnes molestées par des humains terrifiés que par des akumas. Est-ce que le Papillon avait ça en tête en commençant ses activités criminelles ? Ou s'est-il lui aussi laissé dépassé par la folie collective ?
Elle ne sait pas, mais elle pressent que ce n'est pas seulement sa soirée qui risque d'être longue. C'est sa vie toute entière, si le Papillon continue de sévir. Et cette idée la fait redoubler de larmes. Mais très vite, Marinette se force à s'arrêter de pleurer. Parce que les autres n'ont pas tout à fait tord elle est bien énervée, alors si elle commence à être triste, elle deviendra une proie idéale.
Alors Marinette sèche ses larmes et colle le sourire de façade qu'ils ont tous appris à revêtir.
Petit mot de fin : j'ai dû me cantonner à un OS au vu des contraintes de temps. Mais ça me donne très envie de faire une histoire longue avec ce postulat, où les émotions sont peu à peu chassées par craintes d'être akumatisés. Quelles dérives ça pourrait entraîner ? Quelles conséquences sur les humains ? Je trouve qu'il y a moyen de faire une bonne dystopie. Bref, dites moi déjà ce que vous avez pensé du texte.
