Jour 1 – Civil

Un bon coup de poing

Vivre à Los Santos, ce n'est clairement pas la meilleure des idées à avoir. Les gens sont violents, stupides, mauvais conducteurs, armés jusqu'aux dents pour aucune raison en particulier alors tout le monde est tendu et en colère. D'ailleurs, c'est probablement dans cette ville paumée au milieu d'une île pourrie et minuscule qu'il y a le plus d'accidents. Tout le monde se roule dessus, se tape dessus, se frappe, s'insulte… Il n'y a absolument pas moyen d'entrer dans un magasin sans tomber soit sur quelqu'un d'un peu trop poli qui va vous répéter « Hi there » toutes les minutes dans la peur de se faire tabasser ou cambrioler (ce qui de toute façon arrivait tous les jours), ou quelqu'un qui vous hurlait « You animal ! » en n'ayant absolument rien à foutre de la menace des armes. C'était ce qui rendait tous les civils plus ou moins innocents tendus et craintifs, fuyant la moindre sortie d'arme, blanche ou à feu, ou levant juste les bras en l'air pour les plus courageux, si le terme pouvait être utilisé de la sorte. Ça n'empêchait pas qu'on ne pouvait pas esquiver les gens assez furieux pour utiliser leurs poings.

Benjamin et Russel s'en rendirent compte un jour ensoleillé de la fin du mois d'avril, alors qu'ils étaient installés à l'accueil du Weazel News, le premier jouant au solitaire et le second envoyant des sms un peu coquins à son partenaire, quand un type habillé d'un grand chapeau rouge et d'une tenue couvrant toutes les couleurs primaires vint en courant à leur niveau, une musique à fond sortant de son téléphone, et leur cria « Je suis millionnaire, dites-le aux informations ! ». Ils n'eurent pas le temps de lui faire comprendre que ce n'était pas possible, qu'ils ne faisaient pas ça à leur niveau et qu'ils n'étaient pas payés pour ça, que le type était déjà reparti. Contre tout bon sens, et malgré les suppliques de son comparse, Russel se leva de son bureau et suivit l'homme jusqu'au trottoir, n'allant pas plus loin, regardant le type, complètement fou certainement, courir en travers sur la route, rejoindre l'autre trottoir et asséner un coup de poing à un mec en t-shirt noir au hard en criant à nouveau « Je suis millionnaire ! » avant de disparaître au bout de la rue, sans s'arrêter dans sa course.

Russel retourna à son bureau en haussant les épaules quand Benjamin le fixa avec curiosité. Ce n'était qu'un jour comme un autre à Los Santos et au moins, ce n'étaient pas eux qui s'étaient pris un pain au visage.