Résumé
Quand Alika entend dire par les esprits que son père a été brutalisé par sa propre famille, elle ressent une pulsion soudaine de le défendre coûte que coûte. Ce, d'une façon complètement différente que les personnes dites de 'normales' n'auraient jamais pu imaginer. Utilisant son don en tant que puissante médium depuis sa naissance, Alika est prête à tout pour protéger son père.
Cela peut être très amusant ou très, très... mauvais !
Chapitre 1
Gardien Spirituel
Je suis née d'une mère guerrière et d'un père Yakue métissé. Malheureusement, je ne suis pas née avec un livre guide qui dit : « Bonjour, je suis médium, je vois les morts voici comment mon don fonctionne. »
C'est encore flou comme souvenir dans ma tête, mais il semblerait que mon comportement laissait entrevoir que je possédais un don de médiumnité. Pourtant, pour moi, il s'agissait d'une faculté totalement normale comme écrire ou manier la lance.
Grand-Mère Torogai, également chamane, croyait en l'existence de mon don. En me posant des questions plus en profondeur sur ce que mes yeux pouvaient voir, elle eut ses confirmations. Elle m'expliqua dès lors qu'elle aussi les voyait – pas toujours comme moi, mais que oui, il lui était possible de pouvoir le faire. Je voyais les esprits qui se montraient à moi en chair et en os, comme les vivants. Ce qui m'a un peu mélangé au début. Grand-Mère a été formidable avec moi et mon don et m'a fortement encouragé pour le développer davantage. En suivant son entrainement et ses conseils vigoureusement, je lui avouai que chaque être humain possédait une étrange couleur qui fluctuait autour d'eux, qui faisait le tour de leur silhouette et changeait selon leur humeur. Dès lors, elle comprit que je ne voyais pas seulement les morts et les esprits, mais également les auras. Chose qu'elle était incapable de faire.
Je devais avoir six ans quand je pris conscience que je voyais aussi des esprits, des ombres ou des formes lumineuses suivre les « vivants » de façon presque permanente. Et ces esprits étaient toujours les mêmes. Tout le monde en possédait un, ou si je ne le voyais pas, c'est que l'esprit en question se cachait dans l'ombre de la personne. Grand-Mère était suivie par une femme... son ancien mentor je crois, Norugai. Pour ma part, c'était un homme. Il était grand et imposant, il portait la même lance que Maman. Il s'appelait Jiguro Musa. Il pouvait être sévère mais il était toujours gentil avec moi. Il me suivait depuis ma naissance et y a même assisté. Je le voyais tout le temps, alors du coup, je n'étais jamais seule.
- Grand-Mère? demandai-je en m'essayant devant le feu, mes parents à l'extérieur du refuge.
- Oui, ma belle ?
- ... pourquoi tout le monde a un esprit qui les suit ?
Grand-Mère lâcha une bouffée de sa pipe et me regarda. Je reconnaissais ce regard : elle allait tomber dans un sujet plus que sérieux. À ne pas prendre avec légèreté.
- Quand une âme naît en ce monde, un esprit qui possède un lien antérieur ou spirituel, signe un contrat de protection. Dès lors, l'esprit devient le gardien permanent de l'âme à venir. Il ne peut détruire son contrat.
- Alors... on peut pas se réincarner sans gardien ?
- Exactement.
- Alors... le gardien du bébé arrive pendant la grossesse ? Pas après quand le bébé naît ?
- C'est exacte. Il arrive pendant la grossesse pour protéger l'âme à naitre. Un bébé avec un don, surtout comme le tiens, ça arrive trop/très souvent.
- Pourquoi ?
- ... avant de naitre, l'âme d'un bébé n'est toujours pas ancrée correctement dans le corps physique en formation. Des esprits errants, qui trouvent que le corps du bébé est idéal pour eux, peuvent prendre ou voler la place attitrée du nouveau-né.
- Ah...
- Les bébés qui naissent avant neuf mois sont des bébés qui ont été sauvé par leur gardien d'un possible vol de corps. C'est l'unique moyen qu'un gardien peut faire pour protéger leur protégé.
- Et moi ? Je suis née prématurée ?
- Non. Je surveillais et protégeais Balsa quand elle était enceinte de toi. Tu as attiré une tonne d'esprits ici, de toutes sortes et des dangereux aussi pendant sa grossesse... et Balsa ne s'est rendue compte de rien, mais j'étais là pour vous protéger et Jiguro aussi. Ton don est très puissant...
Après ma conversation avec Grand-Mère, je compris que Jiguro était mon gardien spirituel. Il ne me quittera jamais jusqu'à mon retour dans le monde spirituel.
Il y avait une chose que je savais depuis tout le temps : je n'avais jamais été proche de ma famille paternelle à comparer de ma famille maternelle – même si, à l'époque je n'avais pas rencontré tante Yuka. La famille de Papa savait qu'il avait eu une mignonne et adorable petite fille, mais jamais on n'allait les voir ensembles. Maman ne voulait jamais et si Papa allait en visite chez eux pour traiter leurs maux ou leur rendre service, elle ne voulait pas que je l'accompagne. Cela ne me dérangea guère, car je n'avais pas fait de liens profonds avec eux. Ils ne venaient pas nous voir également, donc, en quoi cela m'aurait agacé ?
Parfois, mon Oncle, Noshir, venait voir Papa au refuge. Il apportait sa fille ainée avec lui, ma cousine, Kaya, de temps en temps. Kaya-San était très gentille. Elle avait cinq ans de plus que moi, mais elle jouait avec moi le temps que son père, mon oncle, discute avec Papa. À l'époque, je n'avais pas vraiment porté attention à ce détail, mais je me souviens que le gardien de Papa, que je ne voyais qu'en ombre grise dans le temps, s'était évadé le temps que Noshir vienne à la maison. Il avait l'air terrifié. Je n'avais jamais vraiment portée attention au gardien de Noshir. Tout ce que je savais, c'est qu'il portait une cape noire à capuche, de la tête aux pieds.
Quand Maman était là, le gardien de Papa allait trouver refuge et protection proche de la gardienne de Maman. Je voyais parfaitement sa gardienne et je comprenais pourquoi le gardien de Papa allait vers elle : elle était imposante, de la même taille que Maman, 5'6", les mêmes mimiques faciales et avait des cheveux mauves courts avec des yeux mauve-rose. Elle portait toujours des kimonos à l'encolure provocatrice qui donnait une vue d'ensembles sur sa poitrine. Elle tenait un arc à flèche dans son dos et un sabre dans sa ceinture. Elle s'appelait Motoko Kusanagi.
Je venais d'avoir huit ans quand je revins de mon tout premier voyage de Kanbal. Maman décida de repartir très vite à l'aventure, pour deux petites semaines, m'avait-elle dise. J'aurais aimé l'accompagner, mais je devais avouer que j'étais plutôt épuisée de notre très longue marche. Ça nous avait pris un mois revenir. Je restai donc au refuge avec Papa. Alors que Papa était occupé à trier ses herbes et plantes médicinales pour des commandes, dehors, il m'avoua qu'il allait devoir rendre visite à sa famille, le lendemain, durant la journée. Dès lors, je sentis son gardien se raidir. Comme Maman ou Grand-Mère Torogai n'étaient pas parmi nous, j'allais devoir l'accompagner comme personne ne pouvait me surveiller. Je jetai un œil à Jiguro. Il me fit un signe de tête et alors que le gardien de Papa allait se cacher dans son ombre, je le tirai par la ceinture et l'attirai vers la forêt, en suivant Jiguro.
- Papa, je vais jouer dans la forêt ! dis-je, au loin.
- Sois prudente et reviens pour le dîner.
- Oui !
Le gardien de Papa n'était pas plus grand que moi et il se débattait pour que je le lâche. Je ne cédai pas. J'arrivai enfin devant un arbre dans la forêt, avec de gros rochers. Rendu-là, je m'assis sur l'un d'entre eux et Jiguro m'imita. Je lâchai ma poigne de sur le gardien de Papa.
- Montre-toi, ordonnai-je, tu peux plus te cacher.
À contrecœur, le gardien de Papa se montra et je restai sans voix. Je m'attendais à tout sauf à ça. C'était la version identique de mon Papa quand il avait mon âge ! Le même chignon, la même couleur de peau. À l'exception que Papa portait un chandail Yakue vert, son gardien portait un chandail de couleur bleue. Il s'approcha de moi et s'assit sur le sol. Je me sentis submergée par des émotions qui n'étaient pas les miennes et j'eus des visions sur le passé de Papa, ainsi que les liens que son gardien possédait avec lui. C'était l'une des nombreuses facultés médiumniques que je possédais quand les esprits partageaient leurs énergies avec la mienne.
- Tu t'appelles Zukhan et tu as huit ans ? demandai-je en analysant les réponses que je recevais dans mon esprit.
- Oui, fit-il timidement.
- Papa devait avoir un frère jumeau à la naissance, compris-je. Mais tu es décédé dès les débuts de la grossesse de ma grand-mère paternelle...
- Oui, tu as vu juste.
Il regarda encore ses pieds. Je décidai alors d'entamer le sujet concernant sa frayeur sur le fait que mon Oncle Noshir venait nous voir de temps en temps. À force de lui demander pourquoi et comment, il finit par me dire la vérité.
- Jiguro est déjà au courant, mais je ne pense pas que Tanda-Oniisan t'en ait déjà fais part. La famille de Tanda... surtout Noshir... le battait quand il était plus jeune. Son père s'y mettait aussi, parfois, mais juste quand notre mère n'était pas là.
Je restai abasourdie, assommée par cette révélation.
- Pourquoi faire ça ?! m'indignai-je. Papa est tellement gentil, il ferait pas de mal à une mouche !
- Ils battaient Tanda-Oniisan quand il faisait de quoi qui leur déplaisait. Un geste, une parole, un regard... toutes les excuses étaient bonnes pour le corriger.
Je regardai Jiguro. J'étais tellement surprise que je ne voulais pas croire les dires de Zukhan. J'avais besoin d'une autre confirmation pour être sure que je ne me faisais pas berner par les dires d'un esprit.
- C'est bien vrai, malheureusement, affirma Jiguro. J'ignore cependant ce qui se passait du côté spirituel quand la crise de violence refaisait surface.
- Qu'est-ce qui se passait ? pressai-je Zukhan rapidement. C'est pour ça que tu as si peur du gardien d'Oncle Noshir ?
Très vite, je sentis sa tension et sa terreur.
- J'aurai fait quelque chose pour le protéger, crois-moi ! se défendit Zukhan, les larmes aux yeux. Mais quand la crise survenait, le gardien de Noshir était plus rapide que moi. Je ne pouvais pas me cacher dans l'ombre de Tanda-Oniisan et il en profitait pour m'enchaîner. J'étais donc dans l'incapacité de pouvoir protéger Tanda-Oniisan quand ça arrivait ! À tous les coups ! Et quand ça terminait, il me relâchait...
Je sentis la douleur dans sa voix alors qu'il sanglotait. Je compris aussi pourquoi il avait si peur du gardien de Noshir et se cachait quand ce dernier venait nous voir. Je notai une dernière chose : Zukhan, physiquement, était encore un enfant même sous forme spirituelle. Je savais que le mental n'avait rien à voir avec le physique et la puissance des esprits, mais les gardiens spirituels à l'apparence enfantine, étaient souvent un signe qui montrait que leurs protégés étaient des personnes très naïves. Et c'était le cas avec Papa. Je serrai les poings face à tout ce que j'avais appris. Une colère sourde, que je ne connaissais pas, se réveilla en moi. Je serrai ma lance dans mes mains. Non seulement mon Papa se faisait battre lorsqu'enfant, mais en plus, son gardien spirituel se faisait attaché et séquestré en même temps ! Là, c'en était trop pour moi. Je devais faire quelque chose. Jiguro me regarda et fit un mince sourire.
- Tu ressembles tellement à Balsa, quand elle avait ton âge et a appris la vérité avec la famille de Tanda, me dit-il. Elle aussi, elle a cherché à le défendre et à lui ouvrir les yeux.
- ... Jiguro, il est temps de leur donner une leçon, déclarai-je.
- Petite fleur, rit Jiguro, tu ne pourras pas utiliser la force brute pour les corriger et te venger.
- J'ai jamais dit que j'allais leur donner une leçon « physiquement », le corrigeai-je, un grand sourire fleurissant sur mes lèvres.
- Quoi ?!
- En parlant avec Zukhan, j'ai vu son passé comme gardien. J'ai compris, appris et vu des choses que des gens normaux peuvent pas voir. Grand-Mère Torogai passe son temps à dire que je suis une médium très puissante.
- Alika, ne fais pas ça, m'avertit Jiguro.
- Tu sais ce que j'ai vu quand Zukhan a partagé son énergie avec moi ? J'ai écouté une conversation avec Papa et Maman, quand ils avaient mon âge. Si Maman, et même toi, quand tu étais vivant, Jiguro, avaient eu nos pouvoirs, vous vous auriez vengés avec la magie. Maman a toujours vu ces outils comme une chance. Papa aurait pu, c'est bien vrai, mais il a décidé de pas le faire.
- Alika...
- Mais moi, je peux. J'ai la force pour jouer avec cette dimension, ce que Maman a pas. Grand-Mère m'a déjà averti, mais je connais déjà les règles. Et que tu le veuilles ou non, Jiguro, je sais que très profondément au fond de toi, tu meures d'envie d'essayer ça avec moi... je le sens dans ton énergie.
Il y eu un silence et Zukhan me regarda, incertain. Décidemment, même lui était naïf ! Jiguro reprit son visage neutre et ferma les yeux. Je lui rappelais qu'il n'était pas obligé de me suivre dans mon élan, que je savais comment me défendre et me protéger spirituellement. Je me levai, maintenant décidé et sûre de mon rôle à jouer demain en allant chez Oncle Noshir. Mon gardien se leva aussi et je sentis sa main se poser sur mon épaule.
- Tu m'arrêteras pas, l'avertis-je.
- Je ne cherche pas à t'arrêter, me rassura-t-il. Je serai-là pour te défendre et pour protéger Zukhan.
- Alors... tu vas m'accompagner ?!
- Je l'ignore, encore. Mais en tant que gardien spirituel, il est de mon devoir de te protéger. Tu es la plus précieuse petite fleur de ta Maman et la plus spéciale fille de ton Papa.
Je souris. J'avais déjà en tête plusieurs plans pour faire manger la poussière à Noshir et son gardien. Je me réjouissais.
