Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui œuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.
Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide, de la dépression et de l'addiction. Vous lisez en connaissance de cause.
Liyly:
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Et merci pour Alexis ! Ce n'est pas pour me lancer des fleurs, mais Raphaël et son fils forment vraiment un beau duo qui vous réserve encore de jolis moments ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Cassiopee :
Salut ! Merci beaucoup pour tes deux reviews ! Je suis contente que le dernier chapitre t'ait autant plu ! Je ne te le fais pas dire : le bonheur réussit très bien à cette tête de mule de Nigel ! Alexis est si chou, je ne doute pas qu'il aura bientôt son fan club ! Btw, merci pour ton petit message inquiet il n'y a pas longtemps : promis, ça va, mais entre le boulot et le Nano, j'ai vraiment pas réussi à mettre à jour au moins une fois comme je fais d'habitude. Je devrais retrouver mon rythme de croisière après les vacances de Noël;)
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Annelle :
Coucou ! Merci beaucoup pour ta review ! Il y avait une partie de la réponse à ta question sur les sœurs d'Alexis dans le dernier chapitre, le reste viendra bien assez vite:p (patience, patience ^⁾
Alexis et Raphaël forment un joli duo et je ne parle même pas du trio ultra choupi quand on rajoute Reggie ! Simone Bonaccord n'est plus très loin. Elle est aussi géniale que ce que tu penses:p Bonne lecture !
Des mercis et des bisous de loin à NyannaCh, Tiph l'Andouille, Liyly, Sun Dae V, feufollet, henrismh, tzvine, mimi70, Cassiopee (x2) et Annelle pour leur review. Avoir votre retour est toujours aussi précieux ! Keur:keur:keur sur vous !
Bonjour à toutes et à tous !
Et oui, je suis aussi de retour par ici ! (ne vous habituez pas trop quand même :p)
Étant donné que je suis fraîchement en vacances (ENFIN!), et que j'ai bon espoir de terminer mes interminables to-do listes ce weekend pour être vraiment tranquille après, mon morale est au beau fixe !
Niveau écriture, il n'est pas impossible que j'ai écrit un petit truc pour ce côté-ci de l'histoire (je verrais si je parviens à l'inclure en l'état) et, franchement, c'est très chou. Pour le reste, j'attends de terminer Supernova pour redonner la parole à mes deux idiots préférés !
Cela étant dit, je vous laisse avec le nouveau chapitre ! On continue sur la lancée de celui qui précède et il n'est pas impossible que vous reconnaissiez quelques guests stars. Bonne lecture !
Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Spin-Off : Gravity
Chapitre 9
Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.
Il marqua un temps d'arrêt devant le salon de thé.
Il ne parvenait pas à se souvenir de la dernière fois où il était venu ici, lui qui avait pourtant eu l'habitude de fréquenter l'établissement une fois par mois, s'autorisant un rare plaisir qui avait le goûtde son enfance.
Raphaël avait décidément bousculé toutes ses habitudes.
Son reflet dans la porte vitrée lui confirma que c'était sans doute pour le mieux. Il était moins émacié qu'avant, il se tenait plus droit, un léger sourire étirait ses lèvres. Même sa façon de s'habiller avait changé. Il réservait ses costumes trois pièces pour le travail. Le reste du temps, il se contentait d'une chemise à manches longues et d'un pantalon de toile. Un jour d'été comme aujourd'hui, le tissu en lin lui donnait presque une allure de vacancier.
Il passait pour un moldu au cœur de la capitale et il avait appris à apprécier le sentiment d'anonymat qui allait avec.
Personne ne viendrait le chercher ici. Il doutait même que quiconque le reconnaisse si cela se produisait.
C'était aussi bien.
Une jeune femme poussa la porte pour sortir, le tirant ses rêveries. Il s'écarta pour la laisser passer, répondit à son sourire par un signe de tête, puis entra à son tour.
Le patron le dévisagea longuement.
- Mister Sky ! Long time, no see !
- Yes. I've been busy.
L'homme le détailla à nouveau, une étincelle amusée dans son regard.
- Busy suits you, Mister Sky.
- Thank you.
Il commanda un traditionnel tea time, accompagné d'un Earl Grey parfumé. Il s'installa à sa table habituelle, ravi de la trouver libre. Puisqu'il avait prévu de s'arrêter ici à un moment, il sortit le livre qu'il avait apporté puis déposa ses paquets avec précaution sur la chaise libre en face de lui. Le cadeau de Raphaël était censé être bien emballé, mais il ne faisait pas vraiment confiance aux versions moldues du sortilège de coussinage.
Le thé était aussi bon que dans ses souvenirs et les scones rivalisaient avec ceux de Kreattur. Si les autres clients ne parlaient pas tous français, il aurait pu se croire de retour à Londres.
Il ne tarda pas à se laisser absorber par sa lecture, les bruits environnant devenant lointains, tout comme les mouvements des passants de l'autre côté de la vitrine.
Toutefois, il avait évolué trop longtemps dans le monde Sang-Pur pour ne pas remarquer qu'il était la cible d'un regard insistant.
Il releva les yeux de son livre. Une femme d'une soixantaine d'années se tenait derrière la chaise libre en face de lui. Ses cheveux grisonnants étaient rassemblés en un chignon sévère, aucun pli ne marquait son tailleur bleu ciel. L'expression sur son visage était presque trop familière.
Il déglutit.
- Madame Delacour.
- C'est Madame Bonaccord, mais Simone conviendra très bien, Nigel. Puis-je ?
Elle désignait la chaise d'un geste de sa main. Il récupéra ses paquets pour lui permettre de s'asseoir.
Bonaccord.
Quelles étaient les chances pour qu'il s'agisse du même Bonaccord qui avait été le premier Manitou Suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers ?
La mère de Raphaël devait avoir commandé à son arrivée, car un serveur vint déposer un verre de thé glacé sur leur table tandis qu'elle s'installait.
Son apparition était tellement inattendue qu'il lui fallut une interminable minute pour se remettre de sa surprise.
Il se racla la gorge.
- Que faites-vous ici ?
- Il me paraît évident que je suis ici pour te rencontrer, Nigel. Cela fait un peu trop longtemps que j'entends mon fils parler de toi, il me fallait mettre un nom sur un visage.
Un goût métallique se diffusa dans sa bouche. Il était le premier surpris que Raphaël n'ait pas insisté pour le présenter à ses parents de la même façon qu'il l'avait présenté à Alexis, mais une part de lui était soulagée que cela ne soit pas le cas.
La dernière fois qu'il avait rencontré les parents de quelqu'un de façon officielle, c'était pour demander la main d'Emily Rosier.
- J'en déduis que Raphaël n'est pas au courant.
Elle fit la moue.
- Non, pas vraiment. Étant donné la nature de notre conversation, c'est peut-être mieux ainsi.
Il plissa les yeux.
S'il gardait un souvenir très détaillé de son deuxième rendez-vous avec Raphaël, c'était en partie parce qu'il se répétait parfois ce que Simone Bonaccord lui avait dit cette nuit-là par téléphone. Il n'avait toujours pas décidé s'il était d'accord ou non avec son point de vue sur la guerre, ce qui ne l'empêchait pas de redouter ce qu'elle pourrait lui dire de plus aujourd'hui sur le sujet.
Elle fit un geste négligent de la main.
- Pas cela, voyons!Bien que je compte approfondir notre dernière conversation à ce sujet, George et moi voulions être certains que tu serais présent à l'anniversaire surprise de Raphaël. Il est passé plusieurs fois à la librairie, mais il a joué de malchance...
Il fit de son mieux pour garder une expression neutre. Il était possible qu'il se soit précipité dans la réserve les quelques fois où il avait aperçu George Delacour devant la librairie, dans le but d'éviter exactement ce qui était en train de se passer maintenant.
Tout bien réfléchi, peut-être qu'il aurait dû parler au père de Raphaël.
- Et bien, je ne sais pas s'il souhaite que je sois là, éluda-t-il.
Le regard de Simone devint accusateur, ce qui accentuait sa ressemblance avec son fils.
Il aurait mieux fait de se taire.
- Ne sois pas ridicule, Nigel. Bien sûr qu'il voudrait que tu sois là pour fêter ses trente ans avec lui. Il ne manquera pas de me reprocher ton absence et j'aimerais passer une bonne journée.
Il se redressa sur sa chaise, son dos retrouvant la posture parfaite sur laquelle sa mère avait tant insisté.
- Mon passé ne vous dérange donc pas ?
Si Simone Bonaccord était vraiment ce qu'elle disait être, elle avait sans doute tiré les bonnes conclusions de leur première et unique discussion.
Elle prit une profonde inspiration.
- Je vois que nous allons poursuivre notre conversation aujourd'hui, jeune homme. Avant cela, je tiens à préciser que mon mari et moi n'avons pas à approuver quoique ce soit concernant les relations de Raphaël. Nous lui avons donné tous les outils pour qu'il prenne les bonnes décisions. Je lui fais confiance.
Les parents de Raphaël étaient bien différents des siens, dans ce cas. Walburga et Orion n'auraient pas hésité à faire de sa vie un enfer s'il avait choisi une épouse qui ne leur convenait pas. Il n'avait d'ailleurs pas vraiment eu son mot à dire sur la question quand le moment était venu. Emily Rosier répondait plus aux critères de sa mère qu'aux siens.
- Vous êtes pourtant bien placée pour savoir ce dont les gens comme moi se sont rendus coupables.
Son expression devint dangereuse.
- Ce que je sais sur Regulus Black ne m'impressionne pas.
Il ravala la boule qui venait de se former dans sa gorge.
- Raphaël vous en a parlé, donc.
Elle secoua la tête.
- Mon fils sait garder un secret. Je l'ai su en te voyant. Je n'ai jamais oublié le visage de Sirius Black après ce qu'il a fait. Sans compter que j'ai eu le déplaisir de croiser tes parents lors de quelques réceptions. Je ne t'apprends certainement rien en te disant que tu ressembles à ton père ?
Il détourna le regard vers sa tasse de thé. C'était précisément pour éviter ce genre de chose qu'il avait évité au maximum de se mêler à la société sorcière française. Le visage de son frère avait fait la une des journaux pendant plusieurs jours – durant lesquels il n'avait pas mis un orteil hors de chez lui –. Il s'était toujours étonné que personne n'ait fait le rapprochement tant leur air de famille était indéniable.
- Si cela est encore possible, je ne suis que plus convaincue par ce que je t'ai dit au téléphone ce soir-là. Je doute que quiconque puisse dire non à Bellatrix Lestrange et s'en sortir vivant, encore moins son propre cousin.
Une crampe traversa son moignon. Il massa le muscle avec impatience, même si cela ne changeait pas grand-chose. Il avait beau savoir que Bellatrix était enfermée à Azkaban, et qu'elle n'en sortirait probablement jamais, la seule mention de son prénom réveillait une peur panique au fond de son cœur. Elle l'avait toujours intimidé, quand il était plus petit, mais il avait très vite découvert qu'elle pouvait se montrer cruelle quand elle l'avait initié à la Magie Noire. Il n'avait pas oublié le feu du Doloris sur son corps.
- Ce n'est pas une excuse, dit-il finalement.
- Non. Cependant, tu ressens des remords pour ce que tu as fait. Pas elle.
- Comment pouvez-vous le savoir ?
- J'étais présente à son procès. De tous les Mangemorts que j'ai pu croiser, elle est de loin la plus fanatique, ce qui fait d'elle une personne très dangereuse.
Le fond de sa tasse devint à nouveau fascinante. Il avait été aux premières loges pour assister à la radicalisation de sa cousine. Bellatrix avait toujours été convaincue par la doctrine Sang-Pur, ce qui n'avait pas manqué de provoquer des disputes vicieuses entre Sirius et elle. Elle avait pris la Marque quelques mois après son mariage avec Rodolphus Lestrange, puis elle s'était peu à peu ménagée une place de choix dans le cercle intime du Seigneur des Ténèbres : elle ne reculait devant rien pour mener une mission à bien, laissant des scènes de désolation dans son sillage.
Certains Mangemort avaient eu plus peur d'elle que du Seigneur des Ténèbres.
Le silence s'éternisa sans qu'il n'ose relever la tête. La mère de Raphaël termina son thé glacé avant de reprendre.
- Pour être tout à fait honnête, George et moi avons besoin de ton aide pour l'anniversaire de Raphaël.
Il n'aurait pas pensé qu'elle abandonne aussi facilement le sujet de la guerre, mais il n'allait pas s'en plaindre.
- Que dois-je faire ?
L'anniversaire de Raphaël tombait un jeudi, trois semaines plus tard. Raphaël pensait qu'il le fêterait le dimanche qui suivait dans la maison familiale – son frère et sa famille feraient le déplacement depuis Bordeaux –. Il lui revenait donc de faire en sorte que Raphaël aille chez ses parents ce jour-là.
- Tu es le mieux placé de nous tous pour cela.
Il n'aurait même pas besoin de jouer les intrigants pour y parvenir.
- Très bien.
Le sourire de Simone Bonaccord lui rappela celui de Raphaël. Son cœur fit une drôle d'embardée dans sa poitrine.
- Merci beaucoup, Nigel. Ce n'est pas tout. Raphaël s'est montré très insistant sur le fait qu'il ne voulait rien de spécial pour son anniversaire, encore moins des gadgets inutiles.
Il grogna. Il savait. Raphaël lui avait tenu le même discours, des semaines de cela, quand il lui avait parlé de la fête que sa famille avait prévu pour l'occasion. Il avait dû négocier pendant des jours pour qu'il accepte qu'il lui achète quelque chose, allant jusqu'à le menacer de s'enfermer dans la réserve de la librairie ce jour-là pour le convaincre.
Obstiné était définitivement un euphémisme le concernant.
- Puisqu'il s'agit quand même de ses trente ans, George a pensé à un voyage...
Il réussit à rester de marbre. Il n'aimait déjà pas trop l'idée de ne pas voir Raphaël pendant deux semaines quand il serait au Japon avec Alexis – ce à quoi il évitait de trop penser –. Si leur séparation était prolongée d'une semaine – ou peut-être même plus – les clients de la librairie allaient devoir s'adresser uniquement à Eugène au risque de perdre des membres.
- C'est une bonne idée, convint-il.
Avec un peu de chance, Raphaël ne repartirait que le lendemain de son arrivée, ce qui lui laisserait l'opportunité de le voir au moins quelques heures.
Sauf s'il préférerait passer la soirée avec Alexis...
Ce qui serait logique, puisqu'il repartirait avec lui.
- Nous pensions à la Grèce.
Au moins, Raphaël reviendrait bronzé, ce qui serait une maigre consolation.
- Je suis certain que ça leur plaira, répondit-il, son ton peut-être plus sec que ce qu'il aurait fallu.
Simone le dévisagea longuement, puis le coin de ses lèvres frémirent.
- Bien entendu, nous voulions être certains que tu n'aurais pas de difficulté à obtenir une semaine de congé avant de réserver quoique ce soit.
Il fronça les sourcils.
- Pourquoi faire ?
Simone sembla se retenir de rire.
- Pour l'accompagner ?
Oh.
Ses joues devinrent brûlantes. Il baissa le nez vers sa tasse de thé vide.
- Je devrais pouvoir m'arranger.
…
Il raffermit sa prise sur le bras de Raphaël, vérifiant au passage que le bandeau qui cachait ses yeux n'avait pas bougé. Il ouvrit la portière du taxi, puis aida Raphaël à grimper à l'intérieur de la voiture, l'attachant pour faire bonne mesure avant de glisser le papier sur lequel il avait écrit l'adresse des Delacour au chauffeur.
- Où allons-nous ? lui demanda Raphaël, pour la dixième fois depuis qu'il avait refermé la porte de son appartement.
- Sur la Lune.
Raphaël plissa le nez.
- Menteur.
Il resta silencieux, même s'il pouvait presque voir les rouages de ses pensées sous la peau de son front. S'ils n'avaient pas été à l'arrière d'un taxi, il l'aurait sans doute embrassé.
Cela aurait eu le mérite de le distraire.
- On ne va pas à l'Opéra, n'est-ce pas ?
Il leva les yeux au ciel. Raphaël eut un sourire amusé.
- Ne viens jamais te plaindre que je ne t'invite nulle part, grinça-t-il.
Le fiasco de cette soirée-là était toujours aussi cuisant. Il se refusait à reprendre un risque pareil. Puisque Raphaël connaissait bien mieux Paris que lui, il lui revenait donc de choisir où ils sortaient, les rares fois où l'envie de quitter le refuge qu'était l'appartement de Raphaël pointait le bout de son nez.
Ils préféraient tous les deux passer du temps dans un endroit où ils pouvaient s'embrasser sans risquer de se faire insulter à pleins poumons.
- Du moment que tu m'invites à te suivre au lit de façon régulière, je te promets de ne pas me plaindre, souffla-t-il à son oreille.
Une fois de plus, il réussit à rester impassible. Raphaël usait un peu trop de cette carte-là depuis le début, il commençait à s'y habituer.
- C'est trop aimable de ta part.
Raphaël se redressa, juste un peu.
- Tu es nerveux.
Il serra son moignon d'un geste compulsif. Il n'avait pas besoin que Raphaël lui rappelle que son estomac faisait des loopings à chaque fois qu'il contemplait le programme de la journée. Il avait d'abord cru que Raphaël allait réussir à les mettre en retard – il avait promis à Simone qu'ils seraient là à midi pile – mais puisqu'ils étaient désormais en route, la situation était sous contrôle.
Du reste, autant qu'elle puisse l'être étant donné qu'il allait rencontrer la famille de Raphaël au complet dans moins d'une heure.
- Et tu es agaçant, répliqua-t-il. Une surprise est une surprise, arrête d'essayer de deviner ce qui t'attends. Je ne te dirais rien, de toute façon.
- Non, mais tu peux te trahir. J'ai joué à ce jeu plusieurs fois avant toi, Reggie, je suis sûr que je peux trouver avant qu'on arrive.
- Bonne chance.
Son ton sarcastique échoua à le décourager – peu de choses y parvenait –. D'une certaine façon, sa nervosité grandissante joua un parfait écran, rendant ses autres émotions beaucoup plus difficiles à déchiffrer. Du reste, s'il se fiait aux plis entre les deux sourcils de Raphaël.
Il était peut-être impossible de se protéger d'un empatte, mais il commençait à connaître une ou deux astuces pour lui compliquer la tâche.
Il réussit donc à louvoyer pendant tout le trajet, s'amusant des théories de Raphaël – il ne pouvait pas lui reprocher son manque d'imagination –. Le taxi s'arrêta en douceur devant un ancien hôtel particulier intimidant, sa façade soignée surplombant un joli jardin entouré de grilles en fer forgé.
Il régla le moldu puis prit une profonde inspiration.
Merlin, il avait détesté l'exercice dix ans plus tôt lors de sa fête de fiançailles. Il n'excluait pas la possibilité d'être malade aujourd'hui.
Il aida Raphaël à sortir du taxi.
- Garde les yeux fermés, dit-il, avant de défaire le bandeau.
Le coin des lèvres de Raphaël frémirent, mais il obéit.
Suivant les instructions de Simone, il guida Raphaël vers la droite de la maison, là où un passage permettait d'accéder au reste du jardin. Il aperçut une table dressée à l'ombre d'un grand chêne, une piscine aux eaux turquoise puis un groupe de personnes surgit sur leur gauche. Trois enfants – dont Alexis – se précipitèrent sur Raphaël.
- Joyeux anniversaire !
Raphaël rouvrit les yeux dans un sursaut. Le sourire qui illumina son visage l'apaisa pour quelques secondes. Il ébouriffa les cheveux d'Alexis, embrassa Fleur, sa nièce, puis souleva la plus jeune – Sophie, la fille de Lucie, sans doute – du sol pour la prendre dans ses bras.
Après cela, ce fut le bal des embrassades. Le frère de Raphaël – Louis – ressemblait autant à leur père que Raphaël ressemblait à Simone. Son épouse, Appoline, était la femme la plus gracieuse qui lui avait été donné de voir depuis longtemps – Narcissa tuerait pour un port de tête aussi altier –. Il y avait aussi un couple plus âgé qui observaient la scène en retrait, un peu comme il le faisait lui.
Il y avait décidément beaucoup de monde, beaucoup d'effusions, et un français presque trop rapide pour qu'il comprenne tout.
Il fit un pas en arrière. Si cela avait été pour n'importe qui d'autre que Raphaël, il aurait sans doute tourné les talons.
Lucie croisa son regard tandis qu'elle enlaçait Raphaël. Elle le rejoignit dès qu'il la libéra.
- Bonjour Lucie.
- Bonjour Nigel.
Il lui fit la bise, même s'il avait cette habitude française en horreur. Elle se posta à sa droite, les bras croisés sur sa poitrine, comme si elle surveillait le bon déroulement des opérations à son tour.
- Ils sont un peu effusifs, mais ils sont tous gentils, dit-elle.
- Je n'en doute pas.
Raphaël était de toute évidence ravi par sa surprise. Il méritait d'être chéri en temps normal, mais aujourd'hui plus encore.
- Juste pour ton information, Alexis a déjà prévu d'insister pour une partie de Quidditch, plus tard. Il a même Fleur en soutien.
Il grogna. Pourquoi n'était-il pas surpris ?
- Je suppose que je n'ai pas la moindre chance d'y échapper ?
Lucie secoua la tête, un sourire amusé aux lèvres.
- Je me demande parfois s'il n'est pas plus têtu que son père.
- Cela devrait être illégal.
Lucie éclata de rire.
Il soupira. Il aurait dû réfléchir à deux fois avant de confier au garçon qu'il avait fait partie de l'équipe de Quidditch de Serpentard. Ni lui, ni Raphaël, n'allaient accepter qu'il se cache derrière sa prothèse pour ne pas monter sur un balai, quand bien même cela faisait presque dix ans qu'il n'avait pas volé.
Puisque les embrassades s'éternisaient et que tous les invités semblaient décidés à monopoliser l'attention de Raphaël, il crut sincèrement qu'il allait s'en sortir à bon compte. Connaissant Raphaël, toutes ces personnes devaient savoir qui il était, ce qu'il faisait dans la vie et pourquoi il l'avait accompagné. Peut-être même le laisserait-on tranquille s'il soignait un peu moins son accent français et s'il faisait répéter ses interlocuteurs à plusieurs reprises – deux techniques qu'il avait eu le temps d'éprouver à la librairie –.
Il avait laissé derrière lui toutes les obligations à se montrer mondain au Royaume-Uni, ce qui ne lui manquait pas.
Bien entendu, Raphaël ne l'entendit pas de la même façon. Dès que l'occasion se présenta, il tourna la tête dans sa direction et lui fit signe de le rejoindre. Il voulut reculer d'un pas mais Lucie le poussa en avant, jouant les innocentes quand il lui adressa un regard sombre. Le bras que Raphaël passa autour de ses épaules réussit à peine à repousser la nausée qui commençait à diffuser un goût métallique dans sa bouche.
Le côté positif était qu'on le laisserait définitivement tranquille s'il se vomissait dessus.
Raphaël se chargea des présentations. Il répondit aux salutations enthousiastes par un sourire qu'il savait faux, et un peu crispé.
Il y eut des questions, des mains à serrer, des bises à retourner, et tellement d'agitation que d'ici à ce qu'ils prennent place autour de la table, il avait le tournis.
Merlin, il allait finir par regretter la froideur policée des Black.
La main de Raphaël serra doucement sa cuisse. Son sourire était si large qu'il devait être douloureux, mais il y avait une pointe d'inquiétude cachée dans les plis de son front. Il obligea à prendre plusieurs inspirations. La famille de Raphaël n'était pas la sienne. Personne n'allait le menacer des pires atrocités s'il faisait un faux pas. Oh, peut-être que l'anecdote ressortirait, de temps en temps, mais ce serait sans doute de bonne guerre.
Il posa sa main sur celle de Raphaël, essayant d'en contenir les tremblements. Raphaël enlaça ses doigts avec les siens, les porta rapidement à sa bouche pour un baiser sur le dos de sa main, puis les redéposa sur sa propre cuisse sans un mot. Son regard semblait lui dire je t'aime. Sansqu'il ne sache vraiment pourquoi, sa gorge se serra, ses yeux soudainement brûlants.
Il se concentra sur les va-et-vient du pouce de Raphaël sur sa peau, ce qui continuait à avoir un pouvoir hypnotique sur sa respiration. La vague d'émotion passa aussi vite qu'elle était venue.
George se chargea de servir le champagne, distribuant les coupes d'un geste de baguette élégant. Toujours debout, il leva son verre.
- Il y a trente ans, presque à la minute près, je recevais un coup de cheminette urgent au travail. C'était Anna, l'assistante de Simone, m'annonçant que ma femme avait perdu les eaux en plein milieu d'un procès et qu'elle avait été transférée à l'hôpital des Anges, ce qui aurait pu être un accident si ce n'était pas la deuxième fois qu'une telle chose se produisait...
Simone releva le menton au bout de la table tandis que tout le monde riait. George attendit que le silence revienne.
- Certains jours, je ne sais pas où ces trente dernières années ont bien pu filer, mais je sais que je suis très fier de l'homme que Raphaël est devenu. Je t'aime, mon fils. Joyeux anniversaire. Et profite bien de cette nouvelle décennie !
Il trinqua avec les personnes les plus proches tandis que Raphaël faisait le tour de la table avec son verre, embrassant ses parents au passage. Il avait une relation avec eux qui aurait fait scandale dans le monde Sang-Pur. Le rôle des parents était d'éduquer les enfants, de les mouler à leur image, de leur transmettre l'étiquette qui garantissait la perpétuation des traditions. Tout cela ne laissait que très peu de place à la tendresse, surtout quand la moindre émotion pouvait se révéler dangereuse.
Simone serra Raphaël dans ses bras pendant une longue minute, et il se demanda si sa mère l'avait un jour tenu de cette façon.
Une telle chose ne ressemblait pas à Walburga Black.
Et c'était sans parler d'Orion.
Sans véritable surprise, le repas ne ressembla en rien à ce qui avait rythmé ses propres fêtes d'anniversaires. George et Louis se relayèrent autour du barbecue, Fleur, Alexis et Sophie avalèrent leur morceau de viande à toute vitesse afin de pouvoir profiter de la piscine Gabrielle – la petite sœur de Fleur, âgée de tout juste un an – trôna au bout de la table pendant la majeure partie du déjeuner le couple plus âgé – les grands-parents maternels de Raphaël – critiquèrent vivement les quelques articles outrés qui étaient parus suite à la nomination d'Olympe Maxime – une demi-géante – à la tête de Beauxbâtons à compter de la prochaine rentrée.
L'alcool et la bonne humeur générale aidant, il discuta un peu avec Charlie, le mari de Lucie. L'homme, un écrivain, n'était pas du tout ce qu'il aurait pu imaginer – il faisait une tête de moins que Lucie, il était très musclé, il était presque banal – mais il avait une culture générale impressionnante et un avis sur beaucoup de choses – y compris l'existence ou non des Ronflacks Cornus –.
Quand vint le moment pour Raphaël de souffler ses bougies, il était beaucoup plus détendu. La famille de Raphaël était bien plus sympathique que tout le clan Rosier réuni.
- N'oublie pas de faire un vœu, tonton, lui rappela Sophie, installée en bonne place sur ses genoux.
D'après elle, il aurait besoin d'aide pour éteindre toutes ses bougies.
- Tu as raison, Sophie. Celui de l'année dernière a été exaucé, je me demande si je vais avoir autant de chance cette fois.
Raphaël lui jeta un drôle de regard, qui ne rendit que la pointe de ses oreilles brûlantes.
Naturellement, Alexis commença à réclamer une partie de Quidditch à la seconde où Raphaël termina sa part de gâteau.
- Laisse-nous le temps de digérer un peu ! Ce n'est pas bon de faire du sport juste après avoir mangé.
Alexis n'accepta de retourner dans l'eau qu'une fois qu'il eut obtenu la promesse d'une partie avant la tombée de la nuit. Raphaël le regarda s'éloigner en courant puis sauter dans la piscine, créant une impressionnante gerbe d'eau, en secouant la tête.
- C'est agaçant, n'est-ce pas, cette obstination prodigieuse ?
Il eut un bref éclat de rire.
- Ça a ses avantages et ses inconvénients... De toute manière, j'aurais accepté sans qu'il n'insiste autant. Cela fait longtemps que je ne suis pas monté sur un balai et je suis curieux de te voir à l'œuvre.
Raphaël risquait bien d'être déçu, car il doutait vraiment d'être en mesure de reproduire les piquets qui l'avaient mené à la victoire du temps de Poudlard. Des fourmis remontèrent le long de son moignon. Il massa le muscle de sa cuisse en essayant d'être le plus discret possible.
Personne n'avait commenté ses cicatrices ou sa prothèse jusque-là, il espérait bien que cela continue.
Après le café, Raphaël se leva.
- Je te fais visiter ?
Il saisit sa main tendue.
Après plusieurs heures passées dans le bruit constant – les conversations, les pleurs de Gabrielle, les cris d'Alexis, Fleur et Sophie – le silence de la maison semblait irréel.
Il ne put retenir un soupir soulagé. Non pas que la famille de Raphaël était désagréable, mais il avait perdu l'habitude d'être entouré par autant de monde.
Merlin, il ne se souvenait plus comment il avait fait pour supporter les soirées mondaines de la société Sang-Pur, pendant toutes ces années.
S'il possédait l'empathie de Raphaël, il serait sans doute devenu fou...
Appoline surgit d'une pièce, un doigt sur sa bouche.
- Gabrielle vient de s'endormir, souffla-t-elle. Ne faites pas trop de bruit.
Raphaël hocha la tête en silence, puis tira sur sa main en direction de l'escalier.
- Je te montrerai le rez-de-chaussée plus tard.
Le premier étage était essentiellement réservé à George et Simone. Il y avait leur chambre, une immense bibliothèque qui rivalisait facilement avec celle Square Grimmauld – et qu'il aurait aimé explorer, juste par curiosité –, le bureau de George – qui avait été avocat pendant longtemps, avant de devenir professeur de droit – et un petit boudoir qui ne semblait pas servir souvent.
La chambre de Raphaël se trouvait au deuxième, tout comme celle de son frère, en plus d'une chambre pour les invités et d'une salle de jeux. Il ne jeta qu'un rapide coup d'œil aux autres pièces, curieux d'avoir un aperçu de l'enfance de Raphaël.
Il y avait un grand lit, une armoire, un bureau, le tout en bois clair, ce qui n'était pas bien différent de sa propre chambre au manoir. Il reconnut les noms des posters sur les murs – Simon & Garfunkel, les Beatles, Queen – pour les avoir vus dans la collection de vinyles chez Raphaël, certains visages sur les photos au-dessus du bureau étaient familiers – celui de Lucie, surtout –.
La large fenêtre donnait sur le jardin. Alexis et Fleur s'amusaient à s'arroser dans la piscine, leur énergie inépuisable, tandis que Sophie s'était endormie sur l'un des bains de soleil. Ils avaient l'air heureux, tous les trois.
Plus heureux qu'il l'avait été à leur âge, quand on attendait déjà de lui qu'il oublie ses jeux et ses rêves pour se comporter en adulte.
Raphaël entoura sa taille de ses deux bras, son torse plaqué contre son dos, son menton posé sur son épaule gauche. Son corps se fondit automatiquement contre le sien et il tourna la tête pour embrasser sa joue.
Raphaël sourit. Il ferma les yeux, bien décidé à savourer le moment.
Tout devenait beaucoup plus simple quand ils n'étaient que tous les deux.
- Je suppose que mes parents sont derrière cette surprise ? demanda Raphaël, plusieurs minutes plus tard.
- Oui... Ta mère m'a embusqué dans mon salon de thé préféré il y a trois semaines.
Raphaël rit doucement.
- Ça ne m'étonne pas d'elle. Elle ne recule devant rien pour arriver à ses fins.
Il pivota pour lui faire face. Les sourcils froncés de Raphaël lui firent plisser les yeux.
- Aurais-je dû refuser ?
Raphaël secoua la tête. Une moue boudeuse étira ses lèvres.
- Non... C'est une belle surprise. Je suis content de voir tout le monde, surtout mon frère et mes nièces... C'est juste que ce n'est pas tout à fait ce que j'avais en tête pour la journée.
Il haussa un sourcil.
- Et qu'avais-tu en tête pour la journée ?
A la façon dont Raphaël sourit, il devina sans mal la réponse. Il ne bougea pas quand il rapprocha son visage du sien.
- Toi, moi, nus dans mon lit ?
Un frisson secoua son corps. S'il avait eu son mot à dire dans toute cette histoire, il aurait aussi préféré un tel programme, surtout qu'il n'avait que trop conscience que Raphaël partait pour deux semaines au Japon lundi prochain.
Raphaël l'embrassa, ce qui ne fit qu'accentuer ses regrets. Il entrouvrit aussitôt sa bouche. Raphaël salua son initiative par un soupir appréciateur.
Les cris qui leur parvenaient de la piscine devinrent une arrière-pensée.
Il fit glisser ses mains le long de la mâchoire de Raphaël, il caressa sa gorge, puis son torse, compensant la barrière des vêtements par une pression plus ferme. Quand il attrapa ses fesses à pleines mains, Raphaël raffermit sa prise dans ses cheveux et le plaqua un peu plus contre lui, son souffle court.
Quelqu'un se racla la gorge.
Ils sursautèrent à l'unisson. Raphaël jura.
- Par Adèle, Louis ! Je te jure qu'un jour, il va t'arriver un regrettable accident !
Il sentit son visage devenir carmin et il l'enfouit dans le cou de Raphaël pour être certain que Louis ne puisse rien voir de plus.
- Tu aurais préféré être interrompu par Alexis, alors ? Parce que j'ai eu beaucoup de mal à le convaincre que j'étais tout à fait capable de vous trouver, tous les deux.
Raphaël grommela quelque chose d'inintelligible.
- Je suppose que ce match de Quidditch est toujours d'actualité ? demanda-t-il dans un soupir.
- Plus que jamais. Fleur a très hâte de se mesurer à Nigel. Je vous conseille vraiment de ne pas traîner.
Il s'éloigna, ses pas résonnant nettement sur le parquet, ce qui aurait dû les alerter un peu plus tôt.
- Désolé pour ça, grinça Raphaël. Ce n'est pas à toi que je vais apprendre que les grands frères peuvent se montrer très irritants...
Il imagina une seconde Sirius à la place de Louis, et il ne put qu'éclater de rire. Il doutait vraiment que son frère soit capable de faire preuve d'autant de retenue. Non seulement l'interruption aurait été bien plus théâtrale mais, en plus, ils en auraient entendu parler jusqu'à leur mort.
Ou la sienne, plus vraisemblablement.
Les yeux bruns de Raphaël se mirent à briller de malice.
- Dois-je comprendre que ton frère est une plus grande nuisance que le mien ?
- Tu n'as pas idée... C'est sans doute une excellente chose qu'ils ne puissent jamais se rencontrer.
Leur rire se mêlèrent puis Raphaël pressa ses lèvres contre les siennes une dernière fois.
- On ferait mieux de redescendre, parce qu'Alexis a sûrement épuisé le peu de patience qu'il a.
Quelques minutes plus tard, il se retrouva donc devant les sept balais qui n'attendaient que les joueurs. A sa plus grande surprise, Alexis insista pour qu'il soit dans son équipe, et il choisit Louis comme deuxième Poursuiveur. Cela laissa Raphaël avec Appoline et Fleur. George se chargea de garder le but imaginaire.
Sa magie crépita le long de sa peau quand il prit le balai que Raphaël lui tendait. S'il réussit sans mal à monter dessus, il crut qu'il allait devoir déclarer forfait à cause de sa prothèse.
Il lui était impossible de contrôler convenablement ses trajectoires avec une de ses deux jambes pendant dans le vide.
Ce fut Charlie qui trouva une solution. Il fixa sa prothèse le long du manche du balai. Ce n'était pas parfait, mais il réussit à trouver son équilibre. Un premier tour au-dessus du jardin lui confirma qu'il devrait réussir à s'accommoder de son handicap. Puisque les Cognards étaient deux balles en mousse que Charlie et Lucie allaient diriger depuis le sol, il ne risquait pas grand-chose.
Simone se proposa pour être l'arbitre. A son coup de sifflet, il s'élança dans les airs d'un vigoureux coup de talon. Le Comète était un modèle plus récent que celui qu'il avait eu à Poudlard, mais les sortilèges d'accélération et de freinage lui étaient familiers. Le jardin des Delacour n'était pas très grand, aussi n'avait-il pas vraiment besoin d'imiter Fleur et ses cercles méthodiques au-dessus des autres joueurs.
Pendant plusieurs minutes, il se contenta d'observer le match. Raphaël et Louis ne se faisaient aucun cadeau quand il s'agissait de récupérer le Souaffle, se percutant assez durement pour que le bruit mat de leurs corps lui tire une grimace. Alexis semblait s'être mis d'accord avec son oncle pour être le tireur attitré, ce qui se révéla être une bonne stratégie quand il marqua trois fois de suite. Appoline devait avoir joué à Beauxbâtons car elle était celle qui faisait le moins de fautes.
Du coin de l'œil, il vit Fleur changer brusquement de direction et plonger vers le sol. Il repéra rapidement le Vif d'Or au-dessus de la piscine. Il coupa la trajectoire de Fleur juste avant qu'elle ne la rejoigne.
- C'est de la triche ! s'indigna-t-elle.
- C'est du Quidditch ! Tu aurais dû me foncer dessus si tu voulais vraiment ce Vif d'Or.
La petite sphère ailée avait disparu. Fleur remonta en flèche, sa natte blonde tourbillonnant derrière elle.
Il regretta son conseil dix minutes plus tard quand elle le percuta de plein fouet alors qu'il allait attraper le Vif d'Or. Son front heurta sa joue et il sentit le goût du sang dans sa bouche.
Fleur lui adressa un sourire mauvais puis s'éloigna.
En-dessous d'eux, Raphaël et Louis étaient agrippés au Souaffle à la manière de deux enfants, Alexis tirait sur le balai de son père pour l'éloigner et Appoline en était arrivée à chatouiller son mari.
Même Serpentard ne s'était jamais rabaissé à de telles techniques.
Simone siffla un penalty pour chaque équipe. Alexis rata le sien quand Appoline marqua, égalisant pour son équipe.
Le Vif d'Or se fit discret pendant une longue demi-heure, sans doute volait-il dans le feuillage dense du chêne. Fleur devait penser la même chose car elle ne s'éloignait guère de l'arbre.
Au fur et à mesure, Raphaël et Appoline prirent le dessus sur Louis et Alexis. Ce dernier eut beau s'accrocher aux jambes de son père, cela ne l'empêcha pas de faire des passes décisives à sa belle-sœur. Puisqu'ils étaient désormais menés cent-vingt points à soixante-dix, il se concentra un peu plus sur la recherche du Vif d'Or.
Il était hors de question qu'il laisse Raphaël gagner si facilement.
Un éclat doré attira son attention au niveau de la table. Le Vif d'Or voletait au-dessus de l'assiette vide de Simone. Un coup d'œil vers Fleur lui apprit que l'adolescente n'avait rien remarqué, mais qu'elle était plus proche que lui du Vif d'Or. Il s'allongea sur son balai et le lança à pleine vitesse. Il traversa le jardin, effleurant presque Charlie et Lucie au sol. La nappe sur la table s'agita, la vaisselle tinta. Sa main droite évita la coupe de champagne vide puis se referma sur le Vif d'Or. Il eut beau corriger sa trajectoire et se pencher en arrière pour freiner le plus possible, il faillit bien terminer sa course contre le mur de la maison.
Une chance que la grande porte vitrée soit restée ouverte.
Son balai se stoppa au milieu du salon, juste au-dessus de Gabrielle et Sophie, toutes les deux occupées à jouer.
Sophie releva les yeux vers lui, ses sourcils froncés.
- On a pas le droit de faire du balai dans la maison.
Il attendit que les battements de son cœur se calment un peu, l'adrénaline entêtante.
- Tu as raison.
Il s'éloigna doucement, le Vif d'Or toujours coincé dans son poing droit.
Dehors, le match était à l'arrêt, tous les visages étaient tournés vers lui.
Son regard trouva celui de Raphaël.
Il ouvrit sa main.
Son expression désabusée lui tira un éclat de rire, juste un peu moqueur.
Alexis eut un cri ravi, puis il se mit à hurler « on a gagné ! » à plein poumons. Louis semblait aussi ravi que son neveu par la tournure des événements.
Il survola la piscine pour rejoindre Simone, Lucie et Charlie. Ce dernier libéra sa prothèse, ce qui lui permit de descendre de son balai.
Il ne s'attendait pas à ce qu'Alexis se jette sur lui à la seconde où il posa un pied au sol. Il passa un bras autour de ses épaules avec seulement un temps de retard.
- On leur a mis une raclée !
Ce n'était pas tout à fait vrai : Raphaël et Appoline faisaient un duo efficace quand Alexis et Louis avaient sans doute plus triché en une heure de jeu que les Serpentards en toute une saison.
Mais ils avaient gagné, et il avait réussi à impressionner Alexis, ce qui était presque aussi satisfaisant que de battre Raphaël.
- Je n'en reviens pas que vous vous soyez ligués tous les deux contre moi le jour de mon anniversaire !
Raphaël les détaillait, les bras croisés sur sa poitrine.
Alexis se dégagea pour faire face à son père, une expression espiègle sur le visage qui accentuait sa ressemblance avec sa mère.
- Ce n'est pas de ma faute si tu es trop vieux !
Raphaël plissa les yeux et tendit le bras pour attraper son fils. Alexis évita souplement son attaque, éclatant de rire au passage. Raphaël courut après son fils pendant une longue minute, finit par l'attraper, et le hissa sur son épaule pour faire bonne mesure.
Il le jeta dans la piscine.
Fleur se porta au secours de son cousin et le poussa à son tour à l'eau.
Il les observa s'arroser de loin, se promettant de ne pas s'approcher de peur de subir le même sort. Du reste, jusqu'à ce que Raphaël se débarrasse de son t-shirt trempé.
Les bains de soleil près de la piscine devinrent un excellent compromis, d'où il pouvait profiter de la vue sans risquer de terminer trempé.
Un verre de vin blanc apparut devant lui, l'obligeant à lâcher Raphaël des yeux.
Louis s'installa à sa gauche, puis fit tinter son verre contre le sien.
- A notre victoire, dit-il.
Le silence tomba, ni hostile, ni pesant, mais chargé de quelque chose qu'il n'aurait su nommer. Louis lui lança plusieurs coups d'œil sans pour autant parler.
Au bout de plusieurs minutes de ce jeu étrange, il prit une profonde inspiration.
- Est-il l'heure pour la traditionnelle mise en garde fraternelle ?
Le coin des lèvres de Louis frémit. Il but une gorgée de vin avant de répondre.
- C'était l'idée, mais quelque chose me dit que tu l'aimes un peu trop pour que j'ai besoin de m'inquiéter.
Son cœur lui donna l'impression de se décrocher dans sa poitrine.
L'air se bloqua dans ses poumons.
Il lui fallut quelques secondes pour ne pas céder à la panique.
- Raphaël n'a pas mentionné que tu étais également un empathe.
Louis éclata de rire.
- Parce que ce n'est pas le cas. Toutefois, je ne suis pas aveugle. Et je ne crois pas me souvenir d'avoir vu mon petit frère aussi heureux depuis longtemps.
Ce fut à son tour de porter son verre à ses lèvres, ses joues brûlantes. Il ne comprenait toujours pas comment il parvenait à rendre Raphaël heureux en faisant ce qu'il faisait et en étant qui il était, mais tant que cela serait le cas, il allait tout faire pour se montrer à la hauteur de ce qu'il considérait petre un honneur.
- Je vais faire en sorte que cela continue, dans ce cas, souffla-t-il.
Louis serra son épaule.
- Parfait. Parce que, vraiment, personne ne sera en mesure de retrouver ton corps autrement.
Il eut un sourire crispé, que Louis salua par un clin d'œil.
Dans la piscine, Raphaël projeta Fleur dans les airs, la faisant atterrir à plusieurs mètres de lui dans une improbable gerbe d'eau.
- Papa ! haleta-t-elle en remontant à la surface.
Louis soupira.
- Le devoir m'appelle, Nigel.
Il lui tendit son verre, puis plongea dans l'eau à son tour.
Si, jusqu'ici, Raphaël affrontait seul Fleur et Alexis, l'arrivée de son frère redistribua les cartes. Alexis et Raphaël s'allièrent contre Fleur et Louis. Après la bataille d'eau, les bagarres pour se couler l'un l'autre, Fleur et Alexis terminèrent sur les épaules de leur père et passèrent un long moment à essayer de se faire tomber.
Simone profita que Raphaël soit occupé pour revoir avec lui les derniers détails du voyage en Grèce, deux semaines plus tard. Raphaël ne découvrirait la surprise qu'une demi-heure après son retour du Japon. Il avait hâte de voir sa réaction.
Quand le moment du dîner arriva, il n'avait définitivement pas faim. D'après Raphaël, c'était inutile de le mentionner : personne n'avait jamais faim après un repas de famille français digne de ce nom.
Il s'avéra toutefois qu'un deuxième repas, avec autant de personnes, qui semblaient avoir un avis sur tous les sujets – et qui insistaient pour qu'il donne le sien –, le tout dans un français rapide, fut presque trop.
Il avait toujours dû se forcer avant, mais il avait pu se cacher derrière l'étiquette Sang-Pur pour excuser sa retenue et ses silences. Il était également plus facile de disparaître pendant quelques minutes au milieu d'un bal.
A mesure que les plats se succédaient, il se sentait de plus en plus fébrile et sa tête pulsait. Même si quitter la table en plein milieu d'un repas était mal poli, il se leva.
Walburga Black n'était pas là pour lui faire la morale.
Raphaël attrapa son bras, ses sourcils froncés.
- Tout va bien ?
- Bien sûr. Je reviens.
Raphaël ne sembla pas convaincu, mais il ne releva pas le mensonge à voix haute, ce pour quoi il lui fut reconnaissant.
Il faisait étonnamment frais à l'intérieur. Il salua le silence par un soupir soulagé, même si c'était loin d'être suffisant. Son cœur battait trop vite dans sa poitrine, son souffle était court, des gouttes de sueur perlaient à la base de sa nuque, il avait de plus en plus mal à la tête.
Il aurait bien aimé pouvoir se réfugier dans les bras de Raphaël, parce que son odeur ne manquait jamais de l'apaiser, mais il n'était pas égoïste au point de l'arracher à sa famille le jour de son anniversaire.
Ses pas le menèrent vers l'escalier et, sans qu'il n'ait l'impression d'avoir consciemment choisi, il se retrouva devant la porte de la bibliothèque des Delacour.
Combien de temps avait-il passé dans une pièce telle que celle-ci, lors des innombrables fêtes ? Avant, Sirius ne manquait jamais de venir l'y trouver – ce qui se terminait souvent avec une énième lecture de ses contes préférés de Beedle le Barde – puis Sirius était parti à Poudlard, avait été réparti à Gryffondor, avait trouvé un vrai frère en la personne de James Potter, et il avait cessé de les accompagner lors des réceptions.
La vue des rayonnages de livres échoua à le calmer, ce qui devait être une première.
Il n'avait rien à faire ici. Il devrait être dehors, avec Raphaël et sa famille. Les Delacour étaient tous charmants – ce dont la majorité des familles de la société Sang-Pur ne pouvait pas se vanter – il ne devrait pas se sentir aussi oppressé.
Il pivota sur ses talons pour rejoindre le rez-de-chaussée, bien décidé à faire bonne figure quoiqu'il lui en coûte – il pouvait faire un effort, il avait déjà supporté bien pire –.
La crampe qui déchira son moignon manqua de le projeter au sol. Il se rattrapa à l'étagère la plus proche de justesse, puis il se laissa glisser au sol lentement, sa main gauche crispée sur le muscle brûlant de sa cuisse.
Il ne put qu'enfouir son visage dans ses mains en attendant que la douleur s'éloigne comme des dizaines d'autre fois. Idéalement, il lui faudrait enlever sa prothèse, mais le moindre geste lui donnait l'impression qu'on essayait de briser son bassin en deux.
Quand il ferma les yeux, les visages des Inferis surgirent du fin fond de sa mémoire, lui arrachant un gémissement terrifié. Il se mit à trembler.
Merlin, que lui arrivait-il ?
Sa respiration devint superficielle et sifflante. Ses paupières brûlantes. Son mal de tête presque aveuglant.
A ce rythme-là, il allait vomir.
Il attrapa deux pleines poignées de ses cheveux et tira. La douleur qui enflamma son cuir chevelu devint un repère au milieu du chaos, parce que celle-ci, il pouvait la contrôler.
Il eut vaguement conscience d'entendre son prénom et des bruits de pas, mais les battements de son propre cœur dans ses oreilles étaient comme deux tambours de guerre – qu'il était en train de perdre –.
Les deux mains qui enveloppèrent les siennes avec douceur étaient, elles, bien réelles.
- Lâche, Regulus.
Il obéit à regret. Raphaël fit basculer son visage vers lui d'une main, tandis que la deuxième recouvrait son cœur. Il se raccrocha à ses yeux bruns.
- Je vais utiliser mon empathie, d'accord ?
Il cligna des yeux.
La vague tiède qui le traversa chassa la panique, lui permettant de retrouver un peu de lucidité.
- Tu es tombé ?
Il secoua la tête.
- Cramp, grinça-t-il.
Raphaël n'eut pas besoin de détails. D'un coup de baguette, il le débarrassa de son pantalon, puis il défit sa prothèse de sa main droite. La douleur devint tout de suite un peu plus supportable. Il entreprit ensuite de masser son moignon. Contrairement aux autres fois, il ne fit pas preuve de délicatesse. Ses pouces s'enfoncèrent dans sa peau, faisant rouler le muscle.
Il essaya de repousser ses mains – il préférait attendre que la douleur passe plutôt qu'il y touche –.
- Laisse-moi faire mon truc de Soigneur.
Il serra les dents pendant une longue minute, puis les spasmes s'espacèrent. La douleur dans son bassin s'atténua. Il bascula la tête en arrière avec un soupir soulagé.
Ses yeux le brûlaient, mais il refusa de laisser gagner les larmes.
Peu à peu, les gestes de Raphaël se firent plus légers, jusqu'à ce qu'il s'arrête complètement.
- Merci, souffla-t-il.
Raphaël s'assit en face de lui, l'encadrant de ses jambes, puis il l'attira vers lui. Sa tête bascula sur son épaule avec un nouveau soupir, il passa ses bras autour de sa taille et il ne bougea plus.
Il avait vaguement conscience qu'ils devaient formés un étrange tableau – surtout lui – mais la douleur n'était plus qu'un vague souvenir, sa respiration avait l'air de vouloir revenir à la normale, et Raphaël caressait lentement son dos sous sa chemise.
Avec n'importe qui d'autre, il se serait sentit terriblement vulnérable. Avec Raphaël, il avait juste l'impression que rien ne pourrait lui faire de mal.
Peu à peu, il prit conscience des bruits de l'extérieur – des pas au rez-de-chaussée, la lointaine rumeur des conversations, les quelques voitures qui passaient dans la rue –. Il n'avait jamais voulu priver Raphaël de sa fête mais, de toute évidence, il n'avait pas été fichu de s'y tenir.
- Je suis désolé, dit-il.
Il devrait se redresser, lui dire de retourner dehors. La douleur avait presque disparu. Il pourrait sans doute prendre un taxi jusqu'au quartier sorcier.
Raphaël raffermit ses bras autour de lui, puis embrassa son front.
- Pour quoi, mon amour ?
La tendresse dans la voix de Raphaël lui serra la gorge.
Vraiment, qu'avait-il fait pour qu'un homme comme lui le choisisse ?
- Pour avoir gâché ton anniversaire...
Raphaël bascula légèrement en arrière, puis l'obligea à le regarder. Il n'aimait pas le pli entre ses sourcils.
- De quoi parles-tu ?
Il grimaça.
- De ça. Tu devrais être dehors, avec ta famille, pas en train de t'occuper d'un inf...
Raphaël leva les yeux au ciel puis l'embrassa, l'empêchant de terminer sa phrase. Il le repoussa avec un temps de retard.
-Tu es ridicule, soupira Raphaël.
Sa main droite quitta sa taille pour son moignon, ce qui ne manqua pas de le crisper, surtout quand il était à nu comme maintenant.
- Je te rappelle que c'est grâce à ça que l'on s'est rencontré, d'accord ? Et ta présence ne gâche pas mon anniversaire, au contraire. Maintenant, laisse-moi t'embrasser.
Il posa ses lèvres sur les siennes avant qu'il n'ait eu le temps de répondre. Quand sa langue glissa contre la sienne, il oublia presque que les doigts de Raphaël traçaient des arabesques sur son moignon, effleurant parfois la cicatrice à son extrémité comme si elle n'était pas bien différente de toutes les autres.
Quand ils se séparèrent, son cœur lui donnait l'impression de rougeoyer dans sa poitrine, chaque pulsion diffusait comme des paillettes d'or à travers ses veines. Il dévisagea Raphaël, son regard brun débordant d'affection – d'amour –, ses joues légèrement rouges, la légère barbe blonde qui avait repoussé dans la journée, ses lèvres pour lesquelles il se verrait bien dresser un autel.
Il caressa sa joue du bout des doigts.
- Je t'aime, souffla-t-il.
Les yeux de Raphaël s'écarquillèrent, puis une expression étrange passa sur ses traits. La main sur sa nuque devint presque douloureuse. Il posa ses lèvres sur les siennes.
La vague d'émotions qui le traversa lui donna l'impression que son cœur se transformait en un véritable soleil. L'expérience lui avait appris qu'il ne servait à rien de résister aux projections de Raphaël, tout juste pouvait-il s'accrocher à lui en attendant qu'il retrouve le contrôle sur son empathie, même s'il avait parfois l'impression de devenir fou.
Les larmes n'étaient qu'un effet secondaire qu'il ne relevait même plus.
C'était un bien faible prix à payer.
Quand la pièce se mit à tanguer – et que la sensation dans sa poitrine ne semblait pas vouloir s'atténuer –, il n'eut pas d'autre choix que de mettre fin au baiser pour enfouir son visage dans le cou de Raphaël, sa respiration presque sifflante.
- Je t'aime aussi, souffla Raphaël à son oreille.
Il eut un bref éclat de rire. Si cela était encore possible, son cœur se mit à le brûler encore davantage.
C'était douloureux.
- Je sais.
Raphaël embrassa sa joue.
- Que dirais-tu de te rhabiller et de rentrer ?
- Excellente idée.
Son moignon était encore un peu douloureux, aussi Raphaël dut l'aider à descendre les escaliers, et ce ne fut que lorsqu'il s'éloigna pour annoncer leur départ à sa famille que la pression dans sa poitrine s'atténua.
Il ne réussit pas à le quitter du regard tandis qu'il faisait le tour de la table pour embrasser tout le monde.
Merlin.
Il n'avait pas prémédité sa déclaration, mais elle lui brûlait la langue depuis trop longtemps. Ce n'était pas vraiment étonnant qu'elle ait passé ses lèvres à la seconde où il s'était senti vulnérable.
Raphaël passa un bras autour de ses épaules et le mena dans l'entrée, où il sortit sa baguette magique.
Ils transplanèrent.
Il eut à peine le temps de réaliser que Raphaël avait visé sa chambre que, déjà, il le poussait en direction du lit, son regard brun plongé dans le sien.
- Dis-le encore, souffla-t-il contre ses lèvres.
Il le serra un peu plus contre lui.
- Je t'aime, Raphaël.
Dans sa poitrine, son cœur lui donna l'impression de se transformer en supernova.
…
Enlacés jusqu'à donner l'impression que leurs corps avaient fusionné, coupés du reste du monde par l'empathie de Raphaël qui continuait à saturer l'air – et son cœur –, incapables de passer plus de quelques secondes sans échanger un baiser, suivi d'un mot tendre, ils faillirent manquer le début du feu d'artifice.
Il grogna quand Raphaël se redressa brusquement, débordant d'une énergie qu'il était loin de ressentir.
Chacun de ses muscles était alangui par leurs ébats, son cerveau ne s'était pas encore tout à fait remis de son dernier orgasme et, plus que tout le reste, il n'avait pas la moindre envie de quitter la chaleur de leur lit pour la fraîcheur des nuits parisiennes.
Il enfouit son visage sous l'oreiller de Raphaël, ce qui ne suffit pas à masquer l'éclat de rire de son petit-ami.
- C'est encore mon anniversaire et je n'ai jamais loupé un seul feu d'artifice ! Je ne compte pas commencer cette année.
- Certains diraient que tu as déjà eu trois feux d'artifice aujourd'hui et que tu pourrais aussi t'en contenter, marmonna-t-il.
Le matelas s'affaissa derrière lui, puis un corps chaud se plaqua contre son dos. Il pouvait deviner le sourire amusé de Raphaël contre la peau fine derrière son oreille, qui ne fit que s'élargir tandis que sa main gauche se faufilait sous les draps pour trouver sa peau – sa taille, son ventre, sa hanche, le nid de boucle sombre à la base de son pénis – lui arrachant bien trop facilement une série de frissons.
- Je crois me souvenir que tu en as un d'avance sur moi et je suis assez certain que tu ne serais pas contre un autre en plus, alors ne me donne pas des leçons de modération.
Ses entrailles lui donnèrent l'impression de devenir vivantes tandis que Raphaël caressait son sexe du bout des doigts. A défaut de pouvoir trouver une réplique inspirée – son cerveau n'était plus en mesure de telles prouesses –, il tourna la tête pour l'embrasser.
Raphaël ne tomba pas dans le piège. Il mit rapidement fin au baiser, un sourcil levé, un sourire en coin qui lui allait un peu trop bien.
- Fine, grinça-t-il.
Raphaël éclata de rire.
- But I'm going to hold you on that proposition later.
Cela ne servit qu'à accentuer l'hilarité de son petit-ami, qui embrassa rapidement sa joue avant de le libérer.
- Tu es insatiable !
Il le dévora des yeux tandis qu'il se rhabillait, comptant les marques qu'il avait laissé sur son corps athlétique, remerciant une fois de plus sa bonne étoile en silence.
Ce n'était quand même pas de sa faute si Raphaël était irrésistible !
Ce dernier lui jeta sa chemise au visage pour l'inciter à l'imiter, aussi se garda-t-il de dire une telle chose à voix haute.
Avec un dernier soupir, il commença à se rhabiller. Raphaël lui prêta un sweatshirt à capuche qui était au moins deux tailles trop grandes pour lui et qui n'allait pas du tout avec son pantalon de costume.
Il comprit très vite que cela n'aurait pas d'importance quand Raphaël les fit transplaner sur le toit d'un immeuble. Il resta bouche-bée face au panorama qui avait remplacé l'appartement de son petit-ami.
Les toits de la capitale s'étalaient à perte de vue, créant une mosaïque bleutée sur laquelle se reflétait les lumières de la ville et de la lune. En fond, la tour Eiffel se détachait nettement sur le ciel sombre, leur offrant un point de vue imprenable quand la première fusée explosa.
Raphaël l'incita à s'installer à même le zinc de la toiture, entre lui et une large cheminée en brique. Son dos se fondit immédiatement contre le torse de son petit-ami. Raphaël appuya son menton sur le côté de son front puis resserra ses bras autour de lui.
En face d'eux, le rythme des explosions s'accéléra. Le monde se para de couleurs vibrantes.
C'était une toute autre expérience que ce qu'il avait pu observer depuis sa chambre de bonne, pendant toutes ces années.
Raphaël avait définitivement bouleversé sa petite vie minable pour le meilleur.
- Dis-le encore.
Ce fut le bouquet final dans le ciel et dans sa poitrine. Il ferma les yeux quelques secondes, s'abandonna un peu plus dans les bras de Raphaël, savoura l'intense vague de chaleur qui le rendait profondément heureux.
- Pourquoi ? demanda-t-il quand même.
Au fil des dernières heures, il avait déjà perdu le compte du nombre de fois où Raphaël le lui avait réclamé, si bien que prononcer ces trois petits mots était déjà devenu moins difficile.
Pas facile – pas encore –, mais moins étranger, un peu comme s'il apprivoisait peu à peu une nouvelle langue.
Raphaël resserra ses bras autour de lui. Son rire dans le creux de son oreille était comme une caresse.
- Parce que j'ai attendu très longtemps pour te l'entendre dire et que je trouve ça vraiment agréable.
Il se crispa malgré lui, ses entrailles soudainement verrouillées. Il lui fallut quelques secondes pour retrouver un semblant de sang-froid.
Il tourna lentement la tête.
- Comment ça ?
Raphaël grimaça légèrement tout en le détaillant du coin de l'œil. Ce qu'il vit – ou sentit – sembla le décider à reprendre.
- Tu passes ton temps à ignorer tes émotions et je suis un expert quand il est question de les déchiffrer, donc je te laisse tirer tes propres conclusions.
Il serra les dents. Il mentirait s'il disait qu'il ne s'en était pas un peu douté. L'empathie de Raphaël était, après tout, une informatrice redoutable en règle générale et Raphaël lui avait plusieurs fois rappelé que ses émotions étaient plus intenses que la moyenne. En avoir la confirmation le laissait avec un goût amer dans la bouche.
- Depuis quand ?
Les explosions dans le ciel se terminèrent enfin. Les vibrations qui se diffusaient dans sa poitrine étaient ceux des battements puissants du cœur de Raphaël contre son dos.
Raphaël embrassa l'angle de sa mâchoire avec douceur.
- Tu ne vas pas aimer ma réponse.
Il était un peu tard pour ce genre de considérations et, de toute façon, il s'était résigné depuis un long moment sur le fait que Raphaël pouvait lire en lui comme s'il était fait de verre – Occlumancie ou pas –. Cela étant dit, il avait passé les dernières semaines à essayer de trouver la bonne façon de nommer ce qu'il ressentait pour cet homme impossible. Tous les livres qu'il avait pu lire n'avaient servi qu'à l'embrouiller davantage.
Il était grand temps que son propre cœur cesse de lui être aussi étranger.
A la place de lui répondre, Raphaël attrapa son menton avec douceur et posa ses lèvres sur les siennes. Il se laissa emporter par le baiser – prit même l'initiative de l'approfondir –. La façon dont la langue de Raphaël glissait contre la sienne – un ballet qu'ils connaissaient tous les deux par cœur – devenait la seule chose à laquelle il était capable de penser. Ils se séparèrent quand l'air commença à manquer.
La tendresse dans le regard brun de Raphaël lui donna l'impression que son cœur se mettait à vibrer dans sa poitrine. Il caressa sa joue de son pouce avant de reprendre.
- When did you first feel it ?
Raphaël lui donna l'impression de retenir difficilement une grimace. Il haussa un sourcil en réponse. Il avait fait ses classes à Serpentard. Il savait reconnaître une tentative de diversion quand il en voyait une.
Raphaël soupira, mais ses lèvres frémirent quelques secondes plus tard, comme s'il contenait difficilement un sourire – ou un éclat de rire –. Il continuait à le fixer, ses yeux légèrement plissés.
- Raphaël, souffla-t-il.
Le Soigneur ébouriffa ses cheveux d'une main, ce qui était le signe qui le trahissait souvent quand il se sentait incertain. Il refusa de lâcher son regard tant qu'il n'eut pas capitulé.
Raphaël se racla la gorge.
- Ton soi-disant anniversaire, en février dernier, avoua-t-il finalement. Pendant notre dîner.
Ah.
C'était donc ça.
Il se souvenait très bien. Il avait mis son trouble sur le dos de l'alcool, sans pour autant réussir à se convaincre tout à fait, parce que l'expression de Raphaël ce soir-là était revenue le hanter un peu trop souvent après.
Raphaël se fendit d'un sourire espiègle, agita ses sourcils.
- J'ai senti pas mal de choses intéressantes ce soir-là, d'ailleurs.
Ses joues devinrent brûlantes. Il était loin d'être un expert quand il s'agissait de nommer ses émotions, mais les souvenirs de cette nuit-là avaient assez tourné en boucle dans sa tête pour qu'il soit en mesure de deviner que la jalousie et le désir étaient arrivés en bonne place.
Dans tous les cas, il ignorait – il ne voulait pas savoir – ce dont il devait penser du fait que tout cela s'était passé près de cinq mois plus tôt, et qu'il avait passé une grande partie des dernières semaines à chercher des réponses, quand Raphaël avait été bien plus au fait que lui.
Il détourna les yeux, passa une main un peu tremblante et un peu moite sur son front, comme si cela allait réussir à apaiser les pensées qui se bousculaient dans sa tête.
Parfois, il avait vraiment l'impression d'être plus déficient que la moyenne.
- Désolé, marmonna-t-il.
Raphaël attrapa sa main, en embrassa le dos, puis la glissa avec la sienne dans la poche de son propre sweatshirt.
Il sentit son souffle caresser son oreille.
- Ne le sois pas, mon amour. Je sais à quel point ce n'est pas facile pour toi.
Son cœur continuait à faire une étrange embardée à chaque fois que Raphaël utilisait ce mot tendre en particulier. Ses yeux se mirent à le brûler sans qu'il ne sache pourquoi.
Raphaël le fit un peu plus pivoter contre lui avec douceur, puis guida son visage dans la courbe de son cou, embrassa sa tempe.
Les battements de son cœur ne cessaient de s'accélérer. Une pellicule de sueur glacée recouvrait sa nuque. Son souffle était de plus en plus erratique.
Il était définitivement émotionnel aujourd'hui.
Il détestait ça.
- Respire, Regulus...
Ses poumons lui donnèrent l'impression d'avoir été métamorphosés en ballon de baudruche – en tout cas, ils firent le même bruit quand ils se vidèrent –. Sans un mot de plus, Raphaël commença à caresser ses phalanges de sa main à l'abri dans sa poche. Il se concentra sur les va-et-vient de sa peau sur la sienne. Sa respiration finit par retrouver un semblant de normalité. Raphaël plaqua sa joue contre la sienne.
- Peur, confusion, tristesse… Ah, reconnaissance, tendresse… Amour.
Il sentait son empathie, quelque chose entre une pression sur l'avant de son crâne et une étrange sensation dans sa poitrine. Raphaël utilisait rarement son pouvoir à pleine puissance de cette façon, ou du reste, pas intentionnellement.
Ce n'était pas plus mal car il n'appréciait pas vraiment de l'entendre lister les émotions qui se succédaient dans son cœur.
Raphaël sourit contre sa joue.
- Agacement.
Il grogna.
- Je te déteste.
Cette fois, Raphaël bascula la tête en arrière et éclata de rire.
- C'est tellement faux !
Le regard assassin qu'il lui jeta ne servit qu'à le faire rire un peu plus. Raphaël finit par se calmer. Sous la lumière de la lune, ses yeux étaient étrangement brillants son expression, celle dont il ne savait toujours pas quoi faire – comme s'il avait mal quelque part mais que ce n'était pas si grave –.
Il était magnifique.
Raphaël fit soudainement une drôle de tête, suivi d'un bruit peiné. Il massa ses yeux de son pouce et son index libres. Un rire un peu étranglé lui échappa.
Il fronça les sourcils.
- Tout va bien ?
Raphaël fit un geste vague de la main, les paupières toujours serrées.
- Tes émotions sont parfois comme des éclairs de lumière qui me laissent à moitié aveugle.
Vu la façon dont il avait eu l'impression que son cœur allait exploser – ou se consumer jusqu'à n'être plus qu'un tas de cendre fumantes – un peu plus tôt, il ne put s'empêcher de se demander si ce dont parlait Raphaël pouvait être aussi douloureux.
Il n'osait surtout pas s'imaginer vivre cela plusieurs fois par jour.
Raphaël rouvrit les yeux, son regard un peu accusateur.
- Et le grand retour de la culpabilité ! Pour ton information, ça n'aide pas.
Sa remarque, même si elle fut prononcée sur un ton moqueur, ne fit qu'accentuer sa certitude que, sans le vouloir, il mettait Raphaël en difficulté. Il détestait l'idée que ce qu'il était puisse le faire souffrir.
Raphaël leva les yeux au ciel, puis décida que la meilleur façon de mettre fin à son débat intérieur était de plaquer son dos contre sa poitrine et de le serrer avec force contre lui.
Parfois, il ne savait pas trop quoi penser de la facilité avec laquelle son petit-ami était capable de le manœuvrer comme s'il ne pesait rien.
- Beaucoup diraient que tu es fou pour t'infliger un truc pareil, grogna-t-il quand même.
A sa place, il s'éviterait comme la peste.
Raphaël eut un bref éclat de rire.
- Oh, mais je le suis… fou de toi.
Sa réponse était si ringarde qu'il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.
Pourtant, un sourire lui échappa quand même et, bien malgré lui, cela fit boom dans sa poitrine.
Raphaël se tendit. Son inspiration fut sifflante – douloureuse –. Il s'affaissa contre lui.
- Par Adèle, Regulus…
Quelque chose dans sa voix tenait de l'émerveillement plus que de la souffrance, ce qui défiait toute logique.
Une fois de plus.
Il se résigna à rajouter cela à la longue liste de ces autres choses que Raphaël semblait apprécier chez lui quand ces mêmes raisons auraient poussé n'importe quelle personne saine d'esprit à le fuir.
- Ça t'apprendra, grinça-t-il.
Raphaël rit à nouveau, de cette façon libre et insouciante qui lui donnait l'impression que son petit-ami rayonnait. Il ferma les yeux pour savourer la mélodie familière – il s'enorgueillait de la lui arracher presque tous les jours –.
Sur ses lèvres, son sourire s'élargit.
- Bonheur, souffla Raphaël à son oreille.
- Je sais.
Raphaël embrassa sa joue et ils restèrent silencieux pendant un long moment. Dans les rues de Paris, la rumeur lointaine de la fête montaient parfois jusqu'à eux. Pour le reste, la ville était presque trop calme pour un jour comme celui-ci.
- Pour revenir sur ta remarque, mon empathie n'est pas plus difficile à gérer quand tu es avec moi. Au contraire.
Sa pomme d'Adam lui sembla avoir doublé de volume quand il déglutit. La peur faillit lui voler une nouvelle fois l'air dans ses poumons.
Le pouce de Raphaël reprit ses va-et-vient le long de ses phalanges.
- Quand je suis avec d'autres personnes, le mélange de leurs émotions forment un bruit de fond dans ma tête. C'est instable, ça saute tout le temps, un peu comme une station de radio vraiment mal réglée, que j'arrive plus ou moins facilement à ignorer selon les jours. Quand tu es là, tes émotions noient toutes les autres et il n'y a plus que toi. Tu n'as pas idée à quel point c'est un soulagement alors tu peux arrêter de te sentir coupable pour les quelques effets secondaires. Je t'aime et je suis heureux avec toi, d'accord ?
Ses yeux redevinrent brûlants.
Sa poitrine aussi, d'ailleurs.
Il prit une inspiration un peu tremblante.
- Moi aussi.
…
On progresse ou c'est comment ?!
Behind the Scene :
Mon petit frère est aussi du 14 Juillet et le feu d'artifice est une vraie tradition ! Un gros big up à lui ! (et un joyeux anniversaire à ma petite sœur, puisque c'est le hasard du calendrier!)
Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :
- Les effets Raphaël Delacour sur Regulus Black, qui sont si profonds que tout le monde (même Reggie) s'en rend compte !
- La seule, l'unique, Simone Bonaccord (qui est peut-être une stalker qui s'ignore MAIS Regulus ne lui facilité pas la tâche non plus).
- Cet anniversaire surprise qui en dit long sur l'amour qui unie toute la famille Delacour (franchement, je les aime tous·tes).
- La partie de Quidditch en famille, que j'ai adoré écrire (on ne m'enlèvera pas de la tête que ça peut tourner au grand n'importe quoi quand on y joue juste pour s'amuser).
- Regulus littéralement submergé par la gentillesse ambiante (vraiment, je n'avais pas prévu qu'il réagisse comme ça o.O).
- La confession d'amour tant attendue (qu'est-ce qu'il ne faut pas faire, je vous jure!)
- Ce joli moment sur les toits parisiens (un ajout récent que j'aime vraiment beaucoup aussi).
Je crois que j'ai presque rien oublié !
J'ai beaucoup plus de boulot cette année, donc je ne vous fais pas trop de promesse pour la prochaine mise à jour. Il n'est pas impossible que cela soit quand l'envie m'en prend !
D'ici-là, je vous souhaite de bonnes fêtes de fins d'année keur:keur:keur
Orlane.
On n'oublie pas de laisser une review avant de fermer la page ! Sans déconner, ça prend deux minutes !
Mis en ligne le 18/12/2021
