Se passe durant les événements de la fin de la saison 2 & conforme au canon.
Les coups de feu résonnent brutalement dans les souterrains de la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre. Les bombes explosent autour d'eux. Les ordres des policiers, qui s'approchent de plus en plus du tunnel, d'eux, claquent.
Pourtant, malgré l'urgence de la situation, Nairobi est incapable de bouger.
Immobile, la seule chose qu'elle semble capable de percevoir est le regard insistant que lui lance Berlin. Et, mon dieu, qu'elle aimerait ne pas être en mesure d'entendre les paroles qui sortent de ces lèvres et qui lui demandent de faire l'impossible. Pourquoi parvient-elle à discerner ce qu'il lui dit? Nairobi a l'impression qu'il s'adresse à elle dans un dialecte inconnu et pourtant… Pourtant, elle comprend.
L'idée même d'acquiescer à ce qu'il lui ordonne de faire lui est insupportable. Pire, elle mitraille son cœur et la tue avec plus de violence que ce que ces armes menacent de faire si elle reste plantée à l'endroit même où elle se tient.
Berlin veut qu'elle entre dans ce tunnel. Sans lui. Il veut qu'elle l'abandonne et qu'elle sauve sa peau. Et, ça n'a aucun sens. Son cœur tambourine frénétiquement entre ses tempes.
« Non. » s'entend-t-elle prononcer, avant même d'avoir pu réfléchir davantage à la question.
Elle n'est pas vraiment surprise de la décision qu'elle vient de prendre. Cela va tellement de soi. Comment veut-il qu'elle l'abandonne ici? Comment veut-il qu'elle le laisse mourir sans essayer de se battre? C'est mal la connaître.
« Non, je ne t'abandonne pas. Non! Je refuse de te laisser, ici! » poursuit-elle, martèle-t-elle, plutôt, férocement.
La jeune femme tente de se dégager de la poigner d'Helsinki, qui tente de la contraindre à s'enfoncer dans le tunnel derrière eux. Elle échoue lamentablement. Son ami referme, même, davantage ses bras autour d'elle afin de l'empêcher de faire un geste impulsif ou stupide. Elle ne se rend pas compte que des larmes déchirent ses joues.
Nairobi pleure pour Berlin. Cinq mois plus tôt, la situation leur aurait paru risible, impossible et inimaginable. Pourtant… Il n'avait fallu qu'une soirée ennuyeuse et deux verres de trop, à Tolède, pour qu'elle se retrouve dans la chambre de cet homme. Une nuit, aucune émotion. (Et, de toute manière, Berlin était incapable de ressentir un quelconque sentiment, n'est-ce pas?) Mais ça n'avait jamais été qu'une seule nuit.
Elle aurait pu rire du drame qui se dégage de la situation, si elle n'avait pas été la protagoniste principale de celle-ci.
La braqueuse échappa un cri de colère devant l'immobilité de Berlin.
« Nairo – » soupire Berlin.
« Andrès! » s'exclame-t-elle, impatiemment, lui coupant la parole – comme à son habitude.
La braqueuse se rend compte, et la constatation lui tord encore plus les entrailles, que c'est la première fois qu'elle prononce le prénom de son amant à voix haute. Et, c'est, sans doute, aussi, la dernière fois.
« Arrête tes conneries! On est entré dans la Fabrique, ensemble. On quitte, ensemble. POINT FINAL. »
Il n'est pas impressionné par sa tirade. Berlin n'est jamais impressionné par ses tirades.
Ses lèvres osent, même, esquisser un sourire narquois.
« Tu n'as jamais été d'accord avec aucune de mes décisions, Nairobi. » soupire le quinquagénaire, en se grattant le côté droit de son visage. « Pourquoi suis-je surpris que tu refuse la dernière décision de ma vie? »
« Parce que cette décision est complètement débile! » s'écrie-t-elle.
Elle sent Helsinki qui tente de les faire bouger et les entraîner dans l'obscurité du tunnel. Naïvement, la jeune femme tente encore une fois de s'échapper de son emprise.
« Tu m'avais promis… Tu m'avais dit qu'après tout cela… » Elle est incapable de finir sa phrase. « Il y a six jours. » Il y a une éternité. Avant que nous entrions dans cet enfer. « Tu m'as promis. »
Nairobi déteste qu'il la place dans cette position. Elle déteste la sensation qu'elle est en train de mendier son amour. Pire, qu'elle le supplie de vivre.
« Je sais, mi amor. » rétorque Berlin, enfin.
Il essaie vraiment de conserver son habituel ton de voix dégagée. Il échoue misérablement. Mais entendre la douleur, en arrière-plan, dans la voix du braqueur ne procure aucun bien à Nairobi. Au contraire, elle a l'impression de se faire amputer d'un membre. Elle baisse la tête et ferme les yeux, ce qui fait couler davantage de larmes sur ses pommettes.
« C'est si pénible de t'imaginer vivre ta vie avec moi? » demande Nairobi, la gorge serrée, en ouvrant les yeux.
Berlin s'humecte les lèvres, vrille son regard dans le sien, tente de graver tous les détails de cette femme, de cette si belle créature au caractère aussi mortel qu'un bazooka, dans son esprit afin d'amener cette vision avec lui dans la tombe.
« J'aurais été prêt à donner la moitié de ma récompense pour finir ma vie auprès de toi, Nairobi. »
La déclaration, aussi inattendue soit-elle, provoque un nouvel éclat de larmes.
Dès le dernier mot prononcé, Berlin fait un geste de la main afin qu'Helsinki accélère leur procession. Les policiers approchent. Tout comme son suicide.
« Ágata. » rectifie-t-elle, péniblement. « Je m'appelle Ágata. »
Elle n'a pas le temps de l'entendre prononcer son prénom : le géant scandinave a déjà fait exploser le tunnel.
Pourtant, dans un instant de folie, Nairobi tente de lutter encore afin de rejoindre le braqueur derrière ces rochers qui lui bloquent désormais le chemin. C'est la voix du Professeur, qui résonne derrière elle, qui la ramène à la raison.
La mort de Berlin ne doit pas être vaine.
Pourtant, lorsqu'elle sort à l'extérieur, quelques minutes plus tard, elle ne savoure pas sa liberté. Il n'y a pas de liberté. Il n'y a que la sensation que son cœur vient d'être la cible d'une puissante mine antipersonnelle.
