Bien le bonjour !

Pour les lecteurs qui me suivent depuis le début, cette histoire n'est pas nouvelle, elle a eu ses débuts désastreux et folkloriques comme la plupart de mes fanfictions. Autrefois, elle se nommait Twinkle Twinkle Little Witch et je dois admettre n'avoir gardé que peu de choses d'origines, alors au cas où vous l'auriez lue, traitez Les Enfants Maudits comme une toute nouvelle histoire, d'accord ?

Voux aurez certainement remarqué que le titre de cette fanfiction est simplement le titre du huitième tome de la saga au pluriel - il y a une explication toute simple.

Tout d'abord, je n'ai pas aimé Harry Potter et l'Enfant Maudit, comme beaucoup d'autres. Néanmoins, dans cette histoire "Next Generation" avec Albus Severus, Scorpius et Rose, j'ai conservé quelques aspects d'origine, et le début du premier chapitre est carrément un passage de l'épilogue de Harry Potter et les Reliques de la Mort. Je me suis donc dit que ça serait un hommage à ce tome qui n'a pas que des défauts... Et puis, j'admets ne pas avoir eu beaucoup d'idées.

Pour finir, sachez que les titres de musique sous les titres des chapitres sont simplement les musiques qui passaient dans ma playlist lorsque j'ai fini ou commencé l'écriture du chapitre en question, alors ce n'est pas tout à fait accordé au thème par moment...

Il me semble que c'est tout... Ah, si.

CETTE HISTOIRE EST A PRENDRE AVEC BEAUCOUP DE DERISION. MERCI. BONNE LECTURE.


TOME UN
LES CROCS DU SERPENT


01. DES ENFANTS ETRANGES
On My Way – Alan Walker, Sabrina Carpenter & Farruko

Cette année-là, l'automne sembla arriver brusquement. En cette matinée du 1er septembre, l'air était vif et doré comme une pomme. Les fumées des pots d'échappement et le souffle des piétons étincelaient, telles des toiles d'araignée dans la fraîcheur de l'atmosphère, tandis que la petite famille traversait d'un pas sautillant la rue grondante de circulation en direction de la grande gare aux murs noircis de suie. Deux énormes cages bringuebalaient sur les chariots chargés de bagages que poussaient les parents. Les hiboux qui y étaient enfermés lançaient des hululements indignés et la fillette aux cheveux roux traînait en pleurnichant derrière ses frères, accrochée au bras de son père.

– Ce ne sera pas long, toi aussi, tu iras, lui promit Harry.
– Deux ans, dit Lily en reniflant. Je veux y aller tout de suite !

Les banlieusards regardaient les hiboux avec curiosité au passage de la famille qui se frayait un chemin en direction de la barrière séparant les voies 9 et 10. La voix d'Albus, qui marchait devant lui, parvint à Harry au milieu de la clameur environnante. Ses fils avaient repris la dispute commencée dans la voiture :

– Je n'irais pas ! Je n'irais pas à Serpentard !
– James, arrête un peu ! S'exclama Ginny.
– J'ai simplement dit qu'il y serait peut-être, fit remarquer James en adressant un sourire à son jeune frère. Il n'y a pas de mal à ça. Il sera peut-être à Serp...

Mais James croisa le regard de sa mère et se tut. Les cinq Potter s'approchèrent de la barrière. D'un air supérieur, James jeta un coup d'œil à son jeune frère par-dessus son épaule, prit le chariot des mains de sa mère et se mit à courir. Un instant plus tard, il avait disparu.

– Vous m'écrirez, hein ? Demanda aussitôt Albus, tirant profit de l'absence momentanée de son frère.
– Tous les jours, si tu veux, proposa Ginny.
– Pas tous les jours, répliqua précipitamment Albus. James dit que la plupart des élèves ne reçoivent des lettres de chez eux qu'une fois par mois.
– Nous avons écrit à James trois fois par semaine, l'année dernière, dit Ginny.
– Et il ne faut pas croire tout ce qu'il te raconte sur Poudlard, ajouta Harry. Il aime bien se moquer de toi, ton frère.

Côte à côte, ils poussèrent le deuxième chariot en prenant de la vitesse. Lorsqu'ils atteignirent la barrière, Albus fit une grimace mais il n'y eut aucun choc et la famille émergea sur le quai de la voie 9 ¾, obscurci par l'épaisse vapeur blanche que produisait la locomotive écarlate du Poudlard Express. Des silhouettes indistinctes s'affairaient au milieu de cette brume dans laquelle James s'était déjà volatilisé.

– Où sont-ils ? Demanda Albus.

Anxieux, il scrutait les formes imprécises qu'ils croisaient en s'avançant sur le quai.

– On va les trouver, lui répondit Ginny d'un ton rassurant.

Mais la vapeur était dense et il était difficile de reconnaître les visages. Les voix, qui semblaient désincarnées, étaient étrangement sonores, comme surnaturelles. Harry crut entendre Percy discourir bruyamment sur les règlements en matière de balais et fut content d'avoir une excuse pour ne pas aller lui dire bonjour...

– Je crois que c'est eux, Al, dit soudain Ginny.

Un groupe de quatre personnes émergea de la brume, à côté du tout dernier wagon. Ce seulement lorsque Harry, Ginny, Lily et Albus arrivèrent devant eux que leur visage devint net.

– Salut, dit Albus qui paraissait profondément soulagé.

Rose, déjà vêtue de sa toute nouvelle robe de Poudlard, lui adressa un sourire radieux.

– Alors, tu as réussi à ranger la voiture ? Demanda Ron à Harry. Moi, oui. Hermione ne croyait pas que je puisse passer un permis de Moldu, et toi ? Elle pensait qu'il faudrait que je jette un sortilège de Confusion à l'examinateur.
– Ce n'est pas vrai, protesta Hermione. J'avais parfaitement confiance en toi.
– En fait, je lui ai vraiment jeté un sortilège de Confusion, murmura Ron à Harry pendant qu'ils chargeaient à bord du train la grosse valise et le hibou d'Albus. J'avais simplement oublié de regarder dans le rétroviseur et, entre nous, je peux très bien m'en passer en utilisant un charme Super-sensoriel.

De retour sur le quai, ils trouvèrent Lily et Hugo, le jeune frère de Rose, discutant avec animation de la maison dans laquelle ils seraient envoyés le jour où ils iraient enfin à Poudlard.

– Si tu n'es pas à Gryffondor, on te déshérite, lança Ron. Mais je ne veux pas te mettre la pression.
– Ron !

Lily et Hugo éclatèrent de rire, mais Albus et Rose avaient un air grave.

– Il dit ça pour rire, assurèrent Hermione et Ginny.

Mais Ron ne faisait plus attention à eux. Croisant le regard de Harry, il lui montra d'un discret signe de tête un endroit du quai situé à une cinquantaine de mètres. Pendant quelques instants, la vapeur s'était un peu dissipée et trois personnes se détachaient nettement parmi les volutes de fumée.

– Regarde qui est là.

Drago Malefoy, un manteau sombre boutonné jusqu'au cou, était avec sa femme et son fils. Son front commençait à se dégarnir, ce qui accentuait son menton pointu. Le jeune garçon ressemblait à Drago autant qu'Albus à Harry. Apercevant Harry, Ron, Hermione et Ginny qui l'observaient, Drago leur adressa un bref signe de tête et se détourna.

– Voici donc le petit Scorpius, murmura Ron. Arrange-toi pour être toujours meilleure que lui en classe, Rosie. Dieu merci, tu as hérité de l'intelligence de ta mère.
– Ron, pour l'amour du ciel, dit Hermione, moitié sérieuse, moitié amusée, n'essaye pas de les dresser l'un contre l'autre avant même qu'ils aient commencé l'école !
– Tu as raison, admit Ron. Désolé.

Mais, incapable de s'en empêcher, il ajouta :

– Ne sois quand même pas trop amie avec lui, Rosie. Grand-père Weasley ne te le pardonnerait jamais si tu épousais un Sang-Pur.
– Hé !

James avait réapparu. Il s'était délesté de sa grosse valise, de son hibou et du chariot et, de toute évidence, il avait une grande nouvelle à annoncer.

– Teddy est là-bas, dit-il, tout essoufflé, en pointant l'index par-dessus son épaule, vers le nuage de vapeur. Je viens de le voir ! Et vous savez ce qu'il faisait ? Il embrassait Victoire !

Il leva les yeux vers les adultes, manifestement déçu par leur absence de réaction.

– Notre Teddy ! Teddy Lupin ! Entrain d'embrasser notre Victoire ! Notre cousine ! Alors, j'ai demandé à Teddy ce qu'il faisait...
– Tu les as dérangés ? S'exclama Ginny. Tu es comme Ron…
– … et il m'a répondu qu'il était venu lui dire au revoir ! Et ensuite, il m'a dit de m'en aller. Il l'embrasse ! Ajouta James comme s'il avait peur de ne pas avoir été assez clair.
– Oh, ce serait merveilleux s'ils se mariaient ! Murmura Lily avec ravissement. Teddy ferait vraiment partie de la famille !
– Il vient dîner à la maison à peu près quatre fois par semaine, dit Harry. Pourquoi ne pas lui proposer d'habiter chez nous, comme ça, ce serait fait ?
– Ouais ! S'écria James avec enthousiasme. Je veux bien partager ma chambre avec Al… Teddy pourrait avoir la mienne !
– Non, répliqua fermement Harry. Al et toi, vous ne partagerez la même chambre que quand j'aurais décidé de démolir la maison.

Il consulta la vieille montre bosselée qui avait appartenu autrefois à Fabian Prewett.

– Il est presque onze heures, vous devriez monter dans le train.
– N'oublie pas de transmettre nos amitiés à Neville ! Dit Ginny à James qu'elle serrait dans ses bras.
– Maman, je ne peux pas transmettre des amitiés à un professeur !
– Mais tu connais bien Neville…

James leva les yeux au ciel.

– En dehors de l'école, oui, mais en classe, c'est le professeur Londubat, tu comprends ? Je ne peux pas entrer en cours de botanique et lui transmettre des amitiés...

Il hocha la tête d'un air navré devant la sottise de sa mère et, pour de défouler, donna un coup de pied en direction d'Albus.

– À plus tard, Al. Fais attention aux Sombrals.
– Je croyais qu'ils étaient invisibles ? Tu m'as dit qu'ils étaient invisibles !

James éclata de rire. Il autorisa sa mère à l'embrasser, étreignit brièvement son père puis bondit vers le train qui se remplissait rapidement. Ils le virent agiter la main vers eux avant de se précipiter dans le couloir du wagon pour retrouver ses amis.

– Tu n'as pas à avoir peur des Sombrals, dit Harry à Albus. Ce sont des créatures très gentilles, elles n'ont rien d'effrayant. De toute façon, tu n'iras pas à l'école dans les diligences, on t'y emmènera en barque.

À quelques mètres de la famille émue par les doutes du petit garçon brun se tenait une jeune fille. Une immense valise en cuir bruni était posée près d'elle, surplombée par la cage d'un chat paisible, et ce malgré le tapage monstrueux que faisait la foule.

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La seule chose notable qui pourrait potentiellement démarquer cette jeune fille des dizaines de gamins excités autour d'elle était son casque audio purement Moldu. Les yeux perdus dans le vague, son talon claquait sur un tempo que suivaient ses doigts. C'était à peine si elle faisait attention à son entourage.

Deux jeunes hommes en tous points identiques, si ce n'était au léger détail près que l'un d'eux portait une paire de lunettes à fine monture sur le nez, sortirent du wagon face à elle. La mine renfrognée de l'un ne semblait pas capable de ternir l'éclat du sourire de l'autre, qui redressa ses lunettes d'un geste nonchalant avant de venir tapoter l'épaule de la petite fille.

– On t'a trouvé une place, microbe, sourit le grand métis, un éclat étrange au fond de ses prunelles incroyablement claires.
– Attrape la cage de Shoshannah, je vais prendre ta valise, grommela son jumeau.
– Techniquement, lorsqu'on boit du thé, on ne fait que consommer des plantes mortes, au même titre que la consommation de tabac ou de cannabis. Donc, on pourrait considérer les buveurs de thé comme des junkies, déblatéra la jeune fille d'un ton robotique dans un stoïcisme parfait.

Les deux jeunes hommes la fixèrent un instant d'un air interdit, et le premier éclata d'un grand rire, surprenant plusieurs familles et employés ferroviaires autour de leur étrange trio.

Le front et les oreilles de la jeune fille prirent une teinte bordeaux et ses lèvres se pincèrent. De la musique émanait du casque lâchement posé autour de son cou, à moitié noyé sous un flot de boucles rousses.

Le joyeux luron à lunettes posa une main sur son épaule, toujours secoué par un rire incontrôlable.

– Moi qui pensais que tu étais calme, en fait tu es angoissée comme tout le monde ! Ricana gentiment son aîné.
– Ce n'est pas drôle ! Rouspéta la fillette qui préféra ignorer son insouciant accompagnateur pour s'emparer de la cage du chat. Arrête de rire, Rob, c'est vraiment pas cool !
– Excuse-moi, p'tite tête, c'est pas tous les jours qu'on rencontre quelqu'un comme toi, sourit « Rob » avant de se pencher pour prendre la valise pour la tendre à son jumeau. Allez gamine, on va t'installer !
– Je ne suis pas une gamine !

Les sorciers métis firent la sourde oreille et entraînèrent la rouquine dans les couloirs de l'énorme train écarlate. Une dizaine de compartiments plus tard, ils retrouvèrent finalement celui qu'ils avaient repéré tantôt, néanmoins occupé par un petit garçon.

Aussitôt la petite rousse l'eut-elle remarqué que sa voix s'éteignit dans un geignement pathétique, le visage bouillonnant. Rob eut un petit rire mais ne fit aucun commentaire. Au contraire, lui et son frère restèrent parfaitement silencieux, laissant leur protégée faire le premier pas et ouvrir la porte vitrée du compartiment.

Le jeune garçon tourna immédiatement un visage curieux vers eux.

– Bonj… Est-ce que… S'étouffa à moitié la rouquine, le visage en feu et son souffle bloqué dans ses poumons. Enfin… Euh libre ? Bafouilla-t-elle d'une voix aiguë en pointant la banquette vide face au garçon.
– Oui… ? Répondit-il, un sourcil haussé. Bien sûr, asseyez-vous.

La petite fille, en proie à une sacrée crise existentielle, entra dans le compartiment d'une démarche raide. Elle ne prit pas garde à son lacet défait et manqua de s'étaler face contre terre, à sa plus grande honte. Mortifiée, elle s'empressa de poser la cage de Shoshannah près de celle d'un hibou majestueux. Elle prit garde néanmoins à ouvrir la cage, en prévision du réveil du félin.

Les jumeaux, de leur côté, installèrent la valise de la jeune fille dans le porte-bagage, plongés dans un silence concentré. Pourquoi avait-il fallu qu'elle choisisse le modèle le plus imposant…

Après avoir accompli leur tâche fort ardue, Rob se pencha sur la rouquine et planta un baiser bruyant sur son front, à la grande horreur de celle-ci. Son frère eut un ricanement moqueur, mais ne l'imita pas.

– Rob ! Geint pitoyablement la petite en repoussant le responsable d'une main. T'avais promis !
– Ah lala, petite Alfie se sent pousser des ailes ! Ricana le sorcier avant de proprement prendre la jeune fille dans ses bras. T'as vu ça, Phrey ? Tu as vu comment notre bébé sœur me snobe ?
– Bébé s- … ! S'étrangla la rouquine.
– Je le constate effectivement, Rob. Bientôt, elle ne voudra même plus être associée à notre espèce, répliqua « Phrey » sur un ton si sérieux que l'on aurait pu s'y méprendre.
– Je suis de la même espèce que vous !
– Ah lala, ces Strangulots…
Rob ! Je ne suis pas un Strangulot !

L'expression rigide de Phrey s'adoucit légèrement et le pincement de ses lèvres se détendit alors qu'il vint pincer gentiment le nez de la rouquine.

Alfie le fusilla de ses yeux d'un gris cendre profond, qui se posèrent brièvement sur le visage curieux du petit garçon qui les observait. Aussitôt, son teint prit la nuance d'un poivron bien mûr, tirant quelques gloussements et œillades goguenardes à ses frères.

– Bon, on va te laisser, Vicky nous attend, soupira Rob en regardant le cadran de sa montre.
– Oh, on a oublié de te dire : il s'excuse de pas être venu t'aider, il a préféré garder nos affaires, lâcha Phrey sur un ton pas du tout désolé.

Alfie hocha la tête et leur adressa un dernier signe de la main avant qu'ils ne disparaissent parmi la marre d'adolescents dans le wagon.

Alfie, aussi rouge qu'un piment, posa un regard curieux sur son voisin de compartiment. Ils avaient à peu près le même âge… et comme elle, il était tout seul. Pourtant, avec ses cheveux blonds soigneusement peignés et sa tenue irréprochable, il semblait faire partie de ceux qui étaient d'ordinaire entourés. Peut-être devrait-elle faire un effort ? Après tout, ils allaient passer un long moment dans ce compartiment…

Une sensation familière prit place au creux de son estomac, et elle avala difficilement sa salive. Une chaleur tout aussi habituelle couvrit son front et ses oreilles. Allez, juste un petit mot gentil, allez… Un simple « bonjour » devrait suffire ! Pourquoi est-ce que seul un silence lourd de gêne s'échappait d'entre ses lèvres ?

Ses longues œillades devaient l'avoir intrigué, car il redressa un visage curieux vers elle, un sourcil arqué. Une pierre tomba au fond de l'estomac d'Alfie lorsqu'elle croisa son regard encore plus clair que les yeux de sa maman. Arrh, c'était impossible après tout…

Tant pis, elle allait s'enfermer dans sa musique et se maudire pour sa lâcheté.

La rouquine levait tout juste les bras pour replacer son casque sur ses oreilles lorsque le garçon lui parla.

– Je m'appelle Scorpius, fit-il simplement, pourtant Alfie le fixa avec de grands yeux terrorisés. Alfie, c'est ça ?

Alfie sentit son visage passer par tout un nuancier de rouge tandis qu'elle hochait lentement du menton. Il lui avait parlé. Elle avait, en quelque sorte, réussi. On lui avait adressé la parole !

Un léger sourire qui tenait plus de la grimace embarrassée que la joie pure tordit ses lèvres. Une fierté sans pareille, et probablement déplacée étant donné qu'elle n'avait pas fait le premier pas comme prévu, gonfla son ego à la manière d'un ballon de baudruche. Il s'était souvenu de son nom.

Rouge de plaisir autant que de gêne, elle adressa un regard pétillant à Scorpius, touchée par sa compassion de la voir se noyer dans la timidité.

– Toi aussi, c'est ta première année à Poudlard ? Demanda-t-il gentiment, ayant certainement compris qu'elle aurait des difficultés.
– Oui, lâcha-t-elle dans un souffle, si bien qu'il crut avoir mal entendu, chose qu'elle remarqua. Ahem, pardon, oui, répéta-t-elle plus fort. Je… Alfie Crivey, enchantée !
– Scorpius Mal…
– MALEFOY ! Cria un jeune homme en ouvrant la porte en grand. Les gars, j'l'ai trouvé !

Alfie s'étouffa à moitié dans une inspiration surprise. Elle fixa l'intru, qui devait avoir trois ou quatre ans de plus qu'eux, profondément intimidée par son air féroce, méchant, tandis qu'il fixait Scorpius d'un regard mauvais. Deux mastodontes du même acabit apparurent dans son dos, sourires carnassiers à l'appui.

À la plus grande horreur des angoisses d'Alfie, le trio avait attiré l'attention de plusieurs autres élèves dans le corridor. Bientôt, une troupe de visages se mit à les fixer derrière les fenêtres. Rouge écarlate, elle se figea, souffle coupé.

Trop, beaucoup trop d'êtres vivants. Pitié, pitié, faites que tout cela ne soit qu'un cauchemar.

Ils avaient investi le compartiment, l'un d'eux avait passé un bras autour des épaules de Scorpius d'un air anodin. Ils auraient pu passer pour de vieux amis, si ce n'était pour l'air terrifié sur les traits du première année.

Alfie eut un pincement douloureux au cœur. Elle désirait lui venir en aide, se débarrasser de cette bande d'abrutis… mais elle restait figée, telle une biche prise dans les phares d'une voiture.

– Alors, dis-nous tout, p'tit Malefoy ! Susurra le plus grand des trois d'un ton fielleux, tu sais déjà où tu vas être réparti ?
– Tobias, voyons ! N'est-ce pas l'évidence même ? Ricana celui qui tenait le pauvre Scorpius tout contre lui.
– C'est une petite graine de serpent que nous avons là ! Amplifia le dernier, un grand échalas aux yeux de fouine. Il va reprendre le flambeau !
– Oh, pardon, c'est vrai, il n'y a qu'une seule maison qui l'acceptera, souffla « Tobias » en plissant le regard d'un air félon. Après tout, tel père, tel fils, n'est-ce pas ?

Non. Un enfant était par définition différent de ses parents. Pour commencer, leur génétique ne saurait être la même, sans quoi ce ne serait plus un enfant mais un clone. Et de ce qu'elle en savait, le clonage humain n'existait pas encore, hormis dans les films.

« Sur 26 chromosomes, une descendance obtient 13 de la part de son père et 13 de sa mère pour former des paires à proprement parler uniques » avait dit sa maman.

En plus, il était vraiment idiot, ce Tobias : Scorpius ne vivra jamais les mêmes événements que ses parents, ce qui formera chez lui une personnalité qui lui sera propre, fondée sur ses goûts, choix et expériences. Son oncle râlait souvent à ce sujet, parce que certaines de ses connaissances le comparaient souvent à son frère aîné.

Alfie en avait fini par conclure qu'un fils ou un frère, aussi ressemblant soit-il physiquement ou mentalement, ne saurait être à l'image de son père ou de sa fratrie.

Ces mots brûlaient les lèvres d'Alfie autant que l'embarras enflammait ses joues. Elle déglutit avec difficulté, les yeux plantés sur les motifs de la moquette du compartiment. Une boule serrait sa gorge d'impuissance.

Allez, elle pouvait le faire, elle pouvait les envoyer bouler et se faire un nouvel ami… Elle en était capable ! Après tout, ce n'étaient que des mots dans la bouche d'une première année, personne ne lui en tiendrait rigueur ! Allez, faîtes qu'elle ouvre la bouche…

Frustrée par sa propre attitude couarde, elle se mordit la langue. Ses yeux se remplirent de larmes de consternation.

– Eh, Malefoy, r'garde un peu dans quel état ton nom a foutu la rouquine !

Alfie se statufia et perdit toutes ses couleurs aussi vite qu'elle les avait gagnées.

Pâle, elle redressa un regard exorbité vers Tobias, assis à quelques centimètres d'elle. Il la surplombait complètement, la noyant dans son ombre et la regardant de haut, un sourire goguenard aux lèvres.

Oh doux Merlin. On l'avait remarquée. On la regardait. On riait d'elle et de sa peur tangible.

Oh.

Cet imbécile avait détourné toute l'attention sur elle, sur son petit corps frêle et encombré de boucles carmines. Il avait osé la mettre en avant, osé la présenter à tous comme une peureuse. Comme une anti-ex-Mangemort. Et s'il y avait bien une chose qu'Alfie n'était pas, c'était une anti-ex-Mangemort – elle ne se prononcerait pas sur le fait d'être peureuse.

Une rage sans nom germa au fond de son ventre, ses poings se serrèrent tandis qu'elle rendait effrontément son œillade à ce Tobias.

– Il faudrait vraiment être crétin pour croire ça, cracha-t-elle d'une traite, la voix suraiguë et les joues pivoine, à la plus grande surprise de tous. Si tes neurones avaient la capacité de se connecter, Tobias, tu saurais que c'est plutôt ta faute.
– Tiens tiens, mais c'est qu'elle mordrait la petite souris ! Répondit-il d'un air méchant.
– La petite souris aimerait que tu libères son espace vital ! Répliqua-t-elle du tac-au-tac.

Ah, c'était pas bon, pas bon du tout

Voilà qu'elle s'emportait de nouveau, prête à en découdre avec un gars plus âgé et bien plus fort qu'elle. Elle devait avoir des instincts de moustique, ce n'était pas possible autrement ! C'était Jeremy qui allait être fier d'elle !

Refroidie par ses révélations personnelles, Alfie manqua de se ratatiner à nouveau à la manière d'une carpette sous le poids des regards venimeux posés sur elle.

Bon, le bon côté de la chose était qu'ils avaient arrêté de s'en prendre à Scorpius… Seulement, ce devait être l'unique point positif. Elle venait tout de même de se mettre à dos trois aînés visiblement bien décidés à lui faire ravaler ses mots !

Le silence était devenu étouffant, tandis que les œillades mauvaises s'appesantissaient, mettant ses nerfs à rude épreuve. Elle était néanmoins bien décidée à garder toute l'attention sur elle, et ne fléchit pas un seul instant.

Même si elle était mentalement entrain de réciter ses derniers souhaits.

– Que se passe-t-il ici ? S'exclama une voix puissante et autoritaire. McMalon, Stewards, Gallagher, on peut savoir ce que vous voulez aux petits nouveaux ?
– Merde, c'est Weasley, jura Tobias avant de se lever de son siège comme s'il était en feu.
– Oh que oui, c'est Weasley ! Gronda une jeune femme habillée de pied en cape pour Poudlard, un insigne estampillé d'un P scintillant sur la poitrine. Maintenant, dehors, McMalon ! Sois sûr que je parlerais de cet incident au Professeur Haywood, tu peux faire une croix sur la première sortie à Pré-au-Lard ! Idem pour vous deux, Mr Londubat en entendra parler !

Alfie, loin, très loin de ses inquiétudes initiales envers le trio qui malmenait son camarade, regardait désormais la nouvelle venue avec une admiration sans borne.

Grande, d'une beauté incroyable et affublée d'une chevelure de neige, elle affrontait le trio les poings sur les hanches, la posture ferme et décidée. Son regard était dur, froid comme la glace, rempli d'un détermination sans faille.

Le rouge de son uniforme ne trompait personne, elle était faite pour Gryffondor, de même que l'insigne de Préfète lui saillait comme un gant.

Voilà à quoi Alfie rêvait de ressembler un jour. Une femme forte, protectrice, à la détermination féroce… Une bouffée d'admiration la prit aux tripes tandis qu'elle observait « Weasley » disperser la foule qui observait éhontément, réprimandant vertement ceux qui ricanaient de la situation.

– Oh lala, je crois que j'ai le béguin, souffla-t-elle sans s'en rendre compte.

Un ricanement la ramena sur Terre plus efficacement que tous les sermons du monde. Ecarlate, elle tourna vivement la tête vers Scorpius, qui riait sous cape.

Voilà qu'elle oubliait la présence d'autrui ! Décidément, elle passait pour la pire des idiotes auprès des élèves de Poudlard. Répondre à un aîné, puis faire ce genre de déclaration… Elle devait avoir l'air d'une girouette, à passer d'un extrême à l'autre. Rouge, elle se rassit convenablement, priant silencieusement pour que plus jamais on ne lui adresse la parole.

Si seulement elle avait vraiment l'apparence d'une souris, pour se glisser dans un trou et ne plus en sortir…

– C'était très courageux, au fait, glissa doucement Scorpius à son encontre. Un peu bête, mais courageux.
– Hmm, merci, rougit-elle.
– Excusez-moi, je n'aurais pas dû vous laisser immédiatement, intervint Weasley avant de se joindre à eux, un air soucieux au visage. Tout va bien ? Ils ne vous ont pas trop brusqués ?
– N… Non, merci, répondit Scorpius pour eux deux. Je… Vous n'étiez pas obligée de…
– Hin-hin, je t'arrête tout de suite, Malefoy, c'est mon boulot de faire attention à tout le monde, sourit la Préfète. Peu importe leurs noms de famille, je prends soin de tous les gamins !

Sur ces mots, elle tapota gentiment le crâne de Scorpius, puis s'en alla en coup de vent, comme elle était arrivée. Alfie la suivit des yeux, même après qu'elle fut sortie, un sourire un peu idiot sur les lèvres et le rose aux joues. Elle lui rappelait un peu sa maman, dans sa façon de parler…

Scorpius eut un petit rire qui, de nouveau, lui fit réintégrer son corps à la vitesse de la lumière. Elle coula un regard gêné vers le petit blond, ne sachant pas vraiment quoi dire. Alors, elle resta silencieuse, attendant qu'il fasse une remarque.

– Oh lala, je crois que tu as le béguin, la taquina-t-il.
– Oh Merlin, tais-toi, rougit-elle instantanément.
– C'est marrant, tu rougis super facilement, nota-t-il, insouciant au fait qu'elle tripla de teinte à ces mots. J'ai été surpris tout à l'heure…
– Je… J'ai du mal avec les gens, grimaça Alfie, yeux plantés sur le paysage qui défilait derrière la vitre. Mais pas au point de me laisser faire, merci !
– Je vois, sourit gentiment Scorpius. Tu seras peut-être à Gryffondor !

Alfie resta silencieuse, peu sûre de savoir quoi répondre. Bien sûr, elle serait contente si elle était répartie chez les Lions. Mais elle ne serait pas moins heureuse si elle finissait dans une autre Maison.

Pourquoi est-ce que les sorciers semblaient y attacher tant d'attention ?

Ils étudiaient tous les mêmes choses, seule l'influence différait… Et puis, elle n'était pas d'accord avec l'affirmation des trois idiots. Scorpius n'était pas obligé d'aller à Serpentard, ce n'était pas gravé dans la pierre. En plus, tous les Serpentard n'étaient pas forcément mauvais !

Tout ça lui paraissait ridicule.

La rouquine s'apprêtait à exprimer ses pensées, lorsqu'elle remarqua l'air triste sur le visage de Scorpius. Les paupières basses, il s'était accoudé sur le rebord de la fenêtre, son expression résignée se reflétait dans la vitre.

Aussitôt, elle se ravisa, touchée par la détresse silencieuse qui émanait de lui.

– Merlin était à Serpentard, lâcha-t-elle soudainement comme un cheveu dans la soupe.
– Pardon ? Se redressa-t-il, surpris.
– Merlin, celui que tout le monde glorifie, celui que tous les sorciers du monde respectent au point d'utiliser son nom quotidiennement, embraya-t-elle sans pourtant oser croiser son regard. Il était à Serpentard, et c'était un grand sorcier. Regulus Black aussi. Et au contraire, il n'y a pas que des personnes géniales à Gryffondor. Peter Pettigrew, par exemple, continua la rouquine en se bénissant d'avoir appris par cœur certains noms.
– Et alors… ? Fit-il, intrigué, sourcils froncés.
– Alors, même tu finis à Serpentard comme tout le monde pense, on s'en fiche !

Alfie rougit immédiatement, surprise d'avoir presque crié ces derniers mots, les yeux plantés dans ceux de Scorpius.

Et puis, après tout, de quoi elle se mêlait encore une fois ? Ce n'étaient pas ses affaires, toute cette histoire ne concernait que Scorpius, sa famille et le Choixpeau, point. Elle s'était assez mêlée de sa vie comme ça.

La jeune fille voulut s'excuser, effacer ces dernières paroles et lui demander de faire comme si rien n'avait été dit. Mais Scorpius…

Scorpius la regardait avec un air tellement rempli de reconnaissance, d'incompréhension et d'étonnement que ça lui serra le cœur à nouveau. Si elle devait en juger par ces yeux-là, jamais personne n'avait tenté de lui dire les choses de cette manière.

Alfie repensa à la scène avec les trios idiots et à l'attitude presque stoïque de Scorpius, comme s'il s'attendait à ce que ça se produise.

Il avait onze ans, bon sang ! Il devrait être heureux de découvrir Poudlard, pas être terrorisé à l'idée d'être harcelé par une bande de débiles peu ouverts d'esprit !

– Mes deux oncles étaient à Gryffondor et mon père était à Poufsouffle, se confia-t-elle. Papa avait envie d'aller à Poufsouffle parce qu'il aimait le jaune, voilà. Mon oncle est allé à Gryffondor parce qu'il voulait rester avec son frère, expliqua-t-elle tranquillement, intérieurement amusée des raisons simplistes de sa famille. Je pense que, d'une certaine façon, on choisit notre Maison. Si tu veux vraiment pas aller à Serpentard, bah écoute, n'y va pas. Si jamais t'y vas quand même, agis comme la Maison que tu voulais.
– Je croyais que t'étais timide, sourit Scorpius, une expression adoucie sur les traits.
– Socialement inadaptée, pas timide… selon mes frères.

Alfie fit semblant de ne pas avoir les yeux brillants de Scorpius et se pencha plutôt sur son téléphone portable. Sa maman le lui avait offert pour son départ, arguant que ça serait plus facile que le service postal sorcier.

Bien moins salissant, aussi.

À midi, elle mangea tranquillement ses deux sandwichs et soupira de plaisir lorsqu'elle dévissa son Thermos, inspirant à pleins poumons l'odeur du thé que sa mère lui avait préparé. Une jolie dame poussant un chariot de confiseries était passée, mais Alfie l'avait ratée, trop concentrée sur son roman.

Scorpius partagea gentiment ses Patacitrouilles avec elle, cela dit.

o0o

Dans le corridor des wagons, une fille fulminait en tirant une grosse valise dans son sillage. Un cage contenant un corbeau au regard intelligent brinquebalait en rythme avec sa démarche entrecoupée de pauses durant lesquelles elle observait rapidement les compartiments devant lesquels elle passait.

La moue qui tordait sa bouche s'approfondit. Ils étaient tous soit pleins à craquer, soit bruyants, soit pleins d'élèves de classes supérieures qui allaient l'embêter tout le long du trajet par rapport à sa répartition. Très peu pour elle, merci bien.

Trois heures qu'elle supportait le vacarme de son braillard de frère et ses nouveaux copains, ras-la-barbe à la fin !

La jeune fille roula des yeux en dépassant un nouveau compartiment rempli à ras-bord de pipelettes et commença à sérieusement envisager l'option de finir le voyage dans les toilettes du train, bien qu'elles sentissent un peu fort.

Ce fut alors que la salvation se décida à se manifester dans sa triste existence : le compartiment suivant n'était occupé que par une rouquine minuscule au nez planté dans un bouquin et un petit blond à demi-endormi contre la fenêtre. Tous deux semblaient être en première année, tout comme elle – bien que la fille soit si petite qu'elle doutât un moment qu'elle soit vraiment à sa place dans le Poudlard Express.

Jackpot.

– Bonjour, soupira-t-elle en ouvrant la porte coulissante, sans chercher à défroisser son visage mécontent. Je peux m'installer avec vous ? Mon frère et ses nouveaux amis sont trop bruyants.

Le petit blond lança un coup d'œil vers sa comparse, dont le front avait viré écrevisse, et finit par hocher lentement du menton sans prononcer un seul mot. Grand bien leur fasse, elle-même n'était pas friande de longs discours.

La fille s'installa en silence, cala la cage du corbeau à côté de la minuscule gamine, qui observa l'oiseau d'un drôle d'œil. Elle ne prononça que peu de phrases.

En tout et pour tout, Scorpius et Alfie apprirent qu'elle s'appelait Saddie Van Den Berghe, qu'elle entrait à Poudlard pour la première fois et que, oui, en effet, elle était très grande, merci beaucoup.

Après avoir farfouillé dix minutes dans un sac à dos bleu, elle se mit à dessiner et le compartiment plongea de nouveau dans un calme relatif.

Alfie cligna des yeux, interdite. Encore une personne fortement étrange et intrigante. Décidément, elle avait de plus en plus hâte d'arriver et de commencer l'année !

Lorsqu'ils arrivèrent enfin à Poudlard, quasiment aucun mot n'avait été échangé entre les trois solitaires, si ce n'était une proposition de partage de friandises ou de boisson.

Le sac de Saddie Van Den Berghe regorgeait de boissons Moldues et sorcières, à l'image du sac de provisions d'Alfie. Trop gênée pour les autoriser de vive-voix à se servir, elle avait simplement fini par le laisser grand ouvert au centre du compartiment.

Descendre du Poudlard Express sans se faire trop bousculer fut une épreuve de taille. Tous les élèves semblaient pressés de courir vers la silhouette escarpée du grand château au loin.

– Les nouveaux élèves, c'est par ici que ça se passe ! Ohé, les premières années, youhou !

Si Alfie pensait sérieusement que les Détraqueurs étaient les créatures les plus terrifiantes du monde magique, c'était avant qu'elle ne pose les yeux sur Goldenrod.

Bien sûr, comme tout le monde sorcier, elle avait entendu parler des efforts d'intégration des créatures que promulguait la directrice McGonagall depuis la rentrée 2002. Néanmoins, il fallait avouer qu'elle ne s'attendait pas le moins du monde à faire face à un bigorne en tant que surveillant.

Un hybride mi-homme mi-tigre du Bengal. Rien que ça. Génial, parfait, tout à fait rassurant.

Ses crocs effilés et ses yeux luisants n'étaient pas impressionnants pour un sou, non. Sa silhouette svelte était engoncée dans un sarouel pâle, troué de façon à laisser sa queue en liberté. Une épaisse ceinture de tissu dissimulait la limite entre sa partie animale et ses bras, humains. Une longue tresse sombre traînait sur son épaule.

Faire sa rencontre de jour n'aurait pas posé le moindre souci à Alfie. Après tout, son père travaillait bien avec des bestioles autrement plus impressionnantes. Néanmoins, il y avait plus rassurant qu'une rencontre de nuit…

– On se presse, les gosses, il ne va plus rester de choux à la crème ! Sourit gaiement le bigorne en trottinant en tête de lice pour les guider vers le Lac Noir. Tous dans les barques, allez, allez !
– Il ne devrait pas avoir peur de l'eau ? Glissa doucement Saddie, debout près d'Alfie.

La petite rousse eut un rire étouffé, vite imitée par Scorpius. Le regard brillant de Goldenrod posé nonchalamment sur eux les coupa net, néanmoins.

Apparemment devenu inséparables depuis le Poudlard Express, Alfie, Saddie et Scorpius embarquèrent ensemble. Un petit garçon brun aux yeux brillants s'installa avec eux, dans le fond de la barque.

Alfie était quasiment sûre de l'avoir déjà vu quelque part, mais elle fut incapable de s'en rappeler.

Au milieu du lac, elle entrevit du coin de l'œil un mouvement dans l'eau sombre. Intriguée, elle ne réfléchit pas deux fois et se pencha pour mieux voir. La barque manqua de chavirer par sa faute, les regards écarquillés et surpris de ses compagnons la clouèrent sur place.

Et cela avant même qu'elle ne se rende compte que Goldenrod la fixait d'un air effaré et quelque peu agacé.

– Promis, je bouge plus, souffla-t-elle en reprenant place.

Les trois autres laissèrent échapper des gloussements taquins tandis qu'elle se ratatinait sous sa cape. Les élèves des autres barques riaient aussi un peu, ce qui la mortifia au moins autant que le regard vif de Goldenrod.

Oh, elle se doutait qu'il n'était pas méchant, jamais la Directrice ne laisserait une créature malfaisante au milieu de ses élèves. Néanmoins, Alfie était toute petite, à peine assez grande pour traîner sa valise ou porter la cage de Shoshannah.

Saddie la couvrait de son ombre, alors un bigorne de près de deux mètres ? Disons qu'elle était intimidée, pas forcément pour les raisons les plus évidentes.

L'embarcadère au pied du château était éclairé par quelques pauvres flambeaux, bien loin des réverbères Moldus qu'elle connaissait. Au milieu de toutes les capes sombres, Alfie profita de l'agitation pour sortir son téléphone portable et vérifia qu'il fonctionnait encore correctement. Elle n'avait pas beaucoup de réseau, mais c'était viable.

Les protections anti-Moldus devaient être obsolètes comparé à leurs avancées technologiques. À moins que, justement, ça ne soit volontaire ?

– On arrive, tu devrais ranger ça avant de le perdre, chuchota le petit brun de la barque à son attention.

Alfie hocha la tête et dissimula l'appareil dans une poche de sa robe de sorcière. Elle enverrait un message à sa famille dès qu'elle serait enfin tranquille.

Goldenrod leur fit monter une bonne centaine de marches, leur cheminement éclairé de torches dansants dans l'obscurité de la nuit. Pas à pas, marche après marche, la silhouette de hautes tours surplombées de flèches étroites se dessinait au-delà des parois escarpés de la falaise séparant le lac du château.

Ils traversèrent une cour faiblement éclairée de torches aux lueurs tremblotantes, et Alfie n'aimât pas beaucoup les jeux d'ombres qu'elles créaient derrière les colonnes.

Goldenrod les abandonna là, leur indiquant une volée de marches en plus à gravir afin d'atteindre la silhouette rassurante d'un petit bonhomme souriant, vêtu de bleu ciel depuis le bout de son chapeau pointu jusque ses mocassins brodés d'argent.

Alfie sourit discrètement, reconnaissant la carte Chocogrenouille préférée de son frère Victorian : Professeur Filius Flitwick.