Bonjour à tous !
Ici Saharu-chan et Ta-chan76. Il faut croire que nous nous sommes prises au jeu l'an passé, alors nous retentons l'expérience en 2020 avec la nouvelle édition de l'Inktober… Et nous sommes déjà en retard ! :D On ne change pas une équipe qui gagne. Les genres, ratings et personnages seront aussi variés que possible, afin qu'il y en ait pour tous les goûts.
Nous avons répartis les thèmes entre nous, à quelques exceptions près qui seront écrits à quatre mains. Tous les textes seront réunis et publiés ici, afin de construire l'ensemble à deux.
Nous rappelons à toutes fins utiles que nous n'apprécions pas les ajouts en favoris sans reviews. Nous ne forçons personne, mais respectez cette demande, s'il vous plaît !
Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à Masami Kurumada.
On attaque aujourd'hui avec le premier thème du mois, écrit par Ta-chan76.
Nous vous souhaitons une agréable lecture !
Fish (Poisson)
Par Ta-chan76
« Ils te plaisent ? »
L'interpellé se tourna brusquement, son œil fixé sur le nouvel arrivant qui avança jusqu'à lui d'un pas calme et assuré. Son sourire indiquant sa satisfaction de lui avoir causé rien de moins qu'un sursaut de surprise.
Isaak grogna. Cela ne faisait qu'une semaine qu'il avait sombré ici et il savait déjà qu'il détestait cet homme. Aussi rapporta-t-il son attention sur le spectacle qui s'offrait présentement à lui.
La douleur s'était quelque peu calmée, sa vision se faisant déjà plus nette, même s'il craignait encore de découvrir son visage sans le bandage protecteur. Alors, il avait plutôt choisi de contempler les trésors du royaume sous-marin, et les milliers de poissons aux couleurs éclatantes se déplaçant autour du domaine chaque jour, dans une danse rien de moins que féérique.
Un aquarium sans fin, avait songé Isaak avant de se rappeler avec une légère appréhension que derrière la barrière protectrice de ce sanctuaire cerné par les océans, ils constituaient finalement les éléments d'attraction des créatures marines les plus curieuses. Une ironie qui l'aurait amusé par le passé.
Comprenant que la conversation était inévitable, il finit par répondre avec un brin d'animosité :
« Dans les mers du Nord, les poissons ne ressemblent pas à ça. Ils sont… gris. Et ils se ressemblent tous.
-Vraiment… Tu t'es donc laissé charmer ?
-Par un poisson ? Vous devez vous sentir bien seul, pour en venir à ce genre d'idées. »
Pour toute réponse, l'homme dont le casque ne laissait qu'entrevoir son visage continua de lui sourire. Ce sourire insupportable, qui laissait sous-entendre avec un dédain tout calculé à quel point il détenait toutes les réponses de ces lieux, sans jamais en dévoiler aucune.
« J'imagine donc que tu n'as pas encore étudié ma proposition.
-Elle est toute étudiée. Je n'ai pas tourné le dos à Athéna. Vous devriez plutôt songer rapidement à un moyen de me ramener jusqu'à la surface et à mon maître.
-Ah, la surface… Et que t'a-t-elle apportée jusqu'à présent ? Une enfance misérable. Un camarade qui t'a mis en danger de mort. Un maître qui s'est fort rapidement accommodé à la perte de son disciple. C'en est navrant. »
La colère le saisit aussitôt à la gorge. Il aurait voulu hurler contre cet homme sinistre, démentir chacune de ses paroles et lui arracher la langue pour avoir osé proférer de telles horreur. Ce fut à cet instant que la douleur, traitresse, l'assaillit à nouveau, menaçant de lui arracher la moitié du visage et le faisant perdre son fragile équilibre. Rattrapé de justesse, épaules entre les mains du chevalier maudit.
« Isaak. Tu me crois cruel ? Je ne fais que te dire la vérité, et je suis peut-être le premier.
-Il ne voulait pas…, articula-t-il difficilement. Le bateau… il voulait seulement…
-Par un désir égoïste, vois ce qu'il a fait de toi. »
Sans douceur, l'immense main redressa son menton, le forçant à lui faire face, ignorant la grimace de douleur de l'adolescent. Et pour la première fois, Isaak vit ses yeux.
A son grand agacement, il les trouva beaux. La couleur turquoise étincelante attira aussitôt son regard, mais il réalisa rapidement qu'il y avait autre chose. Dans les reflets de ses iris, une puissance effroyable, alors que des images s'enchainaient avec une netteté désarmante.
Hyoga sortant de l'eau mortelle sans une seule blessure. Maître Camus arrivant sur leur traineau, aux quatre chiens épuisés. Non ! Son jeune camarade expliquant platement la nouvelle, le chevalier du Verseau l'acceptant sans broncher. Mensonges ! Les deux hommes repartant sans plus de cérémonie, ignorant jusqu'au filet de sang encore visible depuis la glace…
« Arrête ! »
Plus qu'un cri, un sifflement, alors qu'il se détournait enfin des yeux de son tortionnaire sans trouver la force de se défaire de son étreinte. Son esprit, comme son corps, s'engourdissait. Pourquoi avait-il essayé de crier ? Que lui avait fait cet homme ? Avait-il seulement fait quelque chose ? …Ou bien Isaak avait-il lui-même projeté dans ce regard ce qu'il s'était refusé à accepter jusqu'à présent ?
La douleur quitta un instant son œil, semblant se loger cette fois au creux de son esprit. A sa grande honte, il ne put retenir une larme.
« Ils ne m'ont pas cherché… Ils n'ont même pas essayé…
-Athéna est cruelle, énonça l'homme dont la voix devint soudain empathique. Ses serviteurs sont… tristement remplaçables. »
Ses mains, enfin, lâchèrent ses épaules. Isaak se surprit à le regretter.
« Je ne peux te rendre ton œil. Encore moins ta place sur cette infecte surface. Mais si tu n'as pas totalement écarté ma proposition… J'ai peut-être un argument supplémentaire.
-J'envisage à peine de renier à une Déesse, ce n'est pas pour me remettre au service d'un de ses semblables. Je sais très bien quel est cet endroit.
-…Tu n'es pas un idiot, c'est bien. Elle a eu raison de me convaincre de te garder.
-… 'Elle' ? »
Le sourire reprit place sur le visage qui, étrangement, lui semblait de moins en moins antipathique. Aussi Isaak ne chercha pas à s'éloigner lorsqu'il lui saisit à nouveau le menton, le forçant à faire face à nouveau au spectacle de la faune marine.
« Athéna garde pour elle les secrets des immortels. Ses suivants ne peuvent que la prier avant de périr pour elle, sans aucune réponse. Pas même un aperçu des mythes qu'elle prétend combattre ou défendre. Poséidon ne te traitera jamais de la sorte… Alors admire. »
La voix, délicieusement emplie de mystères, résonna jusqu'à lui alors qu'il fixait sans trop comprendre un nouveau banc de poissons aux reflets roses et argentés passer devant eux.
…Puis il la vit.
L'ombre se détacha de ses congénères, jusqu'à devenir silhouette. Puis figure impossible, alors qu'Isaak peinait à déterminer s'il observait un humain ou un nouvel être aquatique. Et enfin, devant le jeune garçon écrasé de puissance et de beauté, elle apparut.
La créature s'approcha de lui, son jeune visage en opposition parfaite avec ses yeux bleus profonds qui reflétaient une expérience façonnée par les âges. De sa main blanche, elle effleura la surface de la barrière, Isaak sentant son corps le trahir alors que sa propre paume venait imiter la sienne.
Un sourire lui répondit, et le visage auréolé de longs cheveux d'or s'en trouva magnifié. Sublimé. D'une beauté qui ne pouvait en aucun cas provenir du monde terrestre. Ce sourire s'imposa alors comme une nécessité, une promesse : celle de lui faire dépasser la barrière de l'existence humaine, de l'initier aux secrets des profondeurs. De lui accorder tout ce que la surface lui avait toujours refusé.
Magnifique, inaccessible… et pourtant terriblement familière, alors que les souvenirs de sa chute dans la mer glacée s'accompagnaient désormais de la sensation d'une main chaude sur son bras. D'une caresse tendre, et pourtant ferme, ayant ramené son visage meurtri contre deux seins nus. Si bien qu'alors qu'il sombrait sans fin dans les eaux noires, il s'était senti apaisé. Protégé.
Plus que tout, il s'était senti choisi.
Au prix d'un terrible effort, il se détourna de la divine apparition qui toujours lui souriait, sa nageoire s'agitant lentement dans un rythme hypnotique. A ses côtés, l'homme observait la moindre de ses réactions, son regard rivé dans le sien. Deux êtres insaisissables, irréels, aux promesses aussi dangereuses qu'irrésistibles. Promesses auxquelles Isaak savait déjà qu'il ne pourrait que céder.
Aussi sa volonté ne put retenir les quelques mots qui lui échappèrent :
« …Qui es-tu ? »
Une fugace lueur de victoire traversa les yeux de l'homme. Et alors qu'il libérait pour la première fois de son casque sa longue chevelure océan, la créature mythique derrière eux révéla, sous le sourire de ses lèvres pleines, les dents aiguisées et prédatrices.
Le piège avait fonctionné. Plus que cinq, désormais…
