- Pauvre Kreattur, soupira Hermione une nouvelle fois.
Ils étaient assis autour de la table de la cuisine, en train de dîner. Potter, voyant l'état dans lequel se trouvait son elfe, l'avait congédié pour la soirée et s'était chargé de préparer le repas. Repas qui, d'après Drago, était d'ailleurs succulent, ce qui ne manqua pas de l'étonner. Comment quelqu'un d'aussi doué en cuisine pouvait-il être aussi mauvais en Potions ?
- C'est terrible, acquiesça-t-il. Je n'arrive pas à croire qu'il ait été sur le point de se faire mal à cause d'une histoire qui remonte à plus de dix ans !
- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Potter.
- Enfin, est-ce que je suis le seul à être choqué par son attitude ? Il a dit qu'il s'était puni car il n'avait pas réussi à détruire le Médaillon, comment est-ce possible d'en arriver là ? Est-ce que c'était quelque chose qu'on lui demandait de faire fréquemment, ou est-ce que c'est la culpabilité qui l'a fait agir ainsi ?
Potter sembla sincèrement étonné par sa remarque.
- Je croyais que Dobby était ton elfe ?
- C'était celui de mon grand-père, pourquoi ?
Le trio échangea un regard.
- Comment dire... commença Weasley. Il passait son temps à se punir, pour tout et n'importe quoi. Je crois qu'il parlait de menaces de morts tous les jours ?
- Vraiment ? J'avoue que je ne l'ai pas connu beaucoup, il est revenu à mon père à la mort de mon grand-père, quand j'avais douze ans, et ensuite... Il haussa les épaules. J'ai simplement le souvenir que mon père a accusé Potter de lui avoir fait perdre un serviteur. Comme si ça importait, vraiment, il avait déjà un elfe à son service, comme nous tous, et personne dans ma famille n'a jamais traité le sien comme tu le décris.
- Supposons que tu dises vrai, comment expliquer Winky, alors ? Les Blacks et les Malefoy sont des familles connues pour avoir des, hum, tendances extrêmes, continua Potter, mais Winky était l'elfe de Barty Croupton !
- Harry, murmura Weasley en jetant un regard inquiet en direction Hermione, on ne pourrait pas changer de sujet ? Il vaudrait mieux se concentrer sur les Horcruxes, pas vrai ?
- Très bien, fit Hermione en jetant un regard à Drago qui ne présageait rien de bon. Voyons, il y a tout d'abord le journal intime que tu as détruit à la fin de notre seconde année, Harry, commença-t-elle, et Potter hocha la tête tandis que Drago essayait de se souvenir d'une quelconque histoire de journal intime cette année-là. Ensuite, il y a l'anneau, qui a été détruit l'an passé par Dumbledore, continua-t-elle, et Drago sentit son estomac se contracter en entendant le nom du Directeur. Enfin, il y a le médaillon de Serpentard, que nous devrions avoir d'ici la fin de semaine.
Elle semblait heureuse à l'idée de posséder l'objet, mais Drago n'était pas certain de partager sa joie. Le simple fait de savoir qu'une partie de l'âme du Seigneur des Ténèbres serait à proximité de lui le rendait malade.
- Il y en a donc trois que nous connaissons, fit-il, dans l'espoir que participer à la conversation dissiperait son malaise. Une idée en ce qui concerne les autres ?
- Il en reste trois. Dumbledore pensait qu'il s'agissait de la Coupe de Helga Poufsouffle, du Diadème de Serdaigle et du serpent de V... Tu-Sais-Qui.
- Le serpent ? demanda-t-il, sous le choc. Qui aurait l'idée de créer un Horcruxe avec un être vivant ?
- Oui, confirma Potter, le serpent. Malgré tout, ça ne reste qu'une hypothèse de sa part.
- Attends, tu veux dire que nous ne sommes même pas certains des objets utilisés ?
- Non ? répondit Potter en passant nerveusement sa main dans sa tignasse mal coiffée. Mais, jusque-là, Dumbledore a toujours vu juste.
- Parfait, dit Drago d'un ton ironique, vraiment parfait. Ce n'est qu'une question de semaines avant qu'on ait terminé.
- Pas besoin de nous rappeler la difficulté de la tâche, Drago, railla Hermione. Tant qu'à faire, dis-nous plutôt si tu as entendu parler d'une des deux reliques ?
- Pas le moins du monde. Je ne savais même pas que la Coupe existait et, quant à la tiare, la seule que je me souviens avoir vue récemment était... il s'arrêta soudain, se remémorant le buste d'un vieil homme portant une perruque et une tiare. La Salle sur Demande ! s'écria-t-il.
- Quoi ? demanda la jeune fille.
- Dans la Salle, continua-t-il sans faire attention à Hermione, il y avait un buste avec une perruque, et...
- ... et il y avait une tiare sur la perruque ! acheva Potter, je m'en souviens maintenant ! Je l'ai vue quand... enfin. Je l'ai vue, termina-t-il tout sourire.
- Il y a d'autres tiares dans le monde, interrompit Weasley d'un air mécontent. Comment être certains que c'est la bonne ?
- On ne peut pas, fit Potter, mais ça reste une bonne piste. Le simple fait qu'elle se trouve dans le château joue en sa faveur, d'ailleurs, car c'est le premier endroit que Vous-Savez-Qui ait considéré comme sa propre demeure. Il est attaché au château, pourquoi ne pas imaginer qu'il ait découvert la Salle et, étant persuadé qu'il était la seule à en connaître l'emplacement, ait décidé de déposer un Horcruxe ? Il est revenu au moins une fois après avoir été diplômé, peut-être a-t-il décidé d'en profiter pour le cacher ?
- Ça vaut le coup de vérifier, dit Hermione, mais ça implique de se rendre à Poudlard. Avec Dumbledore qui n'est plus là et Vous-Savez-Qui aux commandes, je pense que l'accès va être difficile.
- Pourquoi ne pas attendre la rentrée et demander à vos amis de vérifier, en les contactant avec les pièces que vous utilisiez pour communiquer ? demanda Drago.
- Hors de question, répondit Potter. Nous sommes déjà bien trop nombreux à mon goût, je ne veux pas risquer la sécurité de quelqu'un d'autre. En plus, nous ne sommes même pas certains que Poudlard va rouvrir.
- Dans ce cas, on peut essayer de se rendre à Pré-au-Lard pour emprunter le tunnel ? fit Weasley. Si deux d'entre nous prenons la cape, ça devrait être facile.
- Mauvaise idée, coupa Drago, le village sera surveillé à coup sûr. Je pense qu'on devrait d'abord se concentrer sur le médaillon et aviser ensuite pour la tiare. D'ailleurs, comment compter-vous les détruire ? De ce que j'ai lu des livres qu'Hermione m'a prêté, il n'y a pas énormément d'options. Je ne sais pas vous, mais je n'ai pas l'intention de me servir du Feudeymon, et je n'ai pas de Basilic sous la main.
- On en avait un, mais Harry l'a tué, répondit Weasley d'un air faussement blasé.
Drago ouvrit la bouche, puis la referma lentement, incapable de prononcer le moindre mot pendant plusieurs secondes.
- Potter. Tu as tué un basilic ? demanda-t-il d'un air choqué.
- Avec l'épée de Gryffondor, en deuxième année, annonça fièrement le brun, un grand sourire aux lèvres. Impressionné, Drago eut quelques difficultés à retenir le compliment qui menaçait de sortir d'entre ses lèvres. Il avait une réputation à maintenir, que diable.
- Je comprends mieux certains passages du récit que tu as fait à tes parents, indiqua-t-il finalement à Hermione. Mais, dis-moi Potter, d'où sortais-tu l'épée ?
Le jeune homme n'eut pas le temps de répondre, car Hermione venait de pousser un cri de victoire.
- Harry, l'épée !
- Quoi, l'épée ? répéta-t-il, étonné.
- Dumbledore voulait te la donner, tu te souviens ? Elle a été forgée par des goblins, elle a donc la propriété de garder les effets du venin du basilic !
- Tu veux dire que, avec l'épée, on pourrait détruire les Horcruxes ? demanda Weasley.
- Il y a de très fortes chances, oui. Encore une raison de se rendre à Poudlard !
- D'accord, fit Potter. D'abord, le médaillon et ensuite, Poudlard. Je pense qu'on va s'en sortir.
Kreattur revint quatre jours plus tard, mais les résultats furent mitigés. Il avait bien trouvé Mondingus Fletcher mais ce dernier s'était malheureusement séparé du médaillon qu'il avait volé. Après délibération, il fut décidé qu'il serait relâché une fois qu'Hermione aurait modifié sa mémoire. Le sorcier était impliqué dans de nombreuses affaires pour la plupart illégales, et tous (à l'exception de Weasley) décidèrent qu'il serait dangereux de le laisser partir en sachant que Drago était encore en vie.
Enfin, après des heures de discussions houleuses (principalement dû au fait que Weasley n'était jamais d'accord avec les propositions de Drago), il fut décidé que Potter, Weasley et Hermione iraient tour à tour espionner Ombrage et essayer de déterminer la meilleure manière de l'approcher pour lui voler le médaillon. Drago, quant à lui, resterait sur place pour condenser les informations qu'ils accumulaient. Grâce à ses connaissances et celles de Weasley, ils avaient déjà une bonne idée de ce qu'ils pouvaient ou ne pouvaient pas faire au Ministère mais, malgré tout, il restait encore des parts d'ombre dans leur plan.
Une fois qu'ils auraient suffisamment d'informations et qu'ils auraient déterminé des cibles qu'ils pourraient immobiliser et remplacer, les trois Gryffondors passeraient à l'attaque. La date exacte était encore loin d'être certaine mais, Drago le savait, elle était malgré tout très proche.
Tout en se remémorant les tâches du jour qu'il devrait effectuer, Drago s'assit à la table de la cuisine et remercia Kreattur qui venait de faire apparaitre une demi-douzaine de pancakes dans son assiette. D'un geste de sa baguette, un couteau s'éleva dans les airs et commença à éplucher une pomme qui se trouvait dans le panier à fruits. Pour terminer, il éleva sa tasse de thé à hauteur de son épaule et attendit que la théière la remplisse. Alors, seulement, il prit la copie de la Gazette qui se trouvait à proximité et scanna rapidement la première page.
- Potter ?
Un bruit considérable lui parvint du garde-manger et Potter en sorti l'air penaud, vexé d'avoir été surpris en train d'essayer de subtiliser la dernière part de tarte. Puis, se rendant compte que Drago semblait ne pas s'en soucier, il engloutit cette dernière d'une traite.
- Par Merlin, Potter, cesses d'imiter Weasley quand il mange. Viens plutôt voir ça, je pense que ça pourrait nous être utile.
Potter prit le journal qu'il lui tendait et lu le titre du jour à voix haute.
- SEVERUS ROGUE CONFIRME COMME DIRECTEUR DE POUDLARD, mince alors, ils vont rouvrir l'école... Est-ce que tu penses qu'ils s'attendent à ce que j'y aille ?
- Je ne pense pas qu'ils soient stupides à ce point, du moins j'espère. Une chose est certaine, je n'aimerai pas m'y trouver à la rentrée. Il y a de fortes chances pour que le Seigneur des Ténèbres y place des Mangemorts loyaux et j'ai bien peur que tous les étudiants qui ne sont pas de leur côté en fassent les frais. Pas certains que les Nés-Moldus puissent y retourner, par contre.
- Ce serait mieux, sans doute. Tu crois que les Mangemorts vont essayer de les retrouver ?
- Je pense, oui, soupira Drago. Ceux qui sont déjà majeures devraient s'en sortir, mais je m'inquiète sincèrement pour les plus jeunes, comme ce garçon, là, avec son appareil photo.
Le jeune Gryffondor l'avait marqué par son adoration inconditionnelle pour Potter, et par le fait qu'il ait été pétrifié en seconde année.
- Oui, un des Creevey. Si ça peut te rassurer, j'avais eu une discussion à ce sujet avec certains Gryffondors à l'enterrement de Dumbledore. Lee Jordan pensait organiser des caches au cas où les choses tourneraient mal.
- Tant mieux, ça me rend malade d'imaginer ce qu'ils sont en train de vivre en ce moment. Quand je pense que... qu'il y a quelques années, j'aurais fait tout mon possible pour qu'Hermione, ou n'importe quel autre Né-Moldu... meurt. Je ne peux pas effacer mes erreurs mais, bon sang, j'aurais aimé ne jamais penser ni dire ça. Hermione m'a pardonné, mais je ne suis pas certain de le mériter.
- Hermione est la meilleure quand il s'agit de pardon, c'est dans sa nature. Mais, Malefoy, ne pense pas comme ça, fit Potter en avançant sa main jusqu'à son épaule comme s'il voulait le réconforter avant de la retirer précipitamment de peur de sembler trop amical. Tu t'es rendu compte que ce en quoi tu croyais n'était pas vrai, et tu as décidé de changer en voyant ça. Tu ne voulais pas tuer Dumbledore. Tu as accepté de nous aider. Tu as même réussi à apprendre comment vivre comme un Moldu en partageant la maison de deux d'entre eux. Vraiment, en moins d'une année, je trouve que c'est déjà beaucoup.
- ... si tu le dis, Potter, répondit Malefoy avec un petit sourire.
- Et heu, en parlant de l'an dernier... Potter passa nerveusement la main dans ses cheveux. Je n'avais pas l'intention de te tuer, tu sais ? J'étais juste tellement obnubilé par l'idée que tu étais en train de préparer un mauvais coup, et comme le sort était destiné aux ennemis...
- Je connais l'histoire, Potter, Hermione me l'a expliquée en détail. Pas besoin de t'excuser.
- Je t'ai presque tué, quand même, fit Potter à voix basse. Il semblait extrêmement mal à l'aise, mais quelque peu soulagé de ne pas avoir à parler plus que ça de cette affaire.
- Pour... pour être tout à fait honnête, dit Drago, la gorge nouée, je crois que je t'ai provoqué parce que je me doutais que quelque chose pouvait arriver. Je cherchais un moyen pour que tout s'arrête et... honnêtement, ma mort aurait été la solution parfaite. Je me souviens, juste après que tu m'ais touché, cette sensation que j'ai ressentie. Je n'avais plus besoin de penser à rien, j'étais juste... libre. Honnêtement, j'aurais accueilli la mort à bras ouverts.
Potter le fixait avec des yeux ébahis, sous le choc.
- Wow, Malefoy. C'est...
- Est-ce qu'il reste de la tarte d'hier ?
Weasley entra dans la cuisine et s'avachit sur la première chaise qu'il trouva. Puis, se rendant compte que quelque chose n'allait pas, il releva la tête.
- Il s'est passé un truc ? demanda-t-il tout en regardant le petit-déjeuner de Drago d'un air affamé.
- Heu, oui, fit Potter. Rogue a été promu Directeur.
- Rogue, Directeur ? C'est une très bonne nouvelle ! fit une nouvelle voix, et Hermione apparut à leur côté. Elle s'approcha de la table pour lire le journal, et Drago sentit son cœur faire un bon dans sa poitrine lorsque son bras heurta le sien.
- C'est parfait, fit-elle après avoir lu l'article, ça veut dire qu'il sera dans le bureau de Dumbledore. L'Elu et son acolyte semblaient perdus, et Hermione leva les yeux au ciel avant de donner plus d'explications. Le portrait de Phineas Black, l'ancien Directeur qui était à Serpentard, continua-t-elle. On va pouvoir communiquer par son biais !
- Je n'avais pas pensé à ça, dit Drago, je me disais juste que ce serait beaucoup plus pratique si on trouvait le moyen de lui faire passer un message, mais ta solution est beaucoup mieux. Allons voir s'il est là.
Cela faisait déjà plusieurs semaines qu'ils étaient arrivés, mais Drago et le trio n'avaient pas encore eu l'occasion de voir la plupart des pièces de la maison. Kreattur s'était remis au ménage mais, même s'il était beaucoup plus efficace qu'eux, son grand âge et le fait qu'il soit seul n'aidait pas vraiment. La pièce dans laquelle ils entrèrent était visiblement la chambre de Weasley, et Drago fit de son mieux pour éviter de laisser sortir le commentaire désagréable qui lui était venu à l'esprit en voyant l'état de celle-ci. Tous les quatre se rassemblèrent autour d'un petit cadre, et Potter s'éclaircit la voix avant de s'adresser à l'habitant du portrait qui était pour le moment hors du cadre.
- Mr. Black ? S'il-vous-plaît ? C'est Harry Potter. Nous souhaiterions vous parler, si vous avez quelques minutes ?
Le portrait resta vide, mais une voix quelque peu irritée se fit entendre.
- C'est les vacances, Potter, pourquoi ne pas en profiter pour vous reposer ? Même les portraits ont droit d'avoir un peu de temps libre.
- Nous sommes vraiment désolés, mais c'est important. C'est à propos du nouveau Directeur.
Cette fois, la voix sembla plus amicale.
- Le nouveau Directeur, hein ? Un personnage fort intéressant. Il y a des années que nous n'avions pas eu un Directeur qui venait de ma maison. Qu'est-ce que vous lui voulez ?
- Est-ce que ça vous embêterait de venir ? demanda Potter, qui commençait à en avoir assez de l'attitude du portrait. Je n'aime pas parler à un cadre vide.
Le portrait d'un sorcier au visage intelligent apparut presque aussitôt, l'air ennuyé.
- Toujours la même attitude, jeune homme. Vous semblez encore incapable de montrer ne serait-ce qu'une once de respect à vos aînés. Je n'ai jamais compris ce que Dumbledore vous trouvait. Ah, fit-il après avoir examiné le reste du groupe, je vois que vous n'êtes pas seul. Oui, oui, Dumbledore pensait bien que ça arriverait. Mais n'est-ce pas le jeune Malefoy que j'aperçois ? Je n'aurais jamais pensé qu'il prendrait part à votre aventure.
- Nous ne sommes pas là pour parler de moi, Black, mais pour vous poser des questions, répliqua Drago. Le portrait commençait sérieusement à l'agacer lui aussi.
Phineas le regarda d'un air outré.
- He bien, jeune Malefoy, je vois que vous n'avez pas perdu de temps. Non seulement vous acceptez de passer du temps avec des Gryffondors, mais en plus vous prenez leurs mauvaises habitudes.
Drago ignora la pique et continua.
- Est-ce qu'on peut vous poser nos questions, oui ou non ?
- Vous pouvez tenter, renifla le portrait d'un air dédaigneux. Mais rien ne garantit que j'y réponde.
Quel emmerdeur, pensa Drago, ça doit être le seul truc drôle à faire en tant que portrait.
- Mr. Black, fit Hermione aussi poliment que possible. Nous souhaiterions savoir si vous avez pu entrer en contact avec le nouveau directeur. Vous ne le savez sans doute pas, mais nous n'avons pas eu de contact avec lui depuis la fin du mois de juin, et nous pensons qu'il serait heureux de savoir que nous allons bien.
Phineas la regarda quelques instants d'un air indéchiffrable, puis se calla confortablement contre le bord de son cadre.
- Je ne l'ai vu qu'une fois, et c'était hier. Il est rentré chez lui, mais il reviendra bientôt. Je lui passerai votre bonjour, si j'arrive à me souvenir de notre conversation.
Et, après avoir dit cela, il sortit de son cadre.
- He bien, finit par dire Weasley, je crois qu'il est d'accord pour nous aider.
- Je dois vraiment y aller, Drago, dit Hermione.
- Est-ce que tu es obligée ? Je sais que c'est une mission importante, mais est-ce que Potter et Weasley ne s'en sortiraient pas très bien sans toi ?
- Harry est considéré comme "l'indésirable numéro un", je ne me vois pas ne pas les accompagner.
- Et toi tu es Née-Moldu, et tu n'es toujours pas inscrite sur la liste de la Commission. Je pense que tu es autant en danger que lui si tu te fais prendre.
- Drago, tu sais très bien que mon choix est déjà fait. J'amène mon Gallion au cas où, je te préviendrai si quelque chose ne va pas. Pourquoi ne pas essayer de reprendre contact avec Phineas ? Honnêtement, on va bien réussir à tomber sur un jour où le professeur Rogue est seul dans son bureau.
- Les aléas de la rentrée, je suppose, et du changement de directeur. Je pense qu'il sera plus disponible une fois passé le 1er septembre, mais je vais retenter de le contacter aujourd'hui.
- Merveilleux. Maintenant que nous sommes d'accord, est-ce que tu pourrais me relâcher ?
Drago baissa les yeux et fut surpris de découvrir que, sous le coup de l'émotion, il avait involontairement attrapé ses mains entre les siennes.
- Ah, oui, fit-il en espérant qu'elle ne remarquerait pas sa gêne. Fais juste attention à toi, Hermione, le Ministère n'est plus aussi accueillant qu'avant.
- Je n'ai pas un bon souvenir de mon dernier passage, dit-elle d'un air tendu. Je pense que nous serons rentrés avant le déjeuner, mais ne nous attends pas si tu as faim avant.
- C'est noté. Maintenant, dépêche-toi de partir avant que je ne me souvienne que votre petite escapade est une mauvaise idée et que je t'interdise de suivre les deux autres idiots. Et ne fais pas ta Gryffondor si tu peux l'éviter, ça risque d'être suffisamment dangereux comme ça.
- Je vais tenter, mais je ne promets rien, lui répondit-elle en quittant la pièce.
Drago soupira et s'allongea sur son lit. Depuis qu'ils avaient commencé à travailler ensemble, faire en sorte qu'Hermione soit hors de danger avait été l'une de ses principales priorités. Cependant, ce besoin de savoir qu'elle était en sécurité s'était accru ces dernières semaines, au point qu'il avait maintenant du mal à s'endormir.
Décidant qu'il était préférable de chasser toute pensée relative au déroulement de la mission du trio, Drago essaya d'imaginer à quoi pouvait ressembler la vie des Granger en Australie. Il n'était jamais allé autre part qu'en France, ce qui rendait difficile toute tentative de visualisation, d'autant plus qu'il ne connaissait que très peu d'espèces d'animaux Moldus. Cependant, les quelques prospectus qu'il avait feuilletés lui donnait une vague idée des paysages du pays, et il se prit à rêvasser en imaginant les plages de sable fin, balayés par un vent chaud.
Pendant quelques minutes, il réussit à oublier l'Angleterre et son temps grisâtre qui n'avait fait qu'empirer avec le retour du Seigneur des Ténèbres. Puis, aussi vite qu'il était parti, le sentiment de panique qui ne le quittait plus revint en force, cette fois-ci à la faveur de son avenir. Une fois encore, un malaise grandissant se propagea dans tout son corps. Réussiraient-ils à vaincre le Seigneur des Ténèbres ? Si oui, que se passerait-il ensuite pour lui ? Est-ce qu'on le jetterait en prison à cause de son rôle vis-à-vis du meurtre de Dumbledore, et de l'attaque de Poudlard ? Est-ce que, comme le lui disait souvent Hermione, les juges prendraient en compte le fait qu'il avait été forcé d'effectuer sa tâche ? Il redoutait d'être envoyé à Azkaban, et c'était bien normal. Il avait vu le changement opéré par un séjour en prison sur son père, et il espérait ne jamais avoir à y mettre les pieds.
Drago ferma les yeux, en inspira longuement, essayant de s'imaginer aux côtés des Grangers, marchant sur une plage de l'autre côté de la terre.
Hermione avait été prise d'un frisson incontrôlable en entrant dans la pièce, au point qu'elle avait failli remercier Ombrage lorsque cette dernière avait invoqué son patronus pour les protéger des Détraqueurs. Cela faisait maintenant prêt de quarante minutes qu'elle prenait des notes avec assiduité, et elle était au plus mal. En quarante minutes, Ombrage avait interrogé et jugé une quinzaine de personnes qui, comme elle, étaient d'origine Moldue. Et, pendant quarante minutes, Hermione était restée muette, essayant d'ignorer la petite voix qui lui faisait remarquer qu'elle aurait dû intervenir pour aider les malheureux qui avaient défilé dans la salle.
Tant bien que mal, elle essaya de rester concentrée sur sa tâche, espérant qu'une opportunité se présenterait rapidement. Ombrage fit entrer une nouvelle détenue, et Hermione sentit son cœur s'arrêter lorsqu'elle entendit le nom de cette dernière : Mrs. Cattermole. Aussitôt, le lien se fit dans son esprit, et elle comprit soudainement pourquoi le pauvre Mr. Cattermole avait tant insisté pour se rendre au Ministère : sa femme devait comparaître ce matin devant la Commission, et il avait voulu l'accompagner ! Que pouvait-elle faire ? Stupéfixer Ombrage ? Non, trop dangereux avec les Détraqueurs et Yaxley dans la pièce. Peut-être pourrait-elle...
- Je suis derrière toi, fit une voix proche de son oreille, et elle fit un tel bond qu'elle faillit renverser la bouteille d'encre qui se trouvait sur son bureau. Heureusement pour elle, Ombrage et Yaxley étaient tous les deux trop occupés pour remarquer ce qu'il s'était passé, et Hermione inspira un bon coup avant de reprendre ses esprits. Harry (car il ne pouvait s'agir que de lui) étant là, de nouvelles possibilités s'offraient à elle. Il fallait qu'elle fasse quelque chose. Qu'elle dise quelque chose.
- C'est… c'est joli, ça, Dolores, dit-elle en montrant le pendentif qui brillait sur le jabot du chemisier d'Ombrage.
— Quoi ? répliqua Ombrage d'un ton sec. Elle baissa les yeux.
— Ah oui, c'est un vieux souvenir de famille, expliqua-t-elle, tapotant le médaillon qui pendait sur son abondante poitrine. Le S est l'initiale de Selwyn… Je suis parente des Selwyn… En fait, il n'y a guère de familles de Sang-Pur avec lesquelles je n'ai pas de lien de parenté… Dommage, poursuivit-elle, tandis qu'elle feuilletait le questionnaire rempli par Mrs Cattermole, qu'on ne puisse en dire autant à votre sujet. Profession des parents : marchands de fruits et légumes.
Derrière elle, quelque chose bougea, et Hermione se décala légèrement sur le côté, certaine qu'Harry allait tenter quelque chose contre Ombrage.
- Stupéfix !
Un éclair de lumière rouge jaillit. Ombrage s'affaissa, son front heurtant le bord de la balustrade.
Quelques minutes plus tard, alors qu'ils couraient à toute allure dans les couloirs du ministère, Hermione eut une pensé pour Drago, et son cœur se serra à l'idée que, s'ils se faisaient attraper, le jeune homme ne saurait jamais ce qui lui était arrivé. Elle saisit les mains des garçons et tourna sur elle-même, ses pensées tournées vers la maison. Destination, Détermination, Décision.
Après trente minutes de palabres, Phineas avait enfin accepté d'écouter sa requête, et cela avait mis Drago en confiance. Avec un peu de chance, cela signifiait que Severus était enfin libre et que le portrait allait les mettre en relation.
- Nous avons quelques questions à lui poser mais, avant tout, nous voulions lui dire que nous allions bien. Et l'informer que nous avions trouvé un des... objet que nous cherchions. Potter et le reste de la bande sont actuellement au Ministère pour essayer de le récupérer.
Le portrait semblait l'écouter distraitement, mais Drago ne se fiait pas à son air détaché. Il était un Serpentard, après tout, et il lui était facile de deviner que Phineas était en réalité extrêmement intéressé par ce qu'il lui disait.
- Nous aurions voulu savoir s'il était possible qu'il essaye de mettre la main sur un de ces objet qui pourrait être dans la Salle sur Demande. Une vieille tiare, qui serait posée sur un buste. Et nous voulions aussi savoir s'il avait accès à l'épée de Gryffondor, et s'il pouvait nous la faire parvenir.
- Vous la faire parvenir ? Mon garçon, avec tout le respect que je vous dois, pensez-vous vraiment que le directeur va volontairement vous donner l'épée d'un des Fondateurs de l'école pour jouer avec ?
- Ce n'est pas pour jouer, fit Drago d'un air irrité, c'est pour détruire le...
Un bruit de tranplanage le coupa dans son élan et il pointa sa baguette en direction du nouvel arrivant, qui n'était autre que Kreattur. L'elfe semblait extrêmement nerveux.
- Maître Malefoy doit se dépêcher ! Kreattur a senti les barrières qui protégeaient la maison tomber il y a quelques secondes, ils arrivent !
- Ils arrivent ? Qu'est-ce que tu veux dire par là, Kreattur ? Est-ce que ce sont des ennemis ?
L'elfe ne répondit pas et tourna la tête en direction de la porte, et Drago entendit un homme hurler des ordres à d'autres qui lui répondirent aussitôt.
- Kreattur, est-ce que tu sais où sont les autres ? demanda-t-il, priant pour qu'Hermione soit saine et sauve.
- Kreattur ne sait pas, Maître Malefoy, le Maître et ses amis sont revenus et ont disparus presque aussitôt. Ils ne sont plus là, mais Kreattur peut amener Maître Malefoy auprès d'eux s'il prend la main de Kreattur avant qu'il ne soit trop tard !
Sans réfléchir, Drago se saisi du cadre de Phineas et attrapa la petite main que l'elfe lui tendait.
