Chapitre 1: Reconnaissance mutuelle

«Trois heures? Non, c'est beaucoup trop long! Je te donne une heure et pas une seule minute de plus! Lorsque tu auras fini, nous irons à Peijin et tu soigneras Kaito! », ordonna Gon à la femme chat. L'atmosphère dans la chambre des invités du palais royal était lourde, si lourde que le temps lui-même avait l'air d'y être courbé. De ce fait, chaque minute qui s'y écoulait semblait durer une éternité.

Le ton ferme et déterminé du jeune homme glaça le sang de Neferupitô. Cependant, ce qui ébranla le plus cette dernière c'était ses yeux, ils étaient vides de toute hésitation. Malgré son jeune âge, à cet instant, il lui paraissait terriblement intimidant. Ce qui frappa d'autant plus la garde royale, c'est que le délai accordé par Gon pour soigner Komugi correspondait exactement à sa véritable estimation. La vitesse avec laquelle il avait balayé son mensonge prit la femme chat de court, un lourd pressentiment s'insinua en son être. «Cet humain est dangereux», pensa-t-elle alors. Mais du fait de sa situation, elle ne pouvait qu'acquiescer face à la directive du garçon.

«Je pense pouvoir y arriver. Je te remercie… », répondit-elle la tête baissée en signe de reconnaissance. Malgré la rage évidente du jeune homme, ce dernier ne se laissait pas submerger et gardait la tête froide. Il aurait très bien pu se jeter sur la garde royale sans tenir compte de la jeune humaine sous ses soins. On pourrait presque dire que s'il voulait éliminer Neferupitô, c'était sa meilleure option. En effet, la femme chat était obligée de canaliser toute son aura pour avoir recours à sa technique de soin. Aussi puissante soit-elle, actuellement elle se retrouvait donc sans aucune autre défense que son propre corps.

La réponse de la garde royale fit écho dans le for intérieur du jeune Hunter mais il n'en laissa rien paraître. Après tout, il ne pouvait se permettre de laisser une quelconque hésitation le gagner maintenant. Surtout pas après toute la détermination qu'il avait emmagasinée au fil de ces longues semaines pour se préparer à ce jour, à cette confrontation. Il ne put finalement que s'asseoir en silence face à son ennemie mais ne la quitta pas des yeux.

«Tu peux y aller Kirua. Je prends les choses en main à partir de maintenant », intima Gon sans prendre la peine de se retourner vers son ami. L'intonation employée ne laissait guère place aux négociations et ça, Kirua le compris immédiatement. Malgré sa frustration évidente, le jeune Zoldick respecta la volonté de Gon. Mais il ne pouvait pas s'empêcher de ressentir une drôle d'impression face au tableau qui se dépeignait alors devant lui.

D'un côté se tenait Neferupitô, la cible qui leur avait été attribuée pour cette mission. Cette dernière semblait avoir énormément changé depuis leur dernière rencontre mais il avait du mal à saisir en quoi. À ses yeux, elle paraissait toujours aussi forte et intimidante malgré sa position de faiblesse actuelle. Était-ce parce que, comble de l'ironie, la fourmi chimère faisait mur de son corps pour protéger une humaine? Il repensa aux paroles de son grand-père et en comprit alors pleinement le sens: «Je vous laisse juger de ce qu'il convient de faire à l'intérieur». Ce pressentiment qu'il avait eu plus tôt, avant le début des opérations, se matérialisait sous ses yeux.

En parallèle, face à la garde royale, se trouvait son meilleur ami. Il savait que ce dernier ne pouvait rester complètement indifférent face à l'absurdité du spectacle se déroulant sous leurs yeux. Malgré sa résolution et la fermeté de ses propos, Kirua craignait que ce changement chez l'ennemie pourrait venir affecter la détermination de Gon. Néanmoins, il repoussa cette pensée aussi vite qu'elle était apparue. Il se devait de lui faire confiance. Que ce soit Gon, Knuckle, Moroe, Meleoron, Ikarugo ou bien lui-même; tous étaient venus avec la ferme intention de mener à bien leur mission, même au péril de leur vie. Dans un tel contexte, douter de la détermination de son ami ne lui était pas permis.

«Très bien, je te laisse gérer ici», répondit alors Kirua. Il fit demi-tour et commença à quitter la pièce mais non sans lancer un dernier regard derrière lui, comme pour se rassurer une toute dernière fois. Bien que son pressentiment eut déjà pris forme devant lui, il ne pouvait pas s'empêcher de voir ça que comme un commencement. Qu'il s'agissait d'un nouvel engrenage qui allait venir bouleverser complètement leurs estimations initiales. Évidemment, son expérience en tant qu'ex assassin professionnel participait grandement à cette intuition. Par le passé, il avait appris que le jour J d'une mission il n'était pas rare que des éléments imprévus viennent s'immiscer dans ses calculs. Cependant, à ce moment, il était très loin d'imaginer l'ampleur de cette nouvelle variable sur la suite des opérations.

Une dizaine de minutes après le départ de Kirua, le silence dans la pièce était toujours aussi pesant. Le regard de Gon restait fixement posé sur la fourmi chimère, il observait chacun de ses gestes tandis qu'elle prodiguait ses soins à la jeune humaine étendue sur le sol. Malgré ses efforts constants pour maintenir le flot de ses pensées vers son objectif, ce dernier commençait peu à peu à dériver. Il repensa alors au moment où Pitô s'était cassé le bras en gage de bonne foi. Bien qu'il ait du mal à l'admettre, il avait été touché par la détermination de son ennemie.

S'il était entré dans une rage folle à ce moment précis, c'est justement du fait du caractère presque illogique de la situation. Comme nombre de ses amis, en venant attaquer ce palais, il s'était préparé à affronter de véritables monstruosités de la nature. Des êtres sans le moindre cœur, ni la moindre once de compassion. Alors comment se faisait-il que cette femme chat se trouvant face à lui puisse faire preuve d'autant de sensibilité ? Celle-là même qui avait martyrisé Kaito et en avait fait une espèce de pantin rapiécé des plus sinistre. C'est comme si le sort se moquait éperdument de sa détermination et il trouvait ça profondément injuste. Les images du corps mutilé de son ami lui revinrent alors à l'esprit, sa colère resurgissant, sa détermination s'embrasa à nouveau.

De son côté, la garde royale ressentait bien ce regard pesant sur elle. Sans qu'elle veuille se l'avouer, il est vrai que cela la perturbait. Bien qu'une grande partie de son attention soit tournée vers la mission que lui avait confié le roi, elle ne put s'empêcher de penser au garçon qui se trouvait derrière elle. Plus précisément, elle cherchait à comprendre pourquoi ce dernier semblait dégager une telle rancune à son égard. La détermination avec laquelle il était entré dans la pièce tout à l'heure l'avait affecté au plus haut point même si elle avait fait de son mieux pour ne pas trop y penser. Néanmoins, les minutes passant, elle commença à fouiller aux quatre coins de sa mémoire pour comprendre l'animosité qui était tournée vers elle. Ce jeune humain semblait bien se souvenir d'elle et de fait, il ne la lâchait pas du regard.

Elle repensa alors aux dires de ce dernier quelques minutes plus tôt, apparemment il tenait à ce qu'elle soigne quelqu'un… « Ça serait un ami à lui ? Et ça serait moi qui l'aurais blessé ? », présuma-t-elle intérieurement. Cela la tracassait jusqu'aux tréfonds de son être. Elle s'était attiré la colère d'un humain dont le potentiel lui laissait présager qu'il pouvait porter atteinte à son roi et elle n'en avait pas le moindre souvenir. En tant que garde royale, un profond sentiment de honte commençait à l'envahir.

Sa mémoire lui faisant défaut, elle tenta un regard vers ce garçon qui hantait tant ses pensées. Lorsqu'elle croisa le sien, alors empli d'une détermination sans faille, son sentiment de honte s'accentua. D'un seul coup il semblait dépasser son statut de garde royal ou même de fourmi chimère. Son esprit ressassa les images de son roi portant Komugi avec la plus grande des délicatesses. Cet intérêt que ce dernier portait pour une simple humaine lui paraissait étrange voir grotesque au début mais, étrangement, elle commençait à le comprendre. Ainsi, elle avait la sensation de se rapprocher de son roi.

« Pourrais-tu me redonner ton nom ? », demanda Pitô, brisant alors le lourd silence s'étant installé depuis une quinzaine de minutes maintenant. Cette question était posée avec un véritable intérêt ainsi que sans la moindre once de malice et ce, Gon le compris. Néanmoins il hésita à lui répondre, il sentait que s'il conversait avec elle, sa détermination pourrait encore vaciller. Face au silence de son ennemi, la garde royale poursuivit.

« Pour être franche, je ne me souviens pas de toi. Tu vas sans doute trouver ça étrange mais en regardant ton aura j'ai bien compris que je méritais probablement ta rancune. Je ne comprends pas ce sentiment mais je ressens comme une honte de ne même pas savoir ton nom… Surtout face à la détermination qui t'anime… », termina Pitô. Quelques secondes passèrent, la garde royale comprit que c'était probablement cette même détermination qui le poussait à ne pas répondre. Elle se sentit hypocrite de vouloir converser avec cet humain qu'elle avait blessé, exiger de lui qu'il lui révèle son nom alors qu'elle ne se souvenait même plus des actes qu'elle avait commis à son encontre. « Je suis vraiment une idiote ! », pensa-t-elle. Alors qu'elle était sur le point de s'excuser et de retirer sa requête, l'inattendu se produisit.

« Gon. Je m'appelle Gon Freecss », répondit le jeune garçon d'une voix légèrement moins ferme que précédemment. Ce changement, bien que minime, n'échappa pas à la fourmi chimère. Elle était à la fois soulagée et surprise par la réponse soudaine du jeune Hunter. Un léger sourire se dessina même au coin des lèvres de la jeune femme chat . « Décidemment, il semblerait que ce prénommé Gon Freecss ne semble pas vouloir arrêter de me surprendre… », s'amusa-t-elle intérieurement.

En définitive, Gon n'avait pu s'empêcher de lui répondre. Il avait comme senti le trouble qui s'était installé dans l'esprit de la femme chat, il comprenait pourquoi sa résolution avait tant vacillé quelques minutes plus tôt. Ses paroles lui paraissaient emplies de sincérité. Mentalement, les images de sa première rencontre avec Pitô se superposaient successivement à celles de la jeune femme chat sous ses yeux. Son regard ne dégageait clairement plus la même bestialité. Suite à sa réponse, le soulagement ainsi que le sourire de son adversaire ne lui étaient pas étrangers. « C'est curieux, j'ai de plus en plus l'impression d'être face à une humaine », s'interrogea le jeune garçon en scrutant un à un chacun des traits du visage de Pitô.

Son regard se posa alors sur la jeune fille qu'elle voulait désespérément soigner, serait-elle la cause de tous ces bouleversements ? Elle semblait avoir une grande importance pour le roi des fourmis chimères au vu de la détermination de sa garde royale. « Si on suit la déduction de Kirua, ça serait à cause d'elle que le roi se serait automutilé il y a quelques jours. Ça a sans doute eu une grande incidence sur Pitô et les autres gardes royaux… », supposa-t-il intérieurement. Définitivement, les choses avaient beaucoup évolué depuis sa dernière rencontre avec les fourmis chimères. Il eut alors une pensée pour Meleoron et Ikarugo qui étaient désormais dans leur camp. Si une telle chose était possible cela voulait forcément dire que leurs ennemis étaient en réalité bien plus humains qu'ils ne le présageaient.

Cependant cela ne voulait pas pour autant dire qu'une entente était possible, après tout, les humains aussi étaient capables de commettre les pires atrocités. Gon repensa aux membres de la brigade fantôme. Il se souvint des larmes versées par Nobunaga suite à la mort de son camarade ainsi que du visage de Phinks lorsqu'il leur avait donné les remerciements posthumes de Pakunoda. Même les pires des tueurs de sang-froid étaient capables de ressentir des sentiments purement humains, était-ce pour autant qu'il fallait leur pardonner ? « Certainement pas ! », conclu-t-il froidement.

Il regarda alors une nouvelle fois la femme chat et croisa son regard. Il réfléchit à la manière dont elle avait fait mur de son corps pour protéger cette faible jeune fille. Toute la détermination qu'elle avait dégagée à ce moment précis faisait écho à sa propre détermination, celle qu'il avait accumulée pour venir la vaincre. Cette haine qu'il ressentait pour la fourmi chimère commençait inexorablement à muer en quelque chose d'autre : du respect. Pour lui, pour sa résolution en tant qu'Homme mais aussi en tant que Hunter, cette conclusion en était presque humiliante. Cependant, un tel cap étant franchi, il était désormais difficile de passer outre.

« Qu'est-ce qu'il m'arrive ? Je ne suis pas si faible ?! Que faire de ma mission si je ne suis même plus capable de considérer mon ennemie comme une ennemie ? », se désespéra-t-il intérieurement. S'il n'était pas au cœur d'un champ de bataille, il serait probablement en train de se prendre la tête entre les mains et de hurler afin d'évacuer toute cette frustration qui s'accumulait.

Au même moment, Neferupitô n'était pas en reste, le trouble dans son esprit était tout aussi dévastateur. Lorsqu'elle avait croisé le regard du jeune homme quelques instants plus tôt, elle eut l'impression qu'un lien se formait alors entre eux. Ses nouveaux sentiments émergeants progressivement commençaient à l'effrayer. Ce garçon l'effrayait ! Et ce, pour des raisons bien différentes de celles qui l'avaient envahies lorsqu'il était entré pour la première fois dans cette pièce. Elle ne comprenait pas pourquoi mais il lui sembla bien plus proche. « Serait-ce ce que les humains appellent l'empathie ? », pensa-t-elle.

Sans qu'elle ne s'en aperçoive, ses pensées l'avaient guidée au-delà d'une frontière normalement infranchissable pour des insectes. Le premier pas étant fait, il lui était impossible de faire machine arrière. Sa vision du monde quittait peu à peu cette dichotomie lui étant propre, classifiant ce qui était bénéfique pour le roi et ce qui représentait une menace pour lui. Le vase clos dans lequel évoluait son espèce s'ébréchait au fil de ses pensées nouvelles.

Gon avait de plus en plus de mal à considérer Pitô comme une cible à abattre et il en allait de même pour la femme chat. Pour l'heure peu de mots avaient été échangés, pour autant leur perception mutuelle s'en trouvait drastiquement bouleversée. C'était précisément ce que l'on pouvait attendre d'une rencontre entre deux utilisateurs du Nen. Sans qu'ils en aient conscience, ce mince changement allait être à la source de bien des bouleversements.

Fin du premier chapitre

Et ainsi se termine le premier chapitre de ma toute première fanfiction. J'espère que vous avez eu autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire. N'hésitez pas à laisser un commentaire, il seront les bienvenus et seront pris en compte. En attendant, je vous dit à la semaine prochaine pour le second chapitre !

(PS : Cela semble évident mais je ne détiens pas Hunter X Hunter puisqu'il est l'oeuvre du génialissime Toshihiro Togashi ! Je ne fais que faire diverger l'histoire à partir d'un point précis.)