La situation de départ de cette parodie correspond au moment de l'entrée par effraction du commando de Shepard dans les Archives de la Citadelle, au cours du DLC Citadelle (Mass Effect 3). Les fans noteront d'ailleurs que plusieurs des répliques échangées sont directement issues du DLC Citadelle, pour rester dans l'ambiance.

Usual disclaimer:Les éléments de l'univers de Mass Effect exploités dans ces lignes sont issus des jeux vidéo produits par Bioware. C'est bien sûr tout spécialement le cas des événements et personnages additionnels développés dans le DLC Citadelle.

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On peut dire que pour sa première véritable permission sur la Citadelle depuis le début de la Guerre, le commandant Austin Shepard avait été servi! À peine avait-il découvert qu'il était la cible d'une tentative d'usurpation d'identité par des criminels prêts à tout, que déjà les pruneaux avaient commencé à voler de tous côtés. Le commandant avait survécu à l'expérience traumatisante d'une plongée au travers de l'aquarium d'un bar à sushis, puis à une immersion dans un autre type d'aquarium à requins également appelé casino, avec pour ponctuer le tout divers échanges de tirs, affrontements au corps-à-corps, et décollages en catastrophe sous un feu nourri! Rien de très inhabituel, pour une galaxie plongée dans une guerre sur tous les fronts... Mais là, Shepard était en permission; et ceux qui avaient voulu la lui gâcher allaient le payer au prix fort!

Le commandant avait pu avoir une conversation à distance, brève mais tendue, avec le commanditaire de tout ce cirque: ce méprisable lâche s'était dissimulé derrière toute une batterie de crypteurs qui avaient pu préserver le secret sur son image et sa voix, mais il n'avait finalement fait que donner à Shepard encore davantage envie de le revoir, face à face cette fois-ci, une seule et surtout dernière fois. La trace de l'imposteur avait justement pu être retrouvée, dans les Archives de la Citadelle où il venait d'utiliser les codes d'accréditation dérobés au premier Spectre humain. C'est donc là que Shepard comptait le coincer, et mettre un terme définitif à ses agissements.

Au moins le commandant pouvait-il compter sur un commando de soutien nettement plus fourni qu'à l'ordinaire: pas moins d'une dizaine d'équipiers! Ça le changerait de devoir se balader régulièrement sous une grêle de plomb, avec pour seule assistance deux pauvre pimpins à moitié idiots s'il ne leur dictait pas seconde par seconde ce qu'ils étaient censés faire!

Pour cette mission, l'équipe renforcée comptait une majorité d'Humains: il y avait là Ashley Williams la vieille dure-à-cuire, ainsi que James Vega et Steve Cortez les deux Latinos inséparables, aussi mal assortis que peuvent l'être un macho et un homo, mais pourtant aussi indéfectiblement liés qu'un couple de vieilles pipelettes. Shepard retrouvait aussi là ses chers vieux compagnons aliens de la première heure: Liara T'Soni sa maîtresse espionne et maîtresse tout court, l'insondable Tali'Zorah vas-quelque-chose dissimulée derrière sa visière opaque, le très sondable Garrus Vakarian avec son inséparable balai dans le cul, et Urdnot Wrex l'ami de toute forme de vie. IDA, l'Intelligence Artificielle du Normandy désormais déployée sur plate-forme autonome bien roulée, avait également tenu à être présente. Parmi les tous derniers arrivés: Javik le Prothéen décongelé, et Maya Brooks la gratte-papier du service Analyse de l'Alliance. Javik semblait être un guerrier dans l'âme; mais Brooks... Mieux valait ne pas se faire trop d'illusions quant à ce qu'elle vaudrait sur le terrain.

Peu après être entrée dans les Archives suivant une approche hautement subtile – ouverture d'une brèche par explosifs de classe militaire! –, l'équipe était tombée dans une embuscade tendue par les forces armées de l'imposteur. Sa chair à canon, aurait en fait été un terme plus approprié. Les CAT6, unité de mercenaires humains formée des rebuts déclassés de l'armée de l'Alliance, représentaient effectivement moins une force d'opposition décente qu'un simple exercice d'échauffement, pour des vétérans de multiples combats victorieux contre les Moissonneurs! Shepard et ses groupies démolissaient sans grand effort les malheureux mercenaires l'un après l'autre, voire par groupes entiers pour gagner du temps. Ils étaient en fait carrément en train de prendre leur pied, quand soudain...

-–- Ça suffit! tonna une voix impérieuse, dominant le fracas des combats.

En levant les yeux vers la pénombre de la galerie supérieure, Shepard et son commando purent voir Brooks au pouvoir d'un individu en armure CAT6, qui la maintenait serrée contre lui par une clé d'étranglement. Il s'agissait là vraisemblablement du chef des mercenaires, le mystérieux commanditaire de tous les avatars déplaisants qui se soient abattus dernièrement sur Shepard.

-–- Lâchez vos armes, poursuivit l'homme en resserrant son étreinte sur Brooks, ou ça finira mal pour elle!

Sans surprise, l'analyste gauche et timorée s'était donc révélée être le maillon faible de l'équipe. Mais bon, Shepard n'attendait de toute façon pas grand-chose d'elle; et il n'allait tout de même pas la laisser se faire trouer le crâne pour sa défaillance. Le commandant se fendit donc d'un «Okay, okay...» apaisant tandis qu'il déposait son fusil sur le sol, invitant implicitement ses compagnons à en faire autant.

Toujours dissimulé dans l'ombre, l'inconnu relâcha sa prise sur son otage. En fait, il éjecta même la malheureuse analyste avec brutalité, depuis la galerie supérieure: Brooks se reçut au sol plutôt mal que bien, mais put tout de même se relever et rejoindre les autres prisonniers. Refoulant à grand-peine la colère qui montait en lui, Shepard lança avec défi:

-–- Même si vous croyez pouvoir vous en tirer, vous ne pourrez pas vous cacher: je vous retrouverai, où que vous soyez!

-–- Me cacher? rétorqua froidement l'odieux personnage. Pourquoi?...

L'imposteur s'avança à pas lents hors de l'obscurité; et chacun put alors s'apercevoir avec incrédulité que son visage correspondait trait pour trait à celui du commandant Shepard! Lorsque le sosie malfaisant reprit la parole, il devint tout aussi évident pour tous que sa voix et ses intonations étaient également très exactement les mêmes que celles de son modèle original:

-–- ...Je suis le commandant Shepard. Je ne me cache pas.

Le choc figea de stupeur toute l'équipe du Normandy. Shepard fut naturellement tout aussi ébranlé que les autres par cette révélation; mais en même temps, il avait le sentiment diffus que quelque part, quelque chose ne collait pas. Quelque chose qu'il avait vu, qui l'avait interpellé, mais à quoi il n'avait pas réagi sur l'instant, concentré qu'il était sur la tension dramatique de la prise d'otage et sur l'amertume de sa reddition. Et puis d'un seul coup, le commandant réalisa ce qui le dérangeait dans tout cela: Brooks était à genoux, lorsque l'individu debout tout contre son dos avait bloqué son cou et ses épaules par une clé d'étranglement! Ce qui signifiait que l'enfoiré en question ne devait pas mesurer plus de...!

Le mystérieux Shepard-bis sauta depuis la galerie supérieure, se recevant au sol avec l'élégance d'un commando chevronné. Et c'est alors que l'ensemble de l'équipe put s'apercevoir que l'individu, qui en contre-plongée et depuis l'ombre de la galerie pouvait passer pour un sosie parfait du commandant, mesurait en fait à peine 1 mètre 10! De carrure trapue, il avait pour tout dire un peu l'air d'un croisement hérétique entre un Volus et un Humain, l'aspect ventripotent du Volus en moins; l'étrange personnage semblait même assez carré d'épaules – tout comme l'authentique commandant Shepard, d'ailleurs. Il était clair en tout cas qu'il avait dû faire faire son armure sur mesure, car ses mensurations n'étaient à coup sûr pas disponibles dans les inventaires des CAT6!

Celui des deux Shepards qui mesurait 1 mètre 90 s'exclama en abaissant les yeux vers l'autre:

-–- Whow, un Mini-Moi! J'ai toujours voulu en avoir un!

Le sosie miniature serra les dents sous l'injure. Mais alors qu'il s'apprêtait à répondre, Javik l'interrompit dans son élan lorsqu'il s'interrogea à voix haute, de ce ton sarcastique et condescendant que le dernier des Prothéens employait bien trop souvent au goût de ses nouveaux contemporains primitifs:

-–- Mes quatre yeux infaillibles me jouent-ils des tours? Aurais-je des problèmes de vision, ou l'Humain qui se tient devant nous n'est-il bien qu'une piètre réplique au 1/2 du commandant?

Sans laisser le temps à l'imposteur de reprendre la parole, IDA intervint à son tour en formulant une constatation dépourvue de toute malice, sans que sa voix synthétique ne reflète d'ailleurs la moindre note d'ironie:

-–- Redimensionnée de la sorte, l'IV Shepard pourrait tenir sans aucun problème sur un simple Omnitech de poignet.

Confronté à ce feu roulant de mises en boite en série, le Shepard de poche commença assez vite à perdre son calme et son assurance de façade:

-–- Mais ils vont donc pas les taire, leurs gueules, là?! fulmina-t-il. Je peux en placer une, oui?!

-–- Bien sûr, allez-y, l'invita Shepard d'un ton narquois. Tout le monde ici aimerait surement savoir de quelle bouche d'égout vous pouvez bien sortir; et vous avez clairement très envie de nous le dire...

L'imposteur avait visiblement déjà recouvré toute sa morgue, lorsqu'il vint rouler des mécaniques aux pieds du commandant:

-–- Vous n'êtes pas le seul Shepard que Cerberus ait ressuscité. Il est temps que l'un de nous deux fasse enfin quelque chose de sa vie.

-–- Je me fous de qui vous êtes, rétorqua le commandant. Vous êtes pas moi...» Shepard ajouta d'un ton plus badin: «...En fait, vous êtes même pas la moitié de moi!

-–- Je suis vous, confirma imperturbablement le demi-sosie. J'ai été créé pour vous fournir des pièces détachées, au cas où: cœur, poumons...

-–- Un clone, déduisit Liara.

-–- Un clown, oui! corrigea Garrus.

-–- C'est l'Homme Trouble qui vous envoie? demanda encore Shepard.

-–- Non, répondit le mini-clone d'une voix neutre. Il m'a écarté quand il a eu ce qu'il voulait: vous.

-–- On se demande bien pourquoi, persifla le commandant. Il avait peut-être peur de ne pas parvenir à nous différencier, si on échangeait nos armures?

Le nabot en armure CAT6 fit un tour nerveux sur lui-même, avant de se décider à expliquer sur un ton plutôt agacé:

-–- Bon, d'accord, j'ai connu quelques retards de croissance en cuve... Il y avait de fréquentes baisses de tension sur la station de recherches où j'ai été développé, okay? Restrictions de budget chez Cerberus, entièrement dues aux menues dépenses personnelles de môssieur l'Homme Trouble... Ce qu'il peut pomper comme bourbon, celui-là, c'est juste pas humain!

L'authentique et inimitable commandant Shepard croisa les bras, donnant un peu plus encore l'impression de dominer sa lamentable copie lorsqu'il plaisanta sur un ton goguenard:

-–- Ça, je veux bien le croire. J'ai déjà vu pas mal de ratés monumentaux et de plantages cataclysmiques chez Cerberus. Mais alors vous, vous êtes carrément l'étoile au sommet de la pyramide de merde de pyjak! Non, sérieusement, entre nous... Personne ne croira jamais que vous êtes Shepard!

-–- Si, rétorqua le nain maléfique sur un ton décidé. Quand je commanderai le Normandy...

Shepard et ses compagnons échangèrent des regards ébahis. L'instant d'après, l'équipe toute entière éclatait d'un rire aussi bruyant qu'unanime. Un peu surpris, les mercenaires CAT6 resserrèrent le cercle armé qu'ils avaient formé autour de leurs prisonniers. Mais il n'y avait là aucun piège de la part du commando inter-espèce: toutes et tous étaient bel et bien pris d'un fou-rire absolument irrépressible! Les larmes aux yeux, Cortez fut le premier à pouvoir articuler quelque chose:

-–- Vous... Houh-houh-houh!... Vous êtes bien conscient qu'il vous faudra un escabeau pour dominer la passerelle de navigation galactique? Et en plus... Khh-hhh-hhh!... le quartier-maître Traynor a horreur qu'un mec ait les yeux à hauteur de ses fesses!

Vega lutta un moment pour reprendre son souffle, avant d'intervenir à son tour:

-–- J'ai revisionné Game of Thrones, récemment. La version de 2180, je veux dire... Les gens de petite taille ne sont pas censés être sympas et intelligents, là-dedans?

-–- Si, en effet, confirma Williams d'une voix moqueuse. Et les eunuques sont censés être de vaillants guerriers. Et pourtant, toute la bande de mous du gland que je vois là autour m'a pas l'air d'en mener bien large. D'ici, ça m'a même l'air de fouetter méchamment tout au fond de leurs armures! Pas vrai les filles?

Effectivement, même si les visières de leurs casques ne permettaient pas de détailler leurs visages, les CAT6 ne semblaient pas très assurés sur leurs jambes, debout au milieu des nombreuses dépouilles de leurs collègues tombés dès les premiers combats. La façon dont ils échangeaient des regards rapides tout en pointant nerveusement leurs armes sur leurs prisonniers, en disait assez long sur leur état de tension et d'insécurité. Mais il fallut la réflexion d'Ashley pour faire prendre conscience de cet état de fait à Shepard-bis, qui tonna alors avec colère:

-–- Quoi!? Me dites quand même pas que ce minable boys band alien vous fout les jetons?! Bordel, vous êtres trois fois plus nombreux qu'eux, et tous bardés d'autant d'artillerie qu'on peut en arrimer entre les couilles et les épaules!

L'un des malheureux mercenaires baissa piteusement le regard vers son chef, en bredouillant dans son casque:

-–- Beuh, patron, c'est que... C'est quand même le commandant Shepard, là, en face!

Shepard Rédux s'emporta en tapant violemment du pied:

-–- Shepard se tient devant vous! Est-ce que c'est bien compris?!

-–- Devant vous, devant vous, c'est vite dit, persifla Shepard-le-seul-le-vrai. Devant vos genoux, ce serait plus juste!

-–- Mais putain, ils vont finir par boucler leur claque-merde, ces connards!? éructa le demi-clone.

-–- Et en plus il est mal élevé comme pas permis, insista Shepard. Quelle IV on vous a donc mis dans votre cuve, pour vous éduquer? Le modèle Okeer pour Krogans de synthèse?! Nan, même Grunt est plus stylé que ça; et pourtant j'en ai mis du temps, à lui enseigner l'usage des toilettes sur le Normandy!

La vanne fit glousser Wrex d'un rire gras. Elle fit en revanche grimacer le micro-Shepard, qui préféra tourner les talons et quitter la pièce tant qu'il lui restait un semblant de dignité, avec deux de ses mercenaires pour escorte:

-–- Exécutez-les, ordonna-t-il tout en avançant. Il est temps de mettre un terme au culte de Shepard.

Alors que le petit groupe allait franchir la porte du local des Archives, Shepard lança aux mercenaires qui s'éloignaient sur les pas de leur chef:

-–- Évitez de marcher sur mon clone, en partant! Ou alors, du pied gauche...

Cette dernière pique fit définitivement voler en éclats le minuscule petit reste de patience qui demeurait encore chez le minuscule petit imposteur: piqué au vif, le nabot hargneux fit instantanément demi-tour sur place, les pupilles dilatées de fureur. Et les CAT6 qui tenaient les prisonniers en joue, purent alors assister médusés au spectacle surréaliste de leur chef écumant littéralement de rage, tandis qu'il tentait de se jeter contre son modèle et rival, et que les deux mercenaires qui l'accompagnaient s'efforçaient à grand-peine de le retenir.

-–- Putain, mais lâchez-moi! hurlait le résidu d'éprouvette. J'vais m'le faire d'une main, moi, ce grand con!

Le commandant Shepard avait atteint son but: il venait de créer la diversion qui allait leur permettre à lui et à son équipe de reprendre l'initiative...

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