- Tsurara ? Qu'est-ce que tu fais ?
Rikuo avait seulement prévu de prendre l'air, ses différentes activités diurnes et nocturnes commençant à l'étouffer. Alors il était sorti, évitant au passage n'importe qui ayant pu essayer de l'empêcher de partir seul.
Il était tôt, les rues n'étaient pas encore remplies de monde et l'air frais du matin caressait son visage. Il continua de marcher, ne se souciant pas d'où ses jambes allaient l'emmener, seulement appréciant le calme de sa balade matinale.
Il avait fini par passer par le parc où la brise faisait danser les feuilles des arbres. Le printemps s'étant annoncé, l'herbe était maintenant couverte de fleurs. C'était joli, les fleurs entrelaçant leurs couleurs à celle de la verdure située en dessus. Ces touches de couleurs, parfois jaunes, parfois violet clair, parfois rose étaient répartis en différents endroits du parc. Des fleurs de couleur blanche dans un coin lui sembla être des marguerites.
C'est à ce moment-là qu'il la vit. Ses cheveux se dégradant d'une teinte claire vers une teinte plus foncé lui tombait en face de son visage, qu'elle maintenait incliné vers le bas. Elle semblait concentrée sur quelque chose, ses mains n'arrêtant pas de bouger.
Alors il l'avait interpellé. Provoquant au passage un cri de surprise de la yuki-onna, qui était complètement ignorante de ce qu'il y avait autour d'elle.
Affolée, elle se retourna brusquement pour lui faire face, tout en plaçant ses mains dans son dos. Détournant les yeux après avoir aperçu Rikuo et son regard fixé sur ses mains cachées, elle sourit comme si de rien n'était.
- Tsurara, c'est quoi ça ?
- De quoi vous parlez ?
- Ce que tu caches.
- Je ne cache rien.
Recevant le regard sceptique du semi-démon en face d'elle, la yuki-onna enleva lentement les mains de son dos, dévoilant l'objet qu'elle y cachait. Rikuo observant la marguerite quelques instants.
- Il y manque quelques pétale, nan ?
- … Il semblerait.
Ah je vois ce qu'elle faisait, pensa Rikuo. Ce jeu de fleurs, où tu enlèves chaque pétales tout en disant « il/elle m'aime, il/elle ne m'aime pas ». Rikuo avait déjà joué à ce jeu quand il était plus jeune avec d'autres enfants de son âge, car n'importe qui aurait envie de savoir si la personne auquelle ils pensent les apprécie aussi. Et l'expérience lui avait montrée qu'il y avait une plus grande probabilité de tomber sur « ne m'aime pas » que sur « m'aime ».
- Ne fais pas attention à moi, vas-y, continue.
Rikuo la regarda alors continuer à effeuiller la fleur, murmurant à chaque fois qu'elle tirait sur un pétale. Les pétales finirent par tomber un par un, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un, et que la dernière phrase prononcée soit « ne m'aime pas ».
Tsurara garda la tête baissée après avoir retirer le dernier pétale. Un moment de silence s'installa. Puis Tsurara releva la tête et sourit à Rikuo.
- Ça va, ce n'est pas si grave. C'est juste un jeu. Et puis… Dit-elle en détournant la tête. Ce n'est pas la première fois que j'essaie. Je voulais juste voir si j'arriverais à avoir un « il m'aime » …
- … Tu sais, la probabilité d'avoir un « il/elle m'aime » est bien plus petite que celle d'avoir un « il/elle ne m'aime pas ».
- Vraiment ?
- Oui regarde.
Comme pour prouver ses dires, Rikuo pris une marguerite et commença à la dépouiller de ses pétales. La dernière pétale se termina sur un « ne m'aime pas ». Il continua la même chose avec deux autres fleurs, et la réponse finale fut toujours négative.
- Tu vois. Il y a peu de chance de tomber sur une réponse positive.
- Ça semble logique.
- Et si on essayait avec d'autres personnes ?
- ?
Rikuo pris une fleur et commença à dire « Kiyotsugu m'aime, Kiyotsugu ne m'aime pas », ce qui provoqua un rire chez la yuki-onna. Evidemment, la dernière phrase fut « ne m'aime pas ».
Tsurara joignit alors le jeu et essaya avec Kana. Ils continuèrent comme ça un petit moment, essayant avec d'autres membres du clan Nura ou bien du club de Kiyotsugu la sainte croix. A chaque qu'un nom passait, ils éclataient de rire, car ils n'auraient jamais essayé avec ces personnes en temps normal, et que la réponse finale était toujours « ne m'aime pas ».
- J'ai l'impression que ce jeu est une arnaque.
- C'est-à-dire ?
- Peu importe qui l'on prend, on tombe toujours sur ''il/elle ne m'aime pas''. C'est de l'arnaque. On te vend du rêve.
- Mais on teste quand même, au cas où.
- Oui, au cas où.
- Dans ce cas-là, dis Rikuo, faisons-en sorte que ce ne soit pas faux.
- Hmm ?
- Ryuji m'aime, Ryuji ne m'aime pas, Ryuji m'aime, Ryuji ne m'aime pas…
- Ahaha !
Pendant que Tsurara continuait de se bidonner de rire, Rikuo continua de murmurer tout en enlevant les pétales. Bien sûr le sourire narquois qu'il affichait n'échappa pas à la yokai.
- Ah… Apparemment il ne m'aime pas. Bizarrement je ne suis pas étonné de cette réponse. Dit-il en souriant.
- Dans ce cas-là, devrais-je essayer aussi ?
- Avec qui ?
- Eh bien…
Tsurara pris une marguerite et après un court moment de réflexion, commença à dire « Gozumaru m'aime, Gozumaru ne m'aime pas… ». Rikuo rigola à l'entente de ce nom. Il comprenait parfaitement pourquoi elle l'avait choisi. Gozumaru qui venait la déranger dès qu'il en avait le temps et qui n'était pas le plus flatteur dans ces propos envers la yuki-onna.
Cependant, je ne pense pas qu'il la déteste réellement. Selon Rikuo, Gozumaru est un yokai pour qui être fort est important. Il avait dû être vexé que Tsurara ne soit pas assez sur ses gardes et qu'elle le laisse la frapper sans ériger de défenses durant leur combat. Alors il l'avait déclaré comme faible, tout en sachant qu'elle ne l'était pas.
Au début c'était plutôt comme s'il essayait de la faire réagir. Mais maintenant je ne serais plus vraiment dire pourquoi il continue de venir la troubler…
- Eh ?
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- … Il m'aime ?
Incrédule, Tsurara regarda le dernière pétale qu'elle tenait. Elle était sûre de son compte et ne pensait pas s'être trompé quelque part. Est-ce que j'en ai oublié un ? Tout en disant qu'elle re-essayait, elle cueillit une nouvelle fleur et ôta les pétales un à un, pour finir à avoir le même résultat.
Se renfrognant, elle reprit une fleur et fit la même action. Puis à la fin reprit une fleur et refit la même action. Puis repris une fleur et refit la même action. Mais le dernier pétale tombait toujours sur « il m'aime ».
Confuse, Tsurara continua avec les fleurs à proximité, ne remarquant pas le sourire gausseur apparaissant sur le visage du 3ème.
- Je ne comprends pas. A chaque fois que j'essaie avec Gozumaru, c'est toujours positif…
- Peut-être que maintenant, tu tombes sur la faible probabilité de réussir ?
- C'est bizarre, quand même.
- Ou peut-être que le jeu marche réellement ?
Tsurara ne sembla pas entendre cette phrase, trop concentrée à lancer un regard absurde à toutes les fleurs qui lui disaient « il t'aime ». Rikuo ne put s'empêcher de bloquer un rire afin d'éviter le regard agacé de la yokai à côté de lui.
- Peut-être qu'on devrait y aller.
- Hmm ?
- Ce n'est plus le matin, et les autres vont finir par se demander où l'on se trouve.
- Ah oui, c'est vrai.
- Et puis on ne va pas arracher toutes les marguerites non plus.
- Ce n'était pas mon intention.
- Peut-être mais… fit-il avec un sourire narquois, plus de la moitié des fleurs cueillies le sont à cause de Gozumaru.
- Il avait qu'à pas avoir une réponse positive à chaque fois.
Rikuo esquissa un sourire amusé tout en se levant, puis tendit sa main à la yuki-onna. Une fois debout ils partirent ensemble dans la direction de la maison mère, l'un s'amusant des résultats obtenus et l'autres ayant finit par décider que le jeu était absurde.
En arrivant à la maison, ils entendirent quelqu'un les interpeler. En se retournant, ils virent Gozumaru et Mezumaru les approcher.
- Mais vous étiez où, ça fait 4h qu'on vous cherche. Dit Gozumaru en grognant.
Rikuo et Tsurara se regardèrent pendant un moment avant de se retourner vers eux.
- En fait comme certains réclamaient Tsurara, on nous a envoyé la chercher. Expliqua Mezumaru. Puis après toi, t'es parti on ne sait pas où, et comme on cherchait déjà Tsurara, les autres se sont dits qu'on pouvait aller te chercher aussi.
- Tu peux au moins avertir que tu sors, ça empêchera que certains ici nous force à se coltiner une recherche à la con. Fit Gozumaru en fixant Rikuo. Puis en se tournant vers Tsurara, il lui balança : Et toi, tu pourrais au moins arrêter de te perdre.
- Excuse-moi ?
- Bien sûr, te perdre, parce que t'es pas doué. Comme si ça pouvait être autre chose.
- Je ne me suis pas perdue, je jouais avec les fleurs.
- Encore mieux. Ça prouve juste à quelle point ta tête est vide.
- Et si vous arrêtiez de vous disputer dès que vous vous voyez ?
- Sûr, dis-lui d'aller faire son taff pendant que je vais rapporter qu'ils sont revenus.
- J'ai pas besoin que tu me le dises pour le faire !
- Alors arrête de trainer !
- Je ne traine pas, et vu que j'étais au même endroit depuis tout ce temps, c'est toi qui traines ! Tire-au-flan !
- C'est celui qui le dit qui l'est !
Laissant échapper un soupir, Rikuo et Mezumaru commencèrent à séparer les deux, afin d'éviter une bagarre inutile.
- Pourquoi tu me regardes comme ça, d'abord !
- Qu'est-ce que vous comprenez pas dans « calmez-vous » ?
- Parce que t'es louche !
- Vous voyez c'est dans des moments comme cela…
- Me faire traiter de louche par quelqu'un incapable de juger est une blague !
- … Qu'il faut prendre un instant pour inspirer et se calmer.
- C'est pas ma faute si t'es pas capable de comprendre ma grandeur !
- Ah Troisième je ne suis pas sûr qu'ils écoutent ce que l'on dit.
- Ta grandeur ? Mais quelle blague, elle est tellement inexistante !
- … Au moins avec tout le boucan que ces deux là font, les autres yokais doivent s'être rendu compte qu'on est rentré.
- Si tu ouvrais un peu tes mirettes tu pourrais contempler la vérité en face et voir que je ne suis pas si horrible que ça !
- C'est bien Troisième, faut toujours être positif.
- Même dans le jeu tout à l'heure, t'arrêtais déjà pas de faire chier !
- Je croyais qu'elle jouait avec des fleurs ?
- Non Tsurara je ne crois pas que ce soit une bonne idée de parler de ça maintenant.
- Tu joues un jeu à la con et je te fais chier en même temps, c'est toi la fille louche ici.
- C'est parce que ça disait que tu m'aimais à chaque fois !
- Tu vois c'est… Attends, quoi ?
- A chaque fois la dernière pétale finissait toujours sur « il m'aime » ! Mais ça ne le faisait pas avec les autres ! C'est pourquoi c'est bizarre ! cria Tsurara tout en frappant plusieurs fois son index contre le torse de Gozumaru.
Tsurara avait la tête baissée, serrant les dents et pouvant sûrement imaginer la réplique cinglante qui allait suivre. Mais seul le silence continua de lui répondre après quelques secondes d'attente.
Elle se tourna vers les deux yokais qu'elle avait délaissé pour se chamailler avec Gozumaru, mais ne compris pas très bien leur réaction. Rikuo se massait les tempes, tandis que Mezumaru la regardait éberluée. Ce dernier la fixa plusieurs secondes avant de tourner son regard vers le yokai bœuf, les coins de sa bouche s'élevant et commençant à dessiner un sourire moqueur. Rikuo baissa sa main et regarda aussi dans la direction de Gozumaru. Comme chez Mezumaru elle put voir un sourire en coin se former sur son visage, même si son sourire était plus restreint que celui de Mezumaru.
Fronçant les sourcils, Tsurara se tourna vers Gozumaru.
- Hein ?
Elle ne put empêcher de manifester son étonnement.
Gozumaru se tenait devant elle, les yeux écarquillés et sa main recouvrant sa bouche. Mais ce qui restait le plus marquant fut la couleur cramoisi que son visage avait pris.
- Qu'est-ce qui va pas chez toi ? demanda-t-elle dubitative.
- C'est pas vrai ! Cria Gozumaru, complètement troublé, toujours cramoisi.
- … Quoi ?
- J'ai dit que c'était pas vrai !
- Bordel tu parles de quoi ?!
- C'est pas vrai ! Sans façon, tu rêves !
- Mais il délire, il-… Hey ! Reviens ici tout de suite !
- Y'a pas moyen !
Tsurara poursuivit Gozumaru qui était parti en courant, fuyant la yuki-onna comme la peste. Chacun trop occupé avec l'autre, ils ne remarquèrent pas les gloussements hilares des deux yokais qu'ils venait de laisser derrière.
Plusieurs yokais les regardèrent passer pendant qu'ils couraient, se demandant ce qu'ils faisaient.
Un de ces yokais remarqua Rikuo et Mezumaru. Il vint vers eux et, après les avoir salués, leur demanda s'il se passait quelque chose de particulier.
- Quelque chose de particulier ?
- Oui, je veux dire… Une raison particulière à leur comportement ? demanda le yokai en pointant Tsurara et Gozumaru qui continuaient de poursuivre pour l'un et de fuir pour l'autre.
- Oh…
Rikuo et Mezumaru se regardèrent un instant. Puis le semi-yokai finit par sourire.
- Eh bien oui… dit-il. C'est le printemps.
Mezumaru s'esclaffa à la réponse de Rikuo.
Rikuo ne montra qu'un sourire entendu.
Le yokai ne fut pas sûr de vraiment comprendre la réponse.
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The End
