N/A : Nouveau projet d'écriture ! J'adore la série Dickinson qui fait partie de l'une de mes séries préférées, tout comme la poétesse dont elle s'inspire. J'ai écrit quelques « drabbles » bien que je ne me restreigne pas une limitation stricte du nombre de mots que j'utilise. J'espère que vous apprécierais ce premier drabble ! Dites-moi si vous en voulez d'autres ou si vous avez même quelques idées à me soumettre.

Attention : Les drabbles que je propose ne suivent pas la chronologie d'une trame d'histoire. Ils sont indépendants des uns des autres bien qu'ils puissent se relier entre eux. Je préfère vous prévenir au cas où vous seriez surpris-es si une discontinuité temporelle venait à apparaître entre les drabbles.

Couple : Emily Dickinson x Susan Gilbert

Disclaimer : La série et les personnages ne m'appartiennent pas.

* citation extraite du recueil Avec Amour écrit par Emily Dickinson.

Bonne lecture.


Qui t'aime le plus, et t'aime le mieux, et pense à toi quand les autres dorment oublieux ?*

- Cacophonie -

Emily est allongée sur son lit, la tête renversée vers l'arrière. Ses cheveux bruns effleurent le sol tandis qu'elle fixe le plafond de sa chambre comme une énigme extrêmement compliqué à déchiffrer.

Mais en réalité, ses pensées sont très éloignées de ce plafond. En réalité, elles sont toutes portées sur une seule et même personne : Sue.

Emily lève sa main en l'air et trace soigneusement chaque lettre qui forme le prénom de sa meilleure amie. Elle a toujours trouvé cela surprenant et merveilleux qu'un seul mot puisse réussir à contenir en lui-même une véritable mosaïque de sens multiples et sache susciter chez les gens autant d'émotions ou de sentiments.

Le prénom de Sue lui fait cet effet-là. D'une simple évocation, il réussit à allumer un brasier flamboyant en elle. Un brasier incontrôlable. Un brasier délectable et insoutenable.

Est-ce que c'est la même chose pour tout le monde ? Est-ce que ses parents ont ressenti le même brasier naître en eux lorsqu'ils se sont rencontrés ? Est-ce qu'Austin, son frère ressent le même brasier lorsqu'il était avec Sue ?

Non, impossible.

Emily ne peut concevoir une seule seconde que son frère puisse éprouver la même force de sentiments qu'elle ressent pour Sue.

Est-ce que Sue ressent ce brasier lorsqu'elle pense à elle ? Se fait-elle les mêmes réflexions ? S'horrifie-t-elle de l'agitation incontrôlable qui grouille en elle à la réminiscence de tout ce qu'elles ont fait ensemble ? Agoniste-t-elle de ne plus pouvoir la toucher, l'embrasser, la tenir ?

L'a-elle oublié ?

« Sue... » murmure-t-elle faiblement « Sue… Dickinson ».

Emily ressent beaucoup de choses, donc.

Habituellement, pour y faire face, elle s'installe devant son pupitre et passe des heures à couvrir d'encre ses petites notes précieuses. Elle laisse libre cours à son imagination, à sa passion, à ses désirs et ses peurs, à ses interrogations et à ses sentiments…

Mais Emily n'a jamais ressentie un sentiment aussi contradictoire que celui qu'elle éprouve en entendant son propre nom accolé au prénom de sa meilleure amie. Elle ressent de l'émerveillement, de l'excitation, du bonheur car qu'est-ce qui peut être plus merveilleux que de partager le même nom de famille que sa meilleure amie ?

Mais en même temps, elle ressent de l'affliction, du chagrin, du désespoir, de l'impuissance et de l'injustice car qu'est-ce qui peut être plus douloureux que de savoir que ce maudit nom accolé à celui de sa meilleure amie signifie qu'elle ne lui appartiendra jamais, sinon à son frère ?

Son tourment est d'autant plus douloureux lorsqu'elle songe qu'elle ne pourra jamais aimé quelqu'un aussi fort qu'elle aime Sue. Pourtant, ce n'est pas les courtisans qui manquent, et à plusieurs reprises elle a été tenté de se laisser courtiser, mais même alors, ses efforts semblent inutiles face à la force des sentiments qu'elle nourrit à l'égard de Sue.

Ils sont tellement forts que parfois elle peut même les entendre.

Le battement de son cœur à ses oreilles lorsque Sue fait quelque chose de particulièrement audacieux lors de leurs réunions de famille hebdomadaire, comme attraper sa main sous la table ou ranger une mèche de cheveux derrière son oreille en la châtiant tendrement de son apparence débraillée.

Le déglutissement pénible et bruyant de sa gorge lorsqu'elle se perd dans la contemplation de la beauté sobre mais étourdissante de Sue.

Les soupirs éperdus et affligeants qu'elle pousse lorsqu'elle s'affale contre la fenêtre de sa chambre et observe, la mort dans l'âme, la maison d'en face – celle qu'Austin et Sue habitent depuis leur mariage.

Les gémissements incontrôlables mais à peine inaudible qu'elle lâche au creux de la nuit, lorsque son esprit s'échauffe un peu trop à la réminiscence de ce qu'elles ont partagé dans son lit.

Et ils sont tellement forts qu'elle ne peut plus distinguer ses pensées finalement. Ils sont tellement forts qu'elle peine à faire de nouveaux poèmes. Ils sont tellement forts qu'Emily craint parfois d'en perdre l'ouïe, voire même la tête.

Pourtant, personne ne semble s'en apercevoir. Personne ne semble l'entendre. Mais comment peut-on être aussi sourd à son tourment alors qu'il est semblable à la plus bruyante et insupportable des cacophonies ?

« Emily ! » hurle sa mère depuis le rez-de-chaussée « Austin et Susan vont arriver incessamment sous peu ! Dépêche-toi de te préparer ! ».

Emily roule les yeux et se laisse tomber sur le sol.

Parfois, elle voudrait être sourde, elle aussi.