C'est avec beaucoup d'émotions que je vous présente mon premier double-slash !
Installez-vous confortablement, il contient une dizaine de chapitres.
Je suis fière de vous présenter ma première fanfic entièrement planifiée. Pas de roue libre prévue, c'est acté, gravé dans la roche et milimétré.
C'est, sans trop de surprises, un Univers Alternatif.
Donc pour faire simple : les chapitres impairs seront centrés sur Nagato, les chapitres pairs sur Sasuke.
Les conversations qui s'entrecalent sont des conversations Messenger, SMS ou WhatsApp.
Le jeu en équipe évoqué c'est League Of Legends, mais il ne sera jamais nommé.
Elles peuvent être parfaitement insignifiantes ou totalement importantes. Ça peut être des traits d'humour, des infos sur les personnages secondaires, ou juste ce qu'il se passe en off.
Alors, je suis désolée, dans mon document Word, y a des emojis qui vont avec, mais les emojis ne passent pas sur ffnet, donc snif.
Les musiques évoquées par Nagato seront généralement des titres de fanfics que j'ai aimées.
Je vous mettrai le titre de la chanson d'ambiance que je vois pour le chapitre à chaque début.
Ici, c'est Memoria de Murcof.
Special thanks : Merci à ma pote Hazyllah pour ses conseils sur tout ce qui est gaming.
Bonne lecture !
Après la pluie – Chapitre 1
24 septembre
— … Voilà, nous désirions seulement vous prévenir qu'il a été libéré et placé sous contrôle d'un bracelet électronique. Cependant, il n'a pas souhaité reprendre contact avec vous.
— Très bien, je vous remercie.
Il raccrocha et tendit son visage à la pluie perpétuelle d'Ame, sa capuche glissant de ses cheveux alors qu'il relevait la tête. Les différentes nuances de gris qui s'amoncelaient dans le ciel annonçaient un orage qui éclaterait prochainement. Ses doigts se crispèrent sur son téléphone qu'il rempocha et il s'appuya contre le mur quelques instants. Il avait besoin d'accuser le coup.
Ses lèvres s'entrouvrirent et il laissa un soupir lui échapper alors que ses yeux scrutaient avec attention l'enclume de nuages qui s'accumulait au-dessus de sa tête.
Bien sûr, Itachi n'avait pas l'intention de s'appesantir inutilement sur son sort ni sur la nouvelle mitigée qu'il venait de recevoir. Consultant sa montre, il constata que sa pause s'était achevée une dizaine de minutes auparavant et il chassa ses idées noires, se présentant devant le capteur des portes automatiques pour qu'elles s'écartent, épongeant d'un revers de manches inefficace l'eau de pluie qui gouttait des mèches encadrant son visage. Il jeta un regard au réceptionniste de son entreprise et pénétra dans l'ascenseur, saluant le collègue de l'après-midi d'un hochement de tête.
— Comment vas-tu ? demanda Kisame en appuyant sur le bouton.
— Je vais bien. Et toi ?
Kisame renifla. Il parlait légèrement du nez – rougi par le rhume – et sa voix était un peu fébrile.
— Encore enrhumé. Comme à chaque fois qu'il pleut dans cette ville. La réunion avec le département marketing promet d'être explosive. Deidara va nous présenter sa nouvelle campagne.
— Les lobbyistes, soupira Itachi, tellement fatigants… C'est à se demander pourquoi nous l'apprécions.
Kisame ricana et les portes de l'ascenseur s'ouvrirent son étage. Il dernier sortit, une petite tape affectueuse sur l'épaule d'Itachi.
— Bon, on se tient au courant, pour le verre mensuel. Fais attention de ne pas prendre froid. Il est coriace, le rhume, cette année.
Itachi le remercia doucement et l'ascension jusqu'à son niveau continua, lui permettant de se perdre dans ses pensées, qu'il ne quitta pas vraiment jusqu'à ce qu'il débauche.
La nuit était tombée depuis longtemps lorsqu'il sortit de la tour où il travaillait. La pluie n'avait pas cessé et il laissa un soupir glisser entre ses lèvres avant d'ouvrir son parapluie pour se protéger. Une voiture de police passa à toute allure devant, sirène hurlante, filant vers les quartiers bas. Il la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse puis il s'engagea dans la direction opposée, remontant l'avenue qui le ramènerait chez lui.
L'humidité s'infiltrait partout, un léger vent balayait le bloc, il pressa le pas afin de pouvoir rentrer et se mettre au sec le plus rapidement possible.
Sa supérieure avait remarqué qu'il n'était pas vraiment concentré sur son travail et il avait redoublé d'efforts pour rétablir son implication sans réussir à chasser de ses pensées l'appel qu'il avait reçu.
Il savait pertinemment que s'y attarder plus que de rigueur ne serait pas constructif, pourtant il ne put empêcher son esprit d'y revenir le temps de sa marche à travers les rues quasiment désertes.
La clameur parvenant de certains bars atteignait ses tympans sans arriver à l'arracher à sa réflexion, dans laquelle surnageait vaguement une appréciation de l'architecture des endroits qu'il traversait.
Le quartier où il vivait était plutôt joli, multipliant les canopées pour couvrir des promenades où des lampes à UV permettaient à des plantes et des fleurs odorantes de pousser malgré la pluie perpétuelle.
Il laissa un nouveau soupir lui échapper. Depuis ses dix-neuf ans, sa relation avec son cadet s'était dégradée progressivement, jusqu'à sa destruction, quatre ans plus tôt, actée par l'appel qu'il avait reçu en début d'après-midi. Il eut une pensée pour ses parents et quelques regrets mordirent son cœur quand il franchit la porte de son immeuble.
Ame était une jolie ville et il aimait y vivre. Elle était paisible, moderne et dynamique. Il était facile de se perdre dans une foule d'anonymes et on pouvait passer son existence à frôler des personnes qui ne signifieraient jamais rien. N'avoir aucun nom, aucun visage pour les gens qu'il côtoyait au quotidien était pour lui un réel soulagement : il avait toujours préféré l'ombre à la lumière.
Ses pensées revinrent sur Sasuke et il resta quelques secondes figé dans l'ascenseur même après que la machine eut signalé l'arrivée sur le seuil de son étage, son parapluie gouttant sur le sol déjà humide. Il finit par secouer la tête dans une tentative peu concluante de se convaincre qu'il avait fait tout ce qu'il avait pu puis il s'engagea dans le couloir jusqu'à l'entrée de chez lui.
Quand il referma la porte de son appartement derrière lui, activant l'interrupteur et se délestant de son manteau sur le crochet prévu à cet effet, une certaine lassitude apparut sur ses traits. Son cœur se serra quelque peu dans le silence et il abaissa les paupières, se déchaussant et avançant sans bruit jusqu'à la salle de bains pour saisir une serviette. Il dénoua ses cheveux, posa le tissu éponge dessus et frotta pour en absorber l'humidité, son regard fatigué tourné vers le seuil de la chambre de son frère.
Cela faisait quatre ans que Sasuke avait quitté l'appartement, pourtant Itachi continuait à régulièrement changer les draps, faire la poussière et aérer. Comme s'il allait revenir.
La descente aux enfers de son cadet avait été inexorable et tout ce qu'il avait tenté pour l'en empêcher s'était soldé par un échec. À présent, il habitait seul dans cet appartement trop grand pour lui et repoussait toujours le moment de débaucher pour éviter au maximum d'affronter la solitude dans laquelle il vivait.
Septembre touchait presque à sa fin.
Itachi tourna les talons, se dirigea vers la cuisine, farfouillant dans les placards à la recherche de n'importe quoi de rapide à préparer. Il trouva facilement, mit le micro-ondes en fonction et il se rendit dans le salon, où il démarra son ordinateur portable avec un soupir.
Il allait encore se coucher trop tard : il n'avait que trop repoussé l'écriture d'un papier très attendu par la communauté scientifique. À présent, il avait tout le temps nécessaire à consacrer à ses recherches, ricana-t-il intérieurement.
Estimant que penser à son cadet n'était pas la meilleure idée, il fit défiler le document qu'il avait commencé à rédiger et s'accorda dix minutes pour manger.
À vingt-six ans, Itachi Uchiwa était presque parfaitement satisfait de son existence.
À la condition, bien entendu, d'oublier la problématique avec son frère.
Izumi [16:21] :
Mon amour, je suis vraiment désolée, je vais pas pouvoir venir, ce week-end, finalement, je pense décaler au week-end suivant. Tu m'en veux pas trop ?
Itachi [16:22] :
Non.
Izumi [16:36] :
Avec ma team, on part en tournoi, il y a eu un désistement, donc on est en lice. Je suis tellement, tellement désolée… On s'appelle, ce soir ? *regard coquin*
Itachi [17:07] :
Non, je vais rentrer très tard et je suis fatigué de jouer à ces jeux.
Izumi [17:33] :
Quelqu'un est de mauvaise humeur, à ce que je vois. Je te laisse tranquille ! À plus tard !
10 octobre
« Vous êtes bien sur la messagerie d'Uzumaki Naruto, je suis probablement en train de manger des ramens ou de botter le cul de Sasuke, n'hésitez pas à laisser un message, je vous rappellerai ! »
Le signal sonore résonna dans l'oreille de Konan et elle sourit des accents si joyeux de la voix du petit blond. Elle avait mis l'appel sur haut-parleur et Yahiko prononça sur le même rythme qu'elle un tonitruant « JOYEUX ANNIVERSAIRE, NARUTO ! » qui emplit le salon où ils étaient installés.
— J'espère que tout va bien pour toi, mon grand, continua-t-elle avec affection. On a vu ton nom dans les crédits du dernier film de Killer Bee, il paraît que tu étais la doublure de Nawaki Senju, félicitations ! On est ravis que tu aies réussi à te démarquer ! Continue de t'accrocher à l'école, c'est bientôt fini !
— Et donne de tes nouvelles de temps en temps ! renchérit Yahiko. Que la célébrité ne te monte pas à la tête !
— Des bisous, mon grand !
Konan raccrocha et jeta une œillade pleine de reproches à Nagato qui restait prostré dans son fauteuil, près de la fenêtre. Il avait perdu du poids, encore, et il n'avait probablement pas bougé depuis un long moment. Ses deux meilleurs amis échangèrent un bref regard inquiet. Ses joues s'étaient creusées en même temps que son regard s'affadissait et il n'était plus, à présent, qu'une pâle copie de l'homme qu'il était trois ans auparavant.
Balayant la pièce des yeux pour constater qu'il y avait un certain laisser-aller, Konan pinça les lèvres et les ouvrit finalement, mais Yahiko lui coupa l'herbe sous le pied :
— Tu aurais peut-être dû lui parler, tu ne penses pas ?
Nagato tourna lentement la tête vers ses amis, puis il ferma les paupières.
— Il ne souhaite plus me parler, rappela-t-il. Il me déteste.
C'était peine perdue et les deux autres le savaient pertinemment. Les événements d'il y a trois ans avaient provoqué une cassure nette entre Naruto et Nagato et il allait être des plus compliqués de les rabibocher. Et connaissant l'entêtement de l'un et de l'autre, la tâche paraissait tellement herculéenne que personne n'avait pour l'instant osé s'y atteler.
Yahiko se rapprocha de Nagato, faisant pivoter son fauteuil, lui collant d'office une tasse dans les mains.
— Tu as renvoyé ton aide à domicile, tança-t-il d'une voix mécontente. Pourquoi ?
— Je ne suis pas impotent, rétorqua Nagato, ses cheveux auburn frôlant son visage alors qu'il se penchait en avant pour toiser ses amis. Je n'ai pas besoin qu'on vienne m'aider à me laver.
— Tu dis ça, argua Konan, mais c'est la troisième fois de suite que tu es vêtu de la même façon quand on vient te voir.
— C'est ma tenue d'intérieur. Je vais bien, Konan. Vous n'avez pas besoin de vous inquiéter de moi tout le temps, je vais bien.
Yahiko posa la main sur l'avant-bras de sa petite-amie quand elle fit mine de protester et il hocha la tête. Instantanément, Nagato se détendit et se laissa aller dans le fauteuil, accepta de porter à ses lèvres la tasse que son ami lui avait donnée. Konan n'ajouta rien, se contentant de baisser les yeux sur la rose en origami qu'elle avait commencé à plier en entrant dans l'appartement.
C'était une habitude qu'elle avait. Autrefois, elle déposait toujours trois fleurs, mais à présent, il n'y avait plus qu'une personne qui vivait régulièrement en ces lieux.
— Le docteur t'a dit quand tu pourrais reprendre le travail ?
Nagato soupira. Les séquelles de l'accident étaient encore très imprégnées sur son corps, il demeurait faible et, même s'il retrouvait des forces, il n'était pas certain de pouvoir encaisser les contraintes physiques imposées par son emploi.
— À vrai dire, il n'est pas très confiant, il pense que c'est prématuré d'envisager de suite un retour à l'emploi et je pense que mon kiné confirmera.
— Mais alors, que vas-tu faire ? s'enquit Konan. Tu veux venir travailler avec moi ?
Il secoua la tête.
— Non merci, Konan. Je pensais reprendre les notes de Papa et essayer d'écrire le second volet de la trilogie du Ninja tenace. Je ne pense pas réussir à lui donner une suite convenable, mais j'en ai besoin. Avec l'argent qu'il m'a laissé, je peux vivre confortablement plusieurs dizaines d'années et bien qu'il soit parti, la saga des Batifolages continue à se vendre.
Konan secoua la tête, dépitée.
— J'en ai encore vendu quatre rien que la semaine dernière. C'est navrant. Ces livres sont des navets complets et ils sont tellement populaires, alors que Les Chroniques d'un ninja tenace était une histoire de fantasy merveilleuse. Elle avait un réel message à délivrer, c'est tellement dommage qu'il n'ait pas eu le succès qu'il méritait avec cet ouvrage. Quand aura lieu ton prochain rendez-vous chez le médecin ?
— Le 2 novembre.
— Je t'y conduirai, affirma Yahiko.
— Et d'ici là, tâchez de ne pas vous inquiéter pour moi.
Nagato savait pertinemment qu'il disait ça dans le vide.
Izumi [20:00] :
Je pense qu'il faut qu'on discute. Qu'est-ce qu'il y a ?
Itachi [20:01] :
De quoi veux-tu parler ?
Izumi [20:01] :
Oh pitié… Tu sais très bien de quoi je veux parler. T'es bizarre depuis fin septembre. Je suis venue trois week-ends de suite, tu ne m'as pas touchée une seule fois, tu ne réponds plus à mes sous-entendus, t'es complètement ailleurs.
(Vu)
Izumi [20:45] :
Réponds-moi.
(Vu)
Izumi [21:46] :
Ça ne sert à rien de m'ignorer, je vais insister jusqu'à ce que tu me répondes et s'il le faut je me déplacerai en personne.
Itachi [22:08] :
Je suis au travail. Et j'ai déjà répondu à ça. Je suis fatigué de jouer à ce jeu.
Izumi [22:08] :
Quel jeu ?
Itachi [22:11] :
Celui où je te fais croire que j'ai du désir pour toi. Parlons-en plus tard. Je suis toujours au travail.
Izumi [22:23] :
Non, je pense qu'on s'est tout dit. Je préfère encore mettre fin à notre histoire ici.
(Vu)
2 novembre
— Cinquante-huit kilos pour un mètre soixante-seize, sanctionna le médecin d'une voix tout à la fois sévère et paternaliste. C'est beaucoup trop peu, monsieur Uzumaki. Il semblerait que vous ayez perdu du poids depuis notre dernière rencontre.
Nagato descendit de la balance en se tenant au mur, s'avançant près du portemanteau sur lequel il avait abandonné ses vêtements et Yahiko s'approcha de lui pour l'aider à se rhabiller, avant de lui donner sa béquille.
Ils sortirent de la salle d'examen pour revenir s'asseoir en compagnie du médecin et Yahiko posa ses mains croisées sur le bureau.
— Combien a-t-il perdu ? Trois, quatre kilos ?
— Exactement. Monsieur Uzumaki, avez-vous une bonne alimentation ?
Les visites chez le médecin étaient une purge. L'homme face à lui ne faisait que lui dresser une longue liste de reproches sur son état de santé, donnant à Yahiko – qui l'accompagnait systématiquement – l'impression nette qu'il se laissait mourir à petit feu.
— Je me nourris régulièrement, répondit-il.
Cette justification ne parut convenir qu'à lui, puisque le médecin haussa les sourcils alors que son ami fronçait les siens.
— Qu'entendez-vous par régulièrement ?
Nagato humecta ses lèvres, un regard en coin porté vers son ami.
— Je n'ai pas vraiment fait les comptes. Je mange au moins une fois tous les deux jours, en tout cas.
Yahiko hoqueta, horrifié et il tourna la tête vers Nagato, le foudroyant des yeux.
— Comment êtes-vous, au niveau du sommeil ? enchaîna le médecin en prenant des notes. Vous semblez fatigué, avez-vous mal au point que ça vous empêche de dormir ?
— Mon sommeil est décousu. J'ai des difficultés à m'endormir et je dors par tranche de quatre heures. Parfois, j'arrive à en avoir deux dans la journée, mais rarement. Pas à cause de la douleur. Elle est supportable.
Le médecin soupira, déchaussant ses lunettes et repliant les branches avant de les poser sur le bureau. Il pianota sur son clavier d'ordinateur, inscrivant ces nouvelles données dans le dossier médical, puis il observa Yahiko, et reporta son regard sur Nagato.
— Pour être tout à fait sincère, je n'envisage pas de vous prescrire des somnifères médicamenteux. Vos antécédents psychologiques ne permettent pas une telle décision. Je vous propose donc un traitement homéopathique.
Nagato leva les yeux au ciel, mais les tremblements des mains de Yahiko l'empêchèrent d'expliquer au charlatan qui lui faisait face ce qu'il pensait des pseudosciences et de son ton paternaliste.
Il promit d'essayer du bout des lèvres, sa tête hurlant que non, bien sûr que non. Quand le médecin signa finalement la feuille de son bloc d'ordonnance, tenant le papier à Yahiko comme s'il était son infirmier, Nagato serra les poings. Il ne dit rien de plus, fatigué par avance de devoir expliquer qu'il était un adulte, tout de même, et qu'il pouvait s'occuper lui-même d'acheter ses médicaments.
Ils sortirent du cabinet et, à l'extérieur, Yahiko ouvrit un parapluie, tendant son bras à Nagato qui s'y accrocha avec reconnaissance. Ils marchèrent lentement dans un silence pesant puis son ami se fendit d'un soupir, levant sa main gauche pour désigner un établissement se trouvant au coin de la rue.
— Konan nous attend pour déjeuner.
Ils traversèrent et retrouvèrent effectivement leur amie assise à une table dressée pour trois personnes. Elle leva les yeux du livre qu'elle était en train de feuilleter quand elle les vit arriver, le rangeant dans son sac à main, pendant qu'ils se débarrassaient de leurs vêtements humides sur le portemanteau, le parapluie allant déverser son eau dans une rigole prévue à cet effet. Yahiko tira la chaise de Nagato pour l'aider à s'installer et Konan attrapa la main de son ami, la serrant doucement.
— Alors, comment vas-tu ?
— Je vais bien, je te remercie. Et toi ?
Son sourire s'accentua quand elle répondit :
— Je vais bien aussi. J'ai pris la liberté de commander pour vous.
— Moi aussi, je vais prendre une liberté, annonça Yahiko en s'asseyant à son tour. Celle de passer chez toi tous les midis et tous les soirs pour être certain que tu manges.
Nagato soupira et baissa les yeux.
— Ce n'est pas nécessaire. Je t'assure.
Il allait rajouter quelque chose quand son téléphone vibra dans la poche de sa veste. Intrigué, il glissa sa main sur l'objet, le tirant de sa doublure et il sentit ses couleurs le quitter en lisant l'aperçu de la notification.
— Apparemment, ce ne sont pas les seules libertés que vous prenez avec ma vie.
Il tendit l'appareil alors que sur l'écran s'affichait nettement « Œil de Lune : Confirmation d'inscription ».
Ses deux amis eurent la bonne grâce de paraître embarrassés, puis Yahiko se fendit d'un sourire.
— Oui, on a décidé qu'il était temps que tu rencontres d'autres gens.
Déverrouillant son téléphone pour finalement ouvrir le mail qu'il avait reçu, Nagato le parcourut des yeux avec une expression agacée.
— Un site de rencontres amicales et amoureuses.
Il fronça les sourcils.
— Que se passe-t-il ?
Le jeune couple échangea des œillades et joua des sourcils en direction l'un de l'autre et finalement, c'est Konan qui prit la parole.
— On voudrait simplement être sûrs que tu ne seras pas tout seul quand…
Elle sourit doucement, enlaçant ses doigts à ceux de Yahiko.
— Je suis enceinte, annonça-t-elle. Et avec un petit bébé, on aura nécessairement moins de temps pour te voir alors… On veut seulement s'assurer que tu auras quelqu'un à qui parler si aucun de nous ne peut.
Cela partait d'une bonne intention, aussi choisit-il de ne pas lui tenir rigueur de la formulation et du fait qu'ils aient pensé qu'il préférerait discuter avec un parfait inconnu plutôt qu'eux. Yahiko lui lança ce regard auquel il ne pouvait rien refuser en saisissant ses doigts pour les joindre à leurs mains liées.
— Ne dis pas non de suite, s'il te plaît, au moins, remplis ton profil, pour nous faire plaisir.
Nagato acquiesça avant de sourire.
— Tu accoucheras quand ?
— En avril prochain, informa Yahiko. On est en train de faire les démarches pour avoir un appartement plus grand et une chambre pour Bébé.
Un sourire sincère illumina le visage de Nagato.
— Je suis heureux pour vous.
Conversation de groupe : Team Jiraya
[Participants : Konan, Yahiko, Nagato, Nar…]
*Yahiko a partagé une vidéo : « Le réalisateur du film Road To Ninja, Killer Bee, prend position ! Retour en images »
Yahiko : Il est de notre côté !
* Vu par tout le monde
Il était à proximité de la porte quand des coups secs et rapides furent frappés dessus. Vu qu'il n'attendait personne, il jeta un regard perplexe à son reflet, s'observant à la dérobée dans l'immense miroir posé à l'entrée. Les cheveux dénoués, en tee-shirt et en caleçon, une cuillère pleine de glace au chocolat entre les lèvres, ce n'était pas forcément la tenue idéale pour recevoir quelqu'un, mais Itachi se dit qu'il était de toute façon trop tard pour s'inviter chez les gens.
Il allait ignorer l'appel quand une voix retentit derrière le battant.
— Je sais que tu es là, ouvre !
Étonné, il porta la main à la clenche qu'il abaissa avant de tirer sur le battant, laissant Shisui s'ébrouer sur le seuil, trempé de la pluie glaciale qui tombait à verse à l'extérieur. Son cousin et meilleur ami retira son manteau d'une main, ferma le battant de l'autre, lui portant un regard tout à fait inquiet.
— Ça va ? Non, ça va pas. Tu manges de la glace et j'entends le son de la télé. Tu ne fais jamais ça.
Itachi soupira, invitant son cousin à entrer dans le salon, ignorant l'œillade que ce dernier jetait à la porte de la chambre de Sasuke. C'était devenu un rituel, depuis quatre ans. Itachi savait qu'un jour Shisui finirait par lui demander ce qu'il attendait pour reconvertir la seconde chambre de l'appartement en bureau, afin de pouvoir y travailler tranquillement, mais il espérait que ce jour tarderait le plus possible.
Absolument sans gêne, habitant quasiment là, Shisui s'engouffra dans le salon, ses yeux passant d'un objet à l'autre, comme s'ils allaient pouvoir lui raconter ce qui s'était joué dans l'espère de son meilleur ami plus tôt dans la semaine. Bien entendu, il ne détecta rien. La télévision était bien allumée, mais c'était la chaîne de documentaires qu'elle émettait, seule chaîne qu'Itachi acceptait de mettre en fond sonore quand il avait besoin de se concentrer sur son travail.
Ce dernier passa devant son ami pour retirer la paperasse accumulée sur le canapé, ranger son ordinateur et rallumer le plafonnier en déposant le tout sur la table à manger. Shisui s'installa dans le canapé et fixa sur lui des yeux scrutateurs.
— Bon, raconte.
Il vaut mieux abréger, pensa Itachi en s'asseyant à son tour.
— Sasuke est sorti fin septembre.
Shisui parut décontenancé un instant. Il n'était pas vraiment venu pour ça, plutôt parce qu'Izumi l'avait appelé en larmes, baragouinant un charabia incompréhensible dans lequel surnageait le nom de son meilleur ami. Il avait alors deviné qu'ils avaient rompu et s'était déplacé pour témoigner du soutien à son cousin séance tenante.
Il ne dit rien, cependant, laissant Itachi continuer. C'était une technique qui fonctionnait plutôt bien, avec lui. Le silence. Le laisser vider son sac à son rythme.
— C'est son agent de probation qui m'a contacté, raconta-t-il. Il n'a pas souhaité rentrer à la maison. Il en a tout à fait le droit, puisqu'il est majeur.
Shisui haussa les épaules. Jusqu'à présent, il n'y avait rien de très étonnant, la relation fraternelle de Sasuke et Itachi avait toujours grandement conflictuelle. Il se positionna plus profondément dans le canapé, pivota légèrement le buste vers son ami, observant son profil, la vague de tristesse qui dansait au fond de ses pupilles et le pli amer que formaient ses lèvres. Il préféra donc ne rien dire, une fois de plus, pour le laisser finir.
— Et j'ai pris une décision importante, que j'aurais dû prendre depuis très longtemps. Celle de ne plus mentir.
— Je ne vois pas vraiment le rapport avec Izumi.
Ce fut au tour d'Itachi d'être surpris : il inclina la tête vers lui, les sourcils haussés, la cuillère dans la main. Il la replongea dans le pot de glace qui fondait sur la table basse et porta la cuillère pleine jusqu'à lui, léchouillant la glace fondue qui menaçait de goutter sur ses cuisses nues. C'était une invitation à développer. Shisui roula des yeux et se leva, allant chercher une cuillère dans la cuisine et il revint, se rasseyant dans le canapé, non sans avoir subtilisé un peu de glace au passage.
— Elle m'a appelé, tout à l'heure, elle était en larmes. C'était un peu décousu, son discours, mais… Elle m'a dit des choses étranges, que ça faisait plus d'un mois que tu ne l'avais pas touchée, que tu n'avais plus de désir pour elle, qu'elle était certaine que tu ne l'aimais plus, donc qu'elle avait pris les devants et choisi de te quitter d'abord, que tu n'avais pas cherché à la retenir…
Itachi replongea sa cuillère dans le pot, fermant douloureusement les paupières. Voilà une conversation qu'il aurait souhaité ne jamais avoir avec Shisui. Ni avec personne, à vrai dire. Il déglutit, attrapa la télécommande et éteignit la télévision.
— Je te l'ai dit, j'ai décidé d'arrêter de mentir. Notre relation était basée sur des mensonges.
Il y eut un silence éberlué et Shisui battit des paupières. Il parut réfléchir quelques minutes de plus, temps durant lequel Itachi réquisitionna le pot de glace sans le moindre scrupule. Quand son cousin finit par relever la tête, il lança :
— Donc si je résume bien, la sortie de prison de Sasuke t'a fait faire une introspection et tu as décidé d'arrêter de mentir. Cela a eu des conséquences sur ta relation avec Izumi et vous vous êtes séparés. Tu veux pas… Je ne sais pas, la rappeler et régler le problème ?
— Non.
— Pourquoi ça ?
Itachi jeta sa cuillère dans le pot vide qu'il venait de reposer sur la table basse, puis il s'étira, son tee-shirt remontant et découvrant son nombril.
— C'est elle qui a rompu.
Shisui garda les lèvres closes, mais il n'en pensa pas moins que peut-être son cousin aurait pu essayer de faire les choses un peu mieux.
— D'où le pot de glace en sous-vêtements ?
— Non, pas vraiment, rétorqua Itachi, j'adore cette marque, j'en mange souvent.
Shisui fut de nouveau très étonné.
— Je ne savais même pas que tu aimais le chocolat au point d'en acheter de toi-même. Combien d'autres choses dans le genre as-tu cachées ?
Il n'obtint pas de réponse et posa ses pieds déchaussés sur le canapé, se tournant franchement vers son cousin.
— C'étaient pas des blagues, alors, cette histoire d'arrêter de mentir.
Shisui farfouilla sous le canapé pour en tirer un plaid qu'il étendit sur eux.
— Bon, commença-t-il d'un ton assuré. Ça fait bien trop de temps qu'on n'a pas pu discuter tous les deux, je reste là et on bavarde.
— N'as-tu pas un travail ?
Shisui sourit, lançant un clin d'œil à son cousin préféré.
— Mission diplomatique. Je retourne à Konoha demain. J'espérais que tu resterais plus longtemps, cet été, je n'ai pas eu le temps de rentrer de Suna que tu étais déjà reparti. Tu ne viens plus aussi souvent qu'avant et ça m'inquiète, surtout maintenant que tu n'es plus avec Izumi.
— Pourquoi ?
— Je n'ai pas envie que tu ne voies que moi, comme être humain, ce serait bien de diversifier un peu, surtout que, eh bien, maintenant que j'ai pris du galon, ça va être compliqué pour moi de me libérer aussi souvent qu'avant.
Bougonnant un peu, Itachi reporta son regard sur son cousin, retroussant une lèvre boudeuse.
— À force, on ne se verra plus que pendant les fêtes de fin d'année.
— Reviens à Konoha ? tenta Shisui avec un sourire.
Le visage du plus jeune des deux se referma brutalement et toute trace de la moue disparut, alors qu'il secouait sèchement la tête.
— Je ne pars pas loin de Sasuke.
La main de Shisui se leva, glissa sur le haut de crâne de son cousin, le décoiffant avec vigueur alors qu'il laissait échapper un rire amusé. Il savait très bien pourquoi son meilleur ami restait si peu éloigné de chez lui, ne s'absentant au maximum qu'une courte semaine. C'était la même raison qui le forçait à rentrer toujours plus tard, à s'épuiser au travail.
Shisui prit une seconde pour examiner les traits tirés d'Itachi, légèrement désapprobateur, puis il secoua la tête.
— Je vais finir par demander ma mutation au Conseil d'État d'Ame, grommela-t-il. Pour être sûr que tu voies des gens. T'as la tête de quelqu'un qui n'a pas eu le moindre rapport humain depuis longtemps.
— C'est erroné, je suis sorti avec des collègues avant-hier, comme tous les mois.
— Bien sûr, et vous parlez de quoi, avec tes collègues ? Du travail, je parie ?
Itachi hocha la tête, un peu à contrecœur, avant de froncer les sourcils.
— Je n'ai pas besoin d'avoir des conversations futiles pour me sentir bien.
— Non, clairement, même avec des conversations futiles, tu te sens mal, rétorqua Shisui, pince-sans-rire.
Itachi se renfonça sous le plaid, son air boudeur revenant en force.
— De toute façon, c'est une impasse. Tu ne vas pas demander ta mutation rien que pour venir boire le thé avec moi, ce serait ridicule.
Le jeune officier laissa un air victorieux le saisir alors qu'il sortait son téléphone de sous le plaid.
— J'ai une solution, moi.
Amaterasu [03:41] :
Désolée, j'ai pas été ouf, ce soir.
DramaKiri [03:42] :
Sans déconner, c'est le moins qu'on puisse dire, t'as été tellement à chier. 50 cs 0/5 à 15 min. T'as focus n'importe comment, je ne te parle même pas de tes wards ni du moment où on s'est fait gank parce que t'as pas reculé. Bordel, t'étais tellement pas là, on aurait pu mettre un géranium avec ton casque, ça aurait fait le même effet. Tu faisais quoi ? Tu regardais frénétiquement ton téléphone en espérant que ton ex t'envoie un message ?
DramaKiri [03:44] :
On part en national, là, et toi tu nous fais un plan pareil pour un type ? Il te rappellera pas.
DramaKiri [03:44] :
Ok c'est foireux de se faire lâcher par son gars comme ça, mais Izumi, sérieux, réveille-toi. Il te méritait pas. Ça fait quatre ans que je suis ton support, quatre ans que je rêve de ce moment où on s'élèvera enfin, ensemble, tous les cinq et où je te regarderai briller au sommet. Lâche pas maintenant. Pas pour un connard de ce genre. Il te méritait pas, ce mec, tu te prends la tête pour un gars qui s'en contrefout de toi.
DramaKiri [03:45] :
Je suis désolé de faire du drama dans la team. Ça me flingue que tu te mettes dans un tel état pour un type qui s'est jamais intéressé à qui tu es vraiment et qui t'empêche de briller comme tu le mérites.
DramaKiri [03:45] :
Je suis amoureux de toi depuis toujours et ça me détruit de te voir te mettre dans un tel état, parce que moi, jamais je t'aurais laissé partir.
Amaterasu [03:45] :
Quoi ?
DramaKiri [03:45] :
Laisse tomber, j'irai mieux demain. Oublie ce que j'ai dit. Rendez-vous même heure pour l'entraînement. Ramène ton cerveau, cette fois.
*DramaKiri s'est déconnecté
26 décembre
Un brouillard épais s'était levé dans la ville et les plaques de verglas qui s'accumulaient dans les rues rendaient les automobilistes prudents. L'après-midi était déjà bien installé quand Nagato franchit la porte de chez lui, cahin-caha, traînant derrière lui une petite valise.
Les quelques jours passés dans le nouvel appartement de Konan et Yahiko lui avaient fait énormément de bien. Il se sentait apaisé et l'atmosphère des fêtes de fin d'année n'y était pas pour rien.
Il aimait cette période, quand les rues se couvraient de blanc et que l'air sec et froid fouettait les joues. Il aimait les longues promenades dans les allées de la ville, emmitouflé dans un manteau chaud et une écharpe en laine, la tête protégée par un bonnet.
Cela faisait bien longtemps qu'il ne l'avait plus fait. Avec sa béquille, il craignait de ne plus avoir autant de stabilité qu'autrefois.
La température de son appartement avait drastiquement chuté les quelques jours où il avait été absent, il s'empressa de réenclencher le thermostat, déposant sur la table de la cuisine la quantité impressionnante de restes que Konan lui avait donnés.
Il se délesta de son manteau qu'il plaça sur le dossier d'une chaise et rangea le contenu des sachets, avant de se diriger vers le salon.
Son humeur ne s'étant pas dégradée depuis son retour, il se décida pour laisser sa chaîne Hifi diffuser de la musique qui envahit bientôt tout l'espace de la pièce.
Frissonnant légèrement, il attrapa son téléphone pour expédier un message à Yahiko et prévenir qu'il était bien rentré, puis il le posa sur la table basse, saisissant son carnet à la reliure de cuir que lui avait offert Konan.
Il se laissa porter par la musique quelques instants avant de passer une main dans ses cheveux roux, descendant et tâtant ses joues. Il avait l'impression d'avoir repris un peu de poids. Pas assez pour que ses amis cessent de lui porter des regards inquiets quand ils pensaient qu'il ne les voyait pas, mais suffisamment pour avoir un regain d'espoir.
Il feuilleta ses notes quelques instants, plaqua le carnet contre son nez pour respirer l'odeur du papier et hésita.
Fronçant les sourcils, il se redressa pour saisir son smartphone, souriant quand, en le déverrouillant, il tomba nez à nez avec cette photo de Konan, Yahiko et lui d'avant l'accident. Il la contempla un long moment puis accéda à son journal d'appels, faisant défiler la liste de noms jusqu'à parvenir à Naruto. Il renonça finalement, avec un soupir exaspéré. C'était ridicule d'essayer d'insister comme ça.
Son téléphone vibra dans sa main, une fois. Il s'agissait du signal indiquant un nouveau mail. Il jeta un rapide regard sur la notification.
« Œil de Lune : nous avons sélectionné des profils similaires au vôtre dans votre région ! »
Il ricana légèrement et, par amusement, il ouvrit le mail. C'était la troisième fois depuis que ses amis l'avaient inscrit contre son gré qu'il recevait un message lui suggérant un profil similaire.
La seule case qu'il avait effectivement remplie dans le formulaire était « pourquoi êtes-vous là ? », question à laquelle il avait répondu un cassant « parce que mes amis m'ont forcé la main ». Il n'avait mis ni photo ni information personnelle – hormis sa localisation qu'il ne pouvait malheureusement pas effacer, elle était extraite de son adresse IP – et son pseudo avait été généré aléatoirement par la machine.
Son profil était tout sauf complet, il avait la formelle intention de ne pas faire d'effort pour rencontrer de nouvelles personnes. Il y avait donc peu de chance qu'il y ait, dans les environs d'Ame, un quelconque profil similaire.
Il était profondément surpris de voir que, pourtant, il y en avait bien un, tout aussi vide que le sien, si ce n'est la réponse à la même question que celle à laquelle il avait accepté de se prêter. Un encore plus sec « Uniquement pour ma tranquillité d'esprit » s'étendait sous ses yeux et, amusé, il décida d'envoyer un message à ce profil inconnu.
« Cette maudite machine tente de me forcer la main.
Les amis qui m'ont obligé à m'inscrire doivent s'être incarnés dedans, c'est déjà la troisième fois qu'elle insiste pour que nous fassions connaissance, elle est pénible. »
Immédiatement après l'envoi du message, il regretta son geste, se fustigea et maudit les informaticiens qui n'avaient pas prévu d'option pour désenvoyer un mail.
Quand il parvint à se calmer – après tout, ça n'aurait aucune incidence sur sa vie, avec ou sans réponse, et au moins, ça prouverait à Yahiko et Konan qu'il faisait des efforts –, il s'enfonça dans son canapé, son carnet à la main, planifiant les scènes à mettre dans son futur roman.
Naruto :
Tu fêtes la Nouvelle Année avec tes parents, toi aussi ?
Sakura :
Comme chaque année. Quel enfer.
Sakura :
Je suis presque médecin et je peux démonter des types qui font trois fois son poids, mais ma mère continue de me soûler avec l'endroit où je pose mes soutiens-gorges en me déshabillant. Mais qui ça intéresse, Maman, je casse des murs en leur collant des patates !
Naruto :
Ça s'arrange pas, dis donc ! Heureusement qu'il y a la résidence universitaire, sinon, c'est ta mère que tu aurais cassée. 😅
Sakura :
… 😢
Elle m'énerve. Je peux essayer de me libérer, si tu veux !
Naruto :
Nan, t'inquiète, au pire, j'irai chez Yahiko et Konan !
Il avait revu à la baisse ses ambitions. Il ne mentirait plus sauf à la famille éloignée à qui il ne devait rien.
Le cinquième jour de ses congés s'annonçait aussi mal que les précédents et il en venait réellement à regretter de s'être laissé convaincre par Shisui de se déplacer jusqu'à Konoha pour les traditionnelles cérémonies du clan.
Il avait réussi à esquiver le cousin Obito avec brio, jusqu'à présent. C'était probablement ce membre du clan particulièrement qui lui posait le plus de problèmes. Il ne saurait dire pourquoi, exactement, peut-être cette manie de vouloir nouer des liens de façon parfois excessive. Peut-être qu'il n'était pas imperméable aux jugements acerbes que les autres pouvaient porter sur une personne et Obito n'était pas le membre le plus apprécié de ses pairs, parmi les Uchiwa.
Il avait des avis qui tranchaient nettement avec les positions du clan, n'hésitait pas à entrer en conflit direct avec le chef, riait fort et vivait de façon à se faire remarquer. Ce n'était pas son poste d'enseignant à l'université de Konoha qui avait aidé à le faire mieux voir de la famille, bien au contraire : quand tous les Uchiwa s'épanouissaient dans des carrières militaires, ou presque, Obito avait choisi une voie radicalement différente.
Si cette orientation était notamment due à l'accident dramatique qui l'avait privé de l'usage d'une bonne partie du côté droit de son corps et de son œil gauche, il n'en restait pas moins que les sciences sociales n'étaient pas particulièrement plébiscitées chez les Uchiwa.
Et s'il n'y avait que ça… Son œil de verre était dérangeant. Quand le chef de clan avait demandé à Obito de cesser de porter le bandeau qui masquait son orbite vide, l'éclopé n'avait pas hésité une seule seconde à donner sa préférence à un globe oculaire avec une pupille rouge sang. Son regard était à présent presque insupportable à soutenir.
Mais rien de tout ça n'était en cause dans le problème d'Itachi avec son cousin éloigné, de neuf ans son aîné. Il l'avait toujours connu ainsi et, d'aussi loin qu'il s'en souvenait, Obito était ce jeune au visage couvert de cicatrices et au sourire inébranlable.
Non, le véritable problème était cette manie de sans cesse lui demander s'il se portait bien, s'il avait besoin de parler, s'il voulait se confesser, s'il n'en avait pas trop sur l'esprit, s'il…
Alors, pour la cinquantième fois depuis qu'il était arrivé, il avait profité de la diversion offerte par la vibration de son téléphone pour s'esquiver, prétextant un mail urgent de son entreprise. Ce n'était pas si impensable que ça, bien loin s'en fallait. Il n'était pas rare, encore quelques années plus tôt, qu'il passe ses jours de repos sur son lieu de travail, pour finir quelque chose.
Depuis le changement de supérieur, ce n'était plus aussi facile de rester et de venir sur ses jours de congés. Anko était stricte sur les horaires, dans un sens comme dans l'autre et il avait de la chance de réussir à lui échapper, vu le nombre d'heures qu'il enchaînait.
Bien entendu, il savait que ce n'était pas Oto Corp. qui le contactait. Son téléphone n'avait en mémoire que son adresse mail personnelle, il laissait autant que possible le travail à Ame, évitant de le ramener avec lui à ses horripilants séjours en famille.
Si ce n'était pour Shisui qui s'agaçait tout autant – il était actuellement prisonnier avec une grand-tante du côté de sa mère qui radotait un peu et lui expliquait que ses yeux brillaient d'une lueur divine, si Itachi en croyait le texto désespéré reçu, tapé depuis le fond d'une poche de pantalon – cela ferait déjà longtemps qu'il aurait cessé cette mascarade et envoyé paître tout ce monde.
Il ouvrit le courriel et un air surpris se dessina sur son visage quand il constata qu'il s'agissait d'un autre membre contraint d'Œil de Lune. Il survola une première fois le mail. Il le relut, puis il réfléchit.
Communiquer avec cet inconnu lui donnerait une bonne excuse pour s'esquiver de la harde de cousins bruyants qui hantaient ces lieux en prétextant le message urgent au travail. Rien ne l'empêchait de mettre fin à l'échange quand il serait rentré chez lui, en sécurité loin de ces gens avec qui il ne partageait qu'un nom et qui pensaient que ça leur octroyait le droit d'être intrusifs.
Il se réinstalla en tailleur sur le lit, attrapant son téléphone à deux mains et commença à rédiger une réponse.
« L'ami qui m'a forcé la main est suffisamment pénible pour compter pour plusieurs, alors je comprends ce sentiment.
Faire connaissance ? Pourquoi pas ? Je crains qu'il n'y ait pas grand-chose d'intéressant à dire à mon propos.
À vrai dire, je suis seulement un menteur pathologique qui essaie de se soigner. »
Voilà, voilà, j'espère que ce premier chapitre vous a plu, je vous retrouve le mois prochain pour le chapitre suivant !
