Diamond Ring

Disclaimer: Pas à moi ( malheureusement )

Rating: M

Couple: Naruto X Sasuke, mon inspiration tourne autour d'eux.

Note: So je sais pas vraiment ce qui m'a pris…j'avais envie d'écrire un truc light and digest alors voilà, j'ai pondu ça en une soirée. Mais ça m'a bien pris une semaine pour tout corriger, par contre. On par sur du fluff…beaucoup de fluff. Avec quelques rares moments sérieux. Normalement c'est juste deux parties. Je suis en licence de Math alors vous trouverez sans doute des trucs en rapport un peu nuls sur les bords, j'ai le cerveau fondu à cause de ça, d'ailleurs. Sorry, ce site ne laisse pas beaucoup de possibilités de mise en scène du texte, quelle plaie. Donc bref…bonne lecture!

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Partie 1 – Liberty

Un jour, j'ai fait un rêve-

Et c'est tout. Un jour j'ai juste fait un rêve.

Bref. J'étais censé tout contrôler. Tout maitriser. C'était un petit peu le bail que j'avais passé avec moi-même en me promettant de toujours garder un certain contrôle des choses dans la limite du possible.

J'imaginais pas que les conséquences d'une seule nuit de folie, d'un seul acte, allaient remettre en question toute ma vie entière.

Ouais, j'imaginais pas.

Alors je me suis juste dit : allons y, j'risque rien. Demain, tout redeviendra normal. Peace.

J'aurais pas dû m'écouter.

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Naruto avait toujours eu différents types de réveils.

Le réveil doux – réveil habituel qui avait tendance à commencer à se faire légèrement désirer, cependant. Généralement, un léger sourire flottait sur ses lèvres, vestige des rêves sucrés qui avaient eu le bonheur de s'établir dans son inconscient. Le ciel paraissait alors plus bleu, l'herbe plus verte et la journée ne pouvait pas mieux débuter.

Puis, il y avait le réveil confus. Il papillonnait longuement des yeux avant de se souvenir de l'endroit où il se trouvait et ce même s'il avait passé la soirée de la veille affalé sur le canapé à regarder des télé-réalités américaines. La journée lui paraissait alors longue et touffue et il ne souhaitait que rentrer au plus vite dans le cocon de son appartement douillet.

Enfin, le réveil hardcore. Le pire de tous. Celui qui annonçait directement la couleur horrible de la journée qu'il serait obligée d'endurer. Très souvent, il se cognait le petit orteil contre un meuble en allant se faire un café dans la cuisine, marchait dans les excréments de son chien qui s'était soulagé au beau milieu du couloir et encaissait les pires annonces de tout le mois. Le genre de réveil qui lui donnait envie de tout envoyer au diable avant d'entrer en hibernation dans la chambre et d'espérer réaliser une fusion radioactive de type alpha, bêta, gamma avec le matelas.

Un peu comme aujourd'hui.

Il avait eu droit au réveil hardcore.

Le jeune homme avait sursauté violemment dans son couchage comme si quelqu'un avait hurlé dans un mégaphone à deux centimètres de ses oreilles. Ses yeux s'étaient ouverts en mode auto-pilote. D'un seul coup, très inquiétant. Et il était resté quelques instants dans le vague, sans trop savoir ce qu'il faisait ou comment il était arrivé là. Il avait un véritable trou noir à la place du cerveau. C'était horriblement frustrant de sentir les informations arrivées au galop pour repartir aussitôt sans qu'il n'ait le temps de les analyser.

Sa tête tournait comme un manège lancé à plein régime et il avait l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur, tellement ses membres étaient engourdis.

"Pire réveil ever," grogna-t-il en essayant de se lever.

Mais c'était sans compter sur le bras enroulé autour de sa taille, qui le maintenait dans cette position en une étreinte à la fois ferme et douce.

Attendez, le bras ?

Naruto sursauta une nouvelle fois en se rendant brusquement compte que même avec des années de musculation, Hinata n'aurait jamais le bras aussi épais.

Ledit membre l'encerclait férocement comme pour le garder prisonnier et le força à faire preuve d'une ridicule tentative de discrétion pour tenter de le déloger de son corps encore bien trop amorphe. Cependant, le jeune homme se força à garder toute sa vigueur et sa détermination, car devoir supporter une situation aussi gênante que celle de faire face à la personne avec qui il avait passé la nuit, alors qu'il ne se souvenait de rien, était au-dessus de ce qu'il pouvait actuellement supporter.

Sauf que ce bras était lourd et que son propriétaire n'avait pas l'air de vouloir le libérer. Naruto retint un soupir en posant les mains sur le membre qui l'empêchait de tirer sa révérence avec l'intégralité de sa dignité. Il était pâle et musclé. Les fins poils noirs qui le recouvraient étaient presque trop fascinants pour qu'il détourne toute suite le regard. Il eut envie de les caresser une nouvelle fois comme il avait sans doute dû le faire cette nuit. Le jeune homme rougit légèrement, honteux de ses pensées aussi grivoises. Mais néanmoins irrémédiablement attirer par l'attrait que représentait ses muscles secs et fermes.

"Seigneur, mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?", marmonna-t-il en fixant un des nombreux lustres du plafond, secouant lentement la tête de gauche à droite. "Je viens réellement de passer les cinq dernières minutes de ma vie à épiloguer sur un bras ?"

Un bras d'homme, donc, à n'en point douter.

À moins que le vagin de sa copine s'était transformé en tout autre chose qu'il n'avait absolument pas vérifié en soulevant légèrement les draps.

Fort heureusement, cela eut le don de le faire sortir de sa léthargie. Il soubresauta si fort qu'il frappa ce qui devait être le visage – la couverture qui l'enveloppait le faisait douter, de l'homme qui les faisait passer pour une moule et son rocher.

Tandis qu'un grognement rauque lui répondait, Naruto s'extirpa des draps et se mit aussitôt à la recherche de ses vêtements, résolut d'admettre, au vu du fait qu'ils étaient tous les deux nus comme au jour de leur naissance, qu'ils n'avaient pas passé la nuit à jouer aux cartes ou à discuter de l'analyse dimensionnelle des grandeurs physiques.

Le jeune homme se tirait ses cheveux déjà en bataille, toujours en quête de quelque chose à se mettre sur le dos. Son sous-vêtement était hors de vue, comme s'il avait eu des pieds et qu'il était sorti par la porte ou alors qu'il s'était tout bonnement volatilisé.

Bon sang, un bout de tissu jaune fluo ne pouvait décemment pas passer aussi inaperçu !

Accaparé par ses fouilles, il en oublia presque la victime de son coup qui émergeait toujours dans son dos. Il le regretta bien vite lorsqu'il sentit ce même bras qui avait monopolisé toute son attention entourésa taille et le rapprocher d'un torse chaud et musclé.

Naruto poussa un glapissement, bien peu viril pour le coup, sa voix était sortie deux octaves au-dessus de ce qu'il aurait souhaité, effectuant une rotation d'angle PI digne des plus grands gymnastes.

Le visage qui lui fit alors face fut le plus fascinant qu'il ne lui ait jamais été donné de voir. Un nez droit et fier, des pommettes saillantes, la représentation vivante de la beauté sur terre. Quand il plongea ses yeux bleus dans ceux, d'un noir beaucoup trop profond pour être simplement banal, quelque chose lui ressauta tout de suite aux yeux.

"Tu…tu…tu n'es pas Hinata !

Visiblement", lui répondit son vis-à-vis dans une pointe de sarcasme qui fit froncer ses sourcils blonds.

Il était toujours tout affolé, ne parvenant pas à rester en place. À tel point qu'il peinait à se rappeler d'avoir honte de se dandiner en tenue d'Êve devant le regard brûlant de cet homme qui n'était plus vraiment un inconnu à mesure que le temps passait et que la soirée de la veille refaisait lentement surface.

Naruto sentait que la réalité risquait d'être abrupte et s'essayait à faire un compte à rebours dans sa tête avant que les conséquences de ses actes lui éclaboussent le visage.

Puis le calme olympien de cet homme avait quelque chose de profondément agaçant. Son aisance et sa décontraction le mettaient profondément mal à l'aise. Tout comme le voir dans son parage le plus simple ne permettait nullement au blondinet d'adopter l'attitude stoïque et sérieuse qu'il tentait désespérément de retrouver.

Naruto se passa une main sur le visage pour essayer de maîtriser les réactions de son corps et ne plus se comporter comme une espèce de chienne en chaleur.

Et c'est qu'il la vit.

La bague qui brillait discrètement à son doigt.

Le diamant épousait la courbe de son annulaire gauche et se confondait presque avec sa peau comme si elle avait toujours été là. Pourtant, il n'avait pas l'habitude de porter des bagues. Alors il aurait dû la remarquer toute suite. Pourquoi cela lui parut normal ? Pourquoi la surprise était arrivée deux secondes trop tard ? Pareillement à si…à si elle avait toujours eu sa place là. À son doigt.

Le jeune homme releva brusquement la tête, ses cervicales protestèrent sous l'action, mais la sensation désagréable fut enfouis sous la détresse qu'il ressentit presque aussitôt quand son regard se magnétisa vers Sasuke – son nom venait de lui sauter à l'esprit presque trop brusquement, et la bague qu'il portait lui aussi à son annulaire gauche.

"Oh mon Dieu…", bredouilla-t-il en priant toutes les divinités qu'il connaissait pour qu'il se trompe.

Sasuke restait impassible. Il se passa une main dans sa masse de cheveux noirs puis alla s'allonger à nouveau sur le lit. Les yeux bleus du blond le suivirent et décortiquèrent tous ses mouvements tandis que la mécanique bien huilée des rouages de son cerveau tournait à plein régime.

L'annulaire de la main gauche ne signifiait-il pas le chemin direct vers le cœur de l'être aimé ?

"C'est pas vrai…dites-moi que j'ai pas fait ça…oh mon Dieu. Non…

Ça y est ? Les deux neurones qui se font la course dans ton crâne se sont enfin mis au même niveau ?"

Naruto ne prit pas la mouche. Il n'avait pas le temps de s'insurger des sarcasmes de Sasuke. Pour l'instant paniquer en courant partout dans la suite luxueuse lui semblait être une bonne idée.

Bientôt, le jeune homme dut s'asseoir sur le rebord du lit, perdu entre le choc et le désespoir. Les souvenirs revenaient par bribes discontinues, lui arrachant diverses grimaces plus atroces les unes que les autres, selon le degré de gravité du ridicule que son état d'ébriété avait occulté.

D'ailleurs ce n'est qu'à cet instant-là qu'il se rendit compte que la luxueuse cabine dans laquelle il avait étalé l'étendu de sa débauche ne ressemblait plus à ce qu'elle devait être. On se serait cru dans une décharge d'emballage de préservatifs usagés et de bouteilles de lubrifiant vide. Nagasaki et Hiroshima après la bombe nucléaire n'étaient pas loin de ce à quoi il avait maintenant affaire.

Naruto n'avait jamais eu à se retrouver dans une situation pareille.

Jamais.

Même lorsqu'il était étudiant, et il n'était pas l'élève modèle loin de là, jamais il ne s'était torché la gueule au point de ne plus être conscient de ce qu'il faisait. À bien y réfléchir, jamais il n'avait été saoul et jamais il n'avait eu coup d'un soir. L'alcool était pour les grandes occasions et l'amour conflictuel qu'ils entretenaient tous les deux l'avait toujours poussé à en consommer avec modération.

Alors qu'est-ce qu'il lui avait prit ?

Depuis quand il n'était plus l'adulte responsable qu'il avait mis tant d'effort à devenir ?

À quel moment il s'était dit que c'était une bonne idée de se marier avec un inconnu ?

"Ça ne sert à rien que tu te mettes dans un état pareil Naruto", soupira Sasuke qui paraissait tenir l'alcool bien mieux que lui tellement il était frais comme un larron en foire.

Il posa sa paume chaude sur l'épaule du blond et poussa un autre soupir lorsqu'il fut violemment repoussé. Naruto se tourna vers lui et le foudroya de ses yeux prunelles bleues teintées de fureur.

"Comment veux-tu que je me calme bordel de merde ! Comment ?"

D'ailleurs de quelle manière arrivait-il, lui, à rester si imperméable ? Naruto avait des envies de meurtres à le voir aussi détendu que dans son salon alors que lui avait l'impression que sa vie venait de prendre un virage à quatre-vingt-dix degrés sur le mauvais côté du rapporteur.

Heureusement, son excès de colère le vida suffisamment de ses forces pour que l'envie de griffer le brun jusqu'à lui arracher la peau s'amenuise. À la place, il le fixa, les lèvres tordues dans un arc boudeur, un mélange d'espoir et de confusion.

"Tu…tu n'es pas Hinata."

Sasuke leva les yeux au ciel en se redressant.

"Non, Naruto", assena-t-il, semblant enfin perdre son flegme légendaire. "Je ne suis pas cette foutue Hinata."

Naruto hocha la tête, toujours aussi confus, car en effet, Sasuke n'avait rien à voir avec Hinata.

Absolument rien.

"Oh mon Dieu Hinata…", geignit-il en se couvrant le visage.

Il ne voulait pas penser tout de suite à sa réaction. C'était au-dessus de ses forces pour l'instant. Car après presque deux ans de relation, il venait de la tromper.

Avec un homme.

Et pas qu'une fois.

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Quand s'était-il laissé aller depuis la dernière fois ?

Depuis quand il était devenu ce type ennuyeux qui n'arrivait même plus à avoir une conversation avec quelqu'un ?

Ce type qui avait été contraint de vieillir trop vite ?

Et pourquoi tout d'un coup, face à ces yeux noirs, ces yeux noirs comme une nuit sans étoiles, il perdait ainsi tous ses moyens ?

Tout était luxueux et raffiné dans ce merveilleux bateau. L'odeur de la mer ne le rebutait pas autant que ce qu'il aurait pu croire. Les effluves exquis qui chatouillaient ses narines et qui avaient l'odeur de la richesse le plongeaient dans une sorte étonnement ébloui.

"Oh mes parents ont jamais été mariés", dit-il nonchalamment, sirotant le verre qu'il tenait à bout de doigt.

Il avait arrêté de compter le nombre le cocktail qu'il s'était enfilé depuis le début de la soirée et se contentait de relever une autre information personnelle à ce bel inconnu qui était pendu à ses lèvres.

"Enfaite, la dernière fois que je les ai vu dans la même pièce, j'avais quatorze ans. Je devais passer mes vacances chez mon père à Vancouver. Il attendait dans le salon de l'appartement dans lequel je vivais avec ma mère que je termine ma valise. Ils ont juste été ensemble assez longtemps pour s'envoyer en l'air et me concevoir, je crois…"

Il s'étouffa légèrement sur la fin et se mit à tousser. Des larmes coulèrent sur son visage rougi par l'alcool. Des larmes qu'il avait retenu pendant quasiment la totalité de son adolescence.

Naruto ne voulait pas donner l'impression de se plaindre. Ses parents étaient de bons parents. Juste qu'ils étaient de bons parents chacun de leur côté. Et bien sûr, ça leur était déjà arrivé de se parler, bien évidemment, c'était inévitable. Ils avaient tout de même un enfant ensemble et ne serait-ce que pour discuter de son avenir, leurs interactions sociales se voyaient forcées.

Seulement, il ne s'était jamais rendu compte à quel point ça l'avait pesé de ne pas pouvoir avoir une famille normale. Et ne pas voir son père deux fois par an et vivre le reste de l'année avec une mère célibataire croulant sous le travail.

"J'ai toujours voulu que mes parents se marient, mais…eux…eux ils voulaient pas alors je crois que j'ai développé une certaine sacralisation du mariage."

Oui voilà. Il était certain que comme ses parents, il ne se marierait jamais. Que lui non plus ne serait pas prêt à supporter une autre personne coincer avec lui tout le reste de son existence.

Il aurait voulu qu'à ce moment-là, le visage d'Hinata lui apparaisse en mémoire et qu'il efface tous ses doutes comme par magie.

Mais ça n'arriva jamais.

Il n'arrivait même plus à les voir autrement que comme deux associés en échanges perpétuels de bon procéder.

Des mains se posèrent sur son visage pour essuyer ses larmes.

"Le mariage n'est qu'un bout de papier, l'amour est plus important.

_Ça ne sert à rien de s'aimer si on ne termine pas sa vie ensemble, protesta-t-il en reniflant. J'ai toujours voulu savoir ce qui avait tant effrayé mes parents dans ce concept…mais je ne le saurais jamais…

_En es-tu certain ? J'ai promis d'exaucer tous tes souhaits ce soir, tu te souviens ?"

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Naruto avait toujours été long à la détente, un peu comme ces gens qui tiraient alors que c'était écrit poussez.

Mais il avait fini par se souvenir de tout.

Oh oui, il se souvenait.

Vendredi, il avait été nommé rédacteur en chef du Tokyo Asahi Shinbun, l'un des journaux les plus influent de l'Archipel. Peut-être même de tout l'Extrême-Orient. Un rêve de gamin qui avait longtemps nourri ses songes et était devenu réalité. Pendant de longues minutes, il n'en crut pas ses oreilles. Il se savait talentueux, tout le monde s'accordait pour dire qu'il irait loin, qu'il était le prochain Kagaya Hotori, pourtant là, c'était autre chose. Un tout autre niveau. La stupeur laissa place à la joie. S'il ne craignait pas de s'en prendre une, il aurait bien pris le Pr Senjū, son encadreuse, dans ses bras.

Puis il y avait eu l'appel de sa cousine qui lui rappelait que la cérémonie de son mariage avait lieu le lendemain et que s'il n'avaitne serait-ce que l'idée de manquer à l'appel, elle le hanterait pour le restant de ses jours et le poursuivrait dans ses cauchemars armée d'une tronçonneuse. Le genre de menace qui ne lui donnait guère envie de ne pas tenir ses engagements.

Karin avait voulu la mairie puis l'église, comme à l'occidentale. Ce qui était proprement ridicule puisqu'ils étaient Shintoïste. Mais la jeune femme avait tant tenu à porter une robe blanche que Suigetsu, son futur beau-frère, n'avait eu d'autres choix que de céder. Et dans l'ensemble, si on mettait de côté la débandade qu'était sa famille maternelle, les choses s'étaient relativement bien déroulées.

La désormais madame Hôzuki avait eu le mariage de ses rêves et avait transmis toutes ses émotions positives à ses invités. De son côté, Naruto évitait une malédiction et avait passé, il devait le reconnaître, une agréable soirée. Amusante, légère, loin de l'atmosphère pesante et lourde du bureau qu'il supportait tous les autres jours de l'année.

Et c'était sans doute pour cette raison qu'il avait décidé de se laisser un petit peu aller. Il avait fallu qu'il se rende à l'évidence, la prochaine fois qu'il aurait droit à un moment de détente arriverait sûrement dans plusieurs années. Et puis ce n'était que pour ce soir. Une seule soirée n'allait avoir aucune conséquence majeure dans sa vie. De plus, c'était le mariage de sa cousine avec qui il était aussi proche que s'ils avaient été frère et sœur, il voulait patauger aussi bien que les autres dans son bonheur, il estimait lui aussi en avoir le droit. Après tout, il n'était pas une machine et ce n'étaient pas les invités de Karin qui viendrait lui en redire quelque chose.

Alors il avait pris un verre puis un autre. Et peut-être encore un autre.

Et c'est à ce moment-là qu'il le vit. Ou plutôt le revit. Le témoin du marié.

Grand, élancé, ridiculement séduisant, la représentation de la beauté sur terre. Narutoavait mis l'émoi que lui procurait la vue de cet éphèbe sur le compte de l'alcool. Car Nom de Dieu, c'était indécent, il était en couple ! Toutes ses pensées n'auraient-elles pas dûse portervers sa moitié qui se languissait de lui dans une autre ville ?

Toutefois, ce fut également ce même alcool qui embrasait ses veines qui le convainquit aisément de s'approcher de l'objet de ses désirs pour lui faire le rentre-dedans le plus minable de l'histoire de la création.

Sauf que le jeune homme avait mal jugé son équilibre et s'était relevé bien trop vite de son siège. Son verre s'était renversé en même temps qu'il s'étalait de tout son long au beau milieu de la salle de fête. Naruto aurait voulu qu'un gouffre sans fond s'ouvre sous lui à cet instant-là pour les engloutir, lui et sa honte intersidérale.

Heureusement, le ciel eut pitié, car une main se tendit devant lui pour l'aider à se relever. Une main pâle et virile. Aux doigts longs et aux ongles courts, lisse et bien entretenus qui l'électrifia tout entier aussitôt qu'elle entra en contact avec sa peau.

Le reste de la soirée se déroula presque comme dans un rêve. Le témoin de Suigetsu n'était pas simplement froid et hautain a priori comme sa première impression le laissait croire. Mais il était aussi intelligent, cultivé et passionné de bateau. Sasuke possédait une flotte de yachts de luxe qu'il louait à des particuliers fortunés. Un investissement qu'il avait fait très tôt déjà à la fac tandis qu'il ne se voyait pas entrer dans l'entreprise familiale tel le bon petit mouton que son paternel attendait qu'il soit. Au contraire de son grand frère Itachi,qui était aujourd'hui le président de la société internationale que possédait l'illustre famille.

À la place, Sasuke avait choisi la liberté.

Liberté. Comme le nom de son yacht de luxe amarré au Osaka-Ko où il avait convié Naruto. Celui-ci n'avait pas hésité longtemps avant de le suivre, une virée dans un yacht de luxe faisant partie des privilèges les plus prisés.

Une fois dans cabine, difficile de dire qui avait entamé les hostilités. Si c'était Sasuke qui s'était jeté sur lui, ou alors si c'était lui qui avait cédé à ses numéros de charmes. Le fait est qu'il avait fini par mettre ses doutes de côté et faire taire la voix de la raison pour cette nuit. Puis lorsqu'il s'était confié sur ses blessures les plus enfouies et que Sasuke l'avait écouté, juste écouté, en le serrant dans ses bras comme s'il était la plus belle chose du monde, il s'était dit sur le coup que l'épouser était la meilleure idée qu'il n'eut jamais eu.

De là, l'Uchiha avait convoqué quelqu'un pour régler l'affaire au plus vite. Et ils l'avaient fait. Il s'étaient dit oui, pieds nus, yeux dans les yeux, obsidiennes face à éméraldines, Naruto pendu au cou de Sasuke comme à une bouée de sauvetage, au beau milieu du pont du bateau de luxe, avec pour seul invité la lune qui coulait sur eux son reflet.

Et bien évidemment, ils avaient consommé la nuit de noces sans perdre plus de temps.

Et maintenant qu'il y repensait. Qu'il repensait à toutes les envies qu'il n'avait fait que fantasmer durant toute son adolescence et le début de sa vie d'adulte, jusque-là inavouables, et qui maintenant était devenues réalité, et pas qu'une seule fois, Naruto senti la gêne le consumé de tout part.

Tout ce qu'il avait dit…tout ce qu'il avait fait…aurait presque fait rougir une star porno à quarante-cinq films BDSM. D'ailleurs, son dos et ses reins douloureux ne le remerciaient pas pour cela.

La tête dans les mains le jeune homme continuait de se lamenter, marmonnant à intervalle semi-régulier qu'il ne se pardonnerait jamais d'avoir trompé Hinata.

Sans doute plus que ce que pouvait en supporter le brun puisqu'il déclara d'une voix acide :

"Et cette Hinata dont tu te soucis tant, tu n'as pas cessé de te plaindre d'elle la nuit dernière.

Oui et j'aurais pas dû", riposta-t-il toujours autant dévorer par la culpabilité. "Ce qui se passe dans ma relation avec Hinata aurait dû rester entre elle et moi."

Sasuke poussa un reniflement hautain mais parut tout de même acquiescé. De toute façon, Naruto se sentait trop misérable pour se préoccuper de ses états d'âmes.

Certes, sa relation avec la belle brune était loin d'être la plus hot de l'Archipel nippon, mais elle était stable et confortable.

Hinata était discrète, pas le moins du monde capricieuse. Elle était compréhensive, généreuse et attentionnée. Ce n'était pas elle qui viendrait lui crier dessus ou lui faire un reproche injustifié, elle avait l'art et la manière de régler les problèmes avec diplomatie.

Il avait beaucoup appris de son calme, de sa rigueur. Et malgré l'éducation stricte qu'elle avait reçu, sa douceur n'avait d'égal que la grandeur de son âme.

D'autre part, elle était loin d'être un laideron. C'était l'une des plus belles femmes qu'il lui ait été donnée de côtoyer. Elle était la bru idéale…elle était…parfaite.

Oui, Hinata était parfaite.

Peut-être même trop, à vrai dire.

Et c'était sans doute pour cette raison qu'il avait sauté si facilement dans les bras de Sasuke. Parce qu'il n'arrivait pas à admettre que son couple allait mal et qu'il s'ennuyait ferme avec Hinata.

Parce qu'il n'y avait jamais de conflit. Jamais de bagarre. Jamais rien. Il n'était pas que le journaliste sage qui se couchait à dix-neuf heures et suivait le journal à la radio tous les six heures du matin. Il n'avait pas toujours été que ça. Peut-être même qu'il ne l'avait jamais vraiment été.

Hinata et lui s'étaient enfermés dans une routine étouffante et insupportable, il avait sauté dans le premier avion lorsque Karin lui avait annoncé son mariage, remerciant le ciel que sa petite amie n'ait pas pu libérer un week-end dans son emploi du temps.

Naruto n'aurait pas supporter devoir calquer son comportement sur le sien même en dehors de leur cellule quotidienne. Il n'avait pas voulu qu'elle rencontre sa famille et que les choses se voient officialiser d'une manière aussi brutale.

Il avait refusé de voir la vérité en face. Refuser de reconnaître que même au lit, il se faisait chier. Hinata était de la très vieille école. Elle préférait faire l'amour les rideaux tirés dans le noir le plus complet sous un fond de musique classique pour donner un peu plus d'ambiance. Quand il lui avait demandé s'il pouvait lui enfoncer un doigt dans l'anus sous le feu de l'action pour élargir le champ des possibilités elle l'avait rabroué d'une manière si vive qu'il s'était senti comme la pire des puterelles. Avec une Hinata qui n'arrivait plus à le regarder dans les yeux les deux semaines qui suivirent l'incident tellement la pauvre était choqué et que Naruto avait dû se résoudre à coucher en missionnaire les rares fois où ils incluaient des moments de détente dans leur couple.

Mais jamais il ne s'était plaint. Ce n'était pas son genre, surtout avec quelqu'un comme Hinata qui lui passait absolument tout. Et puis, il n'y avait pas que le sexe dans un couple. Alors il avait continué à se rassurer, occultant le fait que même en dehors du lit leur relation était rythmée par une cadence si répétitive qu'on se serait cru dans ces ballets ennuyeux qu'on voyait au théâtre.

Et les visites chez son père étaient les pires. Sa famille était ridiculement conservatrice et le patriarche Hyuuga avait ce regard hautain qui l'insupportait. Ce regard qui lui hurlait qu'il n'était pas assez bien, assez raffiné pour sa fille. Et il devait s'y plier à chaque fois, au lieu de lui dire sa façon de penser comme il en avait le secret, car Hinata aurait préféré le jeter d'un pont que se soustraire de l'autorité parentale.

Alors oui, ce qu'il avait vécu avec Sasuke l'avait remué. Il avait ouvert les yeux sur tout ce qu'il faisait semblant de ne pas voir. Sur tout ce qui ne marchait pas avec Hinata.

Sur tout ce qu'il n'y avait pas dans sa relation avec la Hyuuga.

Les taquineries, les piques, la confiance aveugle et surtout…le sexe.

Renversant.

Mais il n'allait pas le dire au concerné. Son ego semblait déjà assez grand comme ça.

Naruto poussa un soupire. Assister au mariage de Karin et Suigetsu lui avait rappelé à quel point il ne vivrait sans doute jamais un bonheur pareil et le plongeait dans la déprime la plus totale.

"Bébé revient te coucher", l'enjoint Sasuke en replongeant son corps de dieux grecs...euh son corps dans les couvertures.

Le jeune homme eut un rictus tout ce qu'il y avait de plus inquiétant. Il mit facilement quelques secondes à se souvenir de comment garder la bouche fermée et laisser son cerveau allumé avant que l'attitude nonchalante du brun ne le mette tout bonnement hors de lui.

"Bébé ?! Bébé ! Écoute Sasuke ce qui s'est passé entre toi et moi, c'était hier, OK ? Hier ! Aujourd'hui tout redevient normal alors arrête de faire comme si de rien était et aide moi à trouver mes putains de fringues !"

Il lui hurla dessus en espérant chasser sa panique et sa confusion. Mais il ne réussit qu'à accentuer son mal de crâne un peu plus. Et se rendit compte un peu tardivement qu'il était toujours nu comme un verre et essaya de cacher le gros de la marchandise avec le drap. Sasuke, le visage dans une main, émit un petit rire.

"Mon cœur, ta pudeur est adorable mais ridicule. J'ai déjà tout vu", dit-il avec emphase.

Naruto n'en tient pas compte et lui balança le pantalon de costume qu'il portait hier pour qu'il puisse se couvrir à son tour. Le voir nu et se prélassant dans les couvertures n'était pas un spectacle désagréable, certes, mais il n'avait nullement besoin d'une telle distraction.

"Sérieusement", insista le brun en enfilant tout même le vêtement. "J'ai tout vu et tout entendu, la veille.

Qu'est-ce que tu veux dire ?", demanda le blond avec méfiance.

Le sourire narquois de l'Uchiha lui fit craindre le pire.

"Tu m'as raconté toute ta vie la nuit dernière."

L'annonce tomba comme une sentence.

Naruto fronça les sourcils et rougit de plus belle.

Non.

Il n'avait pas fait ça ?

Il interrogea Sasuke du regard espérant naïvement voir la lueur taquine habituelle qui ne le quittait pas en sa présence et qui lui confirmerait qu'il se payait une fois de plus sa tête. Mais il n'y avait rien d'autre dans les lacs entre de Chine de Sasuke que de la concupiscence.

"C'était très divertissant d'entendre les histoires sur ton chien…comment il s'appelle déjà ? Ah oui, Kyu. Ou encore sur ton prof de japonais au collège qui draguait ta mère pendant la réunion des parents d'élèves ou…

Ça va", le coupa-t-il au bord de l'implosion. "J'ai compris."

L'air à la fois moqueur et satisfait de Sasuke lui fit grincer des dents.

Et soudain la panique revint comme un boomerang lancé à pleine vitesse.

"Oh mon Dieu. Oh mon Dieu. J'étais censé aller dîner chez Karin et Sui avant qu'ils ne s'envolent pour leur lune de miel et ensuite prendre l'avion pour Tokyo. Le vol est à midi trente !"

Sasuke le laissa s'agiter ainsi pendant environ une bonne dizaine de minute avant de se décider à lâcher un commentaire.

"Je crains que ça ne puisse pas être possible. Pour l'un comme pour l'autre", intervint-il dans sa grande mansuétude.

Le silence qui suivit sa déclaration acheva de tendre les nerfs du blond qui lui sauta littéralement dessus, agacé de devoir lui tirer les verres du nez.

"Parle !" lui ordonna-t-il en le secouant par les épaules. "Abrutis d'Uchiha !"

Sasuke loin d'être mécontent de recevoir l'objet de ses désirs sur lui, laissa ses lèvres s'étirer dans un sourire discret. Puis il se pencha vers la table de nuit et afficha l'horloge numérique de son portable.

"Il est plus de quatorze heures."

On entendit le hurlement d'effroi de Naruto à l'autre bout de la côte.

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Le jeune homme essaya de faire les choses en ordre.

D'abord, il réussit à trouver un autre vol pour Tokyo, le lendemain, après avoir passé de pénibles minutes au téléphone à expliquer à la compagnie de voyage qu'il lui fallait absolument – c'était une question de vie ou de mort, des têtes allaient tomber, avait-il très sérieusement précisé -, un autre avion en direction de la capitale demain et pas la semaine prochaine parce qu'il avait un putain d'emploi du temps surchargé à honorer!

Ensuite, il avait appelé Karin pour justifier son absence. Là également la conversation fut périlleuse. Presque aussi complexe qu'une double intégration par partie avec des variables exponentielles.

Apparemment le mari de sa cousine, grand comparse de Sasuke, s'était chargé de lui faire un topo des événements après qu'il eût aperçu sa tête blonde quittée la soirée au bras de son vieil ami de fac. Karin avait bien évidemment tenté de lui tirer les verres du nez, mais Naruto était resté muet comme une tombe, pas encore prêt à raconter ses périples à qui que ce soit. Fortuitement, le blondinet avait réussi à endiguer les ardeurs d'enquêtrice de sa cousine en leur souhaitant à elle et son mari une agréable lune de miel aux Bahamas avant de s'empresser de raccrocher. Un soupire lui échappa devant le vif sentiment de jalousie qu'il ressentit à l'idée que certains dans ce monde avait des vies bien plus simples que la sienne.

Puis pratiquement une heure plus tard, alors qu'il avait eu le temps de remettre un tant soit peu ses idées en place et faire un brin de toilette, il rejoignit Sasuke sur le pont du Liberté.

Naruto resta quelques instincts à observer la silhouette de son mari baignée par les rayons matinaux du soleil qui laissait couler sur sa peau claire une lumière chaude et vivifiante. Les contours de son corps se rattachaient au paysage tandis que sa chevelure voletait gracieusement sur le tableau d'un ciel éclatant d'une intensité presque intimidante. Il semblait appartenir pleinement au décor, comme la pièce manquante du puzzle qu'il faisait resplendir de plus belle.

C'était tout bonnement injuste d'être aussi désirable.

L'Uchiha au téléphone, se tourna vers lui à son arrivée. Il essaya de le prendre par la taille pour l'embrasser dans le cou, mais fut aussitôt repoussé par un Naruto irrité de sa familiarité.

Sasuke toujours torse-nu eut une moue à la fois blessée et indignée qui fit lever les yeux du blondinet vers le ciel. Quant à lui, il avait enfilé son pantalon et sa chemise de la veille, sans son boxeur, toujours introuvable dans le capharnaüm qu'était devenue la suite.

"On est marié je te signal", fit remarquer le brun en rangeant son portable dans sa poche.

"Dis-moi que tu étais au téléphone avec quelqu'un capable d'annuler, justement, ce mariage.

C'est si horrible que ça de m'avoir épousé ?", s'enquit l'Uchiha dans un rire grave.

Maintenant, qu'il avait lui aussi totalement dessoûlé, il se rendait compte à quel point la situation était amusante et cela lui procurait un enthousiasme rarement atteint.

"Tu sais que d'aucuns tueraient pour être à ta place ?", le railla-t-il en tentant à nouveau de le capturer dans ses bras puissants.

Naruto esquiva l'étreinte et leva les yeux au ciel devant l'arrogance de cette déclaration.

"Grand bien leur face et de grâce. Vraiment de grâce. Arrête d'essayer de m'embrasser…on n'est pas un vrai couple !"

Il avait avalé l'équivalent d'un fleuve entier en vodka la veille et malgré les deux brossages qu'avaient subies ses dents et ses pauvres gencives rudement éprouvés, son haleine douteuse lui déconseillait fortement d'embrasser qui que ce soit avant de s'enfiler au moins deux paquets d'Hollywood chewing-gum

« Et j'ai une copine ! »

Oui. Il ne fallait pas qu'il oublie qu'Hinata l'attendait certainement à Tokyo et qu'elle ne se doutait probablement pas que son petit ami supposément fidèle s'était marié le jour d'avant avec un presque parfait inconnu.

C'était vraiment trop compliqué pour lui, toute cette histoire.

Il se passa une main lasse sur le visage tandis que Sasuke pinçait les lèvres.

"On est marié, il me semble.

Arrête un peu de brandir cette union comme si c'était une arme", s'agaça-t-il. " On était tous les deux torchés comme des abeilles, on savait plus ce qu'on faisait! C'était une erreur…"

Il se mordit la lèvre, son discours perdait de la verve face à l'expression fermé qu'adoptait à présent le brun.

Sa gorge se serra, mais il réussit tout même à terminer:

"Il faut que ça s'arrête."

"Ce n'était pas ce qui était d'actualité hier pourtant, quand tu me demandais de te tringler contre le mur", répliqua-t-il tandis que Naruto peinait à ne pas s'étrangler avec sa propre salive. "Qu'est-ce que tu disais déjà ?"

Il fit mine de chercher dans ses souvenirs avant de prendre une voix de crécelle :

"N'arrête pas Sasuke, n'arrête surtout pas !

Mais…mais ferme là putain !" explosa un blond bouillant de colère et d'embarras de la tête au pied.

Là, vraiment, il venait de dépasser les bornes. Naruto oublia subitement ses belles résolutions de garder son calme et retrouva toute la fougue de sa nature profonde. Il se sentit brusquement transi jusqu'à la moelle de l'os. Jamais de sa vie il ne s'était senti aussi humilié. Il n'avait jamais eu affaire non plus à quelqu'un d'aussi arrogant.

"Je te déteste, Sasuke Uchiha."

Le concerné balaya sa remarque d'un geste dédaigneux du poignet.

"Mais oui, mais oui."

Et fait quelque chose, bon sang! Fait annuler ce foutu mariage !

Nous sommes dimanche Naruto, qui veux-tu que j'appelle un dimanche ?

T'es pas censé être riche comme Crésus, toi ? À quoi ça sert d'amasser les billets qui tombent comment des feuilles en automne de ton arbre généalogique si tu ne peux même pas t'en servir ?"

Le rire grave de Sasuke face à cette comparaison très imagée lui fit momentanément perdre le fil de ses pensées.

Heureusement, Naruto se ressaisit lorsque son interlocuteur reprit la parole.

"Tu me demandes de profiter de mes relations pour satisfaire tes intérêts personnels, j'en attendais plus de toi Naruto", commenta-t-il en croisant les bras, faussement déçu.

"Tu aurais fait pareil si tu y voyais tes intérêts à toi ", répliqua le journaliste, haussant les épaules.

"Certes. Mais tu viens justement de soulever une problématique. Je n'ai aucune envie de faire annuler le mariage, moi."

Naruto se tint l'arête du nez entre son pouce et son index, une main sur sa hanche, pour ne pas se mettre à hurler tellement il était frustré par tant de désinvolture. Perdre sa contenance n'était pas la solution adéquate et effectivement, c'était ce qui lui semblait, Sasuke pour une obscure raison n'avait pas le même engouement que lui devoir leur inconscience d'une nuit envoyée aux oubliettes.

" Et pourquoi? ", s'enquit-il avec toute la diplomatie qu'il lui restait. "On se connaît depuis un jour, tu ne vas pas me faire croire que tu m'aimes ! Ce serait incongru !"

Avec cette légèreté et cette élégance de mouvement qui le caractérisait, Sasuke Uchiha passa un bras autour de sa taille et l'adossa à la balustrade en fer. Le jeune homme ne voyait plus que lui à présent. Les yeux écarquillés, il le contemplait fixement. Aussi fascinant de près que de loin, ses yeux d'obsidienne éclatant sous une masse de jais. Une mâchoire ferme et virile, un menton volontaire, adouci par une légère fossette. Et une bouche…

fabuleuse.

"Je te plais et tu me plais, Naruto. Tu ne peux pas le nier, cette attirance agit presque comme un champ de gravitation."

Naruto releva la tête, s'efforçant de ne pas montrer son trouble.

"Je…je sais pas de quoi tu parles, Sasuke", mentit-il sans scrupules.

"Bien sûr, mon cœur. Je vais faire semblant de te croire pour le moment."

Le jeune homme refusa de se laisser aller une deuxième fois. La honte brûlante de sa première erreur ne lui était pas encore passée. L'image d'Hinata, cette chère Hinata si simple et si honnête, ne le quittait pas depuis qu'il avait retrouvé l'intégralité de ses moyens de réflexion. Elle serait dévastée en l'apprenant et comment lui expliquer qu'il n'avait pas voulu lui faire de mal sciemment ? Qu'il n'avait pas mesuré l'ampleur de ses actes et qu'il regrettait ?

Sasuke n'avait pas l'air de se soucier de ses tribulations. Il se fichait comme d'une guigne de cette Hinata. Alors il n'allait clairement pas renoncer au désir que lui inspirait le jeune homme blond. Avec une présomption qui sidéra ce dernier, il posa un doigt sur sa poitrine.

"Tu n'es pas une pucelle effarouchée Naruto et je ne suis pas un scout vanille, mais je sens ton cœur battre. Ta respiration s'accélère et ton pouls s'emballe. Je sens tout."

Naruto essaya de se dégager pour quitter le pont au pas de course et ne se retourner que lorsqu'il serait certain que Sasuke ne le rattraperait pas. Seulement, le brun ne bougea pas d'un millimètre.

"Je ne vais pas te chanter des sérénades. Mais je ne peux pas me voiler la face….ce que j'ai vécu avec toi je ne l'ai jamais vécu avec personne. Et maintenant que je te vois là, devant moi, je ne veux le vivre avec personne d'autre."

Il effleura lentement la rondeur de ses clavicules, caressa le délicat relief de sa pomme d'Adam, remonta langoureusement le long de son cou, vogua vers ses pommettes rouges, puis vers ses lèvres roses.

Naruto avait du mal à respirer. Son cœur battait trop vite, trop fort, il avait des bouffées de chaleur, des palpitations à tel point qu'il se demandait si ce n'étaient pas là les symptômes d'une crise cardiaque.

Néanmoins, il réussit à s'arracher à la prostration dans laquelle il s'était plongé et soustrait son visage aux délicieuses mains qui le torturait.

"Sasuke", croassa-t-il reconnaissant à peine le son de sa propre voix. "Je t'en prie…arrête."

"J'ai passé l'âge de jouer Naruto", insista-t-il néanmoins, de sa voix profonde. "Je me suis promis que lorsque je trouverai la personne avec qui je veux terminer ma vie, je ne la laisserais pas partir."

Naruto se passa la langue sur les lèvres, la situation lui échappait, encore. Mais il ne pouvait pas laisser les choses dérapées une nouvelle fois, un tel laisser-aller avec quelqu'un dont il ignorait l'existence avant le mariage de Karin était tout bonnement inadmissible.

Certes, il connaissait la famille Uchiha, comme tout bon Japonais vivant sur terre et pas dans une grotte, mais il n'aurait jamais pensé même dans ses rêves les plus fous qu'un homme tel que Sasuke, un homme qui lui faisait remettre toute son existence en question, pouvait exister.

"Sasuke, j'ai une vie…des responsabilités…je peux pas…faire ça. Moi aussi, j'ai passé l'âge de me conduire en petit rebelle qui ne savait pas que c'était mal de faire telle ou telle chose."

Maintenant, qu'il avait la sensation d'être arrivé au sommet, il ne pouvait se desserrer la ceinture. Au contraire, il sentait les regards braqués sur lui plus que sur n'importe qui d'autre. Ces yeux pareils à des projecteurs qui ne manqueraient pas de mettre en lumière toute la poussière qu'il cachait sous le tapis. Il n'était pas prêt à se faire juger par des gens qui ne le connaissaient que par ce qu'ils avaient ouï dire à son sujet. Il n'allait pas laisser les vautours qui le guettaient de loin et priait pour sa chute avoir gain de cause.

Peu importait ce que Sasuke attendait de lui, au final. Il devait retourner à sa vie, à sa routine. Il venait à peine d'être rédacteur en chef et ne pouvait pas abandonner ce pourquoi il avait dû lutter toute sa vie pour suivre le fruit, aussi juteux et succulent fut-il, d'une nuit d'égarement.

Naruto n'était plus l'adolescent tête en l'air qui n'écoutait que ses convictions personnelles. Nom de Dieu, il était un adulte responsable !

Et aucun adulte responsable ne se mariait avec des inconnus sur un yacht de luxe.

"Tu n'es pas le seul, Naruto. J'ai également une vie et des responsabilités. Et je ne me cache pas derrière pour justifier mes fuites.

Oh, je t'en prie Uchiha, arrête un peu", s'emporta-t-il en trouvant enfin la force de le repousser. Il se détourna brusquement de lui, donnant le dos à la mer, ses cheveux blonds et mi-longs suivant le mouvement dans une jolie arabesque. "Toi et moi, on n'a pas les mêmes problèmes. La preuve, tu as l'air d'être en pleine promenade de santé comme si tu épousais des inconnus tous les quatre matins !"

Pour la première fois, Sasuke parut réellement offensé par les accusations de Naruto. Cependant, il ne recula pas. Il ne retira pas ses paroles malgré les sourcils noirs froncés qui lui firent face.

« Tu vas me reprocher d'aborder les situations critiques avec calme au lieu de courir partout en hurlant ? », persifla-t-il, acerbe et glacial. « Ça nous aurait avancés à quelque chose que je panique avec toi ? »

Il se ressaisit aussi vite qu'il avait perdu son calme. Son expression se fit plus douce face au regard noir que lui lança le jeune journaliste, en réponse.

« Mon cœur, j'ai également une entreprise à gérer.

Une entreprise où tu es le patron », cracha-t-il, nullement convaincu.

Sasuke se passa une main dans sa chevelure ballottée par le vent, de plus en plus frustré par la situation.

"Quelque chose que j'ai battit à bout le bras, de la même manière que toi et ton poste de rédacteur en chef.

Et qu'espères-tu, au juste ? Que j'abandonne mon poste pour m'enfuir avec toi? Que je quitte Hinata du jour au lendemain comme si de rien était? Et après quoi Sasuke ?", s'écria-t-il en se retournant vers lui, sa voix de plus en plus haut perchée. "Tu crois que la vie c'est un plus un et que tout est si facile ?"

Sasuke ouvrit la bouche pour répondre, mais Naruto ne lui en laissa pas le temps et continua dans de grands gestes:

"Bien sûr pour quelqu'un comme toi, un Uchiha, qui a le monde à ses pieds ça doit être une habitude."

Naruto se fichait à présent d'être injuste. Il savait que la vie de Sasuke n'avait jamais été aussi rose que ce que la presse colportait. Sasuke le lui avait dit lui-même. Mais par rapport à lui, il estimait qu'il était celui qui avait le plus à perdre.

"Qu'en sais-tu?"

Ses yeux noirs le transpercèrent avec une telle intensité que s'en fut presque douloureux.

Naruto déglutit, prenant son temps pour répondre.

"C'est exactement le genre de chose que tu aurais pu me sortir si on ne s'était pas raconté nos vies entre deux partis de jambe en l'air.

Tu crois que je fais ça tous les jours ? Que je raconte ma vie à toutes les putains de personnes que je croise à des mariages ? N'essaye pas de te faire passer pour la victime et te donner bonne conscience en me refourguant le rôle de celui qui s'en fiche.

Je n'essaye pas de me donner bonne conscience ni de me faire passer pour la victime !", s'offusqua-t-il. "J'essaye juste de te faire comprendre qu'on ne peut rien construire toi et moi. C'était juste…du sexe."

Il ne pouvait pas se permettre de confondre une attirance purement physique à un réel attachement.

"Si c'était juste du sexe, tu ne m'aurais pas raconté en pleurant que t'aurais préféré être orphelin que de voir tes parents ne même pas supporter se tenir dans la même pièce."

Naruto hoqueta, il reçut ses paroles avec la violence d'un coup de fouet et il recula comme si elles détenaient véritablement le pouvoir de lui infliger une blessure physique.

"Et si j'avais su que tu me le ressortirais comme ça, j'aurais fermé ma gueule."

Sa voix avait tremblé de colère et de tristesse. Il tourna les talons déjà horriblement honteux de le laisser voir à quel point ça l'avait blessé.

Heureusement, Sasuke eut la décence de paraître confus.

"Naruto, attend !

Non Sasuke. J'en ai marre. Je veux rentrer chez moi et retrouver ma vie calme et monotone. Je veux me souvenir de toi comme l'homme avec qui j'ai passé la plus belle nuit de ma vie et continuer de faire ce que j'aime faire. Alors, s'il te plaît, n'aggrave pas ton cas. On va se disputer et je ne veux pas que l'on se sépare…de cette manière."

Sasuke ferma les yeux et serra les poings tandis que Naruto disparaissait dans la suite.

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Par soucis de discrétion, Naruto quitta le Liberté à pied dans le but de héler un taxi, car le jeune homme souhaitait encore qu'Hinata – ou qui que ce soit d'autres -, apprenne son aventure avec l'héritier Uchiha de sa propre bouche et pas par la faute d'un quelconque journal qui aurait publié des photos vendues par ces vautours de paparazzi toujours en embuscade sur le quai.

C'était sans compter sur ledit héritier qui aurait justement dû se poser et faire le point sur le sens du mot discrétion et que par conséquent évitait d'attirer les foules partout où le bateau de luxe mouillait, surtout lorsque le pont s'abaissait et qu'il jaillissait des entrailles du Liberté au volant de sa luxueuse Jaguar bleue électrique.

"Monte Naruto, je vais te déposer à ton hôtel.

Certainement pas non", protesta le blond en s'écartant de son chemin, les yeux plongés dans son portable déjà assailli de notifications.

Heureusement, Sasuke n'insista pas. Ça ne valait pas la peine de se disputer au beau milieu du quai devant des dizaines de curieux.

Ainsi, le jeune journaliste rentra à l'hôtel qui l'avait accueilli la veille avant la cérémonie de mariage. Une fois dans ses appartements, il prit directement la route de la salle de bain et resta sous l'eau chaude pendant de longues minutes réparatrices.

C'était une véritable satisfaction de ne plus puer l'alcool et le sexe à dix kilomètres à la ronde.

Très clairement, pour son image de rédacteur en chef toujours sérieux dans tout ce qu'il faisait, il pouvait repasser.

Lorsqu'il eut assez de tourner en rond dans sa chambre, il décida d'enfiler un jogging et des baquets. À Tokyo, ses horaires monstrueux ne lui permettaient pas de faire autant de sport qu'il le voudrait et lorsqu'il rentrait chez lui, il avait juste assez de force pour faire le grand plongeon dans ses couvertures.

Mais son week-end de détente n'était pas encore totalement terminé malgré toutes les péripéties par quoi il l'avait conduit.

Quel ne fût donc pas sa surprise lorsqu'il traversa le hall d'entrée et tomba sur Sasuke, à se demander s'il l'attendait là depuis longtemps, ses fesses posés sur le capot de sa voiture de sport tape à l'œil comme il s'assiérait sur le monde.

Il s'était changé, visiblement. Son pull à col roulé noir et son pantalon gris de chez Ralph Laurent aurait quasiment pu le faire passer pour un mannequin tout juste échappé de sa séance de shooting pour le magazineVogue.

Naruto se retint de rouler des yeux et marcha à reculons vers lui, peu sûr de pouvoir gagner une course contre Sasuke s'il décidait de s'enfuir.

"Tu pars quand ?"

Pas d'excuses pour son comportement. Rapide, concis et direct. Rien de moins que ce qu'il s'attendait de la part d'un homme comme Sasuke Uchiha.

"Demain…vers dix-heures", répondit-il.

Face à l'air anéanti de Sasuke, il détourna les yeux et croisa les bras sur son torse.

"Le plus tôt serait le mieux, Sasuke…

Naruto reste", lâcha-t-il sans préavis. Il se passa une main dans sa chevelure et plongea son regard dans celui fuyant du jeune journaliste. "Ne pars pas…comme ça."

Naruto prit une profonde inspiration et consenti à le regarder dans les yeux. Il essaya ensuite d'adopter une attitude détachée bien que ses mains le démangeaient et que son cœur semblait vouloir jaillir de sa poitrine.

"Tu vas faire annuler le mariage, tu as mon accord signé, le problème est réglé. Que veux-tu que je fasse d'autre ici ?

Reste au moins le temps que nous puissions réellement discuter de la situation.

La situation est réglée, il me semble.

Et nous ? Il y a eu un nous Naruto, ne le nie pas", s'empressa-t-il d'ajouter alors que le blond s'apprêtait sans doute à réfuter. "Et il existe toujours, même si tu refuses de le reconnaître."

Naruto décida de mettre fin à la conversation. Il lui tourna le dos, le valet lui tenait déjà la porte, tant pis pour le footing. Il réussirait à caser de la détente dans son emploi du temps une fois de retour à Tokyo.

Dans ce cas, il aurait pu s'en aller le plus vite possible, seulement la voix de Sasuke parvint encore à le retenir. Son corps y réagit avant que sa tête n'ait le temps de protester. Il se maudit d'être aussi faible.

"Tu vas retourner là-bas avec elle et continuer à faire semblant d'être heureux ? C'est cette vie là que tu souhaites ? Une vie de faux-semblant où tu enlèves un masque avant de t'endormir le soir ?"

Piqué au vif, le jeune homme fit volte-face.

"Tu ne sais rien de ma vie !

C'est exactement le genre de remarque que tu aurais pu me sortir si on ne s'était pas raconté nos vies hier entre deux parties de jambes en l'air", déclara-t-il, citant à quelques détails près les propres mots qu'il avait lui-même eu des heures auparavant.

Sasuke délaissa sa voiture et s'approcha de lui d'une démarche de prédateur. Incapable de bouger, le jeune homme se mordit la lèvre lorsqu'il lui offrir un de ses rares sourires, un de ceux pour qui il aurait pu faire cent fois le tour de la terre.

"Et quelles parties de jambes en l'air", grogna l'Uchiha en le dévorant des yeux comme s'il ne rêvait que de remettre le couvert.

"Tu vois ?", réussit à sortir le blond, heureux de ne pas entendre sa voix trembloter. "S'il n'y a que ça qui t'intéresse, on court droit dans le mur."

Sasuke lui fit une pichenette sur le front.

"Aie", marmonna-t-il mollement, déplaçant sa frange pour frôler sa peau éprouvée.

"Tu crois que j'auraiécouté ton charabia sur l'histoire du journalisme contemporain au vingtième siècle s'il n'y avait que ton cul qui m'importait ?", soupira-t-il en soulevant un de ses sourcils noirs.

Naruto haussa les épaules.

D'accord, l'Uchiha n'était pas loin de l'homme des cavernes avec ses manières rustres et sans gênes, qui aurait cruellement juré si c'était quelqu'un d'autre que lui dans sa haute sphère sociétale qui se comportait de cette manière, seulement Naruto n'était pas sans savoir que Sasuke était du genre à tout faire pour avoir ce qu'il voulait.

En l'occurrence, c'était lui, actuellement.

"Certes, il m'importe, admit le brun après quelques instants – parce que franchement Naruto, regarde-le deux minutes -, mais comme je te l'ai dit, il n'y a pas que ça. Je ne serais pas en train de quasiment te supplier de ne pas m'abandonner si je recherchais un plan cul.

J'ai mis trop de temps à construire tout ce que j'ai. Je ne peux pas tout laisser derrièremoi. Même pour toi, Sasuke. Je…je le reconnais, il y a eu quelque chose entre nous. Au-delà de tout. Mais je ne peux pas tout lâcher pour ça. Je suis désolé."

Il ne s'était abandonné auprès de personne de cette manière. Et sans doute que cela n'arrivera plus de sitôt. Néanmoins, c'était trop lui en demander. Il ne pouvait simplement pas.

"Tu n'es pas fait pour cette vie de bureau dans laquelle tu veux si activement retourner. Te lever chaque matin et suivre le cours moutonnier d'une vie conditionnée. Tu dis que la vie n'est pas si facile, certes, mais la liberté elle, continuera de t'enchaîner le cœur chaque fois que tu la repousseras."

Naruto ferma les yeux et baissa la tête. Ces paroles l'atteignaient. Le nier ne servait à rien. Mais entre les admettre et les accepter, il y avait un gouffre qu'il n'avait pas les moyens de franchir. Les grandes mains de Sasuke se posèrent sur ses épaules, il le força à soutenir son regard d'obsidienne et y découvrit toute sa détermination à le convaincre.

"Tu me vois vivre ma vie, voguer en mer au gré de mes humeurs et faire comme bon me semble et t'aimerais faire comme moi. Je sais que tu en brûles d'envie, Naruto, je le vois dans cette lueur folle qui brille au fond de ton regard comme une bague de diamant."

Sa voix se fit plus douce, presque une caresse, lorsqu'il poursuivit:

"Cette lueur qui a prit mon cœur en joug. T'aimerais faire ce qui te plaît quand ça te plaît. Mais tu as juste trop peur de t'avouer tes désirs et tu t'emprisonnes."

Sasuke était le Naruto d'avant. Le Naruto ballotté encore les bras de son père et de sa mère. L'enfant terrible qui ne reculait devant rien ni personne. Cette personne qu'il n'était plus aujourd'hui. Le poids de la vie, ses responsabilités qu'il revendiquait, lui avait enlevé toute la légèreté et la candeur qu'il avait cru garder toute sa vie.

Aujourd'hui, il y avait trop de facteurs. Des facteurs dont il n'y aurait eu rien à foutre auparavant. Oui, l'ancien Naruto aurait pris la main de Sasuke et l'aurait entraîné vers le Liberté pour qu'il puisse terminer leur nuit d'amour. Cependant, s'il faisait ça, s'il cédait, tous les efforts qu'il avait cru faire pour grandir, pour devenir adulte, pour ne plus être ce gamin perdu qui ne savait jamais si c'était son père ou sa mère qui viendrait le chercher à la sortie de l'école, toute la maturité qu'il avait cru acquérir serait perdue.

Il n'était pas prêt à tous ces changements. Il avait déjà grandi de cette façon-là.

"Tu confonds liberté et libertinage, Sasuke. Que serait notre société si tout le monde faisait comme toi et décidait d'envoyer se faire voir des concepts établis ? C'est bien beau, mais alors, cela voudrait dire que seul les gens fortunés comme toi ont droit à cette liberté que tu essayes de me vendre.

Liberté. Libertinage. Des mots Naruto. Rien que des mots inventés par des Hommes pour obliger d'autres Hommes à se plier à leurs règles.

Que serait un monde sans règles, de tout manière ?

Je n'ai jamais dit que j'étais un fervent défenseur des droits publics. Si certains ne s'étaient pas montré égoïstes peut-être que des familles comme la mienne ne serait pas à ce rangoù tous l'érigent. Je te l'ai dit Naruto, je ne suis pas le justicier masqué. Et même si l'envie me prenait un jour de nourrir de telles ambitions, je ne le hurlerais certainement pas sur tous les toits. Tu vois, c'est pour cette raison que les gens comme toi sont journalistes et que les gens comme moi se contentent de se moucher avec du fric dans les ruelles sombres."

Sasuke laissa un souffle lui échapper. Il était peut-être un peu tard pour qu'ils aient de telles conversations au beau milieu du trottoir. Ainsi, il décida de conclure:

"Les seules règles que je suis sont celles que je fixe moi-même. La seule captivité que je supporterais est celle que j'aurais choisi de m'infliger. Voilà le domaine de définition de ce que j'appelle liberté.

Une autre des raisons qui me poussera à mettre nos divergences en avant. Car pour moi, Sasuke, être libre, c'est avoir le choix de ne pas se montrer égoïste et de faire ce qui ne nous plaît pas toujours. C'est aussi assumer ses choix, quels qu'ils soient. Et si je décide de m'emprisonner comme tu dis, ça me regarde."

Il sentait qu'il devait partir de là. Pourtant, il n'arrivait pas à s'y résoudre. Pas de manière aussi abrupte. Aussi différent de lui qu'il pouvait l'être, Sasuke avait réussit à se faire une place dans son estime. Égoïstement, ironiquement, Naruto ne voulait pas qu'ils se séparent en mauvais termes.

"Si t'avais un tant soit peu de bon sens, tu te rendrais compte à quel point me demander de te choisir toi, est égoïste. Mais je viens de comprendre que tu te fiches complètement de l'être.

Tu t'en vas avec l'intention de couper tous les ponts et de faire comme si rien ne s'est passé. Tu choisis l'option de la facilité par peur alors qu'au fond de toi, je sais que tu n'oublieras pas."

Comme pour s'assurer qu'il ne soit plus en mesure de prononcer le moindre son, Sasuke se pencha sur son cou pour le parsemer de baisers, glissant une main dans ses cheveux tandis que l'autre montait et descendait le long de son dos. Naruto se laissa faire parce que sa chair était faible et que c'était divinement bon d'être submergé par toutes les sensations délirantes qui l'envahissaient.

Ils étaient si proches à présent qu'il sentit son souffle chaud sur ses lèvres tandis que l'Uchiha continuait :

"Et comment je le sais Naruto ? C'est simple, je ressens la même chose ", assura-t-il en saisissant sa main pour la poser sur son torse. "Nos cœurs vibrent à la même fréquence….alors donne-nous une chance de voir où tout cela pourrait mener. Cesse de te cacher derrière cette Hinata. On s'en fou d'Hinata.

Moi je ne m'en fou pas, Sasuke, toi oui", siffla le jeune journaliste en le repoussant, les sourcils froncés. "D'ailleurs, ça m'étonnerait que tu t'intéresses à autre chose que tes petites affaires.

Que veux-tu Naruto", dit-il en haussant nonchalamment les épaules, un sourire taquin étirant ses lèvres parfaitement dessinées. "Pour bousculer ma sphère bien rangée et avoir un quelconque attrait à mes yeux, il faut soit s'appeler Uchiha, soit être un bateau, soit être un blond énergique qui n'a pas sa langue dans sa poche et son pareil pour contrer tout ce qui sort de ma bouche."

Avant qu'il ne puisse retoquer quoi que ce soit, les lèvres de Sasuke se refermèrent sur les siennes. Puis tout bascula lorsqu'il raffermit son étreinte et sa langue entama avec la sienne une danse grisante et sensuelle. L'érection qui se pressa contre son bas-ventre arracha un gémissement sourd à Naruto et un en instant, leur baiser s'enfiévra.

Déstabilisé, Naruto y mit un terme en se séparant de ce corps beaucoup trop parfait. S'il ne savait pas qu'il passait son temps en mer, le jeune homme aurait pu jurer que l'Uchiha avait son lit dans les salles de sport. Les joues rouges, il déglutit en espérant que sa respiration saccadée n'adoucirait pas le ton ferme qu'il s'apprêtait à prendre.

"Tu ne me feras pas changer d'avis Sasuke, je suis navré. Mais tu as raison", consentit-il à admettre après une légère hésitation. "Je ne t'oublierais probablement jamais."

À quoi bon le nier ?

"Ça ne me console pas, Naruto, maugréa le brun, un rictus inquiétant déformant son expression.

Je suis désolé", lança-t-il en prenant la ferme résolution de partir pour de bon, cette fois. "Au revoir, Sasuke."

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Review ?

À la prochaine pour la partie 2 !

bizzz