Chapitre 1 : Caprice et arrogance
Hello ~
À savoir avant de lire :
- L'histoire se déroule un an avant celle du manga.
- Il y a de fortes probabilités que vous retrouviez des fautes de conjugaisons car je n'excelle pas vraiment en grammaire, je m'en excuse d'avance et décline toutes responsabilités si vous perdez un œil en cours.
Bonne lecture ~
- Tu viens de France ?
- Tu parles bien le japonais du coup ?
- Ça fait combien de temps que tu vis au Japon ?
- Ton pays ne te manque pas ?
- Tu peux nous dire quelque chose en français ?
- Ils sont naturelles tes cheveux ?
- C'est des lentilles tes yeux ? Ils n'ont pas la même couleur.
- Tu vas devenir la fille la plus populaire vu que tu es européenne.
Je maintenais un sourire figé sur mes lèvres, mes yeux allant d'une tête à l'autre dès qu'une nouvelle question fusait alors que la précédente n'était même pas encore achevée. Ces regards envieux et curieux me scrutaient sans états d'âmes, voulant absolument saisir n'importe quelles informations qu'elles pourraient me soustraire de façon verbale et non-verbales.
Comment en étais-je arrivée là ?
Ah oui, depuis que j'avais fait un putain de caprice, que mon père m'avait bien évidement cédé puisque j'étais devenue la prunelle de ses yeux et que donc, il faisait de moi une fille pourrie gâtée. Enfin plus gâtée que pourrie, je n'étais pas un monstre non plus.
Pourquoi avais-je fait ce caprice ?
Je crois qu'il était important de mettre les choses au clair dans mon esprit. Tout ceci était de ma faute. De A à Z. Et pour tout comprendre de cette situation, j'avais besoin de reprendre du point A. Du commencement.
Tout a commencé quand le mariage de mes parents s'était brisé. L'amour avait disparu. Celui de ma mère pour mon père. La cause ? Son travail, son absence. Un manque affectif et émotionnel devenu insupportable pour ma mère qui s'était engouffrée dans son cœur. J'avais onze ans quand ils avaient signé leur divorce et on m'avait laissé le choix d'aller vivre avec le parent que je voulais. À cet âge, on ne comprend pas vraiment encore l'étendu de nos désirs et nos actions pouvaient avoir de lourdes conséquences sur autrui. J'aimais ma mère, mais j'aimais encore plus mon père. Et donc dans ma tête, c'était elle qui ne voulait plus de mon papa, pas l'inverse. Alors j'avais choisi mon père. Elle m'avait dit ce jour-là, les larmes et l'émotion broyant sa voix :
- "Comment tu peux le choisir alors qu'il n'a presque jamais été là pour toi ? Alors que moi, j'étais présente à tout tes anniversaires ? A tes fêtes à l'école ? Comment ?"
Je n'avais pas pu lui répondre, car les magistrats l'avaient incité au silence sous peine d'être sanctionnée pour tentative de corruption sur mineur. Je n'avais pas compris, et à mes yeux elle avait tort, mais je n'avais qu'onze ans à cette époque. Aujourd'hui j'en avais seize, et j'avais beaucoup mûris, peut-être un peu trop vite au final. J'avais choisi mon père car pour moi, il était comme le père noël, je ne le voyais pas souvent, mais les rares moments qu'il m'avait accordé dans mon enfance avaient étés tout simplement magiques. Quand il me regardait, j'avais l'impression d'être la seule personne dans son monde, qu'il n'y avait que moi et personne d'autre. Son amour et son admiration pour moi me faisais sentir comme une princesse qu'on pouvait voir dans les contes de fée. Chacun de ses jours libres m'étaient entièrement dédiées, comment aurais-je pu le détester dans ces conditions ? Bien sûr, j'étais triste quand je le voyais passer le pas de la porte dans son costume à quatre chiffres, ne connaissant pas sa date de retour. Mais je l'aimais. Et à chacun de ses retours dans notre foyer, mes larmes coulaient de joie.
Alors j'ai choisi le papa qui me faisait sentir comme une princesse.
J'aimais ma mère, mais c'était différent, elle était comme tout le monde, comme toutes les femmes mûres qui peuplaient la société. Je pouvais aussi lire dans son regard que j'étais sa fille chérie, mais elle s'aimait tout autant. Aujourd'hui je comprenais très bien. Elle vivait pour moi, pour elle et pour mon père. Et c'était normale. Je comprenais son sentiment d'être délaissée, de devoir être constamment le second rôle, d'être celle qu'on vient voir après. Son amour c'était effrité, elle aussi avait besoin d'être le premier rôle de temps en temps. Mais depuis autant que je pouvais m'en souvenir, cela a toujours été moi, le premier rôle, la première personne que mon père voulait embrasser quand il rentrait de son travail ou de ses voyages.
Aujourd'hui, ma mère était décédée. Suicide. À cause de l'amour, mais pas que. À cause de l'enchaînement d'événement indésirée qui avait noirci et dévoré les choses qui avaient de l'importance à ses yeux. Sa vie c'était effondrée petit à petit, jusqu'à qu'elle n'est plus aucun goût pour elle, jusqu'à qu'elle décide de mettre un terme à sa déchéance.
J'avais pleuré. Enormément. Je la voyais un week-end sur deux avant le drame, puis quand sa situation financière et émotionnelle était devenue bien trop précaire aux yeux de la loi, les visites s'étaient rarifiés. Sa chute avait commencé à entraîner la mienne. J'avais eu la sensation d'être coupable, que c'était de ma faute. Un an après leur divorce, elle avait mis fins à ses jours. J'étais rongée de culpabilité.
Puis, un jour, alors que je pouvais commencer à voir la noirceur grignoter les contours de ma vie, mon père m'avait annoncé qu'on lui proposait un poste. Au Japon. En tant qu'ambassadeur pour la France. Il me l'avait annoncé un jour de pluie, je m'en souvenais très bien, mais son sourire avait été aussi éblouissant que le soleil. Le premier depuis qu'il avait perdu l'amour de sa vie. Alors j'ai dit oui. Oui pour le Japon, oui pour son bonheur. C'était peut-être aussi le seul moyen de me sauver, de repousser les méandres de la culpabilité et de ne pas finir en dépression.
Et cela avait marché. Ce pays, le japon avait été notre renaissance, notre nouveau départ à tous les deux. Les difficultés que j'avais rencontré n'avait pas étés des moindres. Arrivé dans un pays alors que je venais à peine d'entamer l'apprentissage de la langue m'avait mis pas mal d'embûches en travers de mon chemin. J'avais dû aller dans une école constituée que de personnes venues de l'étranger. C'était une école assez chère, avec peu d'élèves, mais qui était accès sur l'épanouissement personnel grâce à un suivi individuel qu'on ne pouvait pas retrouver dans un établissement classique. Évoluant avec différentes ethnies, j'avais réussi à perfectionner mes talents linguistiques, me retrouvant ainsi à parler quatre langues couramment et deux autres que je maitrisais moyennement. Je parlais évidement français et japonais. Mais j'avais aussi la maitrise de l'anglais et du mandarin. Mon premier petit-ami que j'avais eu là-bas était russe, alors il m'avait un peu appris sa langue natale avant notre rupture. Et je m'étais un peu penché sur l'espagnol, car un de mes amis était argentin.
Quel était ce caprice alors ?
Et bien voilà. J'avais passé quatre ans dans cette école parce que je n'avais pas pu aller dans une autre, ne parlant pas la langue nipponne. Chose qui avait été maintenant rectifiée. Je parlais le japonais et même trois autres langues. Donc, je voulais aller dans un lycée normal, un vrai lycée à la japonaise. J'avais fait les yeux doux à mon père, jouant sur les mots pour le convaincre. Il avait accepté avec peu de réticence au final et je me souvenais même de ces mots :
- "J'y avais déjà réfléchis et je sais déjà le lycée qui serait parfait pour toi mais ..."
C'était ce "mais" que j'avais dû combattre, ce qui l'avait retenu de m'y inscrire pour ma première année de lycée déjà. Il m'avait vendu du rêve en me la présentant cette école. Une académie prestigieuse, moderne, portant une attention particulière à chacun de ses élèves, proposant toutes sortes d'activités extra-scolaire, dont une qui allait faire chavirer mon cœur. J'avais compris que c'était une école pour bourge et grosse tête, donc un ramassis de pètes-culs tous barbant et ennuyeux à souhait. Mais, mais, mais, on pouvait pratiquer de l'équitation et s'il y avait bien une chose qui me rendait folle, c'était les chevaux. Et j'étais très bonne cavalière, j'avais eu mon premier poney à l'âge de cinq ans, et je n'avais pas cessé de monter à cheval, de participer à toutes sortes de concours depuis tous ce temps.
À notre arrivée au Japon, j'avais fait des pieds et des mains à mon père pour que mon cheval, un selle-français, puisse être rapatrié au Japon aussi. Ce qui avait coûté une blinde. J'avais fait zéro caprice pendant trois mois une fois mon fidèle destrier, que j'avais baptisé "Drogon", âgé de cinq ans, était arrivé à bon port. Oui, Drogon comme le dragon dans Game of Thrones. Je venais d'avoir onze ans, c'était LA série incontournable à ce moment-là et puis voilà, je n'ai pas d'autre argument pour me défendre.
Bref, ce lycée pouvait me permettre de monter Drogon tous les jours et tout ça dans le cadre scolaire, c'était la meilleure chose que Dieu pouvait m'accorder. Y'avais même pas à y réfléchir, je pouvais supporter toutes les pétasses et les prétentieux de la haute sans perdre un seul de mes cheveux. Et donc, ce fameux "mais" qui avait fait douter mon père, c'était que ce lycée se trouvait à quelques heures de routes de Tokyo, et que je devrais intégrer l'internat. Et mon cher papou ne voulait pas que son bébé quitte la maison toutes les semaines, voire parfois le week-end vu son poste. C'était presque l'hôpital qui se foutait de la charité vu comment il pouvait disparaître des semaines entières à cause de son travail.
Je lui avais demandé pourquoi choisir une école si loin si c'était que cela le problème, il devait bien exister une école similaire dans les environs de la capitale. Et effectivement, elle existait. La Super École pour les enfants les plus fortunés du pays. Celle que tout le monde connait à Tokyo, celle qui coûte un bras pour finalement servir juste de garderie à des gamins qui se prenaient pour les rois du pétrole. C'était la seule qui possédait un centre équestre au sein de ses murs car l'équitation n'était pas vraiment un sport très rependu dans ce pays, et encore moins chez les citadins. Quitte à choisir, je préférais effectivement les petits bourges de la campagne que ceux de la capitale.
Néanmoins, le fin mot de l'histoire il était là. Moi, la française pure souche, dans ce lycée à la campagne. Et donc, pour la rentrée des classes en deuxième année de lycée, je m'étais faite encercler au premier interclasse par l'ensemble de mes camarades qui s'étaient agglutinés autour de moi sans me laisser la moindre échappatoire, comme si j'étais une proie qu'ils étaient impatient de dévorer.
Voilà comment j'en étais arrivée là.
- Et bien, je suis touchée de tout l'intérêt que vous me portez, mais je vais avoir beaucoup de peine à répondre à autant de questions à la fois, répondis-je à arborant mon sourire le plus poli possible en posant une de mes mains sur l'autre elle-même posée sur mon pupitre de classe.
Je le voyais dans les yeux des demoiselles qu'elles me détestaient déjà.
- Ses mains sont si belles et élégantes, souffla un garçon, croyant que je ne l'entendais pas.
Les garçons, eux, me regardaient comme si j'étais un diamant travaillé, brillant et éclatant. Ils étaient à la fois admiratifs et intimidés. Ils me voyaient tous comme une fille douce, gentille et gracieuse.
- Bienvenue à Shiratorizawa, Prudence De Villiers, me dit une fille avec un sourire aussi faux que le mien en faisant exprès de prononcer mon nom et prénom avec un accent à couper au couteau.
À mes oreilles, cela sonnait plutôt comme « Bienvenue en enfer ». Je m'attendais à être jugée à cause de mes origines européennes et mes gestes un peu maniérés, mais je n'aurais pas cru que cela se passerait dès les premiers mots échangés. Mais si elles voulaient déjà commencer les hostilités en jouant à celles qui arriveraient à insulter l'autre avec élégance, elles allaient être servies. J'étais assez forte dans l'art de vanner avec de joli mot.
- C'est un plaisir d'être ici parmi vous, avec votre accueil si chaleureux, je remercierai mon père pour m'avoir permis d'étudier dans une école si éloignée de la capitale, lui répondis-je d'une voix douce, avec un fin sourire sur mes lèvres.
Vu leurs froncements de sourcils, elles avaient compris le réel sens de ma phrase : « Je vous détestes aussi avec votre tentative d'intimidation échouée les bouseuses. » Bien, maintenant que la guerre était déjà déclarée, on allait s'entendre comme chien et chat. J'avais malheureusement côtoyé beaucoup trop d'enfant de nouveaux riches qui se pensaient mieux que les autres grâce à leur fortune ou parce qu'ils ou elles possédaient un talent particulier. J'avais grandi dans ce milieu étant fille d'un haut fonctionnaire en diplomatie. Cela contrastait énormément avec l'ambiance joviale dans lequel je m'étais épanouie ces dernières années dans ma précédente école, mais j'avais de bons restes pour une fille qui avait rouillé pendant quatre ans.
Un professeur entra dans notre classe et somma les élèves attroupées autour de moi comme des moustiques de regagner leur place, mettant un terme à ce premier round.
Prudence 1 – 0 Shiratorizawa Girl's
Dernière relecture : 30/09/2021
Mots : 2218
