Chapitre 11 : Affaires d'elfes
Résumé :
Au cours d'une conversation avec les Malefoy arrive l'idée qu'il serait commode pour Severus d'avoir son propre elfe de maison. Il étudie la logistique.
Note de la traductrice :
Relecture assurée par Lamourloi, merci !
Deux semaines plus tard, Black n'avait toujours pas été trouvé, mais il n'avait non plus provoqué aucun ravage à part l'état général de panique. Aucune annonce de signalement n'avait donné quoi que ce fut ; il n'avait été rapporté aucune autre affaire de personne disparue ou d'enquête pour meurtre. Aucune autre évasion ne s'était produite, et la garde renforcée postée à Azkaban n'avait pu trouver aucune preuve de machination en ce sens.
Tout ce que l'on savait à propos de l'évasion de Black était qu'elle s'était produite entre 7 et 15 heures le 29, et qu'il était sorti par la porte la plus basse de la prison – celle qui s'ouvrait directement sur une petite falaise et la mer glaciale.
La vie, comme d'habitude, continua. Les lettres de Poudlard furent envoyées, avec un avertissement de prendre des précautions lors de toute sortie pour acheter le matériel. Severus effectua sa commande annuelle pour les réserves de potions de l'école, y compris de l'aconit et du sang de dragon. Presque tous les jours, il allait prendre au moins son déjeuner au Manoir Malefoy, profitant de l'occasion d'entendre les dernières nouvelles et de passer du temps avec Drago.
Cela lui permettait aussi de profiter de l'excellente nourriture.
- Pourquoi est-ce que vous n'avez pas votre propre elfe de maison ? » demanda Drago un soir, pendant le dîner.
- Pendant neuf mois de l'année, j'habite dans une école amplement fournie en elfes de maison, » fit remarquer Severus, appréciant de voir le sujet ainsi introduit. « À moins de vouloir faire quelque chose sans que le Directeur le découvre, je n'ai nul besoin d'un elfe pendant cette période. »
- Raison de plus pour en avoir un, » murmura Lucius d'un ton malin.
Severus arqua les sourcils. « Cela ne me serait d'aucune utilité à moins de pouvoir m'assurer que la présence de l'elfe dans l'école ne soit pas remarquée, » dit-il d'un ton sarcastique. « De plus, je ne connais pas le coût d'un elfe, mais je suis sûr que même l'elfe Malefoy le moins doué, le plus insupportable, par exemple, vaut une somme que je ne peux facilement payer. »
- Notre elfe le plus insupportable est très insupportable, » murmura Narcissa dans son verre de vin. « Peut-être puis-je me renseigner sur le prix pour vous. Bien sûr, je veux pouvoir m'assurer qu'un ami si cher peut envoyer des messages rapidement hors du contrôle de Dumbledore. »
Severus eut un sourire pincé. « Peut-être vais-je y réfléchir, » répondit-il.
Lors de la visite suivante de Severus à Poudlard, après sa discussion de sécurité avec Dumbledore et les autres Directeurs de Maison, il prit l'occasion de parler avec Argus. C'était le moment le plus occupé de l'année pour lui, et il avait réquisitionné la Grande Salle toute entière pour s'occuper du nettoyage, des réparations et de la restauration des milliers d'œuvres d'art du château, peintures, tapisseries et armures qui occupaient les couloirs. L'odeur combinée du vernis, de la laque et des différents produits adhésifs emplissait l'espace aussi sûrement que les dizaines d'elfes de maison en plein travail, inspectant et nettoyant les œuvres ou portant les plus abîmées à la table des professeurs pour réparation par les restaurateurs experts. Une peinture représentant une foule était temporairement accrochée au mur, remplie d'une assemblée disparate qui lançait des instructions et des menaces aux elfes occupés à restaurer leurs tableaux respectifs, avec des degrés variés de politesse.
Argus se tenait au milieu de la table des professeurs, sept grands registres ouverts devant lui, notant avec soin ce qui avait été fait et ce qui aurait besoin de soins supplémentaires.
- Vous avez besoin d'que'que chose, Professeur ? » demanda-t-il en voyant Severus.
- Rien qui ne puisse attendre que vous ayez fini, » le rassura Severus. « Je voudrais vous demander votre avis à propos d'une question d'elfe de maison, et peut-être aussi l'avis d'un elfe senior, s'ils en ont le temps. »
Il pouvait sentir un certain nombre d'yeux posés sur lui, et n'avait aucun doute sur le fait qu'un nombre égal d'oreilles écoutaient. Argus marmonna quelque chose d'un air pensif et se tourna vers la vieille elfe qui réparait un tableau près de lui.
- Morkin emmène le professeur à la cuisine pour le thé, » dit-elle sans lever les yeux. « J'amène Monsieur Argus quand on est prêts. »
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Severus avait déjà fini une tasse de thé et envisageait d'en préparer une deuxième quand l'elfe et Argus apparurent dans la 'zone d'atterrissage' de la cuisine, près de la porte. Ils s'assirent tous les deux, Argus au bout de la table, et l'elfe en face de Severus. « Vous pouvez appeler moi Tasher, » dit-elle. « Qu'est-ce que vous vouloir savoir ? »
- Y a-t-il un précédent pour qu'un professeur amène un elfe de maison personnel à l'école ? » répondit Severus sans ambages. « Et si oui, cet elfe est-il sous l'autorité du Directeur ? »
Tasher fronça les sourcils. « Vous posez des questions avec des réponses profondes, » dit-elle. « Est-ce que elfes de Poudlard pas assez bons ? »
Severus secoua la tête. « C'est un honneur de recevoir le service des elfes de Poudlard, et je l'apprécie pleinement, » dit-il. « J'ai besoin de garder des secrets, et j'ai besoin que certaines personnes puissent être sûres que leurs secrets sont à l'abri du Directeur. »
Tasher fronça encore plus les sourcils, son front ridé creusé par les sillons de l'âge. « … Tasher demande à elfe qui sait, » dit-elle enfin, avant de quitter la table et de se diriger, étrangement, vers le garde-manger.
Severus lança un regard vers Argus, qui haussa légèrement les épaules. « C'est elle que vous devez convaincre, ou qui que ce soit à qui elle parle, » dit-il, frottant son pouce contre le bois poli de la table. « Vous les prenez au sérieux, c'est un bon début. »
- Ils font du bon travail, » répondit Severus. Si seulement toutes les personnes avec qui il travaillait étaient aussi compétentes que les elfes de maison. « Je suppose que si ce que j'ai demandé n'était pas possible, elle me l'aurait dit immédiatement ? »
Argus eut un sourire en coin. « Tasher est pas du genre à perdre son temps, » dit-il. « Si vous étiez un nouveau professeur ici, vous auriez aucune chance, mais vous êtes pas nouveau. Pour moi au moins, vous avez fait vos preuves. »
La réponse de Severus fut interrompue par le retour de Tasher. Elle ouvrit la porte du garde-manger et lui fit signe de venir. « Le professeur Rogue vient parler à Granny Ell, » déclara-t-elle.
Argus, qui avait commencé à se lever, se rassit. « Je vous attends ici avec le thé, » dit-il. « Vous n'avez pas besoin de moi pour ça. »
Franchement méfiant, Severus suivit Tasher dans la pièce derrière la porte – une pièce qui n'était pas plus un garde-manger que la forêt était un laboratoire de potions. Cela ressemblait à une grotte, mis à part la porte en bois derrière lui, presque parfaitement ronde, avec quelque chose d'un bleu bioluminescent qui créait des motifs sur le plafond. Au centre, assis sur un trône, se trouvait une elfe de maison comme Severus n'en avait jamais vu. Ses grands yeux brillaient dans le noir comme du vif-argent, entourés du même bleu lumineux qui venait du plafond. Alors que la vision de Severus s'adaptait à la pénombre, il distingua des marques faites à l'encre sombre, sur les oreilles et les mains de l'elfe. Elle ne portait pas la simple tunique de travail, mais un tissu argenté qui entourait son corps comme les plis luxueux d'une toge romaine, avec un pan drapé par-dessus sa tête. De plus, si Tasher était âgée, cette elfe était vieille, d'après tous les signes que Severus avait appris à reconnaître. Et sa magie était aussi pesante qu'une harde de sombrals à la nouvelle lune.
Severus fit la seule chose qu'il pouvait faire. Il se prosterna. « Pardonnez mon ignorance, » dit-il à voix basse. « Je porte le nom de Severus Rogue, professeur à l'école de Poudlard. Comment dois-je m'adresser à vous ? »
L'elfe sourit, ses dents brillant étrangement dans la faible lumière. « Tu m'appelles Granny Ell, » dit-elle. « Assieds-toi. Nous parlons. »
Severus s'assit, sans prêter attention au sol froid, et Tasher s'assit elle aussi, à côté de lui. « Le professeur pose des questions avec réponses profondes, Granny, » dit-elle. « Des réponses qui ont besoin de charges et de serments et de marchandage. » Elle se tourna vers Severus. « Réponses profondes ont besoin savoir profond, Professeur. Savoir Granny Ell a. Demandez-ellui ce que vous vouloir. »
Severus posa ses mains à plat sur ses genoux, et prit une grande inspiration pour se concentrer. Seule la vérité le servirait ici. « Il est de mon devoir de protéger les élèves, » dit-il à voix basse. « Je n'ai pas accepté pleinement ce devoir au début, mais maintenant c'est le cas. Je partage ce but avec le Directeur, mais je ne suis pas toujours d'accord avec ses méthodes. Il ne tolère pas aisément d'être dans l'ignorance, et même s'il amasse les connaissances comme un niffleur amasse l'or, il est prêt à partager les secrets des autres personnes sans hésitation, s'il pense que c'est la chose à faire. Je suis un Serpentard, Directeur de la Maison Serpentard, et j'utilise des secrets pour protéger mes élèves et convaincre mes alliés. Ma capacité de garder ces secrets à l'abri du Directeur a servi l'école.
« Mes tâches ne sont pas aisées, et j'aimerais avoir un elfe pour m'aider. Mais un elfe à qui il est ordonné de révéler des secrets au Directeur ne pourrait pas m'aider. Est-il possible pour moi de garder un elfe de maison personnel sur les terres de l'école sans que le Directeur le sache ? Est-il acceptable pour les elfes de Poudlard que je fasse ainsi ? Comment devrais-je m'y prendre pour mettre cela en place ? »
Granny Ell l'observa, les yeux mi-clos. « Malédiction sur ton bras gauche, bénédiction sur le droit, » dit-iel d'une voix douce, dans le silence de la grotte. « Devoir trois fois juré dans ton cœur, confiance deux fois donnée dans ta poche. Tu donnes enfance alors que tu n'en as pas eu, et marches dans l'ombre pour protéger le soleil. Vas-tu laisser un elfe goûter ta magie ? »
Severus cligna des yeux, rangeant les mots dans son esprit pour les analyser plus tard. « Comment ferais-je cela, Granny ? »
- Le professeur doit faire une lumière sans baguette, sans mots s'il peut, » dit Tasher, sans le regarder. « Granny Ell la prend. »
Ce n'était pas un sort difficile, pas en comparaison des maléfices que Severus pouvait lancer sans baguette en moins d'une seconde. Il réussit même à modérer l'intensité, afin que la boule de douce lumière jaune le fasse seulement plisser des yeux, pas tressaillir.
Il tressaillit, par contre, quand Granny Ell attrapa la lumière et la mangea.
Iel lui sourit à nouveau. « Bon marchandage, Severus Rogue, professeur dans l'école de Poudlard, » dit-iel. « Elfes de Poudlard t'aident. Combien de temps tu as besoin d'un elfe pour garder des secrets ? »
Severus préférerait pouvoir garder des secrets à l'abri de Dumbledore pour l'éternité, mais ce dont il avait besoin était de garder des secrets jusqu'à ce que Harry et Drago aient quitté l'école. « Cinq ans, » dit-il. Il s'interrompit, puis ajouta : « Si je peux choisir, je voudrais un elfe en particulier. Un elfe Malefoy, très mal traité. Dobby. Il s'est déjà montré très dévoué envers la protection d'un de mes pupilles. »
La lueur des yeux de Granny Ell s'éteignit un instant quand iel les ferma. « Dobby, enfant de Tibby, » murmura-t-iel. « Un chemin douloureux pour cet enfant. »
Une réponse ne semblait pas nécessaire, donc Severus n'en fit pas.
Granny Ell rouvrit les yeux, et le fixa d'un regard perçant. « Quand tu as acheté la libération de Dobby à son maître, tu l'amènes à moi, » dit-iel. « Je supervise les serments. Cinq ans de secrets et de services à toi, cinq ans d'apprentissage par moi, et après Dobby choisit sa propre voie. »
Severus y réfléchit. Il avait la forte impression que Granny Ell était capable de modifier la loyauté de tout elfe qu'iel rencontrait, et n'hésiterait pas à le faire. Mais, dans l'ensemble, il ne pensait pas qu'iel soit particulièrement intéresset par les détails des jeux de pouvoir humains. Iel ne s'intéressait qu'aux elfes. Sas manipulations, contrairement à celles de Dumbledore, n'auraient que peu d'impact sur les élèves. « Bon marchandage, » dit-il enfin. « Serait-il approprié d'apporter un cadeau quand je reviendrai ? »
- Le professeur ne devrait pas remercier Granny Ell, » prévint Tasher, encore les yeux baissés. Une tradition, ou une préférence de sa part ? « Cadeau pour marchandage devrait être fait par propres mains. »
- J'ai reçu de bons conseils, » dit Severus, sans s'adresser à elle directement. « Si vous ne souhaitez pas que je reste, Granny Ell, je pense que le mieux pour moi est de partir. »
Lea vieill elfe regarda la porte derrière Severus, et elle s'ouvrit vivement, un rai de lumière provenant de la cuisine illuminant la grotte. « Si tu partages les secrets des elfes, elfes partagent les tiens, » prévint-iel.
Severus se leva et s'inclina. « Je comprends, » dit-il. « Je ne parlerai pas de ce que j'ai vu ici. »
Sur ce, Tasher le fit ressortir dans les murs de pierre ordinaires de la cuisine, alors que Severus clignait des yeux.
Étrangement, Argus était toujours là, qui les attendait. Le côté pleinement banal de le voir lire un livre de poche usé tout en mâchonnant un biscuit demanda à Severus un ajustement presque aussi fort qu'à la lumière. « C'est bon ? » dit-il, posant son livre et se frottant les mains pour enlever les miettes. « Je vous raccompagne dans la Grande Salle, Professeur, vous voulez sûrement vous dégourdir les jambes. »
- Combien de temps avons-nous passé là-dedans ? » demanda Severus après que la porte de la cuisine se soit refermée derrière eux.
Argus haussa les épaules. « 'peu près un quart d'heure, » dit-il. « Le temps paraît étrange là-dedans, mais c'est juste lieur truc. »
- Vous l'avez rencontret ? » demanda vivement Severus. « Est-iel - ? »
- C'est des affaires d'elfes, » l'interrompit Argus. « Pas des affaires d'humains, et certainement pas des affaires de sorciers. Vous apprendrez rien en interrogeant les gens. Tous ceux qui en savent assez pour en parler savent aussi qu'il faut se taire. »
Ah. Severus hocha la tête, et ils reprirent leur marche.
À suivre…
Notes de l'autrice :
Là on s'enfonce VRAIMENT dans la création de mon propre univers.
Dites-moi ce que vous avez pensé de Granny Ell, et n'hésitez pas à poser des questions si vous en avez ! Je ne vais peut-être pas répondre à tout, ça dépendra de ce que je sais et de combien c'est associé à des éléments à venir, mais je serai ravie de parler davantage du concept !
Note de la traductrice :
● Un grand merci au blog En tous genres, en particulier pour la page sur les pronoms non-binaires, sur laquelle je me suis largement appuyée (c'est beaucoup plus simple en anglais). Les lecteurs à l'œil particulièrement aiguisé auront pu remarquer que Severus pense une fois à Granny Ell avec un pronom féminin : c'est avant que Tasher précise qu'iel est non-binaire. En VO, c'est le pronom neutre (qui n'existe pas en français) qui a été utilisé.
J'ai hésité à mettre une note au début du chapitre pour vous prévenir, mais je me suis dit que ça serait plus amusant de vous laisser la surprise. Note : j'ai traduit ce chapitre avant de "tomber en panne", donc avant que le dictionnaire Robert en ligne ajoute le pronom iel.
● À propos de Rusard agissant comme restaurateur d'art à Poudlard : je reconnais ici une théorie née sur tumblr. Pour faire bref : il n'y a aucune logique dans l'idée d'employer un seul homme au ménage d'un château immense qui emploie des dizaines d'elfes de maison, d'autant plus que cet homme montre volontiers des comportements violents vis-à-vis des adolescents du château (rappelez-vous le tome 5…). D'un autre côté, il faut des compétences techniques importantes pour réparer entièrement un tableau de plusieurs centaines d'années – et dans le tome 3, cela a été confié à Rusard. Ça permet de justifier du même coup sa présence dans le château et sa connaissance des différents raccourcis (soit venant d'une exploration complète des lieux, soit tout simplement parce que les tableaux l'ont prévenu).
Note de l'autrice et de la traductrice :
Et pour celles et ceux qui ont aimé les infos à propos de Sirius dans les notes du chapitre précédent, vous trouverez dans mon profil une petite histoire offrant un autre point de vue à propos de cet étrange chien errant, Le bizarre incident du chien pendant la nuit.
