Un petit quelque chose inspiré de l'histoire entre Hadès & Perséphone. C'est SURTOUT une base sur laquelle je me suis appuyée plus qu'autre chose.
Aussi, nous pourrions dire que le monde "des humains" se déroule dans l'époque moderne. Il n'y a pas de Ben Solo (ce qui m'a fait tout bizarre, parce que j'ai beaucoup plus l'habitude d'écrire quelque chose où il n'y a pas de Kylo Ren).
J'espère que mes choix de divinités pour les personnages vous plairont! Je n'en ai pas réellement mis pour Finn (c'est surtout un oubli de ma part). Mais nous pourrions dire qu'il est un héros quelconque de la Mythologie Grecque.
Bonne lecture!
La première fois qu'il la voit, elle danse dans une ruelle.
Il remarque, à peine, les ordures éparpillées sur l'asphalte brisée ou les graffitis colorés et haineux qui jonchent de part et d'autre les murs de briques rouges et grises des différents édifices. Il ne voit et n'entend rien d'autre qui n'est pas elle.
À ce moment précis, il n'y a qu'elle.
Il n'existe qu'elle.
Elle gobe toute son attention. Elle est une tache de lumière éblouissante qui attire ses pupilles pour les faire prisonnières – comme un papillon de nuit attiré par l'éclat incandescent d'une flamme.
Et ce, bien que du haut de son perchoir, il la trouve particulièrement ridicule.
Elle danse seule, sans musique, sans chorégraphie réelle et elle rigole. Son rire lui fait l'effet d'une cascade d'eau dans un oasis, mais il ne peut s'empêcher de lui trouver des airs déments. Il se penche un peu plus pour mieux la détailler, son attention rivée sur elle croissant de minutes en minutes. À un moment, il se questionne si elle danse sur le bruit des sirènes de police qu'on entend, en arrière-plan, ou si elle s'est échappée de l'aile psychiatrique d'un hôpital.
Elle n'a que lui comme spectateur, il s'en est assuré. Un homme assis sur le rebord d'un toit d'un vieil immeuble, pratiquement invisible et qui fume une cigarette avec ennui. Se croit-elle dans un auditorium, là tout de suite, devant une foule venue l'applaudir? Il a soudainement envie qu'elle lève la tête et qu'elle le voit de son point d'observation. Cela pimenterait un peu sa journée ; il pourrait l'écraser sous le talon de ses Doc Martens noirs – comme une délicate petite fleur sauvage dans une crevasse de trottoir.
Sans réelle considération. Enfin, peut-être pas.
Il a l'impression que si un autre éclat de rire franchit encore une fois ses lèvres, son cœur se secouera dans un infarctus. Comme s'il avait vraiment un cœur. Il se sent pathétique.
Elle ressemble à une fragile poupée de porcelaine de collection.
Non, finalement, il ne veut pas qu'elle le voit. Pas tout de suite, dans tous les cas. Elle lui fait entretenir l'idée ridicule, pendant quelques minutes, qu'il est autre chose qu'un abysse de ténèbres. Sa seule vue le réchauffe un peu. Et, il est certain que si elle le voit, elle fuirait aussitôt.
Par tous les enfers, qu'il se sent stupide.
Lorsqu'elle bouge vers le fond de la ruelle, il constate avec amusement que des fleurs fleurissent à chaque endroit où ses pieds se déposent. Elle n'est qu'une petite fleur. Une naïve, délicate et fragile petite fleur.
Elle ferme les yeux, penche la tête vers l'arrière et tourne rapidement sur elle-même. Ses cheveux bruns deviennent une folle masse de boucles et sa robe soleil se soulève légèrement afin de dévoiler le haut de ses cuisses bronzées. Il se demande hâtivement si sa peau goûte l'astre lumineux ou si elle a un goût plutôt floral.
Il secoue la tête.
Tout cela est parfaitement ridicule.
Il ne parvient pas à s'en convaincre.
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Il retourne la voir, quelques fois, par ennui.
Non. C'est un pur mensonge.
En réalité, il se poste à tous les jours sur ce toit dans le mince espoir de la revoir danser à nouveau. Cette femme est à l'image même de la nature : douce, inexplicable et imprévisible. Elle ressemble à une tempête sauvage et, en même temps, à un magnifique cygne élancé. Ses contrastes l'éblouissent et sa fragilité le fascine. Il se sent subjugué ; comme on l'est devant un phénomène météorologique dévastateur et terriblement magnifique.
Même le soudain bruissement, qui survient, à ses côtés ne lui arrache pas son regard de cet envoûtant spectacle.
Il sait très bien qui vient de se poser, avec délicatesse, à ses côtés.
« Encore en train de la regarder? » constate Hux, d'un ton ennuyé.
« Je suis heureux que tu puisses, encore, remarquer l'évidence… » soupire Kylo, ironique et la voix traînante.
Son regard reste, néanmoins, collé sur l'objet de son obsession. Elle danse entre deux poubelles, quelques étages plus bas, dans la plus grande des innocences. Elle est sublime.
Il attend patiemment que le Dieu de la Mort poursuive, mais le rouquin semble décidé à se bâillonner dans un silence agaçant. Il devine aisément que Hux se vautre dans ce silence, faute de pouvoir prononcer des commentaires acerbes sur la situation – et il sait très bien que s'il ose les dire, Kylo se fera une joie de lui rappeler que la situation a déjà été inversée, dans le passé. Que le Dieu de la mort ait, déjà, été amoureux d'une fragile humaine vivante est le comble de l'ironie. Les deux le savent ; ça ne veut pas pour autant dire que ce tragique amour soit complètement guérit, après un nombre incalculable d'années.
« Alors? » demande Kylo, en stabilisant enfin son attention sur l'autre Dieu. « Qu'est-ce que tu as trouvé? »
« Je ne suis pas une fouine. » rappelle Hux, avec mépris. Il précise, avec le même ton que s'il proférait une insulte : « Votre majesté. »
Le roi des Enfers ne s'en formalise pas. Au contraire, il reste immobile face à cette petite irrévérence – qui est aussi inutile que superflu. Chacun des deux hommes savent très bien que le rouquin a recueilli avec son habituel zèle les informations qu'il lui a demandé.
« Pourquoi ne pas avoir demandé à ce pigeon voyageur qu'est Poe de faire ce sale travail? » ajoute le Dieu de la mort, irrité.
Kylo secoue la tête et ricane. Le rouquin sait très bien pourquoi il n'a pas demandé au messager des Dieux une quelconque aide.
« Tu sais que je n'ai aucune confiance en lui. Ce n'est pas un pigeon, c'est une vraie pie. »
Luke aurait eu vent de ses manigances avant même qu'il ait mis le point final à son plan pour capturer la jeune femme. Par chance, Kylo est suffisamment habile pour tromper le Roi des Dieux.
De la même manière que s'il suivait le fil des pensées du roi des Enfers, Hux acquiesce et indique :
« Ce n'est pas de Luke que tu dois le plus te méfier. Quoi qu'il ne soit pas à écarter, puisqu'il est son père et considérant sa relation tumultueuse avec sa mère… »
« Luke a des relations tumultueuses avec toutes les femmes de ce monde. » rigole, sarcastique, Kylo.
Hux lui lance un regard d'avertissement qui ne parvient pas à freiner son rire.
« Elle est la fille unique de Mara Jade. »
Le rouquin ressent une pointe de suffisance lorsque l'autre homme semble, enfin, prendre un peu plus au sérieux la situation.
… Pas tellement longtemps, en fait, puisqu'une lueur de défi nait dans les pupilles du roi des Enfers et qu'il frotte ses mains ensembles, ambitieux.
« Ça risque d'être très intéressant. » commente-t-il – ce qui fait soupirer Hux de découragement.
Tous les Dieux de l'Olympe le savent : la Déesse des moissons et de la fertilité est reconnue pour son mauvais caractère et ses idées arrêtées. Particulièrement, en ce qui concerne les Enfers… En ce qui le concerne.
« J'imagine que c'est pour cette raison que cette fille fait fleurir n'importe quoi dès qu'elle pose un pied sur le sol. »
Le Dieu de la Mort dodeline de la tête : « C'est la Déesse des fleurs. »
Le regard de Kylo revient, aimanté, sur la ruelle. Elle n'est plus là, mais il lui semble que son rire raisonne, encore, comme un écho.
« Tu veux la tuer? »
« Non. » Le roi des Enfers secoue la tête dans un mouvement de négation. « Je la veux vivante. Je la veux en Enfer. Elle me sera beaucoup plus utile, ainsi. »
Je la veux près de moi. Kylo ne prononce pas ces derniers mots à voix haute.
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Elle ne crie pas quand ils la capturent.
Aucun son ne franchit ses cordes vocales lorsqu'ils l'entraînent sous terre.
Elle se débat, avec la force d'un animal qui souhaite protéger sa liberté coûte que coûte, face à ses assaillants et se mord la lèvre avec tant d'obstination pour qu'aucun bruit ne passe sa bouche que du sang lui coule sur son menton.
Elle ne veut pas leur donner une quelconque satisfaction. Elle ne veut pas leur montrer l'étendue de sa peur ; ils ne méritent que sa colère et sa rage. Ils ne méritent rien d'autre.
On la pousse, sans délicatesse, afin qu'elle s'agenouille devant un homme assis paresseusement sur un trône. Elle ne fait aucun cas de la douleur qui raisonne dans ses rotules, elle réussit à se redresser légèrement et lève fièrement le menton pour l'affronter.
Fierté ou orgueil? Dans les deux cas, elle lui offre un spectacle impressionnant de courage et de ténacité.
À ce moment-ci, elle semble être à mille lieux de l'incarnation de naïveté que Kylo a eu le loisir d'observer. Elle n'en est pas moins éblouissante. Cette femme est presque intimidante et, dans un réflexe, il se redresse sur son trône pour mieux lui faire face.
Sa robe est déchirée, sa peau est barbouillée de terre, ses cheveux sont un parfait désordre et pourtant… Pourtant, elle n'a rien en commun avec les habituels prisonniers qu'on traine jusque dans cette salle.
Tout d'abord, elle est vivante ; c'est un changement intéressant.
Phasma et Hux la retiennent par les épaules et les bras afin de la contenir, mais elle réussit tout de même à former deux poings avec ses mains et à cracher du sang par terre. Pour compléter sa provocation, elle le fixe avec hargne – deux billes de la couleur du miel tacheté de vert qui l'observent avec toute la férocité du monde.
Elle est à couper le souffle.
Même ses taches de rousseurs éparpillées sur ses pommettes et son nez auraient le potentiel de l'hypnotiser.
Et, avant même qu'il puisse se rendre compte de ce qu'il fait, il est déjà debout et s'avance vers elle. Sans la quitter des yeux, il réduit la distance entre eux et fait trainer lentement son pouce sur son menton. Il recueille quelques gouttes de sang qui ont taché sa peau hâlée et porte son doigt à sa bouche.
Elle le fixe. Déstabilisée et interdite.
« Même ton sang goûte les fleurs, Rey. » lui fait-il remarquer avec un petit sourire.
Cela va de soi, évidemment.
Elle ne dit rien. Elle ne lui demande pas comment il connaît son prénom ; on ne peut pas cacher grand-chose au roi des Enfers, suppose-t-elle.
Lorsqu'il recule un peu, elle crache, cette fois-ci, à ses pieds. Venimeuse. Le sourire, qui ornait déjà le visage de l'homme, ne fait que s'accroître. Il ne la veut que davantage. Il a, un peu, l'impression d'être un enfant qui regarde avec adoration son prochain jouet préféré.
Et, enfin, elle brise le mutisme dans lequel elle s'est enfermée en jurant. Il n'a jamais entendu une femme jurer autant.
Tout en recommençant à se débattre sauvagement entre les mains de ses geôliers, elle se met à décrire explicitement le sort qu'elle envisage de réserver aux parties intimes de Hux. Tandis que Phasma a droit à un discours froid et éloquent sur la manière qu'elle pourrait la torturer si elle ne la lâche pas. Autour d'eux, plusieurs âmes blanchissent d'effroi, grimacent ou se couvrent des parties du corps qu'elle évoque.
Le sang-froid de Hux et Phasma est étonnant. Aucun d'eux ne réagissent et restent de marbre.
En même temps… Qui pourrait bien effrayer la mort, elle-même, et une Érinyes?
Néanmoins, il se fige. Il ne s'attendait pas à un tel dénouement. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit autant combattive. Intéressant. Ce n'est pas tout le monde qui peut se vanter d'arriver à surprendre le roi des Enfers.
Malgré son amusement et le bon spectacle qu'elle offre, il ordonne à Hux de l'assommer. En douceur, ajoute-t-il. Les blessures à la tête peuvent faire un tel désordre et il a un nouveau tapis qu'il ne souhaite pas tacher. Enfin, c'est la raison qu'il donne au Dieu de la mort et à l'Érinyes.
Quand elle s'effondre sur le sol, il fait un discret signe à Hux et à Phasma de la lâcher. Puis, il la prend précautionneusement entre ses bras et serre son corps délicat contre son torse. Là, où elle devrait être. Son corps s'emboîte parfaitement dans ses bras et sa tête se repose confortablement sur son épaule.
« Je l'amène dans mes appartements. »
Il n'accorde aucun regard ou d'égard aux personnes réunies dans la salle du trône.
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Rey se réveille, plusieurs heures plus tard, au milieu d'un lit baldaquin gigantesque. Ses yeux, déjà habitués à la pénombre, s'ouvrent sur une pièce richement décorée tandis que ses doigts s'attardent sur la soie noire des draps. Une quantité abusive de coussins moelleux ont été déposés près de sa tête et une couverture en tricot duveteuse la recouvre – comme si l'on s'était préoccupé de son confort avec zèle.
Et, évidemment, il est là.
Assis confortablement dans une chaise, le roi des Enfers, lui-même, est vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise blanche cintrée, à moitié boutonnée, et aux manches retroussées. Ses longues jambes sont allongées et ses pieds s'appuient sur le rebord du lit. Il mâchonne distraitement un stylo en faisant les mots croisés d'un journal quelconque.
Il a l'air si… Normal.
Et, beau.
Non, plutôt, diaboliquement beau.
Elle, qui a entendu une pluie d'histoires horribles sur Kylo Ren, le dieu des Enfers, par sa mère, en est presque troublée. Ça la fâche : cet homme devrait la dégoûter. Elle devrait le détester de tout son être – et non le trouver attirant. Rey renifle de colère.
Quand elle est, enfin, capable d'arracher ses yeux de lui, elle arrive à distinguer deux tasses posées sur la table à côté de lui, une théière, un bol de fruits rempli de grenades ainsi qu'un vase où cinq narcisses fraichement cueillis reposent. Son odorat arrive à distinguer le parfum des fleurs, mais également celui de la menthe et du thé vert.
La situation est surréelle. Étrange.
Qui kidnappe une jeune fille naïve pour l'installer, ensuite, si confortablement? Quel genre de psychopathe peut être cet homme?
« Vous êtes réveillée. » constate-t-il, désinvolte, sans lever son regard de son journal.
Elle l'observe, méfiante, en plissant les yeux. Décidée à ne pas le laisser en position de force, la jeune femme se relève difficilement. Son corps est endolori et courbaturé par son acharnement contre sa capture. Tous ses muscles hurlent de douleur à chacun de ses mouvements. Rey grimace et tressaille. Elle est certaine qu'elle est davantage sanguinolente que belle, en ce moment.
Lorsqu'elle parvint à s'asseoir, elle recouvre ses épaules dénudées par sa robe, en lambeaux, d'une couverture – plus pour se protéger du froid qui flotte dans la chambre plutôt que par souci de pudeur.
« Est-ce que tout cela était vraiment nécessaire? » demande-t-elle, irritée, après plusieurs minutes.
À ces mots, il daigne enfin l'observer – ou plutôt, l'examiner soigneusement en silence. La déesse des fleurs a l'impression de subir un examen visuel et n'est pas certaine si elle le réussi. Inconfortable, elle frotte son pouce sur sa joue, à quelques centimètres du coin de sa bouche. Sa peau est crasseuse par sa descente aux Enfers et de sang séché.
« Je te voulais aux Enfers. Tu y es. » déclare-t-il, en haussant les épaules, indifférent.
Bouche bée, elle hésite entre éclater de rire devant cette attitude digne d'un enfant capricieux ou éclater, de nouveau, de colère.
Elle décide d'opter pour un choix plus diplomate et cligne plusieurs fois des yeux.
« Et, ce que je veux n'a pas d'importance? » grince la jeune femme.
Un rictus se peint sur ses lèvres et Kylo abandonne son journal sur la table à côté de lui et se penche vers elle.
Il a l'air presque enchanté par leur discussion houleuse.
« Si tu ne veux pas être en enfer, alors, que veux-tu? »
« J'aurais aimé qu'on me demande, au moins, mon opinion à la place d'avoir à supporter la manière brutale que vos… Serviteurs m'ont fait subir. »
Elle lui montre l'état de son bras gauche où les ecchymoses fleurissent sur sa peau comme le font les fleurs sous ses pas pour illustrer son propos.
Le roi des Enfers éclate de rire avant d'attraper l'avant-bras qu'elle lui présente.
Ses longs doigts s'enroulent autour de son poignet et la font frissonner à cause de leur fraîcheur, mais aussi de…
Elle n'arrive pas à savoir ce qu'il lui inspire réellement. Rey le sait encore moins lorsqu'il embrasse ses hématomes. La jeune femme n'arrive pas à se concentrer et, encore moins, à décider si la sensation qu'il déclenche dans son estomac est agréable ou non.
La seule chose à laquelle elle est capable de réfléchir est qu'il est grand.
Elle secoue la tête, tente de reprendre ses esprits et se défait de son emprise. Elle ramène son bras vers elle et le frotte comme s'il l'avait brûlé.
C'est presque ça.
« Vous êtes un monstre. » crache-t-elle, avec tout le mépris qu'elle parvint à trouver.
Son visage s'assombrit, tout comme ses yeux de la couleur du quartz, comme unique réaction à ses paroles. Rey a la soudaine impression qu'on lui verse de l'eau glacée sur la tête lorsqu'il la regarde – la dévisage – impassible. Elle est habituée aux colères, qui ressemblent à des tempêtes tropicales, de sa mère et des nymphes. Elle n'a aucune idée de la manière qu'elle doit réagir à cette animosité polaire.
Enfin, il se recule dans son siège et se détourne d'elle pour verser du thé dans les deux tasses qui sont posées devant lui. Bien qu'elle garde la tête haute, Rey est soulagée de ne plus être le centre de l'attention de ces deux billes imperturbables.
« Appelle-moi ainsi, si c'est ce que tu penses, ma fleur. Ou si ça te fait plaisir. » lui répond-t-il, patiemment, mais néanmoins d'une voix aussi froide que l'arctique. Et, subitement, sa voix devient plus aimable et il propose : « Thé? »
Désarçonnée par ce rapide changement d'attitude, la jeune femme fixe la tasse en porcelaine blanche qu'il lui tend. Elle prend le temps d'humer le parfum du thé vert qui s'en échappe – comme si elle tentait de discerner une odeur de poison. Puis, Rey dodeline la tête et lève la main pour accrocher ses doigts à l'anse de la tasse. Leurs doigts se frôlent et, une nouvelle fois, un frisson comparable à un choc électrique foudroie ses entrailles. Ses lèvres se pincent, un peu choquée par la réaction de son corps, et rejette son attention sur le liquide ambré.
« Ne t'inquiète pas, je ne projette pas de t'empoisonner. » ironise Kylo.
Comme s'il cherchait à la rassurer, il prend une gorgée et grimace presque immédiatement.
« Ce n'est pas empoisonné, mais ça manque cruellement de sucre. »
Immobile, la jeune femme l'observe, perplexe, attraper le sucrier et en verser dans sa tasse. Dans un autre contexte, elle se serait esclaffée de rire : le Dieu des Enfers n'aime pas le goût amer du thé vert. Qui l'eût cru? Silencieusement, ce dernier se tourne vers elle afin de lui offrir le sucrier et elle décline d'un signe de la main.
« Dois-je me sentir un peu plus en sécurité que vous ayez décidé que je ne valais pas la peine qu'on m'empoisonne? » raille-t-elle, en se décidant enfin à tremper ses lèvres dans le liquide fumant.
Le froid sibérien de son regard semble se réchauffer, en même temps que son habituel rictus amusé se forme sur ses lèvres.
« Je crois que tu vaux la peine d'avoir orchestré tout ceci… Mais certainement pas de mourir. » Il penche la tête vers le côté pour mieux laisser ses yeux errer sur elle. « On ne tue pas une fleur aussi belle. »
« Je ne suis pas une fleur! »
« …Pourtant, tu es la femme la plus magnifique que j'ai pu voir. »
Comment parvient-il à la laisser sans voix aussi facilement? Cette manière qu'il la regarde, ce ton de voix rauque qu'il utilise quand il parle d'elle, ces mots… Tout cela est si déroutant. Particulièrement, lorsqu'on les jumelle à sa plasticité qui lui semble sans défaut.
Rey déglutit lentement, fronce les sourcils, ouvre la bouche… Et, bois une autre gorgée de thé. Une deuxième, également. Elle a l'impression de s'enfoncer dans des sables mouvants et elle n'éprouve aucune sensation de claustrophobie l'envahir à ce constat.
Non, c'est le naturel qui s'installe entre eux qui la laisse sans voix et qui l'effraie. Tout ceci est trop familier et elle veut se donner des claques : elle est captive de cet ignoble personnage. Ce n'est pas le moment d'être victime d'un syndrome de Stockholm.
« Ma fleur, en ce qui concerne la brutalité que Hux et Phasma ont fait preuve… » reprend-t-il, alors que ses longs doigts viennent caresser une ecchymose sur son poignet. « Je crois que, malheureusement, tu ne peux que t'en prendre à toi-même. C'était une idée stupide, si tu veux mon humble avis, d'avoir voulu leur résister. »
Elle fait un mouvement pour se défaire, une seconde fois, de l'étreinte troublante de ses doigts sur son bras.
« J'ai un prénom. » lui rappelle-t-elle, d'un ton acide.
Et, évidemment, sa remarque ne fait qu'agrandir le sourire qui orne les lèvres de Kylo.
« Un prénom qui te sied à merveille, d'ailleurs. Tu es aussi éblouissante qu'un rayon de soleil, ma fleur. » Il ne dissimule en rien son éclat de rire lorsqu'elle le fusille du regard. « Un peu de sérieux. Alors…Comme tu me l'as si bien fait remarquer, j'aurais pu te demander ton avis. Donc, dis-moi, veux-tu être aux Enfers? »
« Bien sûr que non! » se révolte Rey. « Je ne veux pas être ici! Quelle fille innocente voudrait être enlevée par un psychopathe, être amenée six pieds sous terre et privée de soleil? Vous savez, ma mère sera furieuse lorsqu'elle va remarquer que j'ai disparu! »
« Évidemment. » Il ricane et fait un mouvement de balaye de la main, sarcastique. « Voilà pourquoi je ne t'ai pas demandé ton opinion. »
Kylo s'empare d'une grenade et, avec une force surprenante, la sépare en deux parties. Des graines se répandent sur ses mains et il amène son pouce à sa bouche pour en sucer le jus rouge. Rey a l'impression qu'une chandelle s'allume, quelque part, dans son ventre à cette simple vue.
« De toute manière, tes petits amis, armés de fourches et de torches, devraient arriver bientôt pour tenter de te secourir. Ton calvaire ne devrait pas durer très longtemps. »
Il arbore un sourire enfantin avant de lui proposer l'autre moitié de la grenade.
« Je sais. » déplore-t-elle, résignée à ce que cette finalité arrive.
Rey prend le fruit offert et fixe les graines gorgées de jus, songeuse.
« Il faudrait te décider, ma fleur. Tu veux quitter les Enfers ou y rester? » questionne-t-il, mutin, en fronçant les sourcils.
« Je ne veux pas que vous les tuiez. » confesse-t-elle, en chuchotant, presque timidement.
« Rien ne m'y oblige, ma fleur. » Devant son air ahuri, il ajoute, claironnant de satisfaction : « Peut-être que je ne suis pas le monstre que tu crois, après tout. »
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Cependant, Rey n'est pas aussi naïve et innocente comme elle l'a argué auprès du roi des Enfers.
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Rapidement, la jeune femme constate que les Enfers ne sont pas aussi horribles que les histoires que lui a racontées, à maintes reprises, sa mère. En réalité, tout ce qu'elle sait sur cet endroit – et son roi – est purement faux et mensonger.
Bien sûr, les Enfers ne sont pas aussi confortables que le monde des vivants – trop chaud, trop sombre, trop sec. Cependant, elle s'attendait à pire. C'est, peut-être, cela qui l'aide à poser un regard neuf sur sa prison temporaire et son geôlier.
Une prison qui, d'ailleurs, n'en est pas réellement une. Il ne la confine pas à des cachots ou à des salles de tortures. Bien au contraire.
Elle partage les appartements du roi des Enfers et il met à sa disposition une servante pour s'assurer que rien ne lui manque. Et, bien qu'il soit tactile avec elle – peut-être trop – et que cela semble déclencher un émoi incompréhensible à l'intérieur d'elle, il n'essaie jamais de profiter de sa captivité ou de son rôle de geôlier pour aller plus loin. Rey en est soulagée ; leur relation platonique est déjà si intense et déroutante, elle refuse de penser où cela pourrait les mener, la mener, si celle-ci changerait.
Pendant des journées entières, elle explore le château de Kylo à sa guise. Ce dernier semble s'amuser de la voir s'entretenir avec toutes les âmes et tous les Dieux qui déambulent dans sa demeure. Enfin, Rey le suppose. Il ne parle pas beaucoup.
La jeune femme passe plusieurs heures, à ses côtés, dans la salle du trône. Assise sur l'un des bras de son trône de pierre, elle le regarde, avec curiosité, juger les âmes des mortels décédés ou gérer les Enfers. Il lui a offert de lui amener un siège. D'une voix moqueuse, elle lui dit qu'elle n'en a pas besoin.
Rey refuse de s'avouer qu'elle aime que les doigts de Kylo s'attardent sur le bas de son dos pendant qu'il décide du sort des âmes qui défilent devant lui.
Elle préfère vivre dans le déni.
Et, inévitablement, quand tout cela l'ennui, elle descend de son perchoir pour caresser les trois têtes de Chewbacca, le gardien des Enfers, qui reste, la plupart du temps, aux côtés de son roi.
« Es-tu certaine d'être la déesse des fleurs? » lui demande, ce dernier, à sa cinquième journée dans les Enfers, un peu narquoisement.
« Oui, pourquoi? »
« Je ne sais pas… Tu sembles apprivoiser ce chien beaucoup trop facilement. » Il s'interrompt, réfléchi quelques secondes et reprend : « En fait, tu as réussi à mettre mon château à tes pieds en cinq jours. »
Le sourire qu'elle lui décroche est si lumineux qu'il perce un chemin jusqu'à son cœur.
Un cœur, sur lequel, elle commence à avoir tous les droits.
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« Tout ça… Mon enlèvement… C'est pour atteindre mon père? » questionne Rey, alors qu'ils sont assis dans l'immense salle à manger du château.
Elle ramasse des graines de grenades tombées dans son assiette et les lèche sur ses doigts pour les manger. Ou pour le provoquer… Ses intentions ne sont jamais tout à fait claires. Dans tous les cas, son but est atteint puisque Kylo ne peut que déglutir devant ce spectacle. Il a une envie soudaine d'aller recueillir le jus laissé par le fruit sur son menton et de le goûter à même ses lèvres.
« En partie… » articule-t-il, la voix rauque.
« Évidemment, c'est une question de pouvoir. » rigole-t-elle, candidement. « Les hommes et le pouvoir… C'est une longue histoire d'amour. »
Et, Kylo saisit à quel point il s'est trompé à son sujet. Rey n'a rien de la petite fille naïve. Ce n'est qu'une pure façade.
Il sourit, amusé.
« Plutôt une question de revanche, ma fleur. »
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Évidemment, Kylo a parfaitement conscience que les autres Dieux la cherche.
Il entend les pleurs de Mara Jade et ses supplications afin qu'il consente à libérer sa fille adorée. Puis, il peut en distinguer ses insultes amères et calomnieuses qu'elle prononce quand elle n'obtient pas gain de cause.
Il ne dit rien. Il ne fait rien. Il reste de marbre face à toutes ces réactions afin de ne pas blesser Rey, d'une quelconque manière, au passage. Le roi des Enfers a parfaitement conscience comment la jeune femme est attachée et aime sa mère.
Pourtant, elle le surprend. Encore une fois.
Cette femme ne fait que cela, le surprendre, de toute évidence.
Rey semble s'ennuyer de l'acharnement des autres divinités et des héros à la délivrer de sa captivité. Elle n'y porte que très peu d'attention et s'assure seulement qu'ils repartent sain et sauf de leur tentative de libération.
Non, en fait, la jeune femme aime le taquiner sur ses plans défectueux.
Rey préfère rire doucement quand Kylo grogne ou qu'il peste sur le fait qu'il ne peut pas ordonner un bain de sang pour se débarrasser de tous ces idiots qui tentent de la sauver. Parce que le roi des Enfers respecte, avec un dévouement qui étonne la jeune femme, la promesse qu'il lui a faite.
Ils essaient tous de la sauver de quoi, exactement? Elle-même ne connaît pas la réponse à cette question. La déesse des fleurs ne souffre pas. Elle n'est pas en danger, non plus. Et, en réalité, bien que le royaume des morts soit funeste, lugubre et triste, Rey s'y sent bien. Personne ne la surprotège comme le fait sa mère, personne ne lui demande de brider l'ampleur de ses pouvoirs, personne ne lui impose quoi que ce soit. En étant la prisonnière de Kylo, la jeune femme n'a jamais goûté autant à la liberté.
« Tu devrais m'épouser. » lâche Rey, d'un ton léger, après deux semaines de captivité auprès de lui, pendant qu'ils dînent. « Tu aurais une bonne raison pour me réclamer aux Enfers. »
Il la regarde, médusé, sous le choc de ce qu'il vient d'entendre. Kylo ouvre la bouche et la referme, incertain de ce qu'il doit déduire de ces paroles. Incertain de ce qu'il doit en comprendre. Est-elle sérieuse? Est-ce une énième joute verbale?
« Serais-tu en train de me demander de t'épouser, ma fleur? »
Rey tourne son regard vers lui et affiche l'air le plus innocent qu'il ne lui ait vu.
« Peut-être. » prononce-t-elle, avec un ton moqueur. « Dans tous les cas, ça ferait un bien meilleur plan que le tien. »
Elle n'a pas tort. Il doit le lui accorder.
L'épouser, c'est ce qu'il souhaite depuis qu'il a posé ses yeux sur elle. Là, n'est pas la question. Il aurait pu l'y obliger depuis le début. Il aurait pu l'y forcer dès les quelques minutes qu'elle était en Enfer. Il est le roi ; il a tous les droits. Il s'en est abstenu. Il ne voulait pas lui donner une raison supplémentaire de le détester.
Cependant, il n'a pas prévu qu'elle l'amène d'elle-même. Il n'a pas prévu qu'elle le lui propose avec un sourire provocateur et un air de défi.
Il n'a pas prévu que l'épouser devienne l'une des choses qu'il souhaite avec le plus de ferveur. Il n'a pas prévu qu'elle s'immisce dans son cœur, sous sa peau et que sa présence devienne une composante importante de son oxygène.
Il l'observe fixement pendant plusieurs minutes. L'air de la jeune femme est indéchiffrable.
Une tension, qui n'a rien d'inconfortable, naît dans la pièce. Elle s'épaissit.
« D'accord. » répond-t-il. « Marions-nous. »
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Rey entend, plus qu'elle n'écoute, en réalité, la voix de Leia célébrer leur mariage.
La jeune femme a conscience qu'elle devrait se sentir honorée que la déesse du mariage, elle-même, officialise leur union, mais son cerveau n'enregistre aucun des mots qui sont prononcés. Elle sait que c'est un miracle que Leia ait accepté la demande de Kylo, alors qu'il refuse, toujours, d'accéder à la demande de Luke de la libérer des Enfers. Rey a conscience de tout cela. Cependant, elle ne peut s'empêcher d'avoir l'impression de n'être présente que de corps – et que son esprit vague, à mille lieux de celui-ci, quelque part.
La jeune femme se sent détachée par ce mariage. Elle n'est ni amène, ni heureuse, ni triste. Rey a seulement la vague sensation d'avoir capitulé face à son destin. Entre un mariage de convenance ordonné par son père ou épouser un homme, par simple désir de vouloir provoquer tout le panthéon, quelle est la finalité la plus désastreuse? Les mariages d'amour sont une légende ou un privilège qui ne sont pas accordés aux Dieux.
Au moins, elle aura pu choisir de donner sa main au roi des Enfers.
Il faudra s'en contenter.
Au moins, il l'attire comme un aimant. Ça pourrait être pire.
Elle regarde les traits sévères du visage de Kylo, ses cheveux noirs qui frôlent ses larges épaules, son long nez, ses oreilles décollées, sa mâchoire volontaire… Ses yeux se verrouillent sur cette créature ténébreuse et tout le corps de Rey ne semble plus qu'aspirer qu'à se confondre dans le sien. Et, tout à coup, elle n'assiste plus à ce mariage comme une simple spectatrice sans émotions. Il altère son désintérêt.
Il est les ténèbres qui rend sa lumière encore plus éclatante.
Il est son opposé et sa similarité. Comme deux pièces de puzzle qui s'emboîtent parfaitement l'une dans l'autre.
Elle est incapable de détacher ses yeux de lui. Elle ne l'aime pas. Mais ça pourrait être pire, bien pire.
La voix de Rey tremble légèrement quand elle prononce l'habituel 'je le veux'. Puis, elle garde la tête haute et ne fait que se mordre faiblement la lèvre quand la lame vient déchirer la peau de l'intérieur de sa paume de main. Un filet de la couleur des rubis vient instantanément peindre son épiderme bronzé et la déesse des fleurs observe ce spectacle avec une étrange fascination.
Comme la tradition le veut, ses doigts enlacent ceux de son époux, leur sang se mêle afin de ne faire qu'un et chacun lèche le liquide vermeil, qui orne, maintenant, l'intérieur de leur main gauche. On presque croire qu'il s'agit du jus d'une pomme-grenade.
Et, Rey comprend, à peine, ce besoin soudain et impérieux d'embrasser les lèvres du roi des Enfers tachées de leur sang. Elle a l'impression qu'un brasier vient de naître dans ses entrailles et qu'il lèche avidement toutes les limites de sa raison pour les faire disparaître complètement.
Le cœur battant et le souffle coupé, elle reste, là, pantelante, et le cœur prisonnier d'une tempête. La jeune femme ne sait pas comment elle arrive à ne pas crouler sous cette impulsion et, encore moins, d'y résister.
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Mara Jade pousse un long cri de fureur quand elle apprendre le mariage clandestin et infernal de Rey. Le monde des vivants, déjà plongé dans un hiver glacial, subit son humeur massacrante. Elle n'est qu'envahit par la rage et la haine envers celui qui a osé lui enlever sa fille unique.
