Chapitre 1:

Harry évita la collusion au dernier moment d'un saut sur le côté.

Il venait de sortir d'un cour d'occlumencie catastrophique et était tellement occupé à insulter mentalement Rogue qu'il n'avait pas remarqué que quelqu'un venait dans l'autre sens. Suite à l'incident du serpent et d'Arthur Weasley peu avant les vacances de Noël, Dumbledore lui avait imposé de s'entraîner chaque semaine à fermer son esprit à Voldemort avec Rogue et le professeur s'amusait à le torturer. C'était seulement le deuxième cours depuis la rentrée, et Harry avait déjà envie d'abandonner.

Tiré de ses ruminations haineuses, Harry détailla le jeune homme qui avait failli lui rentrer dedans, un peu surpris de croiser un élève après le couvre feu. Il semblait un peu plus âgé et affichait le blason de Serdaigle sur sa cape. Avec son corps musclé, ses cheveux bruns soyeux, ses yeux verts émeraude et sa fossette au menton, il devait être le type qui plait aux filles. Sauf que pour l'heure, un visage crispé et des sourcils froncés gâchaient un peu ses traits.

Des pas précipités retentirent depuis l'autre bout du couloir, accompagnés d'une voix impérieuse :

« Steve ! Attends ! »

Harry se figea aussitôt. Il ne connaissait que trop bien cette voix. L'urgence qui y transparaissait aiguisa sa curiosité et balaya le détestable professeur de potions de son esprit. Les pas se rapprochaient à toute allure, et à nouveau la voix appela le dénommé « Steve ». Le Serdaigle jura et s'enfuit en courant. Intrigué, Harry suivit son instinct de Gryffondor (ou peut-être de Serpentard?) et se cacha dans l'ombre d'une statue.

Il attendit quelques secondes, les sens aux aguets, avant que le propriétaire de la voix n'apparaisse et s'arrête non loin de lui, le visage tourné vers l'endroit où le Serdaigle avait disparu. De sa cachette, Harry pouvait espionner à loisir son ennemi de toujours. Draco avait les yeux brillants et le souffle court. Sa cravate était de travers et ses cheveux d'habitude impeccables flottaient autour de sa tête, comme s'il venait de se réveiller. Harry s'autorisa un petit sourire. Comme quoi même Monsieur-toujours-apprêté pouvait être pris de court.

Le Serpentard, lui, ne souriait pas du tout. Il scannait le couloir, sourcils froncés. Il ferma soudain le poing et l'abattit sur le mur de pierre avec une telle violence que Harry sursauta. Puis la colère retomba aussi vite qu'elle était venue et les épaules fines s'affaissèrent. Le jeune homme resta un moment immobile, la tête baissée et les yeux éteints. Il avait l'air tellement abattu qu'Harry eut un soupçon de compassion. Puis il se rappela que c'était Draco, son ennemi juré, celui qui avait fait de sa vie et de celle de ses amis un enfer depuis son arrivée à Poudlard, et il refoula ce sentiment déplacé.

Le Serpentard finit par rebrousser chemin, la démarche hésitante et la tête baissée. Harry le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse avant de s'autoriser un rire sec. Qu'est ce qui pouvait contrarier cet infâme fils-à-papa pour qu'il laisse tomber son masque de distinction et de perfection ?

En se remettant en marche vers son dortoir, le Gryffondor se promit qu'il découvrirait ce secret...


« Et donc c'est juste parce que hier soir Malefoy avait l'air fâché que tu le lâches pas des yeux depuis ce matin ? soupira Ron au milieu du repas de midi, entre deux bouchées de tourte.

- Fâché et abattu. Je ne l'avais jamais vu comme ça. On aurait dit qu'il avait des sentiments... C'est suspect.»

Hermione leva les yeux au ciel et Ron se gratta la joue d'un air pensif.

«Tu te rappelles sa tête quand on a gagné la coupe des maisons en première année ? Je vois difficilement comment il pouvait avoir l'air plus affecté... Et puis franchement là il a juste l'air normal. Une petite fouine snob, comme toujours.

- Justement, il a l'air trop normal aujourd'hui, ça cache quelque chose... »

Harry ignora le grognement dubitatif de son meilleur ami et se servit de la soupe qu'il répartit à moitié dans son bol et à moitié sur la table, principalement parce qu'il suivait toujours Draco des yeux.

Hermione nettoya la table d'un sort puis passa une main agacée devant son ami, l'arrachant à son observation.

« Bon, ça suffit. Peut-être qu'il était juste fâché hier, et que maintenant c'est passé. Honnêtement, je ne vois pas pourquoi ça t'intéresse autant. Et je t'interdis d'aller le provoquer pour rien, alors qu'enfin il nous laisse tranquille.

- Depuis quand il nous laisse tranquille ? S'étouffa Ron.

- Depuis le début de l'année scolaire, répondit Hermione sur un ton égal.

- Tu délires. Tu as du tricoter tes trucs difformes jusque trop tard et maintenant tu hallucines. »

Tandis qu'Hermione montait au quart de tour et s'indignait que « ces trucs difformes sont des chapeaux, et même des instruments de libération pour un peuple opprimé », déclenchant des rires narquois de la part du rouquin, Harry ressassait l'affirmation d'Hermione. Il était sûr que Draco avait continué à lui nuire, cette année comme les autres. Perturbé, il passa en revue les interactions avec les Serpentards depuis la rentrée...

Lucius Malefoy avait intrigué auprès de Fudge lors de son procès, pour essayer de lui faire retirer sa baguett. Pansy, qui avait été propulsée préfète contre toute raison, était venue le narguer de ne pas avoir été choisi dans le train, sous les rires de ses comparses. Les Serpentards avaient insulté leur équipe lors des entraînements de Quidditch, puis avaient chanté sous la direction de Pansy « Weasley est notre roi » pour déstabiliser Ron, leur nouveau goal, lors du premier match contre Serpentard. Enfin, Marcus Flint avait dit l'insulte de trop qui les avait jeté sur lui, Ron, Fred et Harry, résultant en l'interdiction injuste et grotesque de Quidditch et à la confiscation de leurs balais par Ombrage...

Les embrouilles habituelles, mais pas avec Draco.

« Merde, Hermione, t'as raison ! » s'exclama Harry, éberlué.

La jeune femme tourna un visage satisfait vers lui. Ron lui jeta lui un regard outré.

Reportant son attention sur la silhouette du Serpentard, à l'autre bout de la Grande Salle, Harry conclut.

« C'est encore plus suspect que ce que je pensais. Il doit préparer quelque chose. Faut vraiment que j'enquête. »

Cette fois, ses deux amis s'accordèrent dans un même soupir fatigué...


Quelques heures plus tard, Harry s'efforçait de ne pas interrompre le flot d'informations creuses et absurdes déversé par l'immonde Ombrage. Il n'avait aucune envie d'écoper d'une nouvelle retenue et de rouvrir ses cicatrices sur sa main, mais écouter cette femme était au dessus de ses forces. Se remémorant les conseils d'Hermione « pense à ce qu'on accomplit avec l'AD et relativise, il y a pire », Harry décida de faire la liste des choses pires que de rester assis au fond d'une salle de classe à écouter le crapaud déblatérer alors que le danger les attendait dehors et qu'elle était censée les préparer à se défendre. Au bout d'un quart d'heure d'intense réflexion, il n'avait trouvé que deux choses : se faire saigner dans un chaudron pour ramener un fou psychopathe et essayer de fermer son esprit face aux attaques impitoyables de Rogue en Occlumancie. Mais au moins, cette liste lui donna une idée brillante pour distraire son esprit et oublier l'insupportable « Grande Inquisitrice ».

D'un geste désinvolte, il attrapa sa baguette et l'agita sous la table en chuchotant "Legilimens", le regard fixé sur le blond qui écrivait quelques tables plus loin. Une fraction de seconde, il vit une main blanche délicate serrer une longue plume d'oie devant lui, se superposant à sa vision. Puis Draco lui ferma son esprit et il fut expulsé hors de sa tête.

Tandis que le Serpentard, le corps soudain tendu, relevait la tête de son parchemin et regardait autour de lui, l'air méfiant et légèrement paniqué, Harry savourait cette petite victoire. Apparemment, il était meilleur Legilimens qu'Occlumens.

Ron, qui était à côté de lui, remarqua alors qu'il avait sorti sa baguette et chuchota, sidéré :

« Mais qu'est ce que tu fous Harry ? Si Ombrage te voit...»

Mais Harry en avait assez de faire attention. Tout le monde passait son temps à lui dicter de faire attention de ne pas se faire prendre par des Ombrage ou autres Voldemorts. Dumbledore, Mc Gonagal, Hermione, Mme Weasley et maintenant Ron...

Il dit à nouveau la formule en mettant toute sa frustration, toute sa volonté d'agir librement dans sa baguette. Il se heurta aussitôt aux défenses de Draco, mais il insista, déterminé à pénétrer son esprit et découvrir le sombre projet qu'il devait nourrir. Remarquant une brèche, il s'introduisit dedans et lança toute sa force vers le Serpentard...


Un éclat de lumière fulgurant réveilla les Gryffondors somnolents et fit s'interrompre Ombrage. Puis un grand cri brisa le silence interloqué, emplissant la classe d'un mélange déchirant de fureur, de douleur et de peur. Tous les regards se tournèrent vers Draco. Son visage était devenu livide et sa plume gisait sur sa table, cassée en deux.

Avant que quiconque ait pu réagir, il s'était levé et brandissait sa baguette vers Harry, les jointures blanches et les yeux assombris par une haine corrosive. Le Gryffondor avait les yeux écarquillés et la bouche ouverte, l'air horrifié. Sa main lâcha sa baguette, comme s'il rendait les armes. La tension était telle que personne n'osa bouger ou parler. Puis le Serpentard fit exploser la table d'Harry et Ron d'un sort et partit de la salle en courant.

Aussitôt, la vie reflua. Ron et Hermione convergèrent vers Harry, l'assommant de questions inquiètes, Pansy s'élança derrière Draco en l'appelant d'une voix criarde, Gryffondors et Serpentards explosèrent en commentaires et hypothèses, et Ombrage s'efforça de ramener le calme en enlevant des points et en distribuant des retenues à tour de bras.

Mais Harry était insensible à tout ce chaos. L'expression de détresse du Serpentard disparu s'était imprimée sur sa rétine, lui donnant envie de mourir...