Disclaimer : The 100 et ses personnages appartiennent à leurs créateurs, je n'ai pour propriété que le bazar que j'en fais.
Rating : M
Warning : Cette fan-fiction contiendra des sujets sensibles comme la dépression, le viol, la drogue, le suicide, ainsi que plusieurs relations LGBT+. Si cela peut d'aucune manière atteindre à votre intégrité mentale, vous êtes libre de ne pas vous imposer ce récit.
Note de l'auteur : Histoire en quatre chapitres + prologue, je publierais la suite des chapitres quand ils seront tous écrits ( il ne m'en reste plus qu'un), en les séparant en plusieurs parties pour éviter des publications de plus de 20 pages qui pourraient vous assommer. Chaque chapitres se découpent en sous-parties, chacune d'entre elles étant affiliée à une musique qui vous sera donnée. Les playlists sont déjà toutes faites sur Spotify pour ceux que ça intéresserait ; je vous donnerais leur nom en début de chapitres, puisque les liens ne sont pas acceptés. J'espère de toute mon âme que j'ai exterminer toute les fautes d'orthographes, mais n'hésitez pas à me les pointez du doigts ou à vous proposez comme bêta, je suis en recherche active d'un être charitable prêt à se brûler les yeux sur mes torchons. Sur ce, une bonne lecture ~
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[ PROLOGUE ]
Dog days (n.p) :
1. Période entre juillet et septembre, aux températures d'été chaudes et humides.
2. Période de stagnation ou d'inactivité
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Intro - The XX
Il est tard, trop tard pour que des coups se fassent entendre sur sa porte. Il ne devrait même pas ouvrir, il devrait laisser son visiteur imprévu dépérir sur son seuil si c'est si important. Il n'a pas envie de parler, il n'a pas envie de vivre, ce soir il veut se laisser glisser dans les limbes obscurs de son esprit jusqu'à ne plus respirer et plonger dans une mort douloureuse qu'il connaît maintenant sous le nom d'insomnie. Il fixe les feuilles qui s'amoncelle sur sa table, les portées et les gribouillis qu'il n'a réussi qu'à cracher avec peine sur le papier. Il sait ce qu'il veut dire mais il n'est plus sûre de comment. Il n'est plus sûr de pourquoi. Il lui faudrait une muse, un être de chair et de sang aux rêves grandiloquents et à l'âme balafrée, un ange torturé ou un démon engagé, il n'en a plus grand-chose à foutre. Il voudrait être inspiré, mais il ne l'est plus depuis si longtemps qu'il a oublié le goût des élans gracieux sur sa langue assoiffée. Il porte son verre à ses lèvres, laisse le reste d'ambre lui glisser entre les dents et enflammer sa gorge. Ce n'était pas un fond, il venait de se resservir. Il finira alcoolique, comme elle et comme il devrait l'être. Les artistes ne finissent-ils pas tous dans l'éthanol et les fumes ? Il voudrait. Il voudrait que ce soit une évidence, qu'il s'évapore entre les cendres et les flaques sans autres bruits que celui de son cœur qui s'éteint.
La porte, il doit l'ouvrir.
Il n'a pas envie, il n'a pas envie d'entendre sa voix ou celle d'un autre, il n'a pas envie de faire rouler les syllabes et sonner les verbes, il se voudrait tout en vers et en sonnet ce soir, il se voudrait d'une verve dithyrambique, mais s'il ouvre la porte alors il devra dire « Bonjour ». « Bonsoir », il est tard. Ou est-ce trop tôt maintenant ? Il veut regarder l'heure mais il doit ouvrir la porte. Il n'y a rien de beau dans les bonsoirs.
La porte.
Il se traine, ondulant, jusqu'au battant de bois et pose sa main sur la porte. Il s'imagine un ami, trop enthousiaste, mais il en a si peu. Il s'imagine son agent, téléphone à la main et la colère au regard pour un nouvel imprévu infortuné, mais son agent est à Paris et il est si loin de Paris. Il s'imagine un homme, un vieil homme, il s'imagine un visage tordu, une grimace, mais rien, rien ne devrait être sur son seuil. Et pourtant, il ouvre la porte, convaincu que derrière, il n'y aura rien d'autre que le vent pour se moquer de sa crédulité. Bonne blague, le vent. Ça, ça le ferait rire, se faire feinter par la brise.
Il tire la poignée, ramasse ce qui lui reste de force et de vie et se tient - pas - droit devant l'encadrement, rêvant d'apparition nocturne lui apportant les mots et les notes qui le fuie depuis trop longtemps.
Mais sur son paillasson, il ne git rien des courbes charmeuses d'une histoire prometteuse ou d'une inspiration rêveuse. Sur son paillasson, des miettes d'un temps qu'il a enfermé dans les tréfonds de ses souvenirs et qui ressurgit chaque nuit pour hanter ses rêves éveillées et ses rares sommeils. Sur son paillasson, l'odeur de charogne et de menthe, puanteur mielleuse et stérile, rance des années d'oublies.
Il n'a pas changé, il pense en premier, puis ; est ce que j'ai changé ? Il a changé, on lui a dit - il se fatigue de s'entendre déclarer qu'il n'a plus rien de ses airs d'adolescent flamboyant. Mais cet amas de chair et d'os sur son seuil ne change en rien des souvenirs papiers glacés qui lui reste ; s'il ressortait les clichés qu'il a voulu brûlés, mais a gardé dans son placard – à double tour, comme si un tour de clef ne suffisait pas à retenir une boîte en carton et des photos de mensonges – il retrouverait la même gueule d'ange, les mêmes creux d'avoir trop sourit, la mêmes constellation qui assombrit sa peau cuivrée. Dans sa mémoire, ce sont les mêmes boucles brunes qui jouent contre le vent, et ce sont les mêmes yeux boueux qui se remplissent d'étoiles et de lumière avec la facilitée des enfants.
Il pense à refermer le battant et prétendre à une hallucination, un goût de fatigue et de whisky sur la langue et l'esprit en berne. Ne la rouvrir que demain, son paillasson vide et sa vie flinguée, mais pas à ce point. Mais Blake n'a pas de temps pour l'indécision ; il est déjà dans le salon. Il jette un oeil acerbe aux travaux tâchés d'encre et d'alcool, se sert lui même un verre ambré qu'il laisse couler dans sa trachée sans paroles ou patience.
Murphy fixe l'oeil torve de la porte qui reste obstinément ouverte. S'y engouffre et s'enfuir, voilà qui ne serait pas si fou. Il n'y a plus rien pour lui sous le toit qui n'abrite plus que les silences et l'ivresse, tout n'y est plus que gâchis et flou. Il pourrait recommencer, refaire sa vie autre part, reconstruire son âme loin des projecteurs et des dorures. Un verre de whisky à la main.
Il a besoin de briller, il n'y a plus que ça qui le garde de s'éteindre.
Il ferme la porte.
« On prévient quand on débarque à 2h du mat'.» il prononce, s'efforçant de décoller les syllabes et de ne pas mâcher les mots. Il veut qu'il dégage. Il n'a rien à foutre là, rien à foutre dans sa vie, dans son salon. Ce n'est pas l'heures pour les fantômes d'un temps qui s'est fait ruines. Déjà l'endroit semble lui appartenir - il le hantait déjà - et il meurt de tirer la couette à lui. Blake s'empare. Il rêve d'un temps où le monde se refusait à lui.
Le brun repose son verre et lui jette un regard narquois. Il n'y a pas de souvenirs qui ne soit tâché de son sourire moqueur ; il voudrait le fumer, voir l'amusement se réduire en cendre et se perdre dans les nuages. Si les nuages pleuvaient, pleuvraient-ils la désinvolture ?
« Je l'aurais bien fait, mais Jasper ne m'a passé que ton adresse. »
Bien sûr, Jasper. Faible, il pense, mais c'est injuste, alors il ravale son fiel. Faible c'est un mot de travers, un peu trop facile ; tout est si facile si on se lasse de concéder. C'est sa hantise, que tout devienne facile ; c'est si simple de devenir con, quand on y pense. Quand on y pense pas trop.
Lache. C'est triste, pas injuste ; c'est les traits qu'a pris son ami, la lâcheté incarnée, dans cette fuite constante des peines et des joies, imperméable. Et si fragile, si près à aimer et à croire, si facile à convaincre pour peu qu'il se sente moins seul ; Jasper est immuablement solitaire parmi la masse d'amour et d'attention, incapable de se réchauffer dans cet univers chaleureux. Parfois, il se plait à justifier son inébranlable luxe gris par une complaisance dorée. Mais si Jasper se complaisait, alors Murphy n'aurait pas cette boule dans la poitrine à savoir que jamais personne ne redonnera des couleurs à son ami. Peut-être que certain sont condamné aux chagrins daltoniens qui jamais ne laissent filtrer le goût de la vie. Pas même l'alcool. Voilà bien un remède qu'ile pourront jamais partager ; Jasper a cessé de boire aussi vite qu'il a du prendre en charge un poupon qui riait bien, papa branlant ou papa rien.
Dans sa poitrine il ne trouve aucune rancoeur à Jasper pour avoir cédé ; colère furtive, elle se retourne vite contre l'homme qui foule son parquet et abuse des morts - vivants ? avec la désinvolture de ceux qui en ont construit leur vie. Parfois il se demande s'il est injuste ; il rejette l'interrogation. Haïr Blake c'est bien l'une des seules choses qui gardent un sens. Lui se complaît dans la haine et s'aveugle des couleurs trop vives qui brulent sa rétines. L'éthanol enflamme sa gorge. Blake embrase ses tripes, haine ou désir, sans plus jamais avoir besoin de faire la différence. Il n'a plus que ça, la passion qui dévore ses heures.
Il contemple la vision erratique du corps ambré qui coule sur le cuir de son canapé comme si c'était là même son lit. Les fleuves retournent toujours à la sources. Ils se dévisagent comme le font deux êtres qui se reconnaissent dans les moindres détails, incapable d'assimiler les rides et les failles qui les séparent de ceux qu'ils étaient il y a de cela une éternité.
« T'as vieilli, lâche enfin l'acteur, et il ponctue sa phrase d'une grimace, se redressant du canapé. T'es comme le bon vin, tu te bonifie. Mais t'as l'air de bien t'y connaître à ce que je vois.»
Il jette un coup d'oeil amusé aux bouteilles diverses qui jonchent le sol et en ramassent une pour la renverser dans son verre maintenant vide ; il n'en reste plus rien pour remplir les peines, Murphy s'en est assuré bien avant. Il n'est pas alcoolique - pas encore, voilà qui ne devrait pas le rendre si fier - il boit juste beaucoup. Et nettoie moins. Il lui semble que le chaos est tout ce qu'il subsiste de ses élans inspirés. Plus effrayant que le silence et le vide, il y a le propre et l'organisé, l'agressivité des sols rutilants. Il n'est pas d'humeur à la conversation, il n'a pas la patience de rentrer dans son jeu, alors il lâche sans même répondre à l'insinuation ;
« Qu'est-ce que tu veux ? »
Ça le fait rire, il repose la bouteille et se lève ; il est plus grand. Plus large. Il le domine, comme toujours, et lui se sent ridicule face à l'aura chaude et assurée de son aîné. Il se refuse le luxe des souvenirs, qu'il pourrait retrouver en quelques secondes, quand le parfum sable et pluie se fraye jusqu'à ses sens.
« On est obligé de vouloir quelque chose pour venir rendre visite à un ami de longue date ? il demande, faussement offusqué, le rire dans sa voix et la provocation sur la langue.
– Toi et moi on est bien des choses, il mord, mais ça n'a jamais été ami. »
C'est plus ou moins vrai. C'est complexe. Toujours plus qu'ami, toujours moins qu'amant, il n'y a pas de termes pour ceux qui s'échouent entre les frontières et les étiquettes. Ami d'enfance, peut-être ? Il a tout teint en noir et blanc. Il n'a pas envie de lui concéder le titre, ça raviverait des mots qu'ils préfèrent étouffer. Blake ricane et se rapproche de lui avec un rictus, mais Murphy esquive et rejoint la table recouverte de ses travaux inachevés et bancales.
« Crache le morceaux ou vire de ma maison. »
Le brun fait la moue, déçu du ton sec mais avance à nouveau vers lui, les mains dans les poches, pour s'emparer d'une partition gribouillée. Ses yeux semblent se perdre le temps d'une seconde entre les lignes et les croches, et Murphy sait qu'il joue la mélodie dans sa tête. Il sait aussi que quand il repose la feuille, il est perplexe. C'est mauvais. Facile. Prévisible. Il se dégoûte. De son talent qui s'égrène et de décortiquer ses expressions, d'imprimer son visage dans son esprit. Il se méprise pour cette faiblesse qui jamais ne l'épargne, et il s'effraie de cette vision du passé qui vient mettre en péril sa vie et son travail tout entier. Il s'effraie car il se sait faible, affreusement faible quoi qu'il arrive devant les boucles rebelles et les taches de rousseurs qui jouent la valse sur ses pommettes d'australien. Et ce parfum de nuits et de folie qu'il rapporte avec lui. Mais Blake enfin relève le regard jusqu'à lui et prononce avec un sérieux mortifiant :
« Je veux reformer Skaikru. Et je veux que tu composes à nouveau pour nous. »
Dans sa gorge, la nausée le prend immédiatement, et c'est ce qui le garde d'éclater de rire. Il n'y a rien de plus pathétique et inattendue que cette demande d'outre-tombe qui ravive les drames d'une ère révolue.
« T'es malade, il lâche, devant le visage impassible de Blake, essayant d'ignorer l'écorchure qui s'agrandit dans sa poitrine. T'es totalement malade.
– Ce sera officiel cette fois, continue pourtant le musicien comme s'il ne venait pas de proposer l'une des idées les plus folles et les plus insultantes de sa vie. Pas de mensonges, ton nom sera publiquement associé au notre, tu seras reconnu. »
Il se rapproche, toujours plus, et le coeur de Murphy fait des embardées. L'alcool brouille ses pensées, il peine à réfléchir et à démêler son esprit. Brume et naufrage, les spectres qu'il a enfermés lui revienne par vague, l'écume s'échoue sur le rivage sans que les images ne le quitte. Il voudrait hurler. Ce n'est pas juste, ce n'est pas juste de déterrer des années de bordel, lui qui s'est battu pour se construire et avancer. Il ne veut pas entendre parler de Skaikru, il ne veut pas penser à Skaikru, il ne veut même pas ébaucher l'idée de l'existence de cette foutue bande. Il ne veut pas de Blake dans son salon qui passe sa main dans son dos et il ne veut pas de cette odeur entêtante qui envahit sa conscience et l'embrouille comme elle a appris à le faire.
« Va te faire foutre Blake, il parvient pourtant à déclarer avec colère, et il se rend compte que ses lèvres sont trop près pour ne pas sentir son souffle contre les siennes. Il n'y a jamais que toi qui gagne dans tes plans tordus. T'es tordu. »
Murphy n'a aucune envie de se laisser avoir. Il n'a aucune envie d'entrer dans son jeu et de lui donner ce qu'il veut ; mais il sait quand la bouche de Blake se tord en un sourire narquois qu'il a perdu d'avance. Il a toujours eut ce qu'il voulait de lui ; maintenant ou dix ans plus tôt. Il n'y a aucune raison pour que cela change aujourd'hui. L'amertume a le même goût de haine qu'il a toujours eu devant les moqueries du brun et sa victoire constante, le même goût de désir colérique qu'il n'a jamais retrouvé nul part. Il se laisse embrasser. Parce que c'est facile. Et qu'il est fatigué de se battre contre l'inévitable, qu'il est fatigué de ne jamais haïr autant qu'il se haït lui-même. Ce n'est ni doux ni beau, ça n'a rien d'un retour dans le passé, ni de retrouvailles chaleureuses. C'est agressif, leurs dents cognent et s'agrippent, écorchent et mordent, et il n'a jamais eut autant envie de faire mal que maintenant. Qu'on lui fasse mal. Comme à dix-huit ans, il s'abreuve de cette attention exaltante que Blake lui donne le temps d'un instant. À chaque fois, il pense qu'il est sûrement masochiste. D'aimer cette passion rêche et blessante.
Il se laisse retourner, laisse la poigne pressante le faire se pencher contre la table, percutant violemment la surface de bois, froissant les feuilles qui protestent mollement sous l'assaut. Il ne laisse que quelques grognements s'échapper, laisse un Salop écharper sa lippe quand le brun pousse en lui sans préparation. Puis il oublie les mots. Le corps de Blake percutant le sien avec impatience, leur arrachant des gémissements scandaleux qu'il regrettera plus tard. Il enserre une partition entre ses doigts pour trouver prise mais se sent couler, et hait le ricanement satisfait de Blake quand il laisse un cri traverser sa gorge, quand il vient frapper au bon endroit. Ça ne dure que quelques minutes, ils ont en trop envie depuis trop longtemps pour prendre leur temps. Il n'ont pas envie de prendre leur temps. Ce n'est pas à propos d'eux, c'est à propos de ce truc qui leur donne envie de s'étrangler et de s'embraser dès qu'ils se voient. C'est à propos d'un truc qui les dépasse, et de Blake qui gagne toujours contre lui, qui toujours s'abaisse contre les bureaux et se laisse prendre, lui et sa fierté.
C'est à propos de sa main qui maltraite ses cheveux et de ses coups de hanches qui lui arrache à chaque élans butoirs des gémissements et des insultes qu'il ne donne qu'à lui.
Quand enfin ils viennent et qu'il ne reste que le silence et la chaleur de leur corps, ils échangent un dernier regard - de défi - et Blake relâche ses cheveux, non sans une dernière caresse victorieuse. Aucune tendresse, juste sa paume contre les mèches qui disent : « Gentil toutou », et lui qui frissonne, de haine et d'un autre truc pathétique que seul Blake lui apporte. Cette satisfaction, ce plaisir dans cette soumission humiliante. Il se redresse et chacun réajuste leur tenue à peine affectée par l'échange. Aucune trace, que des bleus sur les cuisses qui protesteront en vain contre le traitement du panneau en bois percutant inlassablement les jambes se faisant faibles.
« Je reviens demain, prononce Blake en passant une main assurée dans les cheveux. Réfléchis-y.
– Y a rien à réfléchir. »
Et Murphy croit en ses mots, il ne cédera pas. Pas ça. Essayant d'occulter alors que le brun lui lance un dernier regard avant de quitter la maison qu'il cède toujours. Sans exception.
