La nuit était sombre. Presque solide. Un brouillard gris glissait à la surface du Lac Noir bordant le château à la silhouette lugubre. Au loin, le hurlement d'un loup-garou trouva une résonnance dans le chant coasseux d'un crapaud accoucheur. Une nuit de pleine-lune comme il en existe au nord de l'Ecosse. Une nuit glaçante, dont le voile de fraîcheur glissait sur votre peau aussi insidieusement que les écailles d'un serpent.
Mais l'histoire qui nous intéresse ce soir ne prend pas place sur la pelouse du parc ou au cœur de la forêt interdite. C'est entre les murs en vielles pierres de Poudlard que nous nous retrouvons. A peine éclairée par la lueur des bougies flottantes, une silhouette se faufile. Chaque pas claque sur les dalles de pierre, résonnant comme le son de lugubres carillons.
Clac, clac, clac.
Pas de chapeau pointu, seulement une longue robe noire se glissant dans la pénombre des corridors. Et deux yeux rouges. Le chemin semblait interminable. Et ce tempo qui ne cessait de résonner, encore et encore.
La bâtisse était pourtant calme, les élèves et professeurs semblaient profondément lovés dans les bras de Morphée. Ne restait que cet écho résonnant contre murs et plafond. Cette course contre le temps qui filait. Une pause, subitement. Relevant le nez, la silhouette sembla sentir quelque chose. Quelque chose d'inhabituel dans ce monde de magie et sorcellerie. Un frisson la parcourut, faisant frémir les pans de la longue robe qui la recouvrait. Rapidement, l'instant s'évapora et les pas reprirent.
Clac, clac, clac.
Les secondes, puis les minutes s'écoulèrent sans qu'elle ne s'arrête jamais cette silhouette courant. Encore un pas puis elle s'arrêta devant un grand mur de pierres. Un aller. Deux. Le retour. Une porte apparut subitement au milieu du mur qui semblait pourtant plein et intact. Une grande main osseuse s'enroula autour du bouton de la poignée, ouvrant dans un grincement sinistre la porte donnant sur une grande salle sombre. Pas de lumière à l'exception d'un filet de lumière passant par une meurtrière. Les deux yeux rouges se faufilèrent silencieusement, suivant cet inconnu au visage encapuchonné.
Clac, clac, clac.
Encore quelques pas qui s'arrêtèrent devant une grande armoire de bois massif. Pas de glace sur les portes ni même de poignée. Rien qui aurait pu indiquer l'utilité de l'objet si ça n'était ces lourdes charnières rouillées.
De sous les pans de son vêtement, une baguette pointa et d'un sort informulé laissa la porte s'entrebâiller. Lentement. Un instant, le temps se suspendit, une lumière éblouissante emplissant l'espace, incandescent et brûlant tout.
Puis plus rien. A nouveau le noir complet et l'impression de voir des flamèches danser devant ses rétines sensibles. Embrassant la scène du regard, la silhouette tendit la main par l'embrasure de la porte et referma ses doigts sur un petit objet. Sphérique. Lisse. Luisant malgré l'obscurité. Se teintant d'un vermeil profond, le regard perplexe. Un oubli. Quelque chose qui manquait. Perdu, la silhouette se retourna, faisant sauter tranquillement la sphère entre ses doigts.
Un rebond.
Deux rebonds.
Trois…
Crac.
La sphère tomba au sol, se brisant en un millier d'éclats cristallins. Deux yeux rouges luisants dans l'obscurité. Un flot écarlate s'échappant du capuchon. Une fumée carmin s'envolant dans l'air. Le tableau tout de noir prit la couleur rubis du sang.
La porte grinça à nouveau, faisant entrer la lueur d'une lanterne dans la salle. La scène crue, corps désarticulé de pantin, longs membres emmêlés dans une pause que le repos éternel ne saurait délier. Une voix, aussi discordante que les gonds de la lourde porte de bois, résonna, se répercutant en un écho infernal.
« Viens ma belle. Il y a sans doute d'autres élèves qui traînent dans les couloirs. »
Un simple miaulement lui répondit tout aussi désagréable que la voix de son maître. Une fourrure tigrée et tâchée de pourpre, Miss Teigne apparut. Celui là au moins n'oublierait plus : lorsque deux yeux rouges vous suivent dans la nuit, mieux vaut regagner son lit.
Une histoire écrite pour un live Halloween de la Fréquence 9 3/4 (superbe podcast au passage ;) )
Un petit retour dans l'écriture ? Sans doute ;) n'hésitez pas à me dire si l'histoire vous a plu. Prochainement... Noël ? Qui sait...
