TOXIQUE
Elle se rappelait parfaitement la première fois qu'elle l'avait vu. Son regard désabusé l'avait transpercée et elle s'était sentie chavirer. Elle ne s'en était jamais vraiment relevé.
Aujourd'hui, lorsqu'elle le regardait, des sentiments différents la parcouraient. Avait-elle fait une erreur ? Parfois elle se surprenait à s'excuser à ses enfants le soir. À leur dire qu'elle était désolée des choix qu'elle avait fait. Ses jumeaux la regardaient sans comprendre tandis qu'elle refoulait ses larmes. Ils ne saisissaient pas ce qui poussait leur mère à culpabiliser, ils ne pouvaient imaginer ce qui causait ce nœud qui lui nouait les entrailles le matin. Ce même nœud qui la maintenait de longues minutes allongées dans son lit à se demander ce que lui réserverait cette nouvelle journée.
Comment en était-elle arrivée là ?
PARTIE 1
Elle avait vingt ans et travaillait au Ministère de la Magie, au Département de contrôle et régulation des créatures magiques.
Son collègue direct était Amos Diggory. À l'époque, elle avait été rassurée d'apprendre qu'elle aurait à faire à une personne familière sur son lieu de travail. Cependant, travailler en duo avec le père de feu Cédric Diggory, lui avait enseigné qu'on est parfois surpris de ce qui se cache sous un lourd manteau d'hiver. Ainsi, alors qu'il la formait à l'inspection des conditions de vie des elfes de maison à quelques jours des fêtes de Noël, Hermione avait été choquée de découvrir la personne peu amène qu'était Amos Diggory en présence de ces pauvres créatures magiques.
Hermione Granger avait serré les dents en le voyant réprimander un elfe aux bords des larmes et la jeune femme avait immédiatement décidé de changer la donne. Elle n'avait été soulagée que lorsqu'elle eut repris en charge tous les dossiers des elfes de maison vivant en Grande-Bretagne.
Amos Diggory avait été ravi que ce poids s'envole de ses épaules et avait accueilli la nouvelle à bras ouverts. En vérité, il n'aimait guerre les elfes. Il les trouvait stupides et pernicieux. Seuls les dragons l'intéressaient et, notamment, le projet de Gringotts d'acquérir un nouveau souffre-douleur. C'était gagnant-gagnant. Étant donné la situation, Hermione n'aurait pu espérer négocier avec Gringotts à ce sujet puisqu'elle avait contribué à la libération de leur dragon.
Les mois s'étaient succédés et Hermione avait réalisé toutes les visites qu'Amos avait labellisées comme « urgentes ». Il n'en restait plus qu'une. Une seule visite qu'elle avait systématiquement reportée au bas de la pile des dossiers en attente.
Ce jeudi-là, Hermione sut qu'elle avait été bornée et stupide de reporter une tâche aussi importante. La semaine touchait lentement à sa fin et les vacances de Noël approchaient à grands pas.
Harry Potter et Ronald Weasley passèrent la tête par l'embranchement de la porte de son bureau, peu avant midi.
« Salut Hermione ! » dirent-ils d'une même voix avant de jouer des épaules en gloussant pour qui rentrerait le premier. Secouant la tête avec la moue d'une mère blasée de l'éternelle puérilité de ses enfants, Hermione observa Ron vaincre Harry et s'empresser de la rejoindre. Il lui offrit une accolade chaleureuse et un baiser sur le haut de son crâne tandis que Harry attendait son tour pour l'embrasser sur la joue.
D'un même mouvement, ils s'affalèrent sur les sièges qui lui faisaient face. « Tu es prête ? j'ai réservé une table aux Trois Balais ! » s'exclama Harry.
« Aux Trois Balais ? » s'écria la jeune femme en réprimant un rire. « Mais c'est à l'autre bout du pays, Harry ! »
Harry haussa les épaules, une lueur de malice s'allumant dans son regard. Le Survivant se leva en claquant les talons et présenta son bras dans un geste empreint d'élégance. Ronald leva les yeux au ciel et se redressa à son tour. Une fois qu'Hermione eut rejoint Harry, ce dernier posa sa main sur l'épaule du rouquin et ils transplanèrent pour arriver directement devant le réseau de cheminées du Ministère.
« Tu peux transplaner au sein même du Ministère ? » s'étonna Hermione en levant un sourcil tandis qu'elle saisissait une poignée de poudre de cheminette.
« Il se la raconte, ouais ! » rigola Ronald en l'imitant. « Sa permission ne dure qu'une journée. »
Quelques instants plus tard, le célèbre Trio d'Or débouchait de la cheminée située dans le salon des Trois Balais. Rosmerta les accueillit chaleureusement et les installa à une table reculée, leur expliquant à voix basse qu'elle ne souhaitait pas qu'ils soient dérangés par des sorciers un peu trop admiratifs
« Comment cela se passe-t-il au Ministère ? » demanda finalement Harry en portant à ses lèvres sa bièraubeurre.
« Je n'ai pas à me plaindre, j'ai enfin repris tous les dossiers des elfes de maison. » annonça-t-elle avec fierté. « Parfois, j'ai des urgences concernant l'apparition d'une créature magique dans le monde Moldu mais je dois dire qu'Amos s'occupe beaucoup des interventions pour l'instant. » Hermione but une gorgée et essuya la mousse qui s'accrocha à sa lèvre supérieure avant de continuer sous le regard amusé de Ron. « Et vous ? »
« On a eu une permission spéciale aujourd'hui dans le cadre de la libération d'un prisonnier de guerre. » expliqua Ron, un sourire empreint de chaleur sur les lèvres, bien qu'il n'eût pu s'empêcher de grimacer à la mention dudit prisonnier. « Ça n'a pris qu'une heure. On profite donc de notre journée de congé pour venir te voir. »
Hermione sentit son cœur s'emballer à la vue de ce sourire si familier qu'elle chérissait tant. Toutefois, son esprit avait été déstabilisé par un autre détail . « La libération d'un prisonnier de guerre ? »
Harry, qui venait de lever son bras pour rappeler à Rosmerta de leur servir à manger, fronça soudain les sourcils. « Tu ne lis jamais La Gazette, Hermione ? »
« Je dois dire que je n'en ai pas trop le temps en ce moment. » avoua-t-elle d'une petite voix honteuse. Son regard se perdit par la haute fenêtre d'où elle aperçut avec nostalgie la vie foisonnante de Pré-au-Lard en pleine semaine.
« Tout le monde ne parle que de cela, pourtant ! » soupira Ron en levant les yeux au ciel. « Skeeter va l'élever au rang de victime, voire de martyr, si cela continue. »
« Tu exagères, Ron. » l'apaisa Harry. « Et puis, on en a déjà parlé… tu imagines, toi, être élevé dans ce contexte ? Avec cet homme pour père ? Je pense qu'on l'a toujours détesté sans essayer de comprendre l'abominable vérité que cachaient ses agissements. »
Hermione sentit une boule se former au creux de sa gorge et, soudain, sa bièraubeurre se coinça en chemin. Elle toussa et se força à déglutir. Pourquoi l'univers semblait-il vouloir la forcer à affronter ses cauchemars ?
« Tu as trop lu, Skeeter, Harry ! » ricana Ron en vidant son verre d'un trait. « Cette vieille mégère va rendre tout le monde dingue de Malefoy, ça me dégoute ! » cracha Ron. Ses épaules se détendirent immédiatement alors que Rosmerta le frôlait pour déposer une assiette de poulet rôti face à lui. Il lui offrit un grand sourire avant de se saisir de sa fourchette et d'enfourner dans son gosier une bouchée à faire rougir un géant.
Harry et Hermione échangèrent un regard avant d'éclater de rire.
« Quoi ? » balbutia Ron, la bouche pleine et les joues virant au cramoisi. Il déglutit difficilement, but une longue gorgée d'eau pour faire descendre le tout. « Harry, je suis d'accord avec toi. Il a suivi le chemin tracé par ses parents et qui sait si nous n'aurions pas fait pareil ? Enfin, je ne pense pas… mais admettons. Je ne l'ai pas trouvé changé ce matin ! » s'agaça Ron en poignardant violemment une pomme de terre dorée au four. « Un peu amaigri et le teint pâle… mais toujours aussi méprisant. »
Hermione écoutait d'une oreille attentive mais son regard était fixé sur son assiette. Elle coupait ses aliments méthodiquement, refusant même de songer à Drago et Narcissa Malefoy l'accueillant au sein de leur effrayant Manoir pour lui permettre de s'entretenir avec leurs elfes de maison.
Peut-être aurait-elle dû s'acquitter de cette tâche au plus vite ? Peut-être que l'accueil de Narcissa Malefoy aurait-il finalement été moins effrayant que celui de Drago accompagné de sa mère ? La visite était prévue pour le lendemain et elle s'insultait mentalement d'avoir tant tardé.
Allaient-ils la recevoir dans la pièce où elle avait été torturée pour lui rappeler sa juste place ? Son sang maculait-il encore le sol de pierre ? Peut-être Harry pourrait-il l'accompagner ? Non, non. Je peux le faire, se répétait-t-elle. Cela ne change rien. Une heure en leur présence demain et une visite tous les trois ans. Je peux le faire.
« Hermione, tu es toujours avec nous ? » plaisanta Harry, la sortant brusquement de ses complaintes mentales d'une main sur son épaule. « Ne t'inquiète pas pour Malefoy. Je sais que tu as plus à leur reprocher que nous. » Harry lança un regard sans appel à Ron pour l'interdire de l'interrompre. « Mais n'oublie pas que c'est grâce à Narcissa, si j'ai survécu. Elle et Malefoy ont été dépassés par la situation et même s'ils ont parfois mal agi, ils ne sont pas des monstres. Et puis, rassure-toi, il y a peu de chance que tu les croises. Ils sont soumis à une interdiction de quitter le manoir pendant un mois minimum. » La voix et le regard de Harry se voulaient rassurants.
Hermione hocha la tête, un pauvre sourire sur ses lèvres, et elle se remit à picorer dans son assiette.
Le Wiltshire était terni par de lourds nuages orageux ce matin-là.
Hermione tentait de se rappeler les paroles apaisantes de Harry. Néanmoins, l'électricité parcourant le ciel nébuleux l'écrasait et la terrifiait tandis qu'elle avançait vers les hautes grilles noires qui menaient au Manoir Malefoy.
À peine eut-elle approché les gilles qu'un elfe se présenta à elle. « Bonjour, miss Granger. Je suis Hoppy. » Sa petite voix cristalline était étouffée par les bourrasques de vent qui agitaient les rangées d'ifs menant à la porte principale du Manoir, au terme du long sentier que Hermione avait suivi pour arriver au portail. « Je vais vous conduire jusqu'à madame Malefoy, si vous le permettez. »
Hermione Granger recommença à respirer lorsqu'elle vit l'elfe passer à travers la haute grille ornementée comme si celle-ci n'était faite que de fumée. Hoppy tendit sa main et, d'un sourire rassurant, invita Hermione à la suivre. Elle déglutit et saisit la main de l'elfe. Tandis qu'elle se sentit aspirée par le nombril, elle ne put s'empêcher de noter que Hoppy portait un chapeau de paille. Serait-elle… une elfe libre ?
La seconde suivante, Hermione se tenait dans le jardin, face aux portes d'une haute serre de métal blanc garnies d'immenses vitres immaculées. « Madame vous recevra dans la serre. » indiqua Hoppy, avant de disparaître d'un claquement de doigt.
La jeune femme essuya ses mains moites sur son pantalon et respira profondément. Avant de saisir la poignée, son regard s'attarda sur le jardin derrière elle. Plusieurs fontaines de pierres blanches étaient érigées çà et là, quelques bancs ornaient des petits sentiers de galets qui menaient aux coins élégamment fleuris. Elle était sûre d'avoir surpris la queue recroquevillée d'un des célèbres paons blancs dont se vantait Malefoy à Poudlard.
Ce qui retint son attention fut un chat blanc aux quelques étranges marbrures noires. Majestueux et digne, ses oreilles en pointes la guettaient sans conteste. Il était perché sur le patio d'une des portes menant à l'intérieur de la demeure et la fixait intensément. Elle sursauta en l'entendant miauler plus fort que nécessaire et, certaine qu'il s'agissait là d'une mise en garde, Hermione se hâta d'entrer dans la serre.
Elle s'y trouva seule mais il était évident qu'elle était attendue.
La serre se composait de deux allées, séparées de jardinières en son centre. Elle remonta l'un des deux couloirs, en découvrant avec émerveillement les plantes rares et les fleurs exotiques qui l'entouraient. Plus elle avançait, plus elle se disait que ce Manoir n'avait probablement rien à envier à Poudlard en matière de ressources et beautés.
Enfin, elle arriva au bout de la serre où l'attendait une lourde table ronde, ornée de spirales de métal qui semblaient s'emmêler entre elles lentement, éternellement. Deux tasses de thé fumantes y était disposée.
Ne sachant que faire et ne souhaitant pas être surprise à fureter, elle prit place à table. Une part d'elle-même était soulagée de ne pas avoir dû affronter l'entrée ou, pire, le salon du Manoir qui la hantaient régulièrement en rêves.
C'est à cet instant que Narcissa entra, un sourire asymétrique aux lèvres. « Bonjour, miss Granger » dit l'hôtesse des lieux en s'installant immédiatement à table avec elle.
« Madame Malefoy. » répliqua Hermione sobrement, jugeant cette étrangère dont les traits familiers réveillaient en elle de douloureux souvenirs.
« J'ai cru comprendre que cette visite avait pour objectif d'observer le traitement des elfes de maison ? » s'enquit Narcissa d'un ton égal.
« En effet. Le contrôle du bien être des elfes de maison est une initiative du ministère. Je demande l'accès au logement de ou des elfes, ainsi que m'entretenir avec eux en privé. » expliqua Hermione sans quitter des yeux la maîtresse de maison. « Si l'évaluation est positive, je reviendrais d'ici trois ans. Si l'évaluation s'avérait négative, les elfes vous seraient retirés et vous auriez l'interdiction d'en posséder à nouveau. »
Narcissa esquissa un sourire bienveillant en portant à ses lèvres la tasse de thé fumant. Après avoir bu, elle la reposa sans un bruit et se leva. « Permettez-moi de vous accompagner jusqu'à leurs quartiers. Trois elfes vivent ici. »
Hermione se leva à son tour et lui emboita le pas, les sourcils froncés de désapprobation. « Selon mes registres, vous ne possédez qu'un seul elfe. »
Narcissa ouvrit la porte vers le manoir et la guida à travers des couloirs richement décorés qu'Hermione n'avait jamais traversés. « Pour être absolument honnête avec vous, miss Granger, nous ne possédons en réalité aucun elfe. »
« Ne venez-vous pas de dire … »
« Ils ne nous appartiennent pas, ils sont libres d'aller et venir à leur guise. Ils reçoivent un salaire correct, des horaires respectables et des sorties leur sont autorisées lors de leurs jours de repos. »
Hermione haussa les sourcils mais ne pipa mot. Elle peinait à croire ce qui lui était expliqué, mais l'image de la petite elfe Hoppy et son chapeau de paille dansait dans son esprit.
Narcissa, imperturbable, continua. « Hoppy et Cookey appartenaient à la famille Lestrange. Lorsque ma sœur et son mari ont été emprisonnés, ils ont continué à s'occuper de leur demeure mais je n'ai pas pu me résoudre à les y laisser en sachant qu'ils allaient revenir. » avoua-t-elle. J'ai donc été leur rendre visite et je leur ai proposé de leur rendre leur liberté et de les héberger, sauf s'ils souhaitaient partir. Ils ont souhaité emménager ici et sont restés dissimulés durant toute la guerre. »
Hermione buvait ses paroles et se rendit compte qu'elles s'étaient arrêtées devant un tableau représentant un repas copieux. « Et le troisième ? »
« Sparky… C'est mon fils qui l'a ramené ici, un jour. Le pauvre elfe appartenait à une famille de sorciers que je ne citerais pas. Ils sont tombés en disgrâce aux yeux du Seigneur des Ténèbres et ont été exécutés par Bellatrix. Drago l'accompagnait. » Elle eut un sourire triste. « Ce n'est pas un secret, miss Granger. Drago a malheureusement été témoin de bien des atrocités au cours de cette guerre. Il a trouvé Sparky dans un cachot, enfermé et couvert de sang. Il l'a ramené ici. Sparky est libre lui aussi, mais il ne parle pas. Salazar seul sait ce que lui ont fait subir ses précédents propriétaires. Aussi, ne vous formalisez pas s'il refuse de vous répondre. Il refuse même les vêtements que nous lui avons donné. C'est pourquoi, lorsque le ministère est venu perquisitionner le Manoir, peut-être l'ont-ils considéré comme une de nos possessions. » Narcissa cessa de parler et se tourna vers le tableau. « Pancakes myrtilles. »
Le lourd tableau pivota et ouvrit un passage étroit mais suffisamment haut pour leur permettre de s'y glisser. Narcissa ouvrit la marche et Hermione lui emboita le pas. La curiosité la dévorait tant qu'elle en oublia momentanément la boule qui lui serrait la gorge. Admirait-elle cette femme qui avait souhaité la vendre à Voldemort ? Celle-là même qui l'avait regardée être torturée par sa propre sœur sur le sol de sa demeure, sans daigner réagir ? Non, probablement pas.
« Ici, sur la gauche, se trouve le couloir qui mène aux cuisines. Ils apprécieront certainement de vous les montrer. » indiqua Narcissa en désignant du menton un couloir plus large qui s'évadait dans les profondeurs du Manoir. Au fur et à mesure qu'elles avançaient, des orbes de lumière s'allumaient sur leur passage. « À droite, ce sont leurs chambres. Nous nous dirigeons ici vers leur salle de repas et de détente. Je leur ai demandé de vous y attendre. Je suis convaincue qu'ils seront ravis de vous faire le tour du propriétaire. »
Enfin, elles arrivèrent sur un large espace décoré sobrement - des meubles onéreux y étaient élégamment agencés, sans doute ceux dont les Malefoy n'avaient probablement plus l'utilité.
Les trois elfes se levèrent pour leur invité, Hoppy paraissait surexcitée, Cookey blasé et Sparky regardait le sol. Son cœur se serra à sa vue et Narcissa prit congé en l'invitant à la retrouver dans la serre, lorsqu'elle aurait terminé.
Hermione passa une heure très agréable en leur compagnie. Hoppy lui narra avec beaucoup plus de détails la même histoire que Narcissa puis lui fit faire le tour de leurs chambres plus que confortables et la dirigea bientôt vers la cuisine en babillant. Cookey et Sparky ne les accompagnèrent pas, trop heureux de pouvoir continuer la partie de cartes entamées à table.
Hermione dût admettre en son for intérieur qu'elle était à la fois surprise et grandement soulagée de pouvoir attribuer une qualité aux Malefoy et apaiser ses craintes à leur sujet. Cette maison prenait une dimension nouvelle dans son esprit, elle pouvait désormais y rattacher quelque chose de positif et elle espérait que cela l'aiderait à gommer le souvenir de sa torture.
Arrivées au bout du couloir, Hoppy claqua des doigts et un pan de mur entier pivota pour leur ouvrir l'accès aux cuisines. « C'est madame Narcissa qui a fait cela, elle ne voulait pas qu'on nous trouve quand… quand nous devions rester enfermés... » expliqua Hoppy en se mordant les lèvres. La soudaine anxiété de la créature était-elle liée à une menace que lui aurait fait Narcissa ou aux souvenirs terribles de la guerre au sein du Manoir ?
Hermione se pencha en avant et saisit la petite main entre les siennes. « Tout va bien, Hoppy ? » s'inquiéta-t-elle en voyant les larmes border ses grands yeux verts. « Quelqu'un t'a-t-il menacé ? T'a-t-on demandé de me mentir ? Veux-tu me dire quelque chose ? »
Un ricanement la fit sursauter. Hermione se releva et passa la tête à travers l'entrée ouverte sur la cuisine. Drago Malefoy était attablé devant quelques pâtisseries. « Ha, Granger... Toujours persuadée de devoir sauver le monde entier ? » se moqua-t-il d'une voix emplie d'amertume, sans lever les yeux de son repas. « La pauvre Hoppy est restée enfermée plus d'une année dans le quartier des elfes afin d'éviter ma charmante tante Bellatrix, peut-être imagines-tu pourquoi ? »
Hermione reçut cette remarque acerbe en pleine figure et eut le sentiment d'avoir ses jambes sciées. Elle perdit complètement l'usage de sa langue. Elle n'aurait pu dire ce qui la tétanisa le plus : la mention de Bellatrix ou l'aspect physique de son ancien ennemi.
Ce dernier, n'obtenant aucune réaction, releva des yeux ternes vers elle. « Est-ce ma subtile répartie qui t'ôte les mots de la bouche ou mon allure générale ? » grinça-t-il âprement. « Azkaban n'a jamais été un camp de vacances. »
Elle ne pouvait le quitter des yeux. Elle ne pouvait plus parler. Son teint cadavérique accentuait son visage émacié. Sa peau laiteuse avait l'aspect d'un parchemin froissé et semblait prête à se déchirer sous la pression de ses os. Avec effroi, la jeune fille constata qu'une longue balafre courait de son cou à son front en passant par le coin extérieur de son œil gauche. Ses cheveux avaient l'aspect d'une paille bouillie crasseuse informe bien que d'un blanc immaculé, tombant jusqu'à sa mâchoire et ses épaules dans son dos.
L'un des sourcils de Malefoy s'arqua légèrement en la surprenant en train de le détailler et Hermione baissa enfin les yeux, honteuse de sa propre curiosité.
Malefoy repoussa son assiette et se leva lentement, ses mouvements lui coutant visiblement une énergie qu'il ne possédait pas. Du coin de l'œil, Hermione le vit saisir la canne à tête de serpent que Lucius emportait partout à une époque lointaine. La robe de sorcier qu'il portait peinait à cacher son corps faible et amaigri dont les articulations surgissaient entre les plis telles des pointes acérées.
Hermione songea aux livres d'Histoire de ses parents et aux photos des victimes des camps de concentration, mais Malefoy la priva de toute chance de s'évader mentalement.
Sa langue claqua trois fois sur son palet. « Aurais-je choqué Miss Je-sais-tout ? » il racla sa gorge pour chasser sa voix enrouée et Hermione songea immédiatement que la conversation devait lui être difficile après tous ces mois d'isolement.
« Je… » balbutia-t-elle. « Je suis désolée. » Venait-elle de s'excuser à un mangemort, fils de Mangemort, neveu de Bellatrix Lestrange, harceleur de cours d'école aux comportements sadiques depuis son plus jeune âge ?
Il sembla aussi étonné qu'elle-même et n'émit qu'un bruit guttural, définitivement moqueur, avant de lui tourner le dos pour sortir de la cuisine.
« Que t'est-il arrivé ? » demanda-t-elle, ne parvenant à retenir les mots qui s'échappaient traitreusement de ses lèvres.
« Azkaban est arrivé, Granger. Il n'y a rien à sauver ici, continue ton tour d'inspection sans te soucier de moi. » Il soupira et sortit d'une démarche peu assurée, tentant de réprimer un déséquilibre dans sa démarche.
« Les Détraqueurs ne mutilent pas physiquement… » murmura Hermione pour elle-même alors qu'elle était déjà seule.
« Monsieur Drago a besoin de se reposer. » expliqua Hoppy d'une voix concernée. Elle toussa discrètement dans son poing dans une piètre tentative de cacher ses émotions. « Voici donc la cuisine. Elle est à hauteur humaine, mais d'un claquement de doigt, le sol remonte pour nous faciliter la tâche. » Elle s'exécuta pour démontrer à Hermione l'ingéniosité du lieu.
Hermione hocha la tête et déglutit, s'efforçant de chasser les images terribles qu'avaient fait naitre la vision de Malefoy. « Tout est parfait, Hoppy. Plus que parfait, même. Je vais y aller et nous nous reverrons dans trois ans, si tu le souhaites. Comme vous êtes tous libres, je ne suis pas obligée de revenir mais si tu me le demandes, je reviendrais. »
Hoppy sembla réfléchir, comme si les mots de Hermione et sa proposition s'écoulaient lentement en elle et qu'elle avait besoin de temps pour traiter les informations. Elle adressa finalement un sourire tendre à la jeune fille. « Trois ans c'est long… pourquoi pas la semaine prochaine ? »
Hermione fut complètement déstabilisée par la proposition de la petite créature. Refusant de croire que l'elfe se sentait en danger dans un environnement aménagé pour le bien-être de leur espèce, la sorcière déduisit que Hoppy avait apprécié sa compagnie.
« La semaine prochaine sera un peu compliquée, j'imagine, mais je reviendrais te voir avec l'accord de ta… de Madame Malefoy. » proposa-t-elle après s'être agenouillée à sa hauteur et avoir posé une main amicale sur son épaule.
Lorsqu'elle retrouva Narcissa dans la serre, elle ne put s'empêcher de l'informer de la demande de l'elfe, haussant un sourcil qu'elle espérait suspicieux. Elle souhaitait se montrer froide face à ces gens qui l'avait maltraitée mais ce qu'elle avait constaté aujourd'hui lui avait offert une perspective nouvelle de cette famille détestable – ce qu'elle refusait d'envisager pour l'instant.
Narcissa parut à peine surprise et se reprit rapidement, un sourire doux ourlant ses lèvres fines. « Hoppy, quelle petite créature pleine de surprises. » Narcissa secoua la tête et détourna le regard, le ramenant sur les fleurs qu'elle soignait délicatement du bout des doigts, les allégeant de leurs consœurs desséchées. « Hoppy s'inquiète pour Drago, je pense. » expliqua-t-elle d'une voix basse qui trahissait une émotion contrôlée. « Il est… Il n'est plus que l'ombre de lui-même, il prononce à peine quelques mots. »
Hermione fronça les sourcils mais ne l'interrompit pas, il lui avait semblé que Malefoy ait réussi à prononcer plusieurs phrases acerbes en sa présence. Avait-il simplement fait preuve de fierté en étant ainsi surpris devant son repas qu'il peinait à avaler ?
Narcissa continua d'une voix égale. « Il est assigné à résidence, bien sûr, mais les visites sont également régulées et certaines interdites, notamment les familles ayant eues des liens quelconques avec le Seign…avec Lord Voldemort. » s'efforça de prononcer cette mère féroce ayant sauvé Harry Potter en défiant le maître de son mari. Hermione se demanda si cette ferveur avait toujours existé chez Narcissa. « Drago peut donc difficilement recevoir la visite de ses amis de Poudlard. J'imagine que Hoppy a cru que vous… »
Bien sûr. En tant que membre du Ministère, déléguée à la protection des créature magiques, Hermione avait de nombreux accès. Seuls quelques formulaires avaient été nécessaire pour obtenir l'autorisation de pénétrer sur le site du tristement célèbre Manoir Malefoy.
« Nous n'avons jamais été amis. » la coupa Hermione, les mots fusant sans qu'elle ne puisse y songer une deuxième fois.
« Veuillez excuser Hoppy, elle a cru bien faire. »
« Que lui est-il arrivé ? » demanda la jeune femme à brûle-pourpoint, observant Narcissa faire volte-face, le visage décomposé, trahissant l'étonnement que Hermione soit au fait de l'état physique de son fils unique. Elle avait dû travailler dur pour qu'aucune photo de lui dans cet était ne soit publiée.
La mère de Malefoy baissa les yeux avant de retourner à son ouvrage, s'acharnant méthodiquement sur un autre pot de fleurs. « Une partie de la communauté magique aurait espéré qu'il soit condamné à vie pour ses crimes… » grinça-t-elle avec une colère que ses dents serrées retenaient difficilement. « Ils ont récemment engagé des Gardiens car le manque de loyauté des Détraqueurs a créé un climat de terreur chez les victimes des Mangemorts. Certains Détraqueurs sont donc toujours présents – ceux qui n'avaient pas rejoints Voldemort. Lucius a l'honneur de bénéficier de visites quotidiennes de ces charmantes créatures. Mais j'imagine qu'il paie le juste prix de ses actes passés. »
Elle prit quelques instants pour se recomposer une voix digne, avant de continuer. « Drago, en revanche, a été traité avec clémence par la justice. Sa peinte fut légère – un an et demi, seulement – et dans une aile surveillée uniquement par les Gardiens. L'opinion sorcière estimait que le fils Malefoy devait payer non pas pour ses intentions ou sa situation, mais pour ses actes. De nombreuses personnes estiment que les circonstances familiales n'excusent rien et que lui, comme moi, devrions pourrir dans une cellule voisine à celle de mon mari. »
« Suggérez-vous que les Gardiens s'en seraient pris à lui ? » demanda Hermione.
« Je ne le suggère pas. Drago est rentré à Azkaban au premier jour du mois de juin 1998. Quelques jours plus tard, durant la nuit, trois Gardiens ont pénétré dans sa cellule pour lui remettre son cadeau d'anniversaire. Ils l'ont battu violemment et privé de nourriture pendant deux jours. Cela se répétait régulièrement. Pour Noël, cinq gardes lui ont rendu visite. Ils l'ont maintenu et ils ont… ils ont … son visage ! » s'écria-t-elle alors que ses deux poings s'écrasèrent sur la table violemment. Hermione ne voyait que son dos mais elle ne manqua ni le tressaillement discret de ses épaules, ni les quelques larmes qui tombèrent entre ses poings. « Je ne savais pas, Miss Granger… Ils l'ont affamé, battu, privé de courrier et de chaleur pendant une année… tandis que j'étais assise ici, à préparer son retour en buvant des tasses de thé avec Rita Skeeter pour qu'elle redore son blason progressivement. Je n'aurais pu imaginer que pendant ce temps … »
« Ce n'était pas votre faute. » bredouilla Hermione, goûtant les larmes qui avaient ruisselé silencieusement sur ses joues face au spectacle déchirant de cette mère dont l'enfant avait été maltraité.
Narcissa se redressa alors qu'elle parlait, carrant ses épaules et essuyant ses larmes avec le coin d'un mouchoir brodé. Enfin, elle fit face à Hermione à nouveau, les yeux rouges de fureur bien que ce fut une voix bienveillante qui s'échappât de ses lèvres.
« Veuillez m'excuser. Je vous remercie de votre visite. Vous êtes la bienvenue, aussi souvent que vous le désirez. » Elle hocha la tête et quitta la serre, pénétrant dans le manoir avant d'être à nouveau submergée par les sentiments.
Sparky apparut quelques secondes plus tard devant une Hermione interdite et il l'escorta jusqu'à la grille en silence.
« Tu comptes y retourner ? » s'étonna Ron avec une brusque désapprobation. « C'est un Mangemort, 'Mione, qu'irais-tu faire là-bas ? »
Elle soupira. « Je ne sais pas… l'elfe m'a fendu le cœur et j'ai trouvé cette potion qui peut parfois réparer certaines cicatrices anciennes… »
Ron secoua la tête et se tortilla légèrement sur ses bras tendus. Hermione était lovée contre lui, tous deux à demi allongés devant la cheminée crépitante de son petit appartement londonien. Le changement d'angle devint inconfortable et elle se redressa.
« Tu es impossible. Tu ne veux pas l'inviter à dîner pour Noël, aussi ? » ragea Ronald en s'extirpant maladroitement de leur étreinte afin de se hisser sur ses jambes.
« N'est-il pas soumis à une assignation à résidence ? » se défendit Hermione d'une petite voix contrite. Ron soupira, mécontent, et quitta la chaleur agréable du séjour et de leur étreinte. « Ronald, reviens ! »
Ron revint. Il avait les poings serrés, le visage et la pointe des oreilles cramoisies. « Sais-tu seulement ce que cette famille a fait subir à la mienne, Hermione ? As-tu oublié ces années de confrontations et d'insultes à ton égard ? »
Hermione baissa les yeux. Elle savait. Elle revoyait parfois ce regard vicieux dans ses songes… Elle revivait en rêve le poids de leurs regards froids face à la démence de Bellatrix.
Comment dire à Ronald qu'elle avait été bouleversée par son état physique et sa docile résignation suite aux actes barbares qu'il avait subis ? Comment justifier que l'inquiétude de l'elfe et la tristesse de la mère avait fait naître en elle un besoin d'aider, de soigner et réparer, sans précédent ?
« Nous sommes mieux qu'eux, Ronald ! » se justifia-t-elle. « On ne peut enseigner la bonté à des êtres mauvais sans en faire preuve avec eux ! Peut-être que… »
Une grimace dégoûtée accentuée par un nez froncé défigurait le rouquin s'ordinaire si doux. « Ce besoin maladif de sauver tout le monde te perdra. Il nous perdra, Hermione. Tu me déçois. Honnêtement, t'imaginer aller là-bas de ton plein grès, cela me répugne ! » cracha-t-il avant de tourner les talons et se diriger vers le hall d'entrée d'où Hermione aperçut l'éclat des flammes vertes qui venaient de l'engloutir vers le Terrier.
Hermione enfouit son visage entre ses mains et pleura à chaudes larmes. Pourquoi Ron ne pouvait-il comprendre qu'elle ne trouverait pas le sommeil tant qu'elle n'aurait pas fait quelque chose ? Qu'avoir connaissance d'une telle injustice privait son cerveau de repos et faisait bouillir le sang dans ses veines.
Il comprendrait, comme toujours. Ron l'aimait et la soutenait. Il finissait toujours par revenir à la raison.
« Miss Granger est revenue ! Hoppy est très contente de vous accueillir ! » s'écria à l'elfe en surgissant de l'autre côté des grilles. La créature avait remplacé son chapeau de paille par un chapeau de noël.
Comme la première fois, l'elfe la conduisit directement près de la serre et l'invita à entrer. Hermione parcourut les allées en détaillant les plantes rares qui se trouvaient là.
« Vous n'êtes pas revenue les mains vides, je vois ? » l'interpella Narcissa qui s'était matérialisée discrètement à ses côtés. « Bonjour miss Granger, je suis étonnée de vous revoir. »
Hermione sourit et tendit à Narcissa le plat qu'elle portait. « Bonjour, madame Malefoy. Oui, j'ai décidé d'accepter l'invitation de Hoppy d'autant plus que ma permission de me rendre au Manoir s'étendait sur dix jours, pour faciliter l'organisation de mon travail. »
« Que nous apportez-vous donc ? » demanda Narcissa en soulevant le tissu qui protégeait le plat.
« Un pudding de Noël traditionnel. » expliqua Hermione, les joues rosies. « Dans la tradition Moldue il se prépare un peu avant Noël car il conserve très bien. Chaque enfant est censé mélanger et faire un vœu qui bénéficiera à tous. J'en ai préparé plusieurs avec mère et j'ai pensé qu'en partager deux avec vous… j'espère que cela réchauffera vos cœurs en cette fin d'année. »
« Merci beaucoup pour ce présent, miss Granger. Cela me touche tout particulièrement. » admit la sorcière, les yeux brillants, avant de se détourner et de le poser sur la table. « J'imagine que cela devra être dégusté le soir de Noël ? »
« Oui, laissez-le emballé dans son linge traditionnel d'ici là. » Hermione la suivit et s'arrêta à table, se demandant quoi faire désormais. « Drago est là ? » demanda-t-elle avant de se mordre les lèvres – il était certainement là, puisqu'il ne pouvait quitter la résidence. « Je veux dire… va-t-il mieux ? »
« Il va … à vrai dire, je ne le vois guère beaucoup. Installez-vous, je vous prie. » l'invita-t-elle d'un geste inclusif en prenant place à table. La théière fumante lévita et leur servit de quoi se réchauffer. « Il s'isole dans ses appartements et n'accepte pas de visites. Il ne vient me voir qu'au souper, certains jours, même s'il avale difficilement quoique ce soit. On pourrait croire qu'il rechercherait un peu de chaleur humaine après Azkaban, mais il s'avère qu'il a besoin de cette solitude. » avoua la femme à contrecœur en sirotant une gorgée de thé brûlant. « J'en ai déduit qu'il est dans une sorte d'inertie et qu'il a besoin de temps. »
Hermione leva la tasse à ses lèvres, réfléchissant aux confidences de cette mère désemparée. Elle tentait de démêler la situation et dénicher une solution pour apaiser la douleur qui perdurait entre ces murs maudits.
« J'ai quelque chose pour Ma…pour Drago. Pensez-vous qu'il accepterait de se joindre à nous ? » s'enquit-elle d'une voix tremblante. Son cerveau lui hurlait qu'il s'agissait d'une idée terrible, mais elle voulait tenter sa chance.
« Hoppy ? » appela Narcissa, faisant surgir l'elfe dans la seconde. « Pourrais-tu dire à Drago que nous avons de la visite et qu'il est attendu dans la serre d'été le plus rapidement possible ? »
Hoppy hocha la tête et disparut.
« La serre d'été ? » releva Hermione, ne sachant que dire pour nourrir la conversation.
« Oui, en hiver je soigne les plantations nécessitant un climat plus clément. Nous avons, à l'opposé du Manoir, une serre d'hiver où je m'occupe des plantes ayant besoin d'un climat plus frais. » expliqua-t-elle avec simplicité, comme s'il était tout à fait normal d'avoir plusieurs serres dans une demeure afin de s'adapter aux besoins de plantes exotiques et introuvables.
Hermione parcourait des yeux les merveilles autour d'elle lorsque Drago se présenta à l'entrée de la serre – se stoppant brutalement en découvrant qui était l'invité mystérieux.
La jeune fille n'aurait pu lui prêter grande amélioration depuis leur dernière rencontre et sa démarche incertaine alors qu'il les rejoignit à table n'arrangea rien. Il se composa un air revêche, accentué par ses lèvres fines étroitement pincées en une moue de désapprobation.
Il racla sa gorge, mais ce fut la même voix enrouée que la semaine précédente qui demanda : « Que fait-elle ici, mère ? »
Hermione renifla dédaigneusement à son manque de politesse.
« Miss Granger est venue nous apporter une douceur de Noël et j'ai cru comprendre qu'elle avait également quelque chose pour toi ? » dit l'hôtesse en articulant clairement avec l'intonation d'une mère qui met son fils en garde.
Ce dernier sembla étranger au langage verbal et non verbal qu'elle s'appliquait à déployer pour l'astreindre à la bienséance. « Je n'ai besoin de rien. Merci de ta visite, Granger. »
« Pourrais-je parler à Malefoy en privé ? » exigea Hermione entre ses dents, en le fusillant du regard.
« Bien entendu. » Narcissa se leva et disparut aussitôt. Elle avait semblé soulagée de ne pas devoir assister à cela afin de ne pas être tenue responsable du comportement puéril de son garçon.
Hermione le dévisagea longuement, ses mâchoires se relâchant progressivement tandis qu'elle superposait inconsciemment à ses traits ceux d'un cadavre fraichement dépossédé de la vie.
« Quoi ? » explosa finalement Drago Malefoy avec une hargne qui aurait dû nécessiter un mouvement de rage qu'il n'avait sans aucun doute pas la vigueur de réaliser. « Satisfaite de me regarder dans cet état ? » grogna-t-il. Hermione resta impassible. « Tu jubiles à observer mon malheur avant que je ne rende l'âme ? » Il toussa plusieurs fois. « Crois-moi, quand je serais mieux, je te ferais payer ton insolence, infâme Sang-de-... »
Hermione se leva en claquant ses paumes sur la table, renversant sa chaise. Ses yeux lançaient des éclairs et ses cheveux se hérissèrent de colère. La magie crépitait autour de son corps, prête à exploser, guidée par sa rage. Elle respirait bruyamment, tel à un taureau s'apprêtant à embrocher le premier Matador venu. Penchée vers Malefoy, uniquement séparée par une table, elle lui aurait fait ravaler ses paroles avec plaisir s'il n'avait pas déjà semblé être dans le couloir de la mort.
Son bras disparut dans son dos et elle sortit trois fioles de la poche arrière de son jeans. Elle les claqua sur la table sans cesser de fixer l'immonde personnage face à elle. « Hoppy ! » appela-t-elle.
L'elfe apparut à ses côtés, jetant des coups d'œil nerveux entre les deux protagonistes dont émanaient une tension palpable. « Il faudra appliquer cette potion sur la cicatrice de Malefoy chaque jour durant sept jours. Celle-ci sert à renouveler son sang et contient trois doses. Tu lui administreras le matin tous les deux jours cette semaine. La dernière permet de fortifier la masse musculaire et devra être prise avec des repas copieux, une par semaine pendant 4 semaines. »
« Oh, merci miss Hermione. Hoppy et Cookey veilleront à ce que monsieur Malefoy les reçoivent comme vous l'avez décrit. » balbutia l'elfe en se saisissant vivement des fioles avant que Malefoy ait pu esquisser un seul geste.
« Ce n'est pas à toi de me remercier ! » déclara Hermione d'une voix forte en jugeant durement le jeune homme face à elle qui serrait les poings sur ses genoux. L'elfe au chapeau de noël hocha la tête et se volatilisa.
Hermione ajusta son manteau et tourna les talons vers la sortie.
« Je refuse ton aide ! Je refuse l'aide d'une… d'une… »
Hermione fit volte-face. « Achève cette phrase et je te le ferais regretter. » s'écria-t-elle en le pointant du doigt. « Je me fiche de ce que tu veux ou non. Personne ne mérite d'être traité ainsi ! Même pas toi. Relève-toi, Malefoy. » Et elle partit, refusant d'affronter le regard frappé d'étonnement qu'il lui lançait.
Ce soir-là, alors que Hermione rentrait chez elle, elle trouva l'appartement étrangement froid. Sur la table de cuisine, la photo d'elle et Ron avait été déplacée et posée à côté d'un morceau de parchemin. Les mots s'étalaient d'une écriture incertaine, presque précipitée, et quelques tâches humides avaient brouillé l'encre de certains mots.
Hermione,
Il y a des choses qu'on ne peut pas sauver.
Il y a des priorités qu'on ne peut concilier avec une vie de famille.
J'aurais aimé que tu le comprennes avant de dédier la majorité de ton temps et de ton esprit brillant à ton travail. Je n'ai pas été élevé ainsi. Mais lorsque je t'ai entendu discuter de ton envie de t'occuper d'une nouvelle cause perdue, une qui ne mérite pas d'être sauvée, cela m'a fait réaliser mes priorités.
Nous devions aller déjeuner chez ma mère aujourd'hui, c'est au calendrier. Quand j'ai vu que tu étais partie hier soir préparer des desserts de Noël pour les Malefoy, avec tes parents, j'ai su que tu avais oublié. Tu avais autre chose en tête.
Je ne suis pas aussi doué que toi avec les mots. Tu es une amie en or et je t'admire pour la personne que tu es. Mais lorsque j'imagine mon avenir, je n'arrive pas à concilier la femme que tu es avec la femme dont j'ai besoin pour être heureux.
Ma mère a tout sacrifié pour nous, d'une manière assez extrême et je n'ai jamais attendu à ce que tu en fasses de même. Mais je réalise aujourd'hui que tes priorités passent avant mes sentiments et mes attentes…
Je pense que notre cause est perdue.
Je vais avoir besoin d'espace pour me faire à cette idée et j'espère que tu n'en souffriras pas de ton côté. Je compte m'investir dans la formation d'Auror et tout faire pour oublier l'avenir inconcevable que je nous imaginais.
Lorsque j'irais mieux, sache que je resterais ton ami. Cela prendra du temps. Mais je serais là pour toi, comme tu as toujours été là, pour Harry et moi.
Pardonne-moi de n'avoir pas osé te confronter pour te dire cela, je n'en aurais pas eu le courage. Gryffondor, tu parles.
Je t'aime et je sais que, malgré tout, je t'aimerais toujours.
Ron.
Hermione relut la missive de nombreuses fois, les mains tremblantes et le cœur au bord des lèvres. Elle s'était laissée tomber à terre et ses larmes avaient tachés les mots de Ron depuis de longues minutes – ou était-ce des heures ? Lorsqu'elle se releva enfin pour rejoindre son lit en sanglotant, la notion du temps n'était plus qu'un vague concept abstrait.
Qu'avait-elle fait ?
Avait-elle causé cette situation à cause de son égoïsme et de son obstination ? Avait-elle simplement précipité un avenir inéluctable?
Les semaines passèrent d'abord lentement, puis à une vitesse effrénée tandis que le cerveau de Hermione se mettait en mode automatique. Elle se nourrissait et se noyait dans son travail, refusant de songer au fait qu'elle avait toujours fait cela, même lorsque quelqu'un l'attendait à la maison. Aujourd'hui, plus personne ne l'y attendait.
Noël fut une soirée morne passée à regarder le feu crépiter bruyamment d'un œil triste, tandis que la nouvelle année arriva sans personne avec qui la partager. Oh, bien sûr, l'invitation au Terrier était arrivée en la personne de Ginny Weasley. Toutefois, Hermione n'était pas dupe – sa présence aurait causé bien des gênes qu'elle pouvait éviter en prétextant aller chez ses parents. Ses parents, bien conscients qu'elle passait chaque année les fêtes avec les Weasley, retournaient désormais en Australie visiter les amis qu'ils s'y étaient fait. Elle était donc seule, mais ce n'était pas plus mal – qui aurait souhaité être vu dans cet état ?
Cette Fanfiction a été écrite dans le cadre du
fest' organisé par FESTUMSEMPRA sur le thème « VACANCES »
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