Haemolacria comporte un énorme trigger warning dans son en-tête. Veuillez considérer les avertissements inclus ici ! pour toute personne sensible ! ; description graphique, mention de viol, langage cru ! nous sommes dans un univers alternatif où crime, histoires de gangs, affaires illégales et violence s'entremêlent ! j'espère que votre lecture sera immersive et n'hésitez pas à me faire part de vos ressentis, autant sur les points positifs que négatifs :) ! j'écris selon mon envie, pour le plaisir et quand le temps me le permet alors s'il vous plaît, ne forcez pas à demander/exiger la suite !


Cette nuit d'encre, allait de paire avec l'essence pervertie de ces âmes venues se confronter au sein de l'entrepôt désaffecté. Loin de l'agitation urbaine, les deux gangs se faisaient face, leur chef en tête de file et se jaugeant du haut de leur supériorité respective. Il n'y aura pas de règlement de compte aujourd'hui, même si les armes chargées et pointées par les deux camps pouvaient révéler le contraire : juste une mesure de sécurité car une bévue est vite arrivée. De sa place et par un claquement de doigt qui résonna dans l'air empestant la mort au rat, Eustass Kid ordonna à l'un de ses hommes de balancer le corps qu'il tenait par le col. Au son de ce dernier rentrant en contact avec le sol crasseux, ses lèvres peintes de rouge sang s'élargirent pour laisser place à un rire guttural, moqueur, à l'encontre de son ennemi de longue date.

"Moi et mes gars l'avons un peu malmenés, j'espère que tu nous en voudras pas trop, Trafalgar." Le bruit s'estompa aussi vite qu'il avait débuté, laissant sur son sillage une expression narquoise. "Toute façon t'es un toubib, nan ? Tu pourras le rafistoler, ton merdeux de mouchard."

Là, fut élevé la raison de la rencontre tardive. Après des jours sans nouvelles le regard d'acier dudit toubib, entreprit une rapide analyse sur l'état de l'adolescent à peine conscient. Sa chemise avait connu des jours meilleurs et son corps, n'était qu'un tableau peint d'entailles vives, de sang et de pus. Un visage à peine reconnaissable, déformé par les coups, faisait face à la toiture rongée par la rouille et ses longs cheveux noirs d'ordinaire soignés, n'étaient plus qu'un amas graisseux qui se collait à sa peau et à ses blessures. Law garda sa nonchalance habituelle relevant sa main, autrefois enfouie dans la poche de son jean tacheté, pour faire signe à Sachi et Penguin.

"Ramassez-le."

Dès que ses mots eurent quittés sa bouche et que le duo s'exécuta, Law décida qu'il n'avait plus rien à faire et tourna donc sur ses pas, signifiant l'ordre de retrait. Néanmoins l' Eustass avait encore à rajouter, sa voix peinant à contenir la fureur qui risquait de déborder à n'importe quel instant, loin d'apprécier qu'on se joue de lui.

"Au lieu de fuir la queue entre les jambes, remercie moi de l'avoir gardé en vie. Il se passera rien ce soir mais j'oublie pas ton petit manège, on se recroisera putain !"

Le voir hausser les épaules à sa menace, s'osant même à lui offrir un doigt d'honneur tatoué fut la goutte de trop pour le roux. Dans un geste virulent il empoigna le flingue logé dans sa ceinture et pointa le canon vers le ciel, usant autant de balles qu'il retenait de colère.

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Glisser vers la conscience laissait tout autant de dommages que lorsque l'on vous foutait un coup sur le crâne à vous en faire perdre la raison. Si on lui donnait un choix à faire, il aurait souhaité être hors du monde que de ressentir ces milliers d'aiguilles transpercer son système nerveux et cette lave parcourir l'entièreté de son être à son réveil. Ses sens vacillaient entre le chaud et le froid, d'un côté une fièvre de cheval et de l'autre, l'envie de se terrer sous une couette extra-volumineuse. Il ne se souvenait pas s'être bourré la gueule la veille et pourtant, sa tête tournoyait et il était certain que s'il avait encore sa vue, les choses autour de lui auraient prit vie, que tout se mettrait à tanguer et à lui foutre la gerbe. . .il avait la gerbe.

"C'est pas trop tôt, Eros-ya."

Cette voix lui disait quelque-chose mais sa léthargie brouillait ses repères. Ses doigts bougèrent sous son commandement, sortant d'un engourdissement à vous donner la gangrène mais ils ne se levèrent plus haut, tâtant ce qui semblait être le vieux cuir d'un canapé. Il voulait se frotter les yeux, revoir à nouveau la lumière car s'il était conscient, pourquoi les ténèbres continuaient à lui tenir compagnie ?

Cela lui fit paniquer, il ressentit la terreur entraver ses veines, coulant à la place de son sang et sa respiration ne tarda à venir par à-coups. Il voulait parler, exprimer n'importe quoi mais la tâche était ardue alors il força encore plus, poussant sa voix à traverser sa gorge aride et au même moment, quelque chose de chaud s'échappa du coin de ses yeux boursoufflés.

"L-lumière, je veux...voir."

"Difficile de voir la lumière avec ces cocards à la place des yeux, petit."

"Laisse-le Bepo et va plutôt me chercher une serviette, ses yeux pissent encore du sang."

La porte que l'on refermait plutôt normalement gronda comme le tonnerre à ses oreilles et cela lui prit un certain temps avant que ses papilles gustatives n'enregistrent un liquide tiède remplir sa bouche. De l'eau. Sa conscience dériva une nouvelle fois cependant avant qu'elle ne l'abandonne pour de bon, il eut enfin la certitude de reconnaître les deux voix ainsi que le nom énoncé. Quelque part au fond de lui, un soulagement inexplicable le titilla et il pensa, que c'était bon d'être enfin en sécurité.

[Deux semaines plus tard]

Trois côtes cassées, une côte fêlée, une coagulation sanguine au niveau des yeux, une commotion cérébrale et la liste était sans fin. Au lieu d'avoir l'impression de lire son rapport médical, il pensait être face à une liste de course si ce n'est l'énonciation peu ragoûtante des produits écrits. Eros pouvait à nouveau voir même si ses yeux restaient souffrants et qu'il éprouvait une limite quand il essayait d'élargir ses paupières. Alors il se contentait de les garder aussi détendues que possible, voilant ainsi une majeur partie de ses iris vert limes.

"Se faire soigner par le patron, si ça c'est pas être privilégié."

Sa remarque sarcastique vint après avoir lu le nom écrit en cursive, en bas de son rapport : Dr. Trafalgar D. Water Law

Les évènements des deux derniers mois ne prenaient aucune pause, ils se jouaient et rejouaient continuellement dans son esprit. Il voyait des visages, il entendait des voix, du bruit, des noms, des pistes. Un flux d'informations quasi-continu même après en avoir régurgité une bonne partie à Law. Il fut tiré de ses pensées au son d'une chaise qui râclait le sol et en tournant sa tête, il fit face à l'homme qui prenait soin de lui durant tout ce temps.

"Ne parle pas de privilèges. T'emmener dans un hôpital ordinaire aurait soulevé des questions indésirables. Déboutonne ta chemise."

Pour une rare fois il avait abandonné son chapeau nordique, laissant la lumière clignotante jouer sur sa pâleur et renforcer ces cercles violettes à jamais gravées sous ses yeux. L'adolescent s'entreprit de faire ce qu'on lui avait demandé, sans un mot. Il frémit à peine lorsqu'il lui enleva complètement le tissu, dévoilant son torse frêle recouvert de bandages. Le bruissement du gaze prit place face au silence, le bandage usagé s'amassant dans un petit tas sur ces cuisses. Ayant détourné son visage, le plus jeune sentit néanmoins les yeux du Trafalgar longer sa peau avant qu'il n'entreprenne d'arracher un autre rouleau de son paquet pour rebander ses blessures.

"Voilà ce que ça coûte de vouloir rejoindre les Hearts."

"J'ai accompli ma mission. Je reste."

Ses doigts ont acquis un peu de leur mobilité, il guérissait vite, alors il les mena à son torse, traçant la peau tendre et surélevée due à ses nombreux points de suture. Le résultat de sa mission se logeait là : sa peau nacrée n'était plus et à la place, des scarifications décoraient une bonne partie de son torse. Une suite de chiffres tatouée profondément dans son épiderme et cachant derrière eux, la convoitise de son maître. Un couteau suisse et un torchon sale pour étouffer ses cris avaient suffi.

"J'ai déjà noté ce qui me sera utile, tu vas te faire tatouer pour cacher tout ça mais pour l'instant laisse cicatriser. Si t'ouvres tes sutures, démerdes toi et en attendant, demain tu seras interné en Rehab."

Il aurait pu sauter de joie en apprenant qu'il allait recevoir le tatouage de la bande ; de un, si il était en condition et de deux, si Law n'avait pas prononcé la dernière partie de son discours.

"Le centre de désintoxe ?! Mais pourqu-mmf. . ."

"Je t'ai fais une prise de sang dès qu'on t'as récupéré" continua le chirurgien après lui avoir cloué le bec en pressant ses blessures "et on peut dire qu'ils t'ont habitué à pas mal de choses là-bas. Sans oublier Jean Bart qui m'a rapporté que tu lui avais demandé si il pouvait te procurer un peu de neige."

Pris la main dans le sac, le noiraud ne répliqua pas néanmoins il maudit le cafteur sous son souffle. Il releva son buste, permettant à Law de nouer ses bandages. Ah ça oui, les kids ont fait de lui un pantin de loisir, ses yeux à demi clos fixaient ses genoux recouverts par les bandages usagés, quelques brins de cheveux venant effleurer son front moite alors que les souvenirs ressurgissaient à nouveau. Utilisé et usé, ces deux termes suffisaient à eux seuls pour résumer deux mois de cauchemars. Il ne s'était jamais senti aussi sali de sa vie. Ces salauds ont montré de leur gourmandise, aspirant sa dignité jusqu'à la dernière goutte. Et que restait-il à un homme, à un être humain sans cet honneur qui l'habillait ? Car oui, les kids l'ont déshabillé par leurs actes, leurs paroles, leurs mains. On l'a réduit à l'état de chose, d'assouvissement : quand il était encore considéré comme un allié et dès qu'il fut pointé comme traître. Et durant cette seconde période, l'intensité du cauchemar n'eût été qu'exponentiel. Il avala sa salive d'une traite, réfléchissant sur ses prochains mots en recourbant ses doigts.

"Comme je l'ai dis j'ai effectué une prise de sang et hormis certaines substances illicites, je n'ai repêché aucune trace d'IST."

Parfois, il oubliait quel personnage se trouvait à côté de lui. Bien sûr qu'il avait deviné, c'était Trafalgar Law après tout. Sans même s'être rendu compte de la tension qui sévissait dans ses épaules, il sentit néanmoins lorsque ces dernières se détendirent, le poids de milliers de mots qu'il ne voulait prononcer, arraché.

"Par contre il est encore trop tôt pour conclure que tu ne risques rien. D'ici quelques mois je te refais une prise."

"D'accord."

Même si souffler ne sera pas pour tout de suite, savoir qu'il n'avait rien pour l'instant suffisait à sa conscience. Sa besogne à présent terminée, il observa Law se diriger vers la porte, prêt de le laisser seul. Il savait que de ses tourments, le tatoué n'en avait rien à faire. Après tout c'était un habitué, qui sait ce qu'il avait traversé jusqu'à devenir cette personne aujourd'hui. Ses tourments et ses histoires à lui, Eros, représentaient surement du menu fretin comparés aux siens. Et pourtant sa langue se délia car quand bien même il n'avait aucun confident pour soulager ses maux, les confier à celui qui s'en foutait reviendrait pareil.

"Ça a commencé à la deuxième semaine. . ." Law s'arrêta sur le pas de la porte, toujours dos à lui ". . .toutes les deux nuits avant minuit, deux de ses gars me réveillaient, ce n'était jamais les mêmes, j'ai aussi arrêter fermer l'œil dès la première fois que c'est arrivé. . ." son souffle se fit tremblant ". . .Et c'était toujours ses sbires, Kid et Killer ne se sont jamais présentés eux, ils étaient plus du genre couteaux et poings pour me faire hurler."

Ne réussissant à rajouter plus il préféra ponctuer par un ricanement, détournant son visage de Law. Ce qui ne servit à rien car ce dernier n'avait daigné lui jeter ne serait-ce qu'un regard, traversant la porte pour de bon.

"Fais chier."