Résumé : Au Bureau des Aurors, la rumeur disait que plus l'accalmie était longue, plus les crimes à venir seraient odieux. Ron s'y connaissait en crimes abjects alors le corps d'une femme est retrouvé à quelques mètres de son bureau et l'enquête lui est attribuée. Pourtant, quand d'anciens camarades de Poudlard sont impliqués, il ignore encore que sa carrière est sur le point de basculer.

Disclaimers : L'univers de Harry Potter et les personnages ne m'appartiennent pas. Je ne fais que les emprunter.

Notes : Voici une nouvelle fiction. Celle-ci est dans un style assez différent de la première. Elle comprend 8 chapitres et un épilogue. Elle est déjà écrite jusqu'à la fin, même si je me laisse la possibilité de faire des ajustements.

Je vous souhaite une bonne lecture.


Chapitre 1

Ron Weasley

Ron Weasley ne faisait pas partie de ceux qui avaient passé leur enfance à souhaiter devenir Auror. Il considérait même que son entrée à l'Académie relevait plus d'un concours de circonstances que d'une réelle motivation. Après Poudlard, il n'avait pas vraiment réfléchi à ce qu'il souhaitait faire. L'évidence venait davantage de son entourage et sa mère semblait si fière. Continuer son chemin dans une ambitieuse carrière paraissait séduisante et acceptable, tout du moins pour le gamin qu'il était. Remplir les papiers de l'Académie et réussir avec succès les examens d'entrée n'avait posé de difficulté que pour les épreuves théoriques. Le reste était passé.

Harry et lui avait gravi les échelons sans même prendre le temps de respirer et il se trouvait dorénavant chef d'équipe. Il ne l'avait pas vraiment vu venir. Il ne préférait pas s'appesantir sur les dernières années, car à bien y regarder, il était facile de se perdre entre la rapidité avec laquelle elles étaient passées et le gouffre qui le séparait de ses vingt ans.

Quoiqu'il en soit, il n'avait jamais échafaudé de plans spécifiques pour devenir Auror. Pour être tout à fait exact, il aurait parfaitement pu devenir constructeur de balais de course si, dans l'imaginaire populaire, passer quelques mois à courir après un sorcier maléfique y conduisait tout naturellement. Il faisait donc parti de ses personnes qui, à la faveur d'une discussion entre collègues, découvraient avec stupeur que, contrairement à ses condisciples, il n'avait jamais rêvé enfant de devenir Auror.

La vocation. Un mot dont il ignorait tout à fait la signification exacte et qui semblait pourtant être le propre de sa profession.

Être Auror consistait en beaucoup de chose et, pour sa part, son absence de conceptions très développées concernant le métier l'avait préservé de cruelles désillusions. Si nombre de jeunes sorciers intégrant l'Académie s'imaginaient participer à des batailles héroïques, sauver de braves innocents ou infiltrer de dangereux gangs de sorciers adaptes de magie noire, Ron avait simplement pris ses fonctions, attendus les ordres et soupiré en signant ses premiers rapports d'intervention. Il savait l'ennui qui précédait la résolution d'enquêtes, les longues heures de recherche, l'attente d'un élément, d'une preuve, d'une faille. Il l'avait longuement expérimenté avant même de valider ses ASPIC et se révélait particulièrement patient.

Néanmoins, ses premiers mois au Bureau des Aurors l'avaient laissé perplexe et avaient auguré de la suite. Quant à savoir s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise chose, il décidât alors que seul Merlin pourrait le lui indiquer à l'avenir. En effet, un schéma de fonctionnement revenait avec un régularité frôlant le ridicule : à une série d'affaires périlleuses bouclées se succédait une attente interminable, vide de toute sollicitation laissant à douter de l'utilité même du Bureau. Puis, de manière aussi imprévisible que systématique, de nouvelles affaires s'accumulaient soudainement, mettant régulièrement à mal la capacité du service à assumer toutes les enquêtes.

Avec l'expérience, Ron avait fini par se méfier des temps de répit. Plus ces périodes étaient longues, pire l'orage serait dévastateur. Chaque Auror se faisait sa propre expérience de l'inactivité, mais il était communément admis que l'attente, comme le calme avant la tempête, était source de tension et de nervosité.

Pour Ron, à mesure que les jours passaient, le creux au fond de son ventre grossissait prenant à la gorge. L'attente avait un goût métallique qui lui donnait l'impression de devenir fou. Quand rien ne se passait, il s'imaginait le pire à venir. L'expérience ne lui garantissait aucun apaisement, bien au contraire, car les affaires qui cumulaient le plus de superlatifs étaient venues après des périodes d'accalmies particulièrement longues.

Un bras replié sur son front, allongé dans son lit, il sentait la chaleur d'Hermione endormie à ses côtés. Sa respiration rassurante berçait ses pensées mais ne parvenait pas à l'endormir totalement. Il tentait de suivre le rythme de son souffle, dans l'espoir de calmer l'angoisse qu'il commençait à sentir depuis quelques jours.

C'était irrationnel et il le savait parfaitement. Mais faire ce constat ne réglait en rien sa nervosité grandissante et les cauchemars qui survenaient inévitablement. Il en venait à espérer qu'un crime impliquant de la magie noire soit commis, ou n'importe quoi d'autre s'y référant. N'importe quoi pourvu que l'attente insoutenable, l'Accalmie, prenne fin. Alors qu'il se raccrochait au souffle d'Hermione, il se trouvait affreux d'avoir de telle pensée, lui qui officiait pour garantir la paix du monde sorcier. Et plus il y pensait, moins il parvenait à garder les yeux fermés. Il soupirait longuement alors qu'Hermione déglutissait et changeait de position, tournant la tête légèrement de côté et repliant un bras sous l'oreiller.

Les nuits des Aurors pouvaient parfois être longues. C'est pourquoi il ressentit un soulagement coupable quand le médaillon d'alerte diffusa une lumière orange. Le cycle venait de recommencer et les errances de l'esprit pouvait attendre quelques semaines. Il saisit le médaillon entre ses doigts. Une alerte orange ne signifiait pas une urgence immédiate mais indiquait que sa présence devrait être requise dans l'heure à venir.

Il fixa quelques secondes le plafond avant de se redresser. Il massa son coup encore raide et s'assied au bord du lit. Le réveil montrait une heure bien trop matinale pour être considérée comme décente. Pourtant Hermione avait dû sentir ses mouvements.

« C'est déjà l'heure ? »

Sa voix était faible, encore bien trop enveloppée de sommeil.

« Endors-toi, c'est le Bureau.

- Ah. »

Il se pencha au dessus du lit, ses mains à plat sur le matelas encore tiède. Il déposa un baiser sur la tempe d'Hermione. Elle sentait bon et il savait qu'il serait toujours heureux de la retrouver ici, plus tard, dans la quiétude de sa maison.

« Je t'aime, lui glissa-t-il avant de se faufiler hors de la chambre. »


Comme la nuit était encore fraîche, Ron resserra sa cape autant qu'il pût. L'écharpe de laine un peu rêche qu'il avait enroulée autour de son coup ne l'aidait pas à se réchauffer, pas plus que le manque de sommeil. Il n'avait plus qu'à accélérer le pas pour rejoindre le Bureau au plus vite. Il n'aimait de toute façon pas les ombres noires qui s'étiraient successivement devant puis derrière lui alors que ruisselaient les dernières gouttes de la pluie dans les rigoles de la rue.

Le Bureau avait quitté le Ministère et prit ses quartiers de l'autre côté de la Tamise depuis plus de trois ans. Ron appréciait les évolutions du service et appuyait autant que possible les engagements de la direction même s'il était régulièrement accusé de partialité. La seule critique qu'il s'autorisait concernait la voirie aux alentours, détail signifiant quand il s'agissait de rejoindre le bâtiment au milieu de la nuit après avoir transplané dans un lieu isolé. Personne n'avait supposé que les noctambules se retrouveraient dans le quartier pour d'interminables palabres moldues.

Régulièrement, l'un des Aurors du Bureau atterrissait au nez et à la barbe d'un moldu malgré le recoin discret visé. L'alcoolémie élevée des lieux évitait trop de dérapages et minimisait les risques de briser le Grand Secret, mais les Oubliators créaient des liens de plus en plus étroits avec les employés du Quartier Général. Ils faisaient régulièrement des descentes dans le quartier, devenu un lieu privilégié pour la formation des jeunes recrues.

A l'approche de l'immeuble, il y avait comme une rumeur dans l'air, un fond sonore atypique ou une atmosphère plus sensible, alors qu'il faisait encore noir. Ron n'aurait su en préciser avec exactitude la nature mais ses sens étaient soudainement en alerte. Il n'était pas certain non plus que son imagination ne lui jouait pas des tours à trop rester attentif au moindre signe de changements.

Quand il déboucha devant l'entrée du Bureau des Aurors, il ne pouvait plus que constater l'agitation inhabituelle. Une sorte de bourdonnement s'échappait des portes principales. C'était d'autant plus surprenant au regard de l'heure tardive. Ou matinale selon le point du vue, et Ron ne savait pas très bien lequel adopter. Tout comme son humeur du jour qui oscillait entre fatigue et appréhension. Il poussa un soupir lourd avant de s'avancer avant que la grande porte battante ne s'ouvre un peu plus vivement qu'à l'accoutumé. Le froid s'y engouffrait, charriant avec lui une odeur inhabituellement métallique.

Le hall d'entrée faisait généralement rougir de jalousie les autres employés du Ministère. Spacieux, lumineux, imposant. Une mosaïque au sol dessinait l'emblème des Aurors. Une imposante clef de voûte en pierre soutenait l'ouvrage, les quatre étages du Bureau et leurs mezzanines courbées. D'où qu'on se trouve, la vue était imprenable si bien qu'il était impossible de ne pas remarquer le corps étendu en son milieu.

Les Aurors déjà présents accouraient en tous sens, s'inquiétant d'un crime commis au cœur même de leur quartier général. Nul besoin d'une mise en scène grandiose, le choix du lieu suffisait à lui seul à lancer un message, sibyllin néanmoins, à tous les agents ministériels. L'attente des dernières semaines aboutissait à une résolution inédite. Ron s'avança d'un pas mesuré, contrôlant une vague nausée.

Le manteau de fourrure, les collants aux motifs fleuris et les escarpins cirés semblaient impeccables. Aucun pli apparent, aucune poussière accrochée aux tissus, tout donnait une impression de contrôle absolu jusque dans la flaque de sang vermeille et limpide s'étendant sur le sol froid. Ron contourna le corps avec précaution, il était impératif de ne rien souiller. Quelqu'un de l'équipe de nuit se chargeait déjà des premières constations et dictait ses conclusions à un agent de service.

« C'est le réveil le plus abrupte de l'année. »

Nicholas Mendel remuait déjà son café au pied de l'escalier principal et avait déjà pris le temps de revêtir son uniforme. Ron ne connaissait personne avec une telle descente de caféine et le soupçonnait d'abuser de potions calmantes pour contrer les effets. Mise à part ce défaut notoire, il donnait pleinement satisfaction au Bureau. Aurors de talent, dévoué et téméraire, Ron avait fait équipe avec lui à plusieurs reprises et l'appréciait malgré son sens de l'humour suspect. Il n'était pas toujours sûr de pouvoir identifier la plaisanterie.

« J'ai reçu un appel par médaillon, dit Ron en désignant du menton la victime au sol.

- Le système de sécurité s'est mis en marche quand l'agent de surveillance l'a trouvé. »

Un mélange de fascination et de dégoût se mélangeait sur son visage. Nicholas Mendel faisait face au cadavre et ne donnait pas l'impression de vouloir vaquer à d'autres occupations. Pour sa part, Ron résistait à l'envie de se retourner et préférait contempler la scène se refléter sur la figure de son collègue. Les yeux à moitié écarquillés, la lumière artificielle du hall soulignait les marques d'inquiétude et accentuait la pâleur de son teint. Blafard, poudreux et stupéfié.

A n'en pas douter, Mendel retenait un commentaire sur les dispositifs d'alertes du Ministère. Mûri sous sa langue, il semblait ne pas pouvoir franchir ses lèvres, hermétiquement closes alors qu'un périmètre tracé à la baguette autour du corps lui dessinait un délicat pourtour. En tout état de cause, on entendait dans son silence une pensée fugace à propos d'un cadavre esthétiquement déposé au cœur de la tanière d'Aurors à l'ennui exacerbé.

Sensiblement, les sourcils de Mendel se durcirent, forçant Ron à se retourner enfin. Près de la femme, quelqu'un avait enfin terminé les premiers relevés. On prononça un sort destiné à retourner le corps en vue de son identification avant la clameur choquée qui suivie. Les murmures se répercutèrent le long des murs et colonnades de pierre pour s'évaporer dans les hauteurs du bâtiment.

L'orage venait de frapper au milieu du hall du Bureau des Aurors et le grondement du tonnerre retentit sombrement pendant plusieurs secondes. Les portes d'entrée laissèrent passer le flots des agents de services et deux hiboux majestueux piquaient vers la volière annonçant de nouvelles affaires et les flammes vertes de la cheminée reliée au Ministère surgirent bruyamment. Un instant frappée de stupeur, l'agitation reprit de plus belle, balayant l'image grotesque d'un visage mutilé de part en part, ne retenant plus les caractéristiques humaines habituelles.


Ron était passé aux vestiaires se rafraîchir avant de rejoindre ses homologues en salle de réunion du premier étage. Pour être plus exact, il avait suivi Nicholas Mendel dans un réflexe acquis de longue date. La pièce ressemblait à un sas hermétique au reste du bâtiment. Une double porte battante encadrée d'un joint en caoutchouc moldu délimitait les espaces. Une bizarrerie qui amusait beaucoup et que les Aurors revendiquaient fièrement depuis son installation.

Une sorte de militantisme sorcier était né en même temps que le Bureau prenait ses quartiers loin du Ministère. Le besoin d'un vestiaire provenait avant tout des plus jeunes recrues, empreints d'une culture populaire plus ouverte que celle de leurs aînés. L'idée s'était propagée insinuamment parmi les Aurors qui, face à la résistance du Ministère, y voyaient un symbole d'émancipation. Il n'en fallait pas moins pour renforcer les positions.

Ron n'avait pas pris part aux manifestations activistes. Il n'en comprenait pas tout à fait les enjeux mais l'émulation était indiscutable si bien que même les plus anciens, proches de la fin de leur carrière, considéraient la chose avec engouement. Il n'avait pu que souffler quelques mots avisés à Harry et la direction avait laissé faire, s'assurant du soutien de ses équipes à l'avenir.

Dans le jargon, se rafraîchir prenait des acceptions variées mais consistait généralement à passer la porte des vestiaires et ce qui s'y passait ensuite était laissé à la discrétion de chacun. On y laissait derrière soi les allées et venues et l'ambiance du Bureau. On s'apprêtait à retrouver des collègues dans une intimité embarrassante, même quand on avait passé son adolescence dans un pensionnat où la collectivité était le maître mot.

A cet instant, Ron y avait revêtu son uniforme et noué la cape rouge de la profession tandis que Mendel se brossait les dents avec vivacité. Puis, face au lavabo, il avait observé son reflet encore dégoulinant d'eau avant d'inspirer longuement, comme on se prépare pour un match de Quidditch. Cela faisait bien longtemps qu'il ne jouait plus et s'était avoué qu'il préférait grandement supporter son équipe que de monter sur un balais lui-même.

Les autres chefs d'équipe attendaient déjà en salle de réunion les derniers retardataires. En fin de compte, ils étaient nombreux à ne pas avoir assisté à la scène, mais il semblait à Ron que les témoins s'étaient empressés de faire savoir leur version des faits. Pourtant, il n'arrivait pas à déterminer avec précision quelle tournure prenaient les conversations.

Il revoyait nettement le visage ensanglanté de la femme, dénaturé au point de pas pouvoir l'identifier. Une sorte d'exsudat suintant et grenat, à l'aspect ferrugineux. Il ne restait rien des traits caractéristiques d'une figure humaine, ni le nez ni la bouche ne semblaient perceptibles et on distinguait à peine des yeux méconnaissables. Si Ron pensait avoir examiné plus d'horreurs dans sa vie que le commun des sorciers n'avait la possibilité d'en imaginer, il était certain d'être hanté pendant un long moment par ce souvenir.

Assis sur une table, Nicholas Mendel sirotait une nouvelle tasse de café, répondant laconiquement aux questions de ses homologues. Son regard trahissait une sombre détresse et son envie irrépressible de fuir l'attroupement. Il n'avait pas trouvé encore d'échappatoire mais Ron était certain qu'il saisirait la première occasion.

« Non, personne n'a rien vu. »

Mendel avait été le premier Auror arrivé sur les lieux et semblait ainsi la personne toute désignée pour connaître tous les détails.

« Gareth de l'accueil m'a dit qu'elle respirait encore quand on l'a découverte. »

La précision étonna Ron autant qu'elle lui paraissait improbable. Tout du moins, il l'espérait par égard pour cette pauvre femme. Il s'avançait probablement à prendre en pitié l'individu, quelque soit son identité. Elle aurait pu tout aussi bien être une moldue innocente qu'une dangereuse trafiquante de poisons, en dépit de quoi il aurait quand même qualifié d'infamie le crime.

« Je ne sais pas, dit Mendel qui ne semblait pas plus se prononcer que Ron alors que les questionnements fusaient et que personne n'écoutait vraiment les réponses. »

Un peu plus loin, d'autres s'interrogeaient sur les circonstances. Ron s'approcha du groupe et tenta de passer inaperçu. Il connaissait Michael Toth et Esmeralda Di Romeo depuis son entrée au Bureau. Une mission l'avait contraint à collaborer avec le premier au début de sa carrière, et s'il était efficace, Ron préférait éviter de le croiser trop souvent sur le terrain. Les habitudes de la vieille école laissaient généralement Ron mal à l'aise, surtout quand elles étaient aussi assumées et rétrogrades.

La deuxième avait supervisé la première année de Ron en tant qu'Auror apprenti. Bien que le temps ait considérablement passé et qu'il n'est plus de preuves à faire, il se sentait toujours embarrassé en sa présence. Il devait beaucoup à la sorcière qui l'avait pris sous son aile sans considération pour son histoire personnelle et ses antécédents de guerre. Elle l'avait formé comme toute jeune recrue, ce dont Ron lui était profondément reconnaissant.

« Il n'y avait pas d'Auror de service, dit Michael Toth en réponse à un jeune Auror.

- Je n'ai jamais compris pourquoi on a enlevé les gardes.

- Ça n'était pas efficace, dit Esmeralda Romeo. On venait passer des nuits entières alors qu'il ne se passait presque rien. »

Elle s'était levée pour faire quelques pas et Ron saisit l'occasion pour prendre la place laissée vacante.

« Le système des médaillons est censé être plus payant pour les alertes de nuit, reprit-elle.

- D'où le cadavre du rez-de-chaussée, dit Michael Toth.

- Tu sais aussi bien que moi qu'il n'y a pas plus de problèmes qu'avant. »

Une dizaine d'année plus tôt, la mise au point du système de médaillons avait permis la suppression de la garde de nuit. Ron s'en souvenait comme d'un moment salutaire dans sa carrière alors que Hugo, son deuxième enfant, venait de naître. Passer plus de temps à la maison avec Hermione l'avait grandement soulagé, d'autant que les nuits au Bureau étaient une véritable corvée.

Traditionnellement, il ne s'y passait jamais rien. Jeune Auror, il lui avait fallu tout le courage de la jeunesse pour affronter les interminables nuits au Ministère. Si la plupart y voyait une mission capitale de veille, argument savamment entretenu par la hiérarchie, lui n'y voyait qu'une perte de temps. Seule consolation, il avait l'occasion d'y retrouver régulièrement Harry, bien que ce dernier semblât ronger son frein et canalisât difficilement son énervement.

« Le vrai problème n'est pas là. »

Michael Toth jouait désormais avec sa baguette, une habitude qui horripilait Ron, tant elle signifiait son mépris pour les autres sorciers présents.

« Est-ce vraiment un problème ? Demanda Esmeralda Di Romeo. Il s'agit plutôt d'un fait indiscutable. »

Les données chiffrées introduites à l'arrivée de Harry à la direction avait permis de démontrer les faits. La mission de veille nocturne ne conduisait à aucune amélioration du service et constituait plus un gouffre financier en plus d'épuiser les troupes. Après six mois à tester un nouveau procédé d'alerte, les gardes de nuit avait été réduite à leur minimum, soit deux agents en poste pour déclencher les dites alertes.

« Ce meurtre est une agression envers toute la profession ! Dit Micheal Toth.

- Je ne serai pas aussi catégorique que toi. »

Depuis qu'elle avait annoncé son départ en retraite quelques semaines plus tôt, Esmeralda Di Romeo semblait prendre les événements bien moins à cœur que ses collègues. Au contraire, elle semblait rayonner et évoquait discrètement ses projets futurs lors des moments d'accalmies. A l'inverse, Michael Toth, de quelques années plus jeune, paraissait ébranlé. Si Ron n'appréciait ni l'homme ni ses méthodes, il devait reconnaître qu'il avait toujours servi le Bureau avec application et dévouement.

« Un crime a été commis au nez et à la barbe de Merlin. C'est tout l'effet que ça te fait ? »

Il paraissait indigné. Ron ne l'aurait pas exprimé ainsi mais il ne pouvait qu'être d'accord. L'attaque d'un symbole avait toujours plus de poids dans la durée qu'un fait divers. Les précédents remontaient à des heures peu glorieuses du monde sorcier et Michael Toth semblait bien lucide sur l'analogie.

La conversation se poursuivit un temps avant que la réunion commence. L'inquiétude et le dégoût se mêlaient à l'excitation. Car hormis le meurtre du rez-de-chaussée, plusieurs signalements avaient été déposés depuis la veille et les affaires courantes revenaient au pas de charge. Ron eu un mauvais pressentiment qu'il ignora consciencieusement.

Deux équipes furent envoyées sur le champ à Salisbury à propos de la disparition d'un groupe de sorciers parti en expédition dans la partie moldue de la ville et introuvables depuis plus de trois jours. Nicholas Mendel saisit l'occasion d'être envoyé dans le Cheshire où des explosions suspectes avaient été remontées durant la nuit. Manifestement soulagé, il adressa un regard désolé à Ron en quittant la pièce.

L'étau se resserrait et Ron su avant que l'attribution fût officielle que l'affaire du cadavre du rez-de-chaussée serait pour lui. Sous les regards des chefs d'équipe encore présents, il accepta dignement son ordre de mission et s'empressa de rejoindre son propre bureau. Michael Toth lui lança un regard torve mais ne manifesta aucune autre intention malveillante.

Si les rivalités entre chefs d'équipe étaient monnaie courante, elles allaient rarement au-delà de la simple agressivité. Ron ignorait la plupart du temps les inimitiés à son égards mais Toth était un sorcier persévérant qui le soupçonnait constamment de favoritisme. Ron avait passé l'âge d'y prêter plus d'attention que nécessaire et n'avait rien tenté pour calmer les élans de son homologue depuis bien longtemps.


Ron gravissait l'escalier qui le mènerait à son bureau. Ici, il n'y avait pas d'ascenseur contrairement au Ministère. Un choix qui n'en avait pas été un au vu de la configuration des lieux. Même si certains affirmaient qu'il était toujours possible magiquement de modifier la structure du bâtiment, ce type de manœuvre n'étaient pas paru judicieuse. Et comme fallait contribuer à entretenir un état de forme physique optimal, aucun Auror n'avait osé se plaindre trop fort. Pourtant, Ron trouvait parfois que le seul étage qui le séparait de son étage était particulièrement rude à arpenter en pleine nuit.

Un instant de calme s'imposait avant que son équipe n'arrive. Nul doute que les premiers rapports d'analyse l'attendaient déjà et d'autres arriveraient dans la matinée. Son bureau patientait tel qu'il l'avait quitté, dans un état de propreté et de rangement inhabituel qu'il devait assurément à Victor Carnavon.

Son équipe ne tarderait pas à arriver. Un portrait peu flatteur de Mederic l'Arnaqueur tapissait le mur, en souvenir de leur première réussite. Légèrement écorné, l'affiche résistait vaillamment aux affaires successives, malgré la tâche violette en son centre et la brûlure sur son côté gauche.

L'escroc avait sans doute donné le meilleur de lui-même pour cette photographie et esquissait un rictus moqueur qui tournait à la ruine vers la fin de l'animation. Despina Flint, malgré son air grave, s'amusait régulièrement à imaginer une répartie provoquant la débâcle du criminel. Elle prenait garde à ne pas être surprise, son équipe faisant exception, et s'en suivait généralement un ricanement hystérique. C'était une des seules fantaisies que Ron lui connaissait.

Quoiqu'il en soit, Despina Flint serait probablement la première de son équipe à le rejoindre, impeccablement accoutrée. Elle semblait porter la cape rouge avec une aisance inquiétante. Si Ron était capable de voir qu'elle jurait dramatiquement avec la teinte de ses propres cheveux, il ne comprenait pas comment un tel accessoire était encore de mise dans un service où la discrétion sur le terrain relevait du quotidien.

A n'en pas douter, Michael Toth l'endossait bravement, fier de son statut. Il était de ceux qui considéraient que sa profession méritait les honneurs et le respect. Le symbole de la cape, hautement visible, entrait dans une logique de reconnaissance officielle. Contrairement à Despina Flint qui ne faisait que s'accommoder d'un habit réglementaire encombrant tout en ayant l'air de ne pas y toucher.

Despina Flint serait très certainement aussi celle qui serait la moins enthousiaste de son équipe à affronter l'affaire du cadavre du rez-de-chaussée. Ron se demandait parfois ce qui avait poussé cette sorcière à s'engager dans une telle carrière. Elle était néanmoins une redoutable Auror, doté d'un flair hors norme auquel Ron se fiait bien davantage qu'à son propre instinct.

Il considérait généralement que sa méfiance disciplinée en ses propres capacités faisait de lui un Auror respectable et bien plus compétent que la plupart. Esmeralda Di Romeo l'avait détecté en lui bien vite mais il lui avait fallu réunir tout le tact dont elle pouvait faire preuve pour pointer sa plus grande faille. Ron lui en était indéniablement reconnaissant.

Loin de lui l'idée de se considérer au-delà de sa juste valeur, mais, l'expérience aidant, il avait appris à ses dépends que lutter contre sa nature lui apportait bien plus de résultats. Ses réactions adolescentes et son abandon lors de leurs périples, Harry, Hermione et lui, l'avait durablement marqués. Une cicatrice qu'il avait pansé au fil des ans et qui, en toile de fond, lui rappelait constamment qu'il n'était qu'un homme.

Ni Hermione ni Harry ne lui avait formulé trop de reproches et très vite ils n'en avaient plus reparlé. Seule Hermione recueillait, au début, les regrets coupables de son mari dans l'intimité de la chambre à coucher. Le temps avait fait son œuvre et Ron avait appris à vivre avec les désillusions de l'âge adulte. Voir en face ses pires tares et peut-être même les apprécier. Parfois.

« Inspecteur Weasley, Mederic. »

L'entrée en matière de Despina Flint eut le mérite de distraire Ron. Elle traînait encore avec elle l'air frais de l'extérieur et son léger souffle court indiquait sans l'ombre d'un doute qu'elle avait parcouru les trois étages en évitant de croiser quiconque plus longtemps que la bienséance ne l'exigeait. Elle jeta une œillade agressive à l'Arnaqueur avant de se diriger vers son bureau.

« Ce quartier général est un vrai moulin. »

Ron s'était saisi des premières constations. La plume à papote n'avait pu eu le temps de corriger les fautes d'orthographe. Il tentait de rester concentré mais Despina venait de prendre appui sur le bureau face à lui. Les bras croisés elle semblait attendre.

« Que se passe-t-il ? »

Le rapport devait patienter.

« Il y avait beaucoup d'agitation au rez-de-chaussée et j'ai entendu des rumeurs étranges dans les couloirs, continua-t-elle. A voir votre tête, je dirais que vous avez tiré le mauvais lot.

- Attendons que toute l'équipe soit là, Despina.

- Cette histoire, hésita-t-elle un moment, cette histoire de femme mutilée dans le hall... »

Ron reposa le feuillet qu'il tenait dans les mains, et, pour se donner contenance, il réajusta la pile des rapports reçus. Comme en échos, un second tas apparu par la porte du bureau. Les pages du dessus se soulevaient légèrement avec la vitesse et à chaque embardée. Il atterrit lourdement à côté des documents déjà empilés dans un bruissement de papier et Despina se pencha pour y lire le titre dont l'encre semblait à peine sèche.

« Une nouvelle enquête, Despina. Nous l'attendions, la voilà. »

Ce disant, il repoussa de la pointe de sa baguette le rapport qu'elle s'apprêtait à consulter.

« Dites-moi, Inspecteur, est-ce que... »

Elle fut interrompu par une agitation soudaine dans le couloir. Plusieurs navettes entre bureaux semblaient s'être télescopées, mélangeant notes de bureau et documents officiels, et des éclats retentirent, semblant poursuivre quelqu'un. Les voix se rapprochaient dangereusement et soudain, la porte du bureau s'ouvrit avec fracas.

Despina releva la tête, contrariée d'être ainsi interrompu et Ron se retourna promptement. Par l'entrebâillement, Harry Potter passa la tête, tentant de contenir ce qui semblait être un pivert chargé d'un lourd paquet.

« Entre la démission de Johnson à Grigotts, le sommet des états sorciers à la fin du mois et le meurtre de cette nuit, le Ministère ne va pas me lâcher. Je veux être informé des avancées. »

Le pivert s'engouffrait maintenant dans sa chevelure. Il repartit aussi soudainement, avant de pousser à nouveau la porte, complètement cette fois-ci, et de la refermer vivement derrière lui. On entendait l'oiseau s'échiner à passer au travers.

« Désolé, dit-il à l'attention Ron en esquissant un sourire confus.

- Je sais.

- Je viens à peine d'arriver et c'est déjà le chaos. On dirait qu'un dragon vient d'exploser au milieu d'une manifestation moldue. »

Harry employait parfois des expressions étranges.

« Où est Aristote ?

- Chez le zoomage, il paraît qu'il a un rhume des foins, dit Harry avant de prendre une grande inspiration. »

Il donnait l'impression de s'apprêter à plonger, ce qui n'était sans doute pas très loin de la réalité. De l'autre côté, le volatile de remplacement semblait s'être calmé. Puis, après avoir sincèrement souhaité bon courage à Ron pour l'enquête, il disparut dans le couloir.

« Attendons Amalia et Victor, dit Ron alors que Despina, toujours assise au bord du bureau le fixait d'un air sévère, ils devraient arriver d'un instant à l'autre. »

On entendit quelques secondes le pivert pousser des cris avant qu'ils ne soient trop éloignés pour être perceptibles.

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