Note de l'auteur :
Un petit OS d'amour non réciproque sur m!Daraen et Tharja. Ce texte comporte également du Chromxm!Daraen en arrière plan.
Avertissement :
Fire Emblem est la propriété de Nintendo. Seul le scénario m'appartient.
La nuit est sombre et bien avancée. La lune haute dans le ciel, a revêtu sa forme ronde et généreuse. Au milieu de milliers d'étoiles scintillantes, elle éclaire doucement le campement de l'armée d'Ylisse. L'astre argenté aux courbes rondes illumine le désert plegien pour les veilleurs de nuit et les sonneurs d'alertes. Il s'agit des seuls individus des troupes du prince Chrom à être éveillés. Tous les guerriers dorment ou sont allongés sur leur paillasse incapable de trouver le repos, rongés par les horreurs de la guerre.
Le stratège en chef est censé être de ceux qui sommeillent, mais il n'en est rien. Il est assis dans sa tente, devant la planche posé sur des tréteaux qui lui sert de bureau. Le meuble précaire est recouvert de livres, et de cartes. Une bougie, bien entamée, éclaire faiblement le parchemin sur lequel écrit l'homme avec une plume. Ses tracés d'encres deviennent imprécis, quelques fautes se mêlent aux mots.
Daraen est fatigué, mais il continue de travailler. Il le doit, pour Chrom, qui vient de perdre sa sœur aînée. Pour lui, dont le fardeau vient de s'appesantir sur ses épaules. Pour lui, qui l'a aidé dans ce champ où il l'a trouvé amnésique. Pour cet homme au sang royal, qu'il aime.
À l'entrée de sa tente, une jeune femme à la longue chevelure noire l'observe. Elle s'amuse que Daraen ne la remarque pas. La mage noire se tient à quelques mètres de lui depuis de longues minutes, et il est toujours convaincu d'être seul. Tharja l'admire, observant le moindre de ses gestes jusqu'au mouvement de sa pomme d'Adam lorsqu'il déglutit. Son long manteau sombre est accroché à sa chaise, laissant à Tharja le loisir de le détailler.
Daraen est l'être le plus intéressant que la plegienne ait rencontré de toute sa vie. Dès lors que ses yeux ont plongé dans ceux du stratège aux cheveux ivoire, Tharja a su qu'il s'agissait de l'homme dont elle avait besoin. La mage place le plan spirituel au‑dessus de tout, mais son apparence n'est pas du tout pour lui déplaire. Daraen n'est physiquement pas très fort. Il est loin d'avoir un corps musclé, comme ceux de ses guerriers que Tharja désapprouve tant. Sa force réside dans son mental. Son intelligence est unique.
Tharja pourrait rester un long moment à le contempler ainsi, son visage penché sur son parchemin. Mais la tasse de thé à la menthe posée sur le plateau entre ses mains risque de refroidir. Il perdrait de ses propriétés, et Daraen l'apprécierait beaucoup moins.
La mage noire entre complètement dans la tente, cessant de se tenir dans l'ombre offert par les tentures. Elle se rapproche de Daraen en silence. Le stratège ne l'a toujours pas remarqué. Elle dépose à côté de lui son plateau, contenant la boisson chaude, mais également une part de tourte à l'anguille. La plegienne sait depuis longtemps qu'il s'agit de son plat préféré.
Le stratège lève le yeux de son parchemin, et la regarde, surprise. Le visage de Daraen est marqué par des cernes, conséquence de ses longues heures de veillée. S'il continue ainsi, Tharja est consciente que cela sera au détriment de sa santé.
– Oh, bonsoir Tharja.
– Bonsoir Daraen.
La mage noire pose sa main quelques instants dans son dos, calmement. Elle sent les muscles de l'homme se contracter sous sa paume. Tharja apprécie de le prendre ainsi par surprise, et de pouvoir être en contact avec lui. Mais Daraen ne dit rien, malgré la gêne qu'elle lui provoque. Sans doute est‑il trop fatigué pour réagir plus que cela. Une preuve qui confirme à Tharja qu'elle doit prendre soin de lui, à la place de Chrom. Elle n'en tient néanmoins pas rigueur au prince. Lui‑même est accablé par ses propres problèmes notamment le deuil de sa sœur aînée. Et elle est la seule à pouvoir prendre soin de Daraen.
Tharja tourne autour de Daraen de manière à pouvoir le voir de face. La jeune femme se penche ensuite vers lui, les coudes sur son espace de travail.
Le stratège a retiré ses gants de cuir afin de pouvoir mieux manier sa plume et tourner les pages de ces livres. Dans la semi‑obscurité, la marque sur le dos de sa main droite est parfaitement visible. Le symbole de Grima, le dragon déchu vénéré par Plegia.
L'homme amnésique ignore pourquoi sa chaire est marquée ainsi. Il devine avoir des origines plegiennes et espère n'avoir aucun lien avec les fanatiques de Grima. Tharja, qui a tant observé Daraen, peut le confirmer. Son visage a des traits plegiens. Et la mage noire pense également savoir la signification de sa marque. Mais il vaut mieux que Daraen n'en sache rien.
Il est des vérités dont il vaut mieux laisser dans l'ombre. Et les ténèbres, Tharja les connaît bien.
– Tu devrais te coucher Daraen.
– Je n'ai pas encore terminé de mettre au point une stratégie.
– Une stratégie sur laquelle tu travailles depuis le crépuscule. Soit bientôt six heures.
Le jeune homme délaisse sa plume et la regarde, sans surprise cette fois. Tharja lui sourit avec amusement. Daraen croit commencer s'habituer aux intentions qu'elle lui porte. Mais la mage noire est loin de lui avoir révélé l'étendue de sa bienveillance envers lui.
– Je dois encore l'élaborer. Avec la perte de la majorité de nos chevaliers pégase et la force de frappe des chevaliers wyvern de...
La mage noire ne le laisse pas finir. Telle la fois où elle s'était conduite en fille écervelée, ou une tentative d'être normale selon Daraen, elle lui enfourne un morceau de tourte à l'anguille dans la bouche, avec une cuillère. Un classique que de savoir le plat favori de son aimé, certes, mais qu'elle se devait de connaître.
– Mange d'abord un peu, je sais très bien que tu veux continuer. Reprends d'abord des forces...
Daraen mâche, ne refusant pas son plat préféré. Tharja l'observe. Il lui reste encore à boire le thé qu'elle a spécialement préparé pour lui. La mage noire en a soigneusement sélectionné les ingrédients pour lui. Une douce et chaleureuse odeur de menthe flotte dans la tente.
– Alors Daraen ?
– Et bien, je dois avouer que c'est délicieux...
– N'oublie pas le thé qui l'accompagne. Tu n'as pas bu depuis quatre heures. Il est important de se désaltérer dans le désert.
Daraen prend la tasse entre les mains tandis que Tharja repose la fourchette sur le plateau. Le stratège doit avouer avoir soif. Sa langue est presque aussi parcheminée que les documents sur lesquels il travaille. Bien qu'il ait encore du mal avec l'idée que, qu'il le veuille ou non, Tharja l'espionne presque en permanence. Mais il a confiance en son alliée.
Daraen souffle sur le récipient. La vapeur qui s'en dégage ondule doucement sous la lueur de sa bougie. L'homme en boit une longue gorgée, ayant bien plus soif qu'il ne le pensait. Les arômes de feuilles menthe sont forts et puissants. Il détache ses lèvres du bord de la tasse, laissant le liquide lui apporter ses bienfaits. Daraen ne remarque rien tandis que Tharja commence à mordiller l'ongle de son pouce, comme à son habitude. Une seule gorgée devrait suffire.
– La menthe est forte, elle est agréable.
– De la menthe poivrée. Et tu es en loin d'en connaître tous les bienfaits.
Le stratège avale une autre gorgée, préférant boire plutôt que de manger. Tharja joue avec le bout de ses ongles longs. Encore un instant. Cela sera rapide.
L'homme repose la tasse dans le plateau. Il s'empare ensuite de la cuillère pour rompre un morceau de tourte. Tharja est ravie qu'il apprécie autant sa cuisine. S'il lui demandait, elle serait heureuse de lui préparer ses repas.
– Merci Tharja. Cela faisait un moment que je n'avais pas si bien mangé.
Daraen a confiance en elle, ce qui amuse sournoisement la mage noire. Il n'a néanmoins pas si tort que cela. Se procurer de telles ressources en période de guerre, est délicat. Mais Tharja sait qu'elle peut compter sur l'aide de Donnel, jeune fermier naïf qui est prêt à satisfaire le moindre de ses désirs.
– La cuisine est comme la préparation de potions. Il s'agit de mélanger les bons ingrédients, au bon moment avec la quantité exacte. Et j'excelle en sorcellerie.
Le stratège ne répond pas. Il délaisse le dernier morceau de son encas nocturne et se passe la main sur son visage. Daraen reste quelques instants ainsi, les doigts cachant son visage. Tharja devine qu'il commence à comprendre ce qu'il lui arrive. Et qu'elle en est responsable.
– Tharja...
– Tu devrais plus te méfier de ceux qui t'entourent Daraen. Surtout en tant que stratège...
La mage noire commence à ricaner tandis que l'homme retire la main de son visage. Il cligne des yeux, fatigué. Il peine à la regarder dans les yeux. Ses iris sont à présent parcourus par l'interrogation et la méfiance.
– Mais heureusement, je suis là pour ça Daraen. Ce sera rapide. Ne t'inquiète pas, je vais bien prendre soin de toi...
Daraen se lève de sa chaise, la vision un peu trouble. La lueur de la flamme de sa bougie de suif le gêne. Il a l'impression que celle‑ci danse en lui brûlant les yeux. Le jeune homme recule, et titube jusqu'à tomber sur son lit.
Son esprit est de plus en plus confus. Maîtriser le flux de ses pensées lui est à présent impossible. Allongé sur le dos, il fixe Tharja qui se rapproche de lui. La mage noire s'assoit à côté de lui, sur le sol, à la même hauteur que sa couche. Daraen ne trouve pas la force d'effectuer le moindre mouvement. Ne pas fermer les paupières est laborieux. Tharja cesse de rire et lui parle plus doucement.
– Laisse‑toi aller, tout ira bien...
Le stratège ne parvient plus à résister contre les effets du thé à la menthe. Il ferme les yeux et sa tête s'incline sur le côté. Son torse se soulève lentement, et le reste de son corps ne bouge plus.
Tharja attend, jusqu'à ce qu'elle soit sure qu'il dorme complètement. Assurée que Daraen dort, la mage noire tend sa main vers lui. Du bout de son index, elle touche le bord de ses lèvres. Son ongle long s'accroche légèrement sur sa peau rosée.
– Faible... Et sans défense...
Tharja retire sa main de son visage. La plegienne se penche vers l'homme endormi contre son gré. Lentement, profitant d'être la seule à maîtriser l'instant, elle l'embrasse longuement sur sa joue. Elle se contentera de celui‑ci. Daraen n'éprouve, pour l'instant, pas les mêmes sentiments qu'elle. L'homme partagera ses lèvres de sa propre volonté. Elle refuse de lui imposer et préfère que le stratège lui propose lui‑même cette initiative.
– Si tu ne dors pas plus, je vais devoir te forcer à te reposer avec mes potions plus souvent. Je suis là, je surveillerai toujours tes arrières dans ton ombre...
Tharja se relève et se tourne vers le bureau. Elle humidifie le bout de ses doigts avant de souffler sur la bougie et de pincer sa mèche. La mage noire se saisit ensuite du manteau de Daraen, posé sur la chaise. Le tissu est épais, et idéal pour protéger son propriétaire du froid nocturne du désert. La flammèche est à présent éteinte, mais Tharja sait que les manches du vêtements sont ornés d'un motif rappelant les yeux de Grima. Et personne dans l'armée à part elle ne semble le voir. Ni le chevalier zélé du prince Chrom, ni le moine de Naga à l'apparence féminine. Daraen également, mais peut‑être que lui refuse de l'admettre.
Tharja rapproche le col contre elle et inspire l'odeur. Celle de Daraen. Un parfum mêlé à celui de vieux parchemins, de poussière et subtilement floral. Une fragrance délicieuse qu'elle voudrait sentir toute sa vie.
La mage noire reste un long instant ainsi à serrer le manteau contre sa poitrine. Elle se décide finalement à recouvrir Daraen avec. Le jeune homme ne bouge pas, les effets de la potion commençant à peine à parcourir l'ensemble de son corps.
– Bonne nuit Daraen. N'oublie pas. Je serai toujours là pour toi... dans ton ombre...
La mage noire se dirige lentement vers la sortie. Elle soulève les pans de la tenture et les rabat soigneusement vers elle. Tharja peut retourner sereinement vers sa propre tente à présent. Daraen ira bien demain. Il ne s'écroulera pas en réunion stratégique ou durant son entraînement. Le stratège sera en possession de ses moyens pour se défendre en cas d'attaque surprise.
La lune brille toujours dans le ciel, continuant d'éclairer le campement de sa généreuse lueur argentée. Tharja sera toujours comme l'astre lunaire. Reine des ténèbres, et illuminant le chemin de Daraen devant lui. Toujours.
