Pour Léna.


Tony ignorait pourquoi, mais voir Loki emprisonné lui faisait pitié. Odin n'avait pas voulu du retour immédiat du jotün sur Asgard, ce qui en résultat que les terriens devaient temporairement le garder dans la salle la plus sécurisée de la tour des Avengers. Au début, cela avait énormément irrité le propriétaire des lieux de se voir obligé de garder un criminel chez lui, mais il n'avait pas trop eu le choix. Sauf que désormais, alors qu'il observait le dieu de la malice depuis les caméras de surveillance, il ne voyait plus l'homme qui l'avait balancé par la fenêtre du dernier étage sans une once de pitié. Il ne voyait qu'un être déstabilisé, une âme en perdition, un individu regrettant profondément ses actes.

Tony songea alors à tout ce que Thor avait eu l'occasion de leur raconter au sujet de son frère adoptif avant que ce dernier ne parte en vrille, qu'il découvre quelle était sa véritable nature. Autrefois, c'était quelqu'un d'assez calme et discret, voire réservé qui cherchait à tout prix à éviter les conflits, quels qu'ils soient, ce qui ne coïncidait pas avec l'homme emprisonné en ce moment dans le quartier général des Avengers. Il était davantage un diplomate qu'un guerrier comme l'asgardien à la chevelure blonde et détestait se mêler des affaires des autres, préférant largement rester dans son coin avec un livre au lieu d'aller aux séances d'entrainement que privilégiait son frère.

Tony continua d'observer le dieu en silence se demandant comme quelqu'un de tel que Loki avait pu basculer à ce point dans un côté qui ne lui correspondait absolument pas. Il ne comprenait pas comment un homme pouvait changer de la sorte. Qu'est-ce qui l'avait réellement poussé à attaquer New-York, alors que les autres peuples de l'Yggdrasil ne s'étaient jusque-là pas spécialement intéressés à la Terre ? Pourquoi avait-il lancé une attaque en sachant que les compagnons d'armes de son frère seraient là pour le ralentir et le stopper ? Pourquoi ? tant de questions se bousculaient dans la tête de Tony, mais aucune ne trouva de réponse avant qu'il ne prête attention au regard de son prisonnier.

Ce n'était plus le même que lors de leur affrontement. Il avait drastiquement changé, et Tony pouvait lire de la peur mêlée à de la honte dans les yeux bleus du jotün, ce qui n'avait absolument rien à voir avec la haine et la colère auxquelles il avait eu droit un peu plus tôt dans la journée. Il demanda donc à Jarvis de passer quelques enregistrements de la bataille, commençant à avoir quelques doutes qu'il espérait, au fond, bien fondés. Et après une bonne demi-heure de visionnage et décorticage minutieux, il comprit enfin ce qui n'allait pas. Cela allait de la posture de Loki à sa gestuelle, en passant par ses mots ou ses regards. Rien ne coïncidait avec l'être enfermé à deux pas de lui, pour la simple et unique raison qu'il n'avait pas été maitre de ses actes, mais qu'on l'y avait forcé, certainement en le manipulant.

Tony ne détenait aucune preuve, mais il n'en avait rien à faire. Il savait ce qu'il voyait, tout comme il savait qu'il n'était pas fou. Il ignorait simplement comment aborder ce sujet avec les autres. Les croiraient-ils seulement ? Ou le traiteraient-ils de cinglés, en affirmant qu'il avait dû prendre un sacré coup sur la tête durant le combat pour sortir des inepties pareilles ? Il n'en avait pas la moindre idée, mais ce qu'il redoutait le plus était la réaction de Thor. Comme l'asgardien réagirait-il lorsque l'inventeur lui annoncerait que quelque chose -ou quelqu'un- s'était immiscé dans la tête de son frère pour en faire ce qu'il voulait ? Ne risquerait-il pas d'entrer dans une colère monstre et de retourner tout l'univers pour traquer ce qui -oui celui qui- avait osé toucher à ne serait-ce qu'un seul cheveu de Loki ? Probablement, vu la façon dont Thor le regardait, malgré ses actes réprimandables.

Tony soupira et se pinça l'arête du nez, ne sachant que faire dans l'immédiat. Prévenir les Avengers, contacter Fury pour lui faire par de son énorme doute -découverte- ou bien tout garder pour lui pour le moment, le temps d'éclaircir les choses une bonne fois pour toute, sans en toucher le moindre mot à personne, mis à part Jarvis, qui saurait conserver son secret ? Trop de possibilités, mais il fit rapidement le choix de se taire, préférant découvrir lui-même la vérité. Il se reconcentra alors sur les écrans des caméras de surveillance braquées sur Loki t soupira une seconde fois en voyant l'état de détresse dans lequel semblait être le détenu, qui avait le comportement typique d'un claustrophobe au bord d'un crise de panique.

Sans trop réfléchir, il s'empara de sa tablette et se rendit dans la pièce voisine, où se trouvait justement Loki. Celui-ci se leva brusquement en se rendant compte qu'il avait de la visite. Il demeurât immobile, scrutant l'inventeur de la tête aux pieds, se demander quel tour il comptait lui jouer avant de se moquer de lui et de le laisser pourrir dans cette pièce sans jamais le laisser revoir la lumière du jour, et subitement, un vent de panique s'empara de lui, et il peina à le cacher.

–Je vous apporte quelque chose, déclara calmement Tony en lui montrant la tablette qu'il tenait entre ses mains crispées. Je me suis dit que vous deviez vous ennuyez ici en attendant que votre père se décide à vous rapatrier chez vous, alors j'ai pensée qu'une petite séance de cinéma ne pourrait pas vous faire de mal…

–De… Excusez-moi ?

–Ne vous excusez pas, répliqua Tony en lui donnant la tablette, que Loki hésitant d'abord à prendre, mais qu'il finit par accepter poliment. Vous voyez, vous appuyez sur le bouton juste-là, et vous pouvez choisir le film que vous voulez. Et si jamais vous avez besoin de quelque chose, dites-le et je l'entendrai, poursuivit-il en montrant brièvement la caméra qui le filmait non-stop, avant de faire demi-tour, prêt à retourner à ses occupations.

–Stark !

Tony s'arrêta et tourna les talons pour faire face à Loki qui, désemparé, ne sut d'abord comment réagir face à tant d'attention envers lui, surtout après tout ce qu'il s'était produit en ville à cause de lui de son incapacité à bloquer son esprit à ceux qui cherchaient à le manipuler et à en faire tout ce qu'ils voulaient. Il considéra d'abord l'écran avec curiosité, puis après de très longues secondes, il leva enfin les yeux vers le propriétaire des lieux, qui attendait patiemment qu'il s'exprime.

–… Resteriez-vous avez moi, Tony ? demanda-t-il très poliment d'un ton princier que l'inventeur ne l'avait jamais entendu utiliser auparavant avec lui, mais qui trouvait que cette fois-ci, cela lui correspondait. Je ne suis pas certain de tout comprendre.

–Hum… je… C'est-à-dire que j'avais… commença Tony, mais en voyant l'air qu'affichait Loki, il ne put tout simplement pas résister. Après tout, pourquoi pas. Auriez-vous des préférences quelconques ?

–… quelque chose de calme, finit-il par dire, et au bout de quelques secondes, cela les fit tous les deux rires, à cause de toute l'action à laquelle ils avaient eu droit dernièrement. De très calme, précisa-t-il une fois calmé.

–Ainsi soit-il, enchaina Tony en s'asseyant aux côtés du dieu de la malice, qui le regardait désormais avec une certaine reconnaissance, ayant été à mille lieu de s'imaginer qu'une personne qu'il avait cherché à tuer se montrerait aussi patiente et amicale avec lui, mais cela lui fit un bien fou et pendant un instant, il n'eut plus l'impression d'être prisonnier ; il se sentait plus libre que jamais.