Hello people !
en ont peut-être déjà entendu parler, mais suite à la mort prématurée de l'ancien forum francophone de KH Geôlier de FR, un tout nouveau forum est en ce moment même en chantier ! Ça s'appellera L'Éclaireuse et ça sortira dans pas trop longtemps (en 2020 en tout cas), ouvrez les yeux !
Cette histoire est mon cadeau du Secret Santa organisé cette année par Yuléo, et ma victime attitrée était donc … Leptitloir ! Loir, voici ton cadeau. La première partie de ton cadeau.
Comme beaucoup trop de textes, ça s'est rallongé et c'est pas exactement fini donc … ce sera divisé en cinq parties normalement, qui feront toutes entre 3k et 4k mots, et que je posterai une à deux fois par semaine.
Le titre vient de ma fatigue et d'une déformation de l'expression « Élève des corbeaux et ils te mangeront les yeux ».
Voici le début !
Bonne lecture !
Élève le loup et ses yeux te mangeront
Partie 1 : Golden Years
(Petit Loup)
Les loups fonctionnent en meute, ils ont une organisation sociale complexe et se distribuent les rôles parmi les catégories Alpha, les dominants, Bêta, les seconds pouvant servir ou chercher la domination, et les Oméga, dont le sacrifice sert à résoudre les conflits. C'est ce que Demyx a appris à l'école aujourd'hui. Il ne sait pas trop ce qu'il en pense. Ça lui rappelle quand sa mère crie sur son frère, qu'il essaie d'intervenir et qu'il finit lui par se faire crier dessus, alors qu'il n'a rien fait, et ça ne lui plaît pas trop. Et puis, ça le questionne aussi un peu.
« Bouh ! »
Demyx sursaute, si fort qu'il tombe par terre, les fesses dans la poussière du chemin. Cette fois, sa mère aura bien une raison de crier – même si ce n'est pas de sa faute qu'il est tombé, mais de la faute du petit qui se marre, descendant de la branche d'un arbre dans un bond assuré.
« Je t'ai fait peur, peut-être ? »
Demyx bougonne et se relève, époussetant son pantalon comme il peut. Il n'a pas du tout envie de rentrer chez lui maintenant – déjà qu'il n'avait pas envie d'y rentrer avant, maintenant c'est pire. Il fronce les sourcils et regarde l'autre petit avec les sourcils très froncés, aussi froncés qu'il peut. L'autre mérité bien qu'il lui crie dessus, mais sitôt ouvre-t-il la bouche pour crier, s'indigner à juste titre qu'il fond en larmes, submergé par la violence de tout ce qu'il ne dit pas. L'autre se marre de plus belle, Demyx pleure de plus belle, ça dure un long moment comme ça avant que l'autre arrête de rire et le regarde comme on regarde une bête étrange.
« Nan mais ça va tu t'es pas vraiment fait mal. »
Ce n'est pas une question mais ça en a un peu l'air. À travers ses larmes Demyx ne voit pas trop, mais il lui semble que l'autre est agité, qu'il va d'un pied sur l'autre sans rien se décider. Finalement, il sent qu'on lui bouscule l'épaule, assez pour le faire reculer mais pas au point de tomber.
« Allez je rigole. »
Demyx a oublié pourquoi il avait commencé à pleurer. Mais il n'arrive pas à arrêter pour autant : il pleure, il pleure, il ne pensait pas que son si petit corps puisse contenir autant de larmes. Un truc mou, chaud et humide remonte le long de sa joue. Il se recule, surpris, regarde l'autre petit. Il est très certain qu'il vient de lui lécher la joue. Il le regarde de ses yeux sauvages, toujours emplis de cette méfiance qui lui est propre, cette attitude jamais totalement relâchée.
« Ma Maman faisait ça quand j'étais bébé et que je pleurais trop. »
Il dit ça d'un trait, presque comme une pique, une agression. Il ne supporterait pas, visiblement, que Demyx y redise quoi que ce soit, mais Demyx n'a rien à y redire. Il trouve ça bizarre, mais bizarre d'un sens tellement bizarre que le choc a remplacé le chagrin, et il réalise d'un coup qu'il a arrêté de pleurer. Et le constat le fait rire.
« Te moque pas ! »
L'autre petit grogne, et Demyx tend la main devant lui en signe d'innocence.
« Je, articule-t-il difficilement, je me … moque … pas ! »
Il pouffe pourtant encore, et les yeux méfiants le scrutent jusqu'à ce qu'il se calme.
« T'en un drôle de numéro, toi, pour un petit d'homme.
— Pourquoi ?
— T'es un peu bizarre. »
Demyx hausse les épaules. Oui, on lui a déjà dit. Mais qu'est-ce qu'il y peut ? Tant que ça ne l'handicape pas dans la vie de tous les jours, ça devrait aller. Non ? C'est ce que dit son frère en tout cas – mais sa mère n'est pas vraiment d'accord.
« Toi aussi, t'es un peu bizarre, pour un petit loup.
— D'abord je suis pas petit. »
Très fier, le petit se redresse, et se poste juste à côté de Demyx. Ses cheveux noirs, qui poussent en pics aigus et emmêlés du sommet de son crâne, dépassent la tignasse lisse et tombante du petit d'homme. Demyx y pose la main, pour l'aplatir.
« On fait la même taille.
— Nan.
— Si.
— Nan.
— Si !
— Nan !
— Si ! »
Soudain, la patte du noiraud vire la main de Demyx et il se recule, grogne.
« J'ai dit qu'on n'est pas la même taille, alors on n'est pas la même taille ! Et je suis pas bizarre, c'est toi qu'es bizarre, c'est moi qui l'ai dit !
— Nan, c'est toi !
— Nan, toi ! »
Le ton grimpe vite et Demyx se sent encore l'envie de pleurer. Ses yeux lui piquent, mais alors que les larmes commencent à s'accumuler dans ses yeux, il se demande si l'autre lui léchera encore la joue. La pensée le déconnecte totalement, et il oublie de pleurer. L'autre est encore en train de s'énerver tout seul, et c'est un peu pitoyable, pense Demyx, maintenant beaucoup plus calme. Un peu mignon aussi. Mais il se doute qu'il ne devrait pas le dire.
« T'es un loup, dis ? »
Il ne ressemble pas trop à un loup. En fait il ressemble à un humain, sauf que ses ongles sont noirs et durs et épais – Demyx a déjà été griffé – et qu'il a une longue queue touffue. Ses oreilles aussi sont un peu étranges, longues, pointues et fines, presque sans cartilage, recouvertes de duvet.
« Ben oui.
— Mais du coup t'es quoi ?
— Ben un loup.
— Nan mais t'es un alpha ? Ou un bêta ? Ou un oméga ? Et elle est où ta meute ?
— Ts. Moi j'ai pas de meute.
— Mais les loups ils vivent en meute !
— Mais je ne suis pas comme tout le monde. Je suis un loup solitaire. »
Le petit loup dit ça avec un air de mystère qui suffit à impressionner Demyx. Il hésite à courir à la bibliothèque pour regarder dans les encyclopédies ce qu'on dit des « loups solitaires ». C'est très titillant tout à coup. Il note le mot dans un coin de sa tête en regardant ses pieds, balançant son poids d'avant en arrière. Il a l'impression qu'il retient mieux quand il fait ça.
« Et c'est comment qu'on reconnaît un loup solitaire ? T'avais une meute avant ? »
N'entendant pas de réponse, Demyx relève la tête de ses baskets – une très belle paire de baskets, roses avec des rayures bleu clair et des lacets blancs – pour voir que le petit de loup a disparu. Zut. Il avait encore des questions à lui poser. Avec un soupir, il se résout à rentrer chez lui. S'il rentre plus tard que ça, sa mère criera encore plus fort.
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« Grands Dieux, venez en aide à cet enfant.
— Eh !
— On t'entend depuis l'autre bout de la forêt. C'est quoi ce carnage ? »
Demyx bougonne. Il s'est déjà fait virer de la maison à cause du bruit, alors il est venu ici pour ne déranger personne. Pas du tout parce qu'il voulait revoir l'autre. Ou si, peut-être un peu.
« Je fais de la guitare ! »
C'est ce qu'il dit, ce qu'il dit depuis deux mois. Sa mère a été patiente jusque là, mais peu importe le nombre d'heures qu'il y passe chaque jour, il ne se sent pas progresser.
« Pour quoi ?
— Parce que c'est classe. Et puis David Bowie en fait.
— David qui ? Nan, en fait ne réponds pas, ça ne m'intéresse pas. »
Demyx roule des yeux, rit un peu de l'attitude qu'il connaît bien. Le petit de loup n'a jamais vraiment changé. Il a grandi, à l'exact même rythme que Demyx. Ils ont grandi. Ils se croisent plusieurs fois par semaine, souvent sur le chemin que Demyx prend pour aller à l'école. L'année prochaine il entrera au collège et il prendra un chemin différent. Il ne l'a pas dit à l'autre, il n'ose pas vraiment. Il n'a pas non plus très envie d'aller au collège. Ce sera encore plus grand que son école, apparemment, et il devra y aller en bus. Il n'aime pas trop le bus et les gens ne l'aiment pas trop. Il est toujours trop lent, toujours un peu à côté de la plaque. Les autres disent qu'il est bête. Il préférerait rester dans la forêt. Au moins, personne n'a de montre ici. Il place ses doigts sur les cordes et les frotte d'un coup brusque.
« Quelle horreur.
– Eh ! Comme si tu pouvais faire mieux ! »
D'un geste souple, le loup montre sa patte à Demyx, une patte qui ressemble tout à fait à une main aux doigts exagérément longs, mais avec des griffes brunes, et puis couvertes de poussière, de terre et du vert qu'on gagne à se frotter les mains dans l'herbe.
« Je ne peux pas. Mais toi, tu peux faire mieux que ça. Là c'est juste mauvais.
— Gnagnagna. »
Demyx n'aime pas se fâcher. Du tout du tout. Déjà qu'il a peur quand les autres se fâchent, quand c'est lui-même, c'est pire. Il a l'impression de se noyer dans sa colère. Alors il cherche le positif. Dans le fond, peut-être que le petit de loup essaie de l'encourager. Il repositionne ses doigts. La douleur des premiers jours est partie, mais il ne lui semble pas avoir gagné en habileté. Il essaie un accord, puis un autre, puis encore un autre, recommence inlassablement. De sa vie, il n'a jamais été si obstiné. Le temps passe trop vite et bientôt, il fait nuit. Il songe qu'il doit rentrer, et voit du coin de l'œil le petit de loup qui dort. Alors il n'est pas parti. De savoir ça, Demyx, ça lui fait bêtement du bien.
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« J'en ai marre ! J'avance pas ! »
Un petit rire retentit. Juché sur une branche d'arbre avec la grâce qu'il a travaillée toute sa vie, le petit de loup regarde Demyx. C'est déjà la mi-juillet, et Demyx a passé tout le début de ses vacances scolaires dans la forêt. Parfois le loup était là, parfois pas. Parfois ils parlaient, parfois pas. Quelque chose d'un peu instable mais qui tient bon malgré tout. Demyx ne croit pas avoir jamais passé autant de temps avec quelqu'un, à part peut-être son frère, quand il le suivait partout. Cette époque est révolue malgré eux, maintenant que son frère est en quatrième et qu'il enchaîne les amoureuses comme il enchaînait les chocolats. Et puis Demyx a la guitare, et ça lui prend du temps.
« Bien sûr que tu avances. C'est juste que tu le vois pas.
— Ah bon ? Attends, je rêve ou tu viens de me faire un compliment ?
— C'est pas un compliment c'est un constat. Je fais pas de compliment.
— Pourquoi ?
— Je sais pas. Ça sert à rien.
— Ça sert à se sentir mieux.
— C'est pas vraiment une utilité ça, si ? »
Demyx hausse les sourcils. Avec le petit de loup, il n'a jamais échangé de banalités. Il ne lui a jamais demandé comment il allait. Il ne lui a jamais demandé son prénom – enfin, il a essayé, une fois, mais l'autre a juste grogné et ne lui a pas retourné la question.
« C'est utile de se sentir mieux. Ça fait vivre plus longtemps. Et puis c'est bien d'aller bien. »
Des connexions se font et se défont très vite dans le cerveau de Demyx, et finalement il les met en pause avant qu'elles ne prennent toute la place. Il pose la guitare par terre et s'allonge, poussant un soupir extravagant. Il entend le petit rire de l'autre.
« Quoi ?
— Rien. Rien. »
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« C'est quoi ça ? »
Le petit loup plisse les yeux en regardant les joues de Demyx. Le gamin ne sursaute pas, il a un peu l'habitude maintenant. Il a eu dix ans aujourd'hui, il aime bien. On lui a offert plein de choses, du parfum Lulu Castagnette qui sent le bonbon à la fraise, des médiators brillants et puis du vernis à ongles bleu électrique – mais sa mère a dit qu'il ne devrait pas en mettre à l'école avant d'être au moins en troisième, et ça lui semble très très loin. Si ça se trouve, quand il sera en troisième il n'aimera plus le vernis à ongles. Il pose le doigt sur sa joue, et sur la peau reste une poudre blanchâtre qui reflète le soleil.
« C'est des paillettes. »
Le loup s'approche, d'un coup il est tout près et il renifle la joue avant de reculer d'un bond. Demyx reste immobile, détendu. C'est drôle. Il a du mal, un peu, avec la proximité. Mais pas ici. Il a, disons, confiance en l'autre. Quelque chose comme ça.
« J'aime pas.
— Eh beh moi j'aime bien ! »
Demyx bougonne, puis reprend son sourire. Il se sent bien là. L'inexplicable lourdeur qu'il sentait dans son jardin est partie.
« Dis … T'as quel âge ? »
Le petit loup penche la tête sur le côté, puis vient se coucher au sol, pas loin de là où Demyx s'est assis.
« Secret.
— Allez ! Dis ! Comme cadeau d'anniversaire ? J'ai dix ans aujourd'hui. C'est beaucoup dix ans.
— Hm … J'avais un autre cadeau pour toi. Je ne peux pas t'en donner deux.
— Pourquoi ? Si tu me dis ton anniversaire, je te ferai deux cadeaux. »
Le petit loup semble hésiter. Il penche la tête à droite et à gauche, bâille. Demyx insiste.
« Et puis toi, tu connais mon âge, je te l'ai dit. C'est pas très juste.
— Soit. J'ai neuf ans. J'aurai dix ans le neuf septembre.
— Oh ! On a le même âge alors ! Mais … »
Demyx fronce les sourcils, attrape son sac et en sort un gros livre illustré, cadeau de sa grand-mère, qu'il ouvre et feuillette jusqu'à retrouver la page qu'il a lue plus tôt.
« Est-ce que ça veut dire que tu vas bientôt mourir ?
— Quoi ? »
Le petit loup hausse les sourcils très hauts, ça fait bouger ton son crâne. Il se redresse même un peu.
« Ben, dans le livre, y a écrit que les loups vivent entre cinq et six ans dans la nature, et jusqu'à treize ans. Ça veut dire que tu devrais déjà être mort, non ? Ou que tu vas bientôt mourir ? »
Il y a quelque chose, comme un mélange bizarre de curiosité simple et de tristesse. Demyx ne veut pas perdre le sanctuaire que représente cet endroit, cette personne.
« Non. Pas du tout. Je suis un loup, disons, spécial. Je ne mourrai pas si jeune, regarde, je n'ai pas du tout ma taille adulte. »
Demyx l'examine et ne se rend pas bien compte. Il a l'impression que le loup fait à peu près sa taille, encore, mais il n'a pas la moindre idée de ce que devrait être sa taille adulte.
« Mais alors tu vas vivre longtemps ?
— Aussi longtemps que toi.
— Oh ! Alors il faudra que je vive très longtemps ! »
Demyx opine trois fois du chef pour affermir sa décision. Maintenant il mangera des légumes, et il fera du sport, et il restera en bonne santé. Pour que l'autre reste en vie très longtemps. Le loup ricane dans son coin, gratte la terre de ses griffes avant de se lever.
« Ton deuxième cadeau. V.
— V ? C'est pas un cadeau, c'est une lettre.
— C'est ça. Une lettre. Tu en auras une tous les ans, jusqu'à tes dix-sept ans. À la fin, tu auras un mot.
— Quoi comme mot ? Voiture ? Voisins ? Visage ? Une lettre par an, c'est tout ?
— C'est tout. Je vais –
— Attends. J'ai appris le début d'un morceau. Je voulais te faire écouter. »
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C'est septembre déjà, et Demyx a enfilé une veste. Il est tôt le matin, mais il n'a pas vraiment le choix. Il ne se lève jamais comme ça, c'est la première fois de sa vie qu'il met un réveil. Il s'est levé à cinq heures, quand toute la maison encore dormait. Il y avait du silence partout, et les volets étaient fermés. Il a bien aimé. Ce moment de calme. D'habitude, quand il se réveille tout est déjà commencé : il y a du café qui coule et sa mère qui ramasse des papiers et son frère qui vide le lave-vaisselle. Du bruit, de la lumière, des courants d'airs. Il a pris un carré de chocolat pour se débarrasser du goût âpre dans sa bouche et il a emporté dans son sac, au cas où, une barre de céréales et une petite brique de lait à la fraise. Dans son sac, aussi, il y a un paquet joliment emballé.
Il est presque six heures, sa mère se réveillera vers six heures trente, ira le chercher dans son lit dès sept heures. Il faut qu'il fasse vite. Il est au centre de la forêt et il n'entend pas un bruit. La chouette s'est endormie et les oiseaux semblent avoir fui vers un autre bois. Ses pas font crisser les premières feuilles mortes – déjà le début de l'automne.
« Hé ! Petit loup ! Hé ! »
Aucune réponse. Il frotte ses mains. Il fait peut-être chaud dans la journée mais les nuits sont fraîches, et les matins plus encore. Le sommeil lui engourdit tout le corps. Il regarde le réveil à piles qu'il a emporté avec lui, l'éclaire de sa lampe de poche. Six heures pile. D'ici une dizaine de minutes, il pense, il faudra qu'il fasse demi-tour pour éviter que sa mère ne remarque son absence. Il ne voit pas très bien, alors il se cogne partout comme il avance, appelant toujours :
« Petit loup ! T'es où ? »
Mais rien ne lui répond, si bien qu'il finit par s'arrêter d'avancer. Maintenant il a mal aux jambes et il a encore plus froid. Son pantalon de pyjama a été mouillée par la rosée qui perlait sur les ronces, ses chaussons sont si trempés qu'il ferait mieux de les retirer et puis ses cheveux ont récolté des mousses et des éclats de branches sur leur passage. Décidé à bouder, il s'assied exactement où il est avant de réaliser son erreur. Maintenant, ses fesses aussi sont gelées. Luttant contre le désespoir, il sort la barre de céréales de son sac et l'ouvre dans un bruit distinctif de plastique-aluminium avant d'en croquer une bouchée. Le chocolat et le sucre se dispersent instantanément dans sa bouche et il ferme les yeux un instant.
« Demyx ? Demyx ? »
Il rouvre les yeux, et il voit que le soleil s'est levé. Le petit loup le regarde, debout à deux mètres de distance.
« Tu ne devrais pas venir ici si tôt.
— J'étais venu pour ton anniversaire ! Je t'ai apporté un cadeau. Même, deux cadeaux.
— Heureusement que tu as deux cadeaux. C'est ce que tu avais promis.
— Et je tiens mes promesses !
— Tu as intérêt. Pour un loup, rien n'est plus important que ça. »
Demyx le regarde d'un air de défi avant de sortir le paquet emballé et de le tendre à l'autre.
« Une boîte colorée ? Qu'est-ce que c'est ?
— Ben il faut l'ouvrir.
— Ah. »
Le petit loup grimace, grogne comme pour cacher sa gêne et déchire le papier cadeau. En-dessous, un carnet avec des feuilles blanches, sur la couverture duquel une photographie d'un humain est collée.
« C'est quoi ça ?
— C'est un cahier pour dessiner ! »
Le loup fronce les sourcils d'un coup, pose violemment l'objet par terre.
« Mais qu'est-ce que je vais en faire ? Qu'est-ce que tu crois ?
— Je savais pas ce que tu aimais, et je me suis dit qu'au moins tu pourrais en faire ce que tu voulais. Ça peut servir pour dessiner, mais aussi pour écrire, ou, euh, pour faire des listes de courses, ou pour allumer un feu ! Et en plus sur la couverture c'est David Bowie !
— David qui ?
— Mais si, je t'en ai déjà parlé, David Bowie, il –
— Et mon deuxième cadeau ? »
Demyx baisse la tête. Il aurait voulu au moins un merci, ou plutôt, il aurait au moins voulu que ce cadeau plaise un peu à son récipiendaire, puisque le deuxième cadeau est plus un saut dans le vide qu'autre chose.
« T'aimes pas celui-là ? »
Le loup hausse les épaules.
« Je sais pas. C'est quoi le deuxième ? »
Demyx décide de laisser tomber pour le premier cadeau. Et puis au pire, si ça ne plaît pas au petit loup, il trouvera autre chose. Il lui fera quelque chose d'encore mieux pour Noël. Voilà, voilà, Noël c'est dans pas si longtemps et pourtant c'est assez de temps pour qu'il puisse bien y réfléchir.
« C'est une chanson ! »
Le petit loup hausse un sourcil. Attend. Demyx sort sa guitare, s'éclaircit la gorge. Il gratte deux accords, puis un troisième. Ce sont les trois seuls qu'il maîtrise presque, et encore il a du mal avec le sol, mais il s'est découvert des facilités pour le rythme alors il espère que ça ira. Il commence à chanter.
« J'ai un ami qui n'a pas de nom,
Ma Maman m'a dit « Fais-toi une raison,
Tu as grandi, il doit disparaître,
Et en vérité je dois bien t'admettre
Que tous les loups d'ici ont été chassés,
Il y a des siècles, ils ont disparu. »
Mais je crois qu'elle ment, car moi je l'ai vu,
Mon ami le loup qui vit dans la forêt. »
Demyx redresse la tête, et le petit loup ne dit rien. Il tire la grimace, mais une grimace vraiment bizarre, qu'il s'empresse d'enfouir dans son épaule. Il bat des pattes arrière contre le sol, secoue la tête et Demyx range sa guitare d'un air piteux. Il entend la voix de l'autre, qui marmonne, mais ne distingue pas les mots.
« Tu as dit quoi ?
— Rien. »
Le petit loup disparaît, derrière un arbre. Demyx se relève, cherche à identifier le pourquoi de ce comportement.
« Si, j'ai entendu, tu as dit quelque chose. Tu as dit quoi ?
— J'ai dit, rien.
— Me mens pas ! C'est nul de mentir !
— J'ai dit … J'ai dit … Nan, c'est trop embarrassant, j'ai rien dit du tout !
— Allez, allez. Je le répéterai pas. Et je me moquerai pas. »
La tête du loup sort de derrière l'arbre. Demyx le regarde en souriant. Les yeux jaunes se plissent de méfiance.
« Tu le promets ?
— Je te promets ? »
La tête du loup disparaît à nouveau dans sa cachette, mais Demyx sourit toujours. Embarrassé, alors, c'est ça ce mot. Il regrette juste de ne pas voir le visage de l'autre quand il demande :
« On est amis ?
— Ben oui. Et puisque Kairi a déménagé, en fait t'es même mon meilleur ami. »
La tête sort un instant, se cache à nouveau brusquement et répète plusieurs fois ce manège avant que le loup ne dise :
« D'accord. »
Pas merci, rien. Mais Demyx est certain qu'il est content. Disons qu'il le sent.
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Voilà, du coup, pour cette première partie !
La seconde partie est, grâce à Dieu, déjà écrite et donc je la posterai d'ici quelques jour, en fonction de mon avancement dans l'écriture … hm.
J'ai hâte de savoir ce que vous en avez pensé !
À très vite !
