Siméon ouvrit lentement sa paupière droite et dut la refermer presque immédiatement à cause du niveau de luminosité qui blessait sa rétine. Quelque part dans sa tête résonnait une petite voix qui tentait de l'alerter à propos de quelque chose de grave qui s'était produit – mais quoi ?
Le jeune homme inspecta mentalement l'état de son corps, l'œil droit toujours clos : il n'avait mal nulle part, ses organes semblaient fonctionner normalement… c'était déjà ça de gagné ! Il ne tenta pourtant pas de bouger – pas avant d'avoir déterminé avec précision l'endroit où il se trouvait. Il se plongea dans ses pensées pour une introspection mentale.
Ses souvenirs étaient confus. Il détestait se trouver ainsi dans le flou. Il allait falloir qu'il récupère très vite !
Mais… de quoi devait-il récupérer, déjà ? C'était tout embrouillé dans son esprit… Il avait l'impression d'avoir frôlé la mort, mais tout en étant inconsciemment persuadé que sa situation était bien plus grave. Que s'était-il passé ?
Il rouvrit son œil, laborieusement, et le garda obstinément ouvert malgré la douleur : la luminosité n'était pas suffisante pour causer des lésions permanentes, seulement inconfortable. Dès que la tache résiduelle due à la persistance rétinienne eut disparu, il balaya son environnement du regard, espérant trouver des indices utiles pour lui permettre de comprendre…
Une grotte… Il se trouvait dans une grotte qui puait l'acide nitrique, et seul un filet ténu de lumière lui parvenait par une étroite ouverture quelque part à sa gauche, hors de son champ de vision.
Ce fut à ce moment là que tout lui revint…
Une sorte de fébrilité migraineuse s'empara de lui et il referma brusquement son œil, terrifié. Tout défilait dans sa tête à une vitesse vertigineuse… une journée normale dans sa prépa, au labo de chimie… puis un flash vert, aveuglant… enfin la sensation d'engourdissement, suivie de l'incapacité de bouger… sûrement la même sensation qu'avaient dû ressentir les hirondelles, quelques jours plus tôt !
Quelques jours… à moins que ce ne soient quelques années, à présent ? Que disait-il, plutôt quelques siècles, quelques millénaires !
Siméon rouvrit son œil et le fixa avec détermination quelque part au-dessus de lui : cette grotte n'avait aucun milliard de pourcent de chance de se trouver en région parisienne à son époque. A moins qu'il n'ait été transporté par le mystérieux « pétrificateur » - chose qui restait envisageable – il avait dû s'écouler au minimum un millénaire pour que le bâtiment dans lequel il s'était trouvé avant de perdre connaissance ait totalement disparu.
Il secoua mentalement la tête, trouvant l'idée absurde : mille ans ! N'était-il pas plus probable qu'il s'était fait kidnapper et emprisonner dans cet endroit glauque ?
La preuve du contraire vint d'elle-même lorsqu'il sentit quelque chose craquer au niveau de son avant-bras : une sorte de fine couche de pierre, qui l'avait empêché de bouger jusque là. Il contracta ses muscles et entendit un nouveau craquement, plus intense. Quel kidnappeur aurait-il pris la peine de mettre en place une telle mise en scène ?
Non, ce qui lui était arrivé n'était pas d'origine humaine. Comme il s'en était douté depuis le début, il avait été pétrifié.
Pendant plus de mille ans.
