Bonsoir à toutes et à tous.
Cela faisait un moment que j'en parlais, et je me jette enfin à l'eau pour publier le prologue de la grande fiction que j'espérais écrire un jour. En voici donc les débuts, et si je suis très nerveuse, je suis également très heureuse de pouvoir enfin commencer à la dévoiler! Cela fait des années que je gribouille à droite et à gauche ce que je veux voir devenir une histoire bien construite... Nous y voilà!
Cette fiction va me permettre, je l'espère, de développer enfin proprement mon HeadCanon, que ce soit au niveau des personnages, des événements ou des évolutions, etc. Il y aura certainement, pour celles et ceux qui me lisent depuis un moment, beaucoup de terrain connu. Après tout, cela fait sept ans et des poussières que j'arpente le fandom, j'ai donc écrit et réfléchi pas mal de choses, mais je voulais depuis longtemps mettre tout cela à plat, dans un ensemble que j'espère cohérent, plutôt que de vous faire une sorte de Saharu-Fanfic-Universe d'un texte à l'autre. (Cela commençait à se sentir pas mal!) Il y aura également, je le souhaite, des surprises, et des explications plus approfondies sur des sujets que je n'ai fait qu'effleurer jusqu'à présent.
Quelques précisions utiles:
-J'ai choisi d'exclure Soul of Gold (même si j'ai passé un bon moment fangirl devant!), Legend of Sanctuary, et Next Dimension. (Les autres sources, je ne les ai pas lues/visionnées, donc je ne pouvais pas m'en servir.) Néanmoins, il y aura certainement des allusions à Lost Canvas. J'ai une relation un peu compliquée avec, car certaines choses me dérangent pas mal, mais il y a, comme dans toutes les productions autour de Saint Seiya, de très bons apports auxquels je ferais potentiellement référence.
-Il est fort probable que je change l'âge des Chevaliers pour certains événements ou l'ascension à leur titre, pour des raisons de... bah de préserver un peu mon coeur et mon âme.
-Si certains éléments ne sont pas clairs, je me ferais un plaisir de vous les expliquer en MP, il ne faut pas hésiter à me poquer!
-Je remercie, de tout coeur, Talim76 pour sa relecture de ce prologue, mais surtout son soutien constant cette année, parce que les dieux à quel point je la bassine depuis longtemps avec cette histoire. Merci, merci, merci.
Disclaimer: Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada.
Rating: M.
Titre: Encyclie.
Nom du phénomène donné aux cercles se formant à la surface de l'eau lorsqu'un objet y est plongé. Un mot que j'adore, tant pour sa signification que pour son écriture.
Prologue
Un deuil constant. C'était ce à quoi ces lieux lui faisaient penser, dernièrement.
Les premières semaines avaient été couvertes du voile du bonheur, bien évidemment. Qu'on leur ait rendu ce qu'ils avaient si amèrement perdu deux ans plus tôt était une joie simple, à laquelle ils n'avaient pas cherché d'autre justification qu'un possible rétablissement de l'ordre par le roi des Dieux.
Ce n'était qu'après que la réalité s'était installée, leur renvoyant au visage ce que serait à présent leur quotidien dans le Sanctuaire sacré. Deux ans à prier. Trois pour constater l'amère réalité, et comprendre que les dieux ne cesseraient jamais de tordre les prières des humains pour asséner leur supériorité sur eux.
Prenant une profonde inspiration, Hyôga poussa les portes de l'infirmerie du Sanctuaire, se laissant un instant éblouir par la blancheur absolue des lieux.
Il repéra tout d'abord, au milieu du ballet du personnel de santé, Shun, dans sa tenue de circonstances, ses cheveux noués en une queue de cheval basse alors qu'il prenait le pouls d'un patient. Trop jeune pour être médecin, il avait néanmoins souhaité participer aux soins quotidiens lorsqu'il avait été évident que cet assistanat constant deviendrait leur vie. En parallèle de leurs études reprises comme ils le pouvaient, il avait appris sur place les métiers d'infirmier et d'auxiliaire de santé.
Puisque c'était bien de cela qu'il s'agissait, à présent.
Hyôga apprécia la vision du regard doux, pourtant concentré, dans le soleil matinal. Lorsqu'il s'affairait autour des malades, Shun était totalement imperturbable au reste du monde, peu importait les circonstances. Il donnait son attention au cas par cas, et le semi russe admirait ce dévouement sans failles de la part de son ami, ainsi que sa force de caractère au milieu d'une situation qui les affectait tous profondément. Andromède ne cédait pas à sa peine. Pas devant eux, du moins.
Se détachant du jeune homme, le Cygne donna sa pleine attention à la vérité à laquelle ils se confrontaient chaque matin depuis plusieurs mois :
Des corps. Quatorze, pour être précis.
Des chevaliers alités, incapables de se réveiller. Un coma que ni médicament ni cosmos n'avaient pu ébranler. Des respirateurs, le bruit répétitif des machines autour d'eux, des bassines, des seringues, des perfusions, le mélange des odeurs de médicaments…
Hyôga fût pris d'un léger vertige.
Il aurait dû avoir l'habitude, pourtant. Il avait franchi les portes de ces lieux presque quotidiennement ces dernières années, à l'image de tous les survivants de la dernière Guerre Sainte. Ne pouvant laisser Shun se charger seul du poids de leurs blessés. Quatorze hommes dans cette salle, encore une douzaine dans la salle d'à côté, et dans la dernière…
Seiya.
Revenu dans des circonstances différentes, mais le résultat était sensiblement le même. Il n'y avait pas eu un soupçon de vie dans le regard de leur ami depuis leur retour des Enfers. Seiya existait, mais ne vivait plus vraiment. Malgré les soins, les scans, les prières, les appels, les suppliques et les cosmos affectueux, rien n'avait pu ranimer ce que l'épée d'Hadès avait déchiré. Pourtant, c'était leur devoir que de de rester à ses côtés. De continuer à le veiller, après tous les sacrifices que Pégase avait consenti au cours de sa vie.
Le Cygne soupira, avant de souffler, lentement. Chaque fois qu'il entrait dans l'une des salles dédiées à leurs blessés, une mélancolie mâtinée de tristesse profonde ne cessait de l'engloutir, et clairement, ce n'était pas le moment de se laisser aller à l'un de ses accès de nostalgie. Il se reprit donc, accordant un petit signe de tête à Andromède qui lui rendit, sans pour autant cesser son activité. Occupé à étirer les muscles du bras d'Aiolia, il ne se laissa pas déconcentrer par l'arrivée de son camarade à ses côtés. Hyôga observa le rituel quelques minutes, hypnotisé par l'habileté évidente de son ami.
« Tu es devenu très doué.
—L'habitude, je suppose. J'ai eu beaucoup de chance, Saori a pu les entourer des meilleurs, et ils ont pris le temps de m'enseigner quelques petites choses.
—Je le constate, en effet. »
Les gestes étaient assurés. Une rotation de l'épaule, ramener le bras au-dessus de la tête, plusieurs fois, flexions du poignet… Il avait pratiqué, cela était certain. A ses craintes des premiers temps, et sa peur de causer plus de mal que de bien, avait succédé l'évidente capacité de faire ce qui devait être fait. Shun étira ensuite sa propre nuque, après avoir ramené le bras du Chevalier du Lion à sa place.
« Tu as besoin d'aide ?
—Aiolia peut se reposer, mais je t'attendais pour ton maître.
—Je vais m'en occuper, je suppose que Shiryu est déjà passé ?
—Dohko, Mû et Shura n'en voyaient sûrement pas la fin. »
Un sourire fatigué étira leurs lèvres. Le japonais s'écarta pour laisser le médecin administrer les médicaments quotidiens et les vitamines nécessaires. Les deux jeunes hommes se dirigèrent vers le lit du Onzième gardien. Andromède tapota la perfusion, plus par habitude que par réelle nécessité. Il observa les cheveux du Chevalier, comme un immense nuage carmin sur les draps blancs, et songea qu'il allait bientôt devoir recouper les cheveux des hommes présents. Cela aussi faisait à présent parti de leur quotidien. Rappel douloureux que ces corps vivaient bien, mais ne se ranimaient jamais.
Hyôga regarda une infirmière offrir à Shaka le bénéfice d'une énième piqûre. Comme tous les hommes ramenés il y avait plusieurs années, ses bras étaient striés de marques de seringues, et leurs corps portaient les traces de tous les soins répétitifs qu'ils avaient subi. Les yeux cernés, les lèvres asséchées et les veines apparentes étaient autant de points communs entre eux, également. Heureusement baignés dans le cosmos de leur Déesse, tous les malades avaient pu garder une forme physique relative, et ne pas perdre totalement muscles et hydratation. Athéna tentait de ralentir le cours du temps pour eux, ne perdant pas l'espoir de les voir ouvrir les yeux, et souhaitant atténuer le sacrifice des leurs années.
La voix de Shun le sortit de sa triste contemplation.
« Ikki est venu très tôt, ce matin. »
Hyôga cligna des yeux, avant de reporter son attention sur son ami. Il avait dit ça d'un ton doux, tout en tapotant un linge humide sur les lèvres de Camus.
« Tu dois être soulagé.
— Pour lui, plus que pour moi. »
Il était vrai que, pendant longtemps, Ikki n'avait pas su se confronter à la vision que les Chevaliers offraient. Que ce soient ceux au rang d'Argent qu'ils avaient eux-mêmes assassinés, ou bien leurs supérieurs qui s'étaient sacrifiés… Phénix avait fui avec horreur la vue de leurs pairs en désuétude. Peut-être moins par respect des conventions que par réalisation personnelle de quelque chose de plus profond, dont il n'avait parlé à personne. Depuis toujours, Ikki avait besoin de s'isoler pour panser ses propres blessures. Mais dans leur situation actuelle…
« Je vois.
—Il a souhaité de se charger des Chevaliers des Gémeaux aujourd'hui. Je ne me plains pas, ils sont assez difficiles à manier.
—Notre cosmos nous permet de soulever…
—Shh. »
Hyôga leva un sourcil face à l'index taquin sur ses lèvres.
« Ne lui dis pas. J'apprécie qu'il vienne ici et s'y attèle aussi. C'est important pour lui, pour chacun de nous. C'est le seul moyen d'accepter notre réalité. Et il a passé bien trop de temps à l'ignorer. »
Le semi russe hocha lentement, repoussant lentement les doigts de Shun avant de frotter ses propres mains dans l'espoir illusoire de les réchauffer. Il saisit la jambe droite de son maître, et inspira profondément, cherchant à oublier son attachement personnel, pour se concentrer sur la difficulté de ces gestes afin de les rendre plus détachés et mécaniques. Il ne pouvait tout simplement pas penser au reste maintenant. Il entama les mouvements nécessaires à l'entretien des muscles et des articulations. Son camarade l'observait faire calmement, sans faire le moindre commentaire, se contentant de récupérer le carnet attaché au lit du malade, avant de sortir son enregistreur.
« Patient numéro douze, Camus du Verseau. Pas d'amélioration ou de détérioration. Constantes stables. Température… Trente-cinq degrés Celsius ? »
Ce qui aurait pu être une plaisanterie dans un autre temps fit froncer les sourcils du Chevalier Divin.
« C'est plus haut que sa normale. Tu devrais le noter.
—Quelle est la tienne normalement ?
—Trente-quatre au maximum, trente-deux en général.
—Très bien. Merci, Hyôga.
—Je t'en prie. T'es-tu déjà occupé des Chevaliers d'Argent ? Je peux venir t'aider, si tu le souhaites.
—Marine, Shaina, Jabu et les autres s'en sont chargés, mais je te remercie.
—Seiya…
—J'ai laissé Shiryu avec lui ce matin. Il avait l'air de beaucoup y tenir, je n'ai pas voulu m'interposer.
—Peut-être que lui aussi en a besoin.
—Certainement. »
Shun retira sa blouse, avant de l'accrocher au portant de l'entrée.
« Je vais aller voir Athéna. Si tu veux bien vérifier les constantes de Milo et d'Aldébaran avant de partir ? Les médecins prendront la relève pour le reste.
—Bien sûr.
—Merci, Hyôga. »
Le sourire doux et chaleureux d'Andromède était sans nul doute la plus belle chose qu'il avait vu ces derniers temps. Il s'en abreuva honteusement, jusqu'au moment où Shun quitta les lieux pour de bon, le battant de la porte se refermant sur son odeur boisée. Il reposa alors son regard sur le visage sans expression de son maître, avant de se concentrer de nouveau sur ce qu'il faisait. C'était à son tour de l'aider. Ils avaient tous les quatre une dette envers les Chevaliers alités, et leur temps était une bien maigre compensation à donner.
Il saisit donc le bras strié de cicatrices afin d'entamer les gestes devenus si habituels au fil des années.
On frappait à la porte.
Saori se frotta les yeux, et prit le temps de souffler avant de se reprendre, se redressant dans son siège.
« Entrez. »
Instantanément, un sourire vint fleurir sur ses lèvres. La présence de Shun avait le don d'apaiser les sentiments les plus sombres, et voir ainsi Andromède entrer et déposer sur la table deux tassés de thé fumant avait de quoi la réconforter, malgré ses tourments.
« Je me suis dit que vous en auriez besoin.
—Tu n'as pas idée. Merci, vraiment.
—Je vous en prie.
—Tu as conscience que tu n'as nul besoin d'être aussi formel avec moi ? »
Le regard de jade se posa sur elle un instant.
« Lorsque je vous regarde, je ne sais pas toujours à qui je m'adresse. Et quand bien même vous ne seriez 'que' Saori, je vous dois le respect. C'est ainsi que nous avons été élevés. »
Un ange fort malaisant passa entre eux. Avant qu'un petit rire n'échappât à la Déesse.
« Tu ne laisses rien passer, sous tes airs innocents.
—La vengeance est un plat qui se mange froid, et je n'ai pas les sentiments que d'autres vous portaient. »
Les yeux verts pétillaient, signe clair qu'il n'y avait là aucune animosité, et Athéna sourit tendrement à son chevalier. Elle savoura une gorgée brûlante, prenant une nouvelle inspiration profonde, et observant Shun froncer les sourcils devant les masses de documents s'étendant sur la table.
« Vous avez beaucoup de travail.
—Mon Sanctuaire ne s'est jamais retrouvé sans Grand-Pope.
— Je comprends mieux pourquoi…
— Mes conseillers doivent consacrer leur temps à l'infirmerie et sont au tiers de leur nombre habituel. Mes guerriers sont exsangues, pour ceux qui ne sont pas alités. Cela fait plusieurs années, et je ne parviens pas à rétablir la balance. Je devrais être en train de changer les lois, d'actualiser les registres de mon Sanctuaire, de veiller la Terre, mais au lieu de ça… »
La jeune femme passa les mains sur son visage, en une vaine tentative de montrer la détresse profonde dans laquelle elle se sentait plongée.
« Nous avons besoin d'aide, votre Majesté. »
Shun avait l'air sincèrement peiné. Inquiet, lui aussi, face aux tâches démesurées auxquelles ils faisaient face sans y être préparés. Athéna hocha lentement, faisant tourner la tasse entre ses doigts. Au détour d'un rayon de soleil, le Chevalier vit toute la fatigue qui transpirait de cet être pourtant divin.
« J'en ai demandé. J'espère en obtenir rapidement.
—Qui avez-vous contacté ?
—Le premier de ceux que je devais. »
Shun pencha la tête, incertain quant à cette réponse. Mais elle ne lui laissa pas le temps de s'interroger. Frôlant le registre du bout des doigts, elle murmura :
« J'aurais aimé… »
La Déesse s'interrompit, et il crût voir, dans la pupille habituellement si sûre, une tristesse si profonde qu'elle lui retourna le ventre.
« J'aurais aimé apprendre de mes hommes, avant de les sacrifier.»
Il se trouva dans l'incapacité de lui répondre. Lui-même aurait aimé avoir plus de temps auprès de ses aînés et de ses pairs. Il avait le sentiment d'avoir passé une année à courir sans arrêt, à tuer malgré ses serments sans jamais pouvoir s'arrêter pour réellement rencontrer ceux qui l'entouraient. Il n'avait pas eu assez de temps auprès de Shaka pour porter son armure, et espérait chaque jour le réveil de ses pairs. Il ne voulait pas devenir un Chevalier d'Or, il n'en sentait ni l'appel, ni l'envie. Andromède était sienne, il ne souhaitait aucun autre ornement.
« Je n'ai pas eu suffisamment de temps auprès de Dohko. Il était le seul restant à avoir les notions nécessaires.
—Mû n'a pas pu vous aider ?
—Shion ne l'a jamais formé autrement que pour être Chevalier d'Or du Bélier et le Réparateur des Armures, avec le peu de temps qu'ils ont eu ensemble. Le Vieux Maître était le seul ayant encore les bases nécessaires pour faire tourner ce Sanctuaire, grâce aux nombreux échanges que mon ancien Grand Pope et lui partageaient. Clairement, ils ont effectué le rôle à deux. J'allais lui demander de prendre poste quand l'attaque s'est produite. »
Ils baissèrent les yeux sur leur tasse, partageant le même silence songeur. Posées sur la table, Shun vit trois missives entourées d'un ruban de velours rouge, frappées non seulement du sceau du Sanctuaire, mais également de la Déesse elle-même.
Un appel à l'aide, dans une situation devenue désespérée.
