Me voici de retour pour un nouveau défi ! Le thème ? Et si au Poney Fringant, Grand Pas n'était pas Grand Pas ?

J'ai vraiment voulu écrire un défi sérieux. Vous m'en direz des nouvelles ^^

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Après s'être débarbouillée rapidement et diné plus longuement, la compagnie décida de suivre les conseils de l'aubergiste et de redescendre à la salle commune. Quatre Hobbits peuvent se suffire à eux-même, mais après avoir été poursuivis par des Cavaliers Noirs et l'étrange rencontre de Bombadil, ils avaient également faim de la présence rassurante d'êtres sensés comme eux. Des nouvelles du coin, une bonne histoire ou une bonne chanson, tout cela au coin d'un bon feu et accompagné d'une bonne bière, voilà ce qui les rassureraient plus que tous les murs du monde.

L'assemblée était nombreuse et diverse, rien de mieux pour pouvoir se fondre dans le décor. Malgré tout, Frodon sentait un regard peser sur lui. Des Hobbits à Bree soulevaient toujours de la curiosité, mais là, il s'agissait de plus et Frodon n'était pas à l'aise. Aussi discrètement que possible, il interrogea Poiredebeurré.

— Lui ? Ce n'est qu'un de ces Rôdeurs, qui courent les chemins. Grand-Pas qu'il s'appelle celui-là, je crois. N'y prêtez pas attention. Il va, il vient et on ne sait jamais pour combien de temps il va disparaitre. Tout ce dont nous pouvons être certain, c'est qu'il ne reste jamais très longtemps au même endroit.

Frodon n'était pourtant pas plus rassuré pour autant. Tandis qu'il laissait soin à Sam et à Pippin de répondre aux questionneurs à sa place, il avait de la difficulté à s'empêcher de se retourner pour observer l'inconnu à la dérobée. Il était installé dans le coin le plus sombre, ses épaisses bottes toutes crottées étaient surélevées sur un tabouret et bien qu'à l'intérieur, il portait une lourde cape verte dont la capuche masquait son visage. Seule une longue pipe ouvragée sortait du gouffre de son visage. Bien qu'il soit assis, Frodon n'arrivait pas à se départir de la sensation que quelque chose n'allait pas dans sa dégaine. Trop courbé sur lui-même ? Des bras trop courtauds ? Sam lui tira l'épaule et Frodon reporta son attention sur ce qui l'entourait. Pippin et Merry étaient en train de raconter la fête d'anniversaire de Bilbo et arrivaient dangereusement près de la partie où celui-ci disparaissait. Sans réfléchir à autre chose qu'à détourner l'attention, Frodon grimpa plus vite que son ombre sur la table et sous les acclamations de la foule, se mit à chanter. Son corps ne lui répondait plus. Tandis qu'il dansait et déclamait des vers, il n'avait qu'une envie, celle de se cacher et de disparaitre. Il n'en fallait pas plus pour que sa traitresse main ne se dirige vers sa poche et que ses non moins traitres doigts se mettent à jouer avec l'anneau et sa chaîne. Quelqu'un butta alors contre la table et Frodon chuta. Mais au lieu de tendre les bras pour se retenir comme il en avait eu l'intention, l'anneau en profita pour se glisser sur lui et le Hobbit disparut. Tout autour de lui, des exclamations étouffées se faisaient entendre et on le cherchait dans tous les sens. Il ne pouvait réapparaitre ainsi ! Il se faufila tant bien que mal dans un recoin sombre et se défit de l'anneau. Était-ce un jeu de son imagination ou bien l'objet venait-il de ricaner ?

Le coeur tambourinant contre son torse, Frodon réalisa avec effroi que les yeux de Grand-Pas ne l'avaient pas quitté. Mais avant qu'il n'ait eu le temps de s'expliquer ou même d'ouvrir la bouche pour baragouiner des sons sans queue ni tête, la porte de l'auberge fut fracassée. Les Cavaliers Noirs les avaient retrouvés ! Nains, Humains et Hobbits hurlèrent et décampèrent aussi vite que possible. Ceux tétanisés par le choc furent embrochés prestement.

— Vite, par ici !

Le Rôdeur empoigna Frodon juste à temps. Un pouce de plus et cela en aurait été fini de lui ! Grand-Pas fit un grand mouvement et allongea son adversaire en un coup. Pourtant, il avait eu les deux pieds bien au sol, comment avait-il réussi cet exploit ? Ce n'était pas le moment pour se poser des questions. Frodon rejoignit ses compagnons et grâce à leur sauveur, s'éloignèrent sain et sauf du Poney Fringant. Dommage pour l'auberge, qu'en resterait-il après la visite furieuse de leurs ennemis ?

Ils suivirent le Rôdeur jusqu'à une cache, un peu plus loin, vaguement éclairée par la lueur de la Lune. Ils reprirent leur souffle tant bien que mal, mais Frodon en avait plus qu'assez de se faire balader.

— Il suffit ! Nous ne vous suivrons pas plus loin. Merci monsieur, nous vous devons certes la vie sauve, mais il est temps que nos chemins se séparent.

— Attendez, je ne désire rien de plus qu'un peu de votre attention. J'ai des informations à vous transmettre et je pense que vous serez bien inspiré de m'écouter.

— Des menaces, monsieur ? Avança Sam, l'air aussi patibulaire que possible.

— Rien de tel, je vous l'assure, répondit l'autre en riant. Mais je comprends qu'il soit difficile de faire confiance à quelqu'un qui masque son visage.

Dans geste, il fit tomber sa capuche et révéla un visage somme toute assez petit, avec une mâchoire carrée. La forme faisait penser vaguement à une tête de reptile et il avait un cou d'une longueur impressionnante. Des écailles vertes le recouvrait et Frodon comprit comment il avait abattu le Cavalier sans bouger un pied : une queue de plusieurs mètres et effilée battait l'air en mesure. Les quatre Hobbits reculèrent, inquiets face à ce lézard géant. Le sourire de leur interlocuteur s'agrandit, faisant briller ses dents spatulées.

— Déjà, il faut que je vous le dise, je ne m'appelle pas Grand-Pas, notre bien-aimé aubergiste s'est trompé. Je me nomme Petit-Pied, et je suis là pour vous servir.