Disclaimer : Sinbad est l'oeuvre de James Dormer, de Russel Lewis et de Jack Lothian.
Résumé : Et si en détruisant la Pierre de l'avenir, elle avait conféré à Sinbad son don de prévoir le futur ?
Note de l'auteur : Cet OS a été écrit lors de l'atelier d'écriture du Discord « La Fabrique à Plumes » du 12/10/2021 sur le thème des super-héros. 30 minutes. J'ai réuni les prompts 1 et 2 pour pouvoir les prolonger : écrivez sur l'élément déclencheur du gain de pouvoir (ex avec Spiderman - morsure d'araignée)votre personnage découvre ses pouvoirs
Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : 50 nuances de fandom méconnu + Situation 88 : Un personnage A tombe peu à peu malade sans s'en rendre compte + Quatre aspects d'... Anwar Sheibani (Sinbad 2012) : Docteur : Ecrire sur un médecin ou écrire sur un perso qui a la phobie des docteurs + Titre du 20/09/2021 : Deux vies, deux destins
Deux vies, deux destins
Alors qu'il détruit la Pierre, Sinbad aperçoit entre ses fragments qui s'envolent sous le choc de sa lame des milliers d'avenirs. Il se voit pauvre. Il se voit riche. Il se voit heureux, malheureux, vivant, mort, amoureux, esseulé, en pleine santé ou agonisant sous le poids de la maladie. En revanche, ce qu'il ne voit pas, ce sont ses ondes qui pénètrent en lui par les pores de sa peau, infusant leur talent en lui aussi sûrement que la fleur de thé se déploie sous l'effet de l'eau bouillante versée sur elle. Il ne sent pas leur pouvoir sur lui, le changement qu'elle opère en lui, elles sont silencieuses et discrètes comme des ombres. Mais il change, il continue à changer et le marin qui a accosté la veille ne quittera pas ces terres comme il y est venu.
A lui qui a été maudit jadis pour son inconséquence, pour son incapacité à voir plus loin que le bout de son nez, la Pierre lui offre le don ou le fardeau de la voyance.
Au début, rien ne se passe. Il poursuit sa vie comme à son habitude, alternant entre le roulement familier des flots bleus sous la coque du Providence et la sensation rassérénante de la terre ferme là où elle l'angoissait jadis. Ce jour-là, sur le pont, tout le monde vaque à ses occupations habituelles : Cook s'est enfermé en cuisine. Gunnar veille sur le gouvernail, profitant de l'ombre offerte par la tonnelle. Rina nettoie le pont comme c'est son tour de le faire. Tiger s'est proposée de pécher. Anwar, quant à lui, est assis dans un coin, étudie les cartes et calcule le temps qu'il leur reste avant d'atteindre l'île de Malte où ils se rendent pour les affaires de leur ami viking repenti. Lui, il fait un nœud pour maintenir la voile avant de rejoindre le médecin.
- Alors ? Lui demande-t-il en souriant
Le docteur lève les yeux.
- On devrait y être d'ici deux jours si le vent n'évolue pas.
Ils discutent entre eux quelques instants, rient à leurs blagues vaseuses puis se lèvent pour rejoindre la nouvelle membre de leur équipage afin de l'aider avec sa mission poisson. Sauf qu'une vague taquine et retorse fait tanguer le bateau et malgré leur pied désormais assuré sur les planches du navire, face à la surprise provoquée, le soigneur de leur embarcation manque de tomber à la renverse. Sinbad a tout juste le temps de le rattraper pour lui éviter une mauvaise chute. Mais quand leurs peaux se touchent, soudain, devant ses yeux, le spectacle de la Pierre recommence. L'espace d'un infime instant, il n'est plus à bord. Il est le spectateur impuissant, invisible et muet d'une scène qui le glace. Ils sont tous réunis dans la cabine d'Anwar, le jeune homme alité, si pâle que les draps semblent sales face à son épiderme. La mine épuisée, les yeux qui s'égarent, le front perlé de sueur, il les regarde une dernière fois, leur dit combien il les aime, combien il a été heureux à leur côté avant de détourner la tête, son souffle s'arrêtant et sa main froide glissant des doigts de Rina qui pleure sans aucune retenue.
- Sinbad ? Sinbad ?
La voix de son compagnon de voyage le ramène à la réalité. Il est là, bien vivant, les yeux froncés, l'inquiétude sur son visage encore en pleine santé. Il a dû rêver mais la sensation lui est familière. Il espère avoir rêvé.
Parce qu'à son contact, Sinbad vient de voir l'avenir de son ami :
Anwar va mourir bientôt.
Ce n'est que quand il sent la paume chaude de son camarade sur son avant-bras qu'il sort de sa torpeur.
- Tu te sens bien ? S'inquiète le futur condamné
- Oui. Oui, je crois.
Le phénomène se reproduit quand il entre en contact avec les autres membres d'équipage. Et les prophéties qu'il voit se réalisent toutes : Gunnar tombe bien amoureux de Lara. Rina manque de se rompre le cou en tombant du mat. Cook trouve bien comment abattre ce serpent de malheur qui a failli tous les tuer. Mais surtout, le destin d'Anwar semble en marche. Il ne s'en rend pas compte. Sinbad, lui, constate. Il voit peu à peu les cernes sous ses yeux, la légère toux qui ne le quitte pas, l'appétit qui le quitte. Et il voudrait lui parler, lui dire ce qu'il a vu, sauf qu'il n'y arrive pas. L'idée de lui faire vivre le reste de ses jours dans la peur l'effraye et peut-il seulement empêcher son destin de se produire ? Enfin, le croirait-il ? Le médecin, en raison de son éducation et de son instruction, est un scientifique. Il a vécu des événements surnaturels depuis le début de leurs aventures néanmoins en lui s'élèvera toujours en premier lieu la voix du sceptique. Comment lui faire comprendre que depuis qu'il a brisé ce maudit caillou, il voit le destin des gens qu'il touche ? Puis une illumination le frappe :
Il n'a pas besoin de lui dire.
En fait, s'il lui dit, il risque peut-être de faire pire que mieux. Il va le surprotéger et au bout d'un moment, ça explosera. Anwar a fui la maison familiale pour respirer et non pas pour retourner dans une prison de coton. Il veillera sur lui de loin, s'assurera qu'il n'emprunte pas cette voie morbide.
- Tu devrais aller dormir un peu, Anwar. Tu as l'air fatigué ces jours-ci.
Le concerné lève les yeux et croise le regard bienveillant de Sinbad. Il l'admet, il ne se sent pas bien mais comment son ami le sait dépasse l'entendement car il n'a rien fait pour signifier son inconfort auprès des autres. Pourtant, depuis qu'ils ont quitté Malte, il se sent mal. Il a des maux de tête récurrents, des fièvres inconstantes, des frissons, une toux qu'il a de plus en plus de mal à cacher, des nuits sans sommeil ou à peine réparatrices. Au début, il a mis cela sur le compte de l'angoisse : ils ont cru leur capitaine mort puis il y avait eu ce labyrinthe mortel à déjouer. Il y a eu leur tentative désespérée pour sauver Gunnar d'une exécution par ces tarés de catholiques (il n'a pas d'autres termes pour les qualifier), découvrir l'identité de la bête qui effrayait les insulaires... Sauf que cela n'est pas passé. Cela s'aggrave de jour en jour et il commence à avoir des doutes sur sa pathologie. Il a déjà vu des cas similaires à Bassorah parmi les patients de son père. La cité comme les endroits visités récemment ne sont pas irréprochables côté hygiène et ils n'ont pas fréquenté les endroits les plus sains des villes... Mais s'il est bien atteint par le mal auquel il pense, il sait d'avance qu'il y a de fortes chances qu'il soit condamné. Il n'a jamais soigné ça avant. Cela se guérit en soignant les symptômes. Le fait est qu'il n'est pas assez équipé sur le navire pour le faire. Ils sont en route vers le royaume des morts, pour aider leur chef d'équipe à réaliser son rêve, le prochain port, s'il y en a un, est à des jours de navigation et s'ils l'atteignent, il n'est pas dit qu'il y ait un médecin là-bas. Enfin, financièrement, ils ont assez pour l'eau, les vivres. Il ne peut pas imposer une telle dépense alors qu'ils ont besoin de tous les moyens possibles quand la fin du voyage approche. Il voudrait pourtant lui avouer qu'en effet, il n'est pas bien. Qu'il est épuisé à la vérité. Mais comment oser prendre le luxe du repos alors que tous travaillent d'arrache-pied pour arriver là où Jamil attend son frère cadet ? Le jeune homme a dû remarquer son hésitation. Il s'agenouille et sans le prévenir, ce qui ne manque ni de le surprendre ni de le faire légèrement sursauter, il pose sa main sur son front pâle.
- Tu vas aller dormir, Anwar. Déclare-t-il avec une mine sérieuse qu'il lui voit rarement. Tu as de la fièvre.
- Je le sais... Admet l'étudiant en médecine
- Depuis quand ?
Sa voix est sèche, ce qui le saisit d'autant plus.
- Sinbad, je...
- Depuis quand, Anwar ?
- Ca a commencé un peu après Malte mais j'avais déjà quelques signes quand on a quitté l'île de la Pierre.
Quand il le voit pâlir, il ne comprend pas sa réaction. On dirait qu'il assiste à la réalisation de quelque chose de terrifiant et d'horrible.
- Sinbad, qu'est-ce que tu as ?
- Je t'en parlerai plus tard. Pour l'instant, tu oublies ce que tu es en train de faire, tu vas au lit, tu te reposes. Je suis sérieux.
Il obtempère même s'il ne comprend pas l'angoisse visible sur les traits de son camarade.
La nuit qui suit, la fièvre monte, il tremble alors qu'il sue, il tousse au point qu'il a la sensation que ses poumons le brûlent. Sinbad est là, insistant pour le veiller. Et malgré la maladie, son état, Anwar tient à lui tirer les vers du nez, à comprendre son attitude aussi étrange qu'inédite. Sous son égide, il ouvre les rouleaux, tente de réaliser les onguents et tisanes qu'il lui donne avec douceur et patience. Dans un autre monde, il ferait un excellent infirmier.
- Sinbad... Qu'est-ce qu'il se passe à la fin ? Pourquoi tu me couves comme ça ?
- Promets-moi de ne pas te moquer ou d'être sceptique.
- Si tu veux...
Une nouvelle quinte l'assaille alors que son ami lui frotte le dos.
- Je crois que la Pierre m'a donné ses pouvoirs. Révèle le jeune homme
- Continue...
- Elle a rendu Riff et son père fous avec ses visions. Quand je l'ai brisée, j'ai vu une multitude de destins possibles pour moi... Et depuis, quand je touche quelqu'un, je vois ce qui l'attend... Et ca s'est toujours réalisé... Gunnar a bien aimé Lara. Rina est tombée du mat. Cook a découvert le point faible du serpent de l'autre tarée de scientifique.
- Et le mien ?
- Tu... Tu meurs, Anwar...
- On meurt tous, Sinbad.
- Pas comme ça ! Tu mourrais à cause de ta maladie ! Je t'ai vu allongé dans cette pièce, à l'agonie, nous disant adieu avec ta bienveillance et ta gentillesse habituelles pour nous soulager alors que tu commences à partir et que Rina pleure ! Je t'ai littéralement vu expirer ! Toutes mes visions se sont réalisées et je ne veux pas que celle-ci se produise ! Je l'ai déjà dit auparavant, je ne veux plus perdre qui que ce soit !
Face au silence du malade, son cœur sombre.
- Tu ne me crois pas, n'est-ce pas ?
- J'essaye simplement d'assimiler. Tu n'as aucune raison de me mentir. Et qu'une vision se réalise une fois, c'est une coïncidence. Deux fois, de la chance. Mais trois voire plus de fois ? Je reste un sceptique dans l'âme. Mais je sais aussi qu'il y a des choses au-delà de la science désormais. Et je te fais confiance.
L'ancien maudit de Bassorah sourit, soulagé, avant de reprendre son étude, corrigé dans ses questions par le médecin alité.
Cela n'a pas suffi. Même avec les bras de Sinbad et le cerveau d'Anwar, ça n'a pas suffi. La fièvre est remontée, brûlante et puissante, le terrassant au point qu'il passe une bonne partie de son temps à sommeiller. Sa carnation commence à prendre la teinte que le capitaine du vaisseau a vue dans l'avenir qu'il a aperçu. Le jeune homme a le front orné de perles transparentes qui roulent le long de ses tempes alors qu'il frissonne entre ses draps et qu'une toux rauque le secoue, refusant de quitter le cocon chaud de son corps affaibli. Le Providence ne connaît plus de temps de pause. Il vogue, de jour comme de nuit, après un détour, pour trouver la ville la plus proche, celle où l'on sait qu'un docteur est présent, espérant qu'il accepterait de monter à bord si leur ami se trouvait incapable de marcher jusque-là. Le chef non-officiel du bateau est prêt à le porter jusqu'à la clinique s'il le faut. Il se l'est promis, il ne perdra plus personne et certainement pas Anwar. Les membres de l'équipage se relayent à son chevet, s'assurent qu'il n'y a aucune dégradation de son état. Surtout, ils s'en veulent. Ils s'en veulent de n'avoir rien vu, d'avoir peut-être été aveugles et sourds alors que de leur petite troupe, c'est pour pourtant lui qui est le plus expansif et le plus communicatif. Peut-être ont-ils sous-estimé le mal qui le ronge ? Le cœur de Sinbad se fige quand il réalise que le vent tombe, ralentissant leur progression. Mais entre la brume nocturne, il aperçoit une lumière...
Un phare !
Ils arrivent !
Dès qu'ils accostent, il bondit sur le quai, accompagné de Rina, Gunnar se proposant de garder le navire pour plus de sécurité. Le duo se renseigne. Le docteur ne se déplacera pas mais il y a une garde de nuit. Ils remontent à bord. Anwar sort de sa torpeur quand il entend la porte de la cabine s'ouvrir. Trop faible pour protester, il ne bronche pas quand son ami le soulève comme il le peut, prenant garde à ce qu'il reste couvert. Au fond de lui, il arrive à comprendre l'essentiel de ce qu'il se passe.
- Je garde la maison. Annonce Cook. Gunnar, va avec eux. Il ne manquerait plus qu'ils se fassent agresser sur la route.
Ils traversent la ville au pas de course et se retrouvent face à un petit cabinet où le praticien, prévenu par un habitant, les attend sur le perron. C'est un homme déjà âgé et voûté.
- Entrez. Allongez-le sur le lit, je l'examine de suite. Dites-moi les symptômes et ce qui a déjà été fait.
- Notre ami est médecin. Annonce Sinbad. Sous sa direction, j'ai essayé de le soulager mais cela s'est aggravé. La fièvre est désormais permanente. Il tousse beaucoup et semble souffrir au niveau de la poitrine.
- Quels remèdes ont été utilisés ?
- Une décoction de bouleau pour la fièvre, des onguents pour essayer de soulager les poumons.
Il lui précise le début hypothétique de la maladie et quand cela a commencé à être traité. Le docteur prend son pouls, vérifie ses yeux, écoute comme il le peut sa respiration et son cœur. Sa mine est sérieuse.
- Les dieux en soient remerciés, vous avez commencé à le soigner. Cela s'est infecté, d'où la poussée de température. Mon voisin m'a signalé que vous êtes des marins. Je comprends que mon confrère ait voulu essayer de tenir pour ne pas vous retarder mais si vous n'aviez pas entamé vos traitements, aujourd'hui, il serait trop tard. La situation reste périlleuse. Mais elle peut être ramenée sous contrôle.
- On fera ce qu'il faudra ! Promet Rina
Voyager est hors de question. Le cabinet est trop petit pour le garder en surveillance. Cependant, le vieillard promet de s'arranger pour venir régulièrement le visiter sur le bateau. Il faut à Anwar du repos, beaucoup de repos. Le traitement commencé est à poursuivre. Augmenter les prises de tisane pour faire baisser la fièvre, prises à cumuler si besoin est avec des morceaux de glace à poser sur le patient en cas de pic trop rapide. Il ajoute également un remède à l'odeur affreuse qui a pour mission de dégager les bronches et de le faire cracher. Il leur donna également des poudres à mélanger dans de l'eau pour combattre l'infection grandissante.
- Veillez à ce qu'il reste bien hydraté.
Constatant l'épuisement du malade, il les autorise à rester pour la nuit et à repartir le lendemain matin.
Le plus souvent, c'est Sinbad qui l'aide avec les soins. Il n'arrive pas réellement à déléguer, pas quand ce sentiment d'être investi de la mission de le sauver lui tord les intestins. Souvent, Anwar le gronde, lui dit d'aller dormir, de se détendre car il va finir par se causer du mal, lui aussi.
- C'est l'hôpital qui se moque de la charité !
- Bien vu.
Le fait est qu'il a peur. Il a peur que quelque chose se passe mal s'il s'absente, même s'il a toute confiance en ses compagnons. Il a la sensation qu'en perdant le jeune docteur, il perdrait une partie de lui-même, une partie de son propre cœur, il a ce besoin viscéral de le voir survivre, de le voir lui parler, lui sourire, d'être à ses côtés et de provoquer sa joie. Il serait effondré de perdre un de ses amis. Perdre Anwar, en revanche, le briserait au-delà des mots. Et s'il a du mal à définir ce qu'il ressent pour lui, il sait que c'est au-delà d'une amitié. Cela l'inquiéterait en temps normal. Mais là, la vie de l'homme entre les mains, il ne s'en soucie pas. Il a dans le cœur pour lui ce qu'il a pu avoir pour des filles auparavant, il constate, c'est tout. Voyant qu'une glaire remonte, il lui tend une bassine pour le laisser évacuer à son aise.
- Je suis désolé... Je vous ralentis tous... Si j'avais été moins bête, je me serais soigné de suite et on serait déjà au royaume des morts...
- Arrête tes bêtises. Tu ne ralentis personne. Je vais là-bas pour ramener Jamil. Autant ne pas devoir t'en sortir aussi, même si ce serait fait avec plaisir et sans aucune hésitation.
L'étudiant en médecine observe son ami avec des yeux ronds, ses joues rosissant légèrement sous ce qu'il espère être le coup de la fièvre décidément tenace. Il veut parler mais les mots se perdent dans sa gorge et il sait d'avance qu'ils n'auront pas l'impact désiré. Sinbad semble comprendre car il s'assoit à ses côtés sur le bord du lit et, sans craindre une possible contamination, il passe un bras autour de ses épaules et l'attire à lui.
- Qu'est-ce que tu vois désormais quand tu me touches ? Lui demande l'alité
- Rien. Avoue son interlocuteur. J'ai l'impression que cela ne me montre quelque chose de nouveau que si le destin que j'ai aperçu s'est concrétisé. J'en ai eu d'autres pour le reste de l'équipage. Mais toi, je ne vois rien. Je ne vois plus ta mort, c'est déjà ça...
Anwar se blottit un peu plus contre lui en quête de chaleur. Une idée aussi fugace qu'intense traverse l'esprit du marin alors que sa main touche sa peau qui se réchauffe et que la maladie commence à s'effacer sous leurs efforts soutenus : l'embrasser. Le faire sien quand il irait mieux. Là, oui, il l'admet, il a légèrement peur.
La fièvre est tombée. Anwar toussote encore un peu car à force de tousser comme il l'a fait, sa gorge est irritée, rien qu'un peu de miel ne saurait arranger avec le temps. Le matin où il constate qu'il est guéri, en touchant sa main, Sinbad a une nouvelle vision :
Eux deux, nus sous les draps de cette même cabine, sourires aux lèvres et surtout heureux.
Une hypothèse lui traverse l'esprit :
La Pierre avait le pouvoir de donner des aperçus du futur. En la détruisant, ses dons ont imprégnés son être tout entier. Mais surtout, elle avait la forme d'un cœur, un cœur rouge. Et si elle lui avait montré la mort d'Anwar pour lui faire comprendre qu'au-delà de leurs destins liés par l'aventure pour essayer de ramener Jamil parmi les vivants, il était aussi celui qui était sa fin heureuse ?
Kuji l'a bien dit à son ami avant de disparaître : son existence est nécessaire pour lui.
Et si au-delà de cette quête, ils étaient simplement fait pour être l'amant de l'autre ?
D'ailleurs, il n'a plus de visions pour les autres, comme si tout danger avait été écarté pour eux.
- On a le feu vert pour repartir. Annonce son ami qui revient du cabinet avec Rina
- On va rester encore un ou deux jours. Pour être sûrs. Et ça nous permet de nous organiser.
Ils se rejoignent dans les quartiers du docteur où il prend sagement ses remèdes sans broncher. Quand il repose son gobelet, leurs regards se croisent et sans comprendre pourquoi, sans chercher à comprendre d'ailleurs, ils comblent le vide entre eux et leurs lèvres se scellent dans un baiser tendre, chaste, innocent, pur et parfait.
Sinbad ignore s'il aura encore des prophéties qui se joueront sous son regard ambré.
Tout ce qu'il sait, c'est qu'Anwar vit, qu'il l'a sauvé et surtout qu'il l'aime tellement que cela lui donne le vertige.
Le reste importe peu tant qu'il a ses amis à ses côtés.
Le reste importe peu tant qu'Anwar est avec lui, main dans la main, leurs âmes unies dans un sentiment mutuel.
FIN
