Disclaimer : Kill Ben Lyk est l'oeuvre d'Erwan Marinopoulos.

Résumé : La peur n'évite pas le danger. C'est pour ça que Roberto décide d'avouer ses sentiments à Ben. Parce que le silence lui fait plus mal que l'idée d'être rejeté, [Kill Ben Lyk]

Note de l'auteur : Cet écrit répond au challenge du Discord « La Fabrique à Plumes » de Kinai. Nous avions un prompt à réaliser cette semaine : A avoue enfin à B ses sentiments malgré sa peur de briser leur amitié

Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : ACTION 32 : Fumer un joint (Elles ont dit) + Quatre aspects de Lyn : Bucky : écrire sur un de ses bébous ou écrire sur un personnage qui a perdu un membre ou un sens + Situation 489 : A n'ose pas avouer ses sentiments à son ami.e car iel a peur de briser leur amitié + Horoscope du 17-06-2021 : les émotions : Bélier : Peur +Défi Sarah et Voirloup n°105 - Votre personnage bricole + Titre du 26/05/2021 : Quitte ou double

Quitte ou double

La première fois que Roberto a senti son cœur battre de manière anormale pour Ben, c'est quand ils ont repeint les portes et les plinthes. Pourtant, il n'a pas été à son avantage avec son t-shirt usé, son jogging à la retraite, son front perlé de sueur à cause de la chaleur, de la peinture sur le nez. Mais il a eu un rire cristallin, magnifique, qui a réchauffé son âme. Le jeune homme voyait son colocataire sous un jour nouveau, très différent de son habitude, lui qui est toujours bien mis. Cette vision, mêlée au son de sa voix, lui a donné l'envie de rester à ses côtés pour toujours. Et cela lui a fait peur. Robbie ne se voile pas la face : dès qu'il a commencé à s'habituer à sa vie avec le youtuber, une fois ses traumatismes récents calmés car il n'a pas eu la tête à mater, il l'a trouvé beau mec. Sauf qu'il s'est toujours arrêté à la constatation. Là, il a eu cette sensation familière de papillons dans l'estomac. Il n'a jamais rien dit. Au début, il s'est surtout posé une question essentielle :

Son attirance pour Ben est-elle sincère ou juste le fruit d'une évolution psychologique logique ?

Le vidéaste l'a sauvé de la rue. Il a accepté de le prendre comme colocataire alors qu'il venait d'être mis à la porte de chez lui par ses parents à cause de sa bisexualité. Son ami, car ils sont devenus amis, a toujours montré beaucoup de respect et de gentillesse envers lui sous son apparence frivole et égocentrique. C'est ça que l'aîné du duo craint. Ce n'est pas rare que des personnes tombent amoureuses de leurs psychologues, qu'elles tombent amoureuses de personnes qui les ont aidées pendant une période difficile. Il y a comme un transfert, quelque chose qui fait qu'elles croient que leur altruisme a été motivée par de l'amour ou alors, elles ont romantisé la chose sans le vouloir. C'est humain. Et c'est sa crainte : que ce qu'il pense être de l'amour n'est en fait qu'un effet de son cerveau qui panse ses plaies. Alors, il s'est tu. Il s'est laissé du temps pour réfléchir, étudier, constater. Cela fait presque un an depuis cette journée bricolage qu'il garde ça pour lui. Et aujourd'hui, il constate une chose.

Ses sentiments n'ont pas changé.

Pire, ils se sont décuplés.

Il aime sincèrement Ben. Il ne voit pas une vie sans lui. Il veut partager son quotidien, qu'il soit la première chose qu'il voit en se réveillant, la dernière en s'endormant. Il veut découvrir toutes ses facettes même celles qui ne sont pas glorieuses parce qu'ironiquement, ses défauts ne le rendent que plus formidable et parfait à ses yeux. Il veut le voir sourire, le faire rire, partager les bons moments comme les mauvais, entrelacer leurs doigts, le faire sien tout comme lui appartenir. Et pour la première fois, il s'imagine même épouser quelqu'un. Malgré tout l'amour qu'il a pu avoir pour ses ex, il n'a jamais envisagé un avenir aussi sérieusement avec eux : vivre avec eux, se projeter dans l'avenir ensemble, oui. Leur passer la bague au doigt, non. Il tire une bouffée de son joint pendant que son colocataire regarde les derniers commentaires sur son vlog avant de mettre à jour son Instagram. Roberto voudrait lancer le sujet, ouvrir la conversation, la mener vers une révélation pour lui ouvrir son cœur même s'il sait d'avance qu'il se prendra un râteau. Ben n'est pas homophobe, il soutient la communauté LGBTQIA+ avec une délicatesse qui étonne connaissant le personnage. Mais il est hétéro. Il n'éprouvera jamais rien d'autre que de l'amitié à son égard. Sauf que le silence que Robbie s'impose lui fait mal. Il lui pèse, le ronge comme un acide et il préfère ôter le pansement d'un coup, souffrir intensément une fois pour que la délivrance arrive plus vite. Il y a cependant une chose qui le retient :

Il est terrifié.

Même en sachant l'ouverture d'esprit de Ben, il a peur. C'est une chose de soutenir la commu. C'est une chose d'avoir un coloc bi. C'en est une autre d'apprendre que le dit coloc a des sentiments amoureux à son égard. L'homme craint de briser l'harmonie dans l'appartement, que rien ne soit plus comme avant, que le mal-être s'instille dans l'atmosphère détendue de leur garçonnière. Il a peur de perdre leur lien qui lui est si précieux et l'idée de tout gâcher le paralyse. A dire vrai, par moment, il a presque envie de pleurer tellement cela le terrifie et lui fait mal.

- Robbie ? Ca va ? T'as l'air... triste ? S'inquiète l'influencer. C'est ton joint ? On dit bien qu'on peut avoir l'alcool triste alors, ça marche sans doute aussi pour la beuh...

- Nan, c'est pas ça.

- Tu veux en parler ?

Le concerné se redresse. Autant prendre la perche tendue, plonger et remonter à la surface à ce stade.

- En fait, j'ai un souci...

- Oh ? Raconte.

- Je veux que tu saches que ça t'oblige à rien et je suis déjà heureux tel qu'on est.

- Euh... Si tu veux adopter un chat, moi ça me va... J'aime les animaux, tu le sais bien.

- Ben...

- Non, c'est vrai, je te jure que ça me dérange pas ! Ou si tu veux changer le papier peint de ta chambre, ça me va aussi, t'es aussi chez toi !

- Ben, s'il te plaît...

Sa voix a légèrement tremblé et son ami l'a remarqué. Il se calme aussitôt et s'excuse d'avoir monopolisé la parole.

- J'irai pas par quatre chemins. Je t'aime, Ben.

- Bah, moi aussi, Robbie. T'es mon pote, c'est normal d'aimer ses potes. Sinon, c'est triste de traîner avec des gens que tu peux pas piffrer par peur d'être seul...

- Pas comme ça, Ben... Je ne t'aime pas comme ça... Je ne t'aime pas d'amitié... Je t'aime d'amour.

Un silence s'installe et Roberto sent l'angoisse lui tordre les intestins. Il voudrait répéter qu'il n'attend rien de lui, que son amitié le comble déjà au-delà des mots, qu'il ne forcera jamais rien mais ses paroles se perdent dans sa gorge. Ben est surpris. Il le comprend. C'est une chose énorme à avaler même quand elle est présentée avec délicatesse. Sauf qu'un immense sourire illumine son visage. En fait, on dirait presque qu'il est extatique.

- T'es sérieux ?

- Oui...

Il s'attend à tout sauf à ses bras qui l'enlacent.

- Si tu savais comme je suis heureux, Robbie ! J'avais peur que ce ne soit pas réciproque !

Roberto se fige. A-t-il mal entendu ?

- Parce que moi aussi, je t'aime d'amour.

Le soulagement envahit le jeune homme, il a un rire nerveux et une larme s'échappe de son œil. Il se demande s'il rêve un instant mais ce qu'il ressent est trop vif pour n'être que le fruit d'une chimère. Il lève la tête vers le plafond et il adresse une prière silencieuse à Dieu, le remerciant pour ce bonheur qu'il n'a pas cru pouvoir vivre.

- Donc, toi et moi... On est officiellement un couple ? Sourit le londonien

- Si t'es d'accord... Mais ne l'annonce pas de suite... Histoire que je profite un peu de toi en secret.

Ils passent le reste de l'après-midi dans les bras l'un de l'autre, lové sur le canapé, à regarder la télévision, profitant de l'instant et s'appropriant cette vérité nouvelle :

Ils sont deux mais ne forment plus qu'un cœur.

FIN