Chapitre 1

La Directrice McGonagall offrit un thé et des biscuits, que la nouvelle professeure d'étude des moldus, miss Claythorne, déclina le plus poliment du monde. Elle avait les mains moites, et la gorge sèche. Entre la jeune femme et la vieille dame s'étendait un large bureau sombre, sur lequel trônaient des piles de papier particulièrement épais, et une collection de bibelots étranges et discrètement bruyants. Autour d'elles, sur les murs qui semblaient avoir subi récemment de lourdes réparations, une galerie de portraits les épiaient d'un œil trop alerte. Au moins, les fantômes n'étaient pas dans la pièce.

_ Avez-vous eu des ennuis, pour venir à Pré-au-Lard ?
_Non, comme convenu mon frère m'a… et bien ! amenée, je suppose… J'aurais peut-être dû tenter la poudre de cheminette, plutôt.
_ Il est vrai que le transplanage d'escorte n'est pas très confortable.
_J'ai eu l'impression jusqu'ici que l'inconfort se devait de faire partie des charmes des transports magiques. Je ne garde pas, tout compte fait, un souvenir idyllique de la cheminée de mes parents. Mais pour ne plus parler de moi, comment arrivent les élèves à Poudlard ?

La directrice haussa un sourcil poliment étonné :

_ Vous n'avez jamais… ? Oh, pardon. Bien sûr.

Non, en tant qu'enfant diagnostiquée très tôt comme Cracmolle, miss Claythorne n'avait encore jamais mis les pieds à Poudlard. En fait, elle avait très tôt coupé les ponts avec le monde magique, et avait été élevée par ses grands-parents maternels, des moldus. Elle n'avait plus revu ses parents ni son frère, jusqu'à ce que Davis vienne la recontacter avec une étrange offre d'emploi, et des arguments que seul peut offrir un frère qu'on a longtemps regretté ne plus avoir.

_ Entre le village et l'école, les élèves de première année sont accompagnés par notre Garde des Clés et, en fait, homme à tout faire, Rubeus Hagrid. Ils traversent le lac en barques. Les autres élèves le contournent à bords de calèches tirées par des Sombrals. Ces dernières années, beaucoup d'élèves voient les Sombrals, bien sûr.

Pardon, sombres quoi ?

La directrice but lentement une gorgée de thé, puis repris de sa voix posée :

_ Mais, bien sûr, tous les élèves arrivent à la gare de Pré-au-Lard à bord du Poudlard Express. Il est bien la seule partie de l'école encore intacte, comme vous avez pu vous en rendre compte…

Une autre gorgée de thé. Miss Claythorne pris une grande mais discrète inspiration (il y a un train ? Et on m'a fait transplaner ?).

_ A ce propos, qu'est-il arrivé au juste pour que, malgré tous les travaux de réfections qui ont manifestement été faits, le château et son domaine soient dans un tel état ? On dirait les vestiges d'un champ de bataille...

La directrice fit un bruit de gorge étrange derrière sa tasse. Miss Claythorne poursuivi ses questions, comme si tout à coup elle ne pouvait plus s'arrêter de parler :

_ ...Et qu'est-ce que c'est au juste qu'un Sombral ? Et pourquoi moi je ne suis pas venue en train ? Et pourquoi…

McGonagall leva la main dans un geste d'apaisement, ou de supplication aussi bien :

_ Je vais répondre à vos questions, dans un ordre environ croissant d'importance : vous n'êtes pas venue en train parce que la ligne Londres – Pré-au-Lard ne circule que pour les rentrées scolaires et les départ en vacances. Je suppose que même les moldus ne font pas rouler un train pour une seule personne ? Les Sombrals sont des sortes de chevaux squelettiques que seuls peuvent voir ceux qui ont vu quelqu'un mourir. Enfin, oui, Poudlard est un champ de bataille.

Oh.

_ Oh.
_ C'est étrange de penser qu'un professeur de Poudlard ne sait pas cela. Toute la communauté sorcière a été profondément bouleversée par cette guerre tragique. Malgré les quelques années qui nous en séparent, nous n'avons pas fini de pleurer nos morts, ni de soigner nos blessures.

Une gorgée de thé.

_ C'est en fait pour nous y aider que vous êtes ici. Et je vous remercie du fond du cœur d'avoir accepté ce poste. Il est difficile, mais gratifiant j'en suis sûre.
_ Pourrais-je parler des difficultés que vous soulevez avec mes prédécesseurs ?

La directrice eu un infime instant d'hésitation avant de répondre :

_ Malheureusement, non. Ils ne nous ont pas laissés de contact.

Oh.

_Oh.

_ Mais moi-même et le reste de l'équipe ferons de notre mieux pour répondre à vos questions. N'hésitez pas non plus à discuter avec monsieur Rusard, notre concierge, qui est dans la même, euh, situation que vous.
_ Il ne sait pas, pour la guerre ?
_ Si, mais il est aussi, enfin…
_ Cracmol. Dites-moi, à quel point ma nature non magique posera-t-elle des difficultés ? Soyez sincère dans votre réponse. Je n'aime pas la gêne que je lis depuis tout à l'heure dans votre regard à ce propos. Et, pour ne rien vous cacher, je n'aime pas non plus la disparition de mes prédécesseurs. Du moins, celle de ceux qui ont exercé après cette fameuse guerre…

La vieille dame distinguée qu'était la directrice eu tout à coup l'air très vieille, très fatiguée, mais toujours distinguée. Elle posa la tasse et la soucoupe sur le bureau, et sa main tremblait légèrement. Quel âge a-t-elle ?

_ Très bien, soupira-t-elle. Je crois qu'il faut que je reprenne tout depuis le début. Et que le début est plus tôt que je ne le pensais. Je ne m'étendrai que peu sur les détails, cependant. C'est encore… douloureux. Ça le sera longtemps. Comme je vous l'ai dit, il y a eu une bataille à Poudlard, il y a quatre ans. Ce fut la bataille finale d'une guerre qui a duré plus de cinquante ans. Nous étions opposés à des suprémacistes sorciers, qui rejetaient tout ce qui n'est pas magique en général, sorcier en particulier. Retenez que nous avons beaucoup souffert de leurs actions. Ils se sont efforcés de nous terrifier, et pendant des années, ils ont réussi. Ils ont enlevé, torturé, tué, pas forcément dans cet ordre, tous ceux qui faisaient mine de s'opposer à eux.

Oh.

_ Oh.
_ Vous devez comprendre que cette idéologie n'est pas éteinte. Elle est encore tenace, et insidieuse. Elle vient du fait que la communauté magique est isolée de la communauté moldue. Je ne vous l'apprends pas. Les sorciers connaissent très mal le monde moldu, et la haine et le mépris viennent presque toujours de l'ignorance.
_ C'est ici que j'interviens.
_ Précisément. Nous avons décidé, en accord avec le ministère, de rendre l'étude des moldus obligatoire pour tous les élèves. Peut-être qu'un jour, ce ne sera obligatoire que jusqu'à l'année des BUSEs. Le but est de faire comprendre aux enfants que les moldus ne sont ni des créatures méprisables qu'il faut éliminer comme des nuisibles, ni des monstres terrifiants qu'il faut éliminer avant qu'ils ne nous éliminent.
_ Qu'en est-il des nés de moldus ?
_ Ils sont minoritaires, et souvent persécutés par leurs camarades. Ou bien seulement victimes de la cruelle maladresse qu'ont les enfants. Quoi qu'il en soit, leur participation à vos cours ne devrait qu'être enrichissante pour tout le monde.
_ Je vois.

Comme McGonagall ne semblait toujours pas aussi sereine qu'elle pouvait l'être, Claythorne poursuivit :

_ Y a-t-il autre chose, madame ? Quelque chose de difficile à me dire ?
_ Votre frère vous a-t-il parlé des Maisons de Poudlard ?
_ Il y a fait allusion, je crois. C'est votre système de classe, n'est-ce pas ? J'en ai certainement beaucoup entendu parler pendant mon enfance, mais comme j'étais jeune et, de toute façon, finalement peu concernée, autant dire que je ne sais rien du tout à ce sujet.

Voilà qui n'apaisait pas la directrice de Poudlard.

_ Je vois. Eh bien, les Maisons sont au nombre de quatre, chacune valorisant des traits de caractères qui leur sont propres. Pour rester caricaturale, les Gryffondors sont courageux, les Serdaigles sont intelligents, les Poufsouffles sont loyaux, et les Serpentards sont rusés.

Claythorne remarqua que la directrice avait une drôle de façon de dire "Serpentard", en pinçant les lèvres.

_ D'accord. Quel est le problème avec la Maison Serpentard ?
_ La plupart des sorciers suprémacistes étaient - sont encore - des Serpentards.
_ Et la plupart des Serpentards sont des suprémacistes, c'est cela ?
_ Naturellement les choses sont plus compliquées (la directrice eut l'air malheureuse, un instant). Mais c'est, hélas, une bonne première approximation. Vous devrez en tenir compte dans vos interactions avec les élèves, et lorsque vous les verrez interagir entre eux.
La coutume veux que les Maisons entretiennent entre elles une saine rivalité, qui pousse les élèves à donner le meilleur d'eux-mêmes. Nous avons un système de points, donnés et retirés par l'équipe pédagogique en fonction des résultats scolaires et de la discipline. A la fin de l'année, la Maison ayant le plus de point remporte la Coupe des Quatre Maisons. Ça n'est pas grand-chose, mais pour des enfants qui vivent à Poudlard la majorité de l'année, loin de leur famille, pendant sept ans, c'est une excellente motivation.
Chaque Maison a son directeur, ou sa directrice, qui sont les professeurs référents pour les élèves en matière d'administration et de discipline. Ce sont eux qui distribuent les emplois du temps en début d'année, par exemple, ou qui s'occupent des rendez-vous d'orientation au cours de la scolarité. C'est pourquoi il est important de bien connaître les élèves de sa Maison, et de construire avec eux une relation de confiance. Le professeur Filius Flitwick est le directeur de la Maison Serdaigle, la professeure Pomona Chourave la directrice de la Maison Poufsouffle, et le professeur Archibald Protéus celui de la Maison Gryffondor.
Vous serez la directrice de la maison Serpentard.

Oh.

_ Oh.