J'avais envie d'écrire un nouvel AoKaga à l'occasion de l'AoKaga month, et je voulais quelque chose de FUN. Je ne trouvais rien, je me suis même dit que j'étais peut-être plus capable d'écrire des trucs marrants ! Mais une idée m'a traversé l'esprit et je me suis mise à écrire, et comme je me marrais en l'écrivant, je me suis dit que ça devait être bon signe, mais c'est vous qui me direz ! Enjoy !
CHAPITRE UN : Magazines pornos et ramens
« Mais pourquoi, bon sang tu peux pas vivre chez Tetsu ?!
— Oi ! Je te l'ai déjà dit ! Lui et sa grand-mère habitent dans un tout petit appart et elle est fatiguée !
— Et tes potes du lycée ?!
— Leurs parents sont pas d'accord...
— Alors je suis ton derniers recours, hein ?!
— Le prends pas comme ça...
— J'le prends comme je veux, espèce de squatteur ! »
Le plus étrange, c'est que Kagami semblait réellement ne pas faire exprès d'envahir son existence depuis près de deux ans maintenant. Ça avait été un phénomène insidieux, progressif, mais quand il y repensait, Kagami s'était imposé à lui avec la force implacable d'une catastrophe naturelle. Il était devenu part intégrante de son quotidien sans qu'il ne s'en aperçoive, et il n'avait pas pu enrayer cette invasion, pas plus qu'on ne peut enrayer l'écoulement du temps ou la vieillesse.
Tout avait commencé avec les baskets à la Winter Cup. Ce baka n'avait pas de paire de rechange. Pour une compétition ! Après c'était lui qu'on accusait de négligence ! Il avait un peu rechigné, mais après tout, il ne comptait pas utiliser les baskets qu'il lui avait cédées, alors... Mais ce petit cadeau n'était que le début d'une très longue série de faveurs qu'il se retrouvait à lui accorder avant d'y avoir vraiment réfléchi.
Après les baskets, ce triple baka de Kagami avait trouvé moyen de se fouler la cheville lors de son jogging matinal... juste en face de chez lui ! Au MOMENT où il sortait pour aller relever son courrier ! Et il avait vérifié en l'accompagnant chez le médecin : c'était une VRAIE entorse. À partir de là, il n'avait plus été en mesure de passer une seule journée sans entendre parler de Bakagami d'une façon ou d'une autre. Et aujourd'hui, il l'avait sur le seuil de sa porte, qui quémandait un hébergement. 24h / 24 ! Le lit, le couvert ! Tout !
« Mais Aomine je suis désolé... protesta le rouge d'un air contrit. J'ai plus tellement le choix... Et comme tes parents rentrent pas avant un bout de temps...
— Comme si t'avais eu besoin de ça avant pour venir squatter ! »
En effet, depuis un certain temps, la petite maison dans laquelle vivait Aomine était devenu l'épicentre de la vie de Kagami. Et CHAQUE FOIS, ses visites impromptues paraissaient presque parfaitement logiques et sans rien de louche.
Pourtant, clairement Aomine trouvait qu'il y avait quelque chose de louche. De PLUS EN PLUS louche. Mais il ne comprenait absolument pas quoi, et ça le faisait enrager. Est-ce que Kagami préparait un plan subtil de vengeance pour laver des affronts passés ? Voulait-il faire de l'espionnage industriel pour apprendre ses secrets au basket ? Avait-il pris goût à sa collection de magazines pornos ?
En regardant ce grand baka planté sur son seuil, il se remémora la fois où il l'avait surpris le nez plongé dans l'un de ces fameux magazines.
Ce jour-là, la raison pour laquelle il l'avait trouvé à l'attendre devant sa porte après les cours était la suivante : « Kuroko voudrait récupérer ses mangas.
— Et pourquoi il vient pas les réclamer lui-même ? avait-il donc naturellement répliqué.
— Il en a besoin pour demain, Izuki les lui a demandés, mais il peut pas faire le déplacement il a rendez-vous chez le dentiste. »
Aomine avait haussé les épaules et laissé le tigre rentrer dans son antre. Ce ne fut qu'ensuite qu'il se rappela que sa chambre était dans un bordel impressionnant, même pour lui. Mais comme Kagami avait pris ses marques chez lui au point de sembler parfois oublier que justement, il n'était pas chez lui, il s'était dirigé naturellement vers sa chambre, sans attendre. Il avait marqué un temps d'arrêt sur le seuil, puis, sans doute trop poli pour commenter, était entré en évitant stratégiquement les piles d'objets divers et variés qui jonchaient la moquette devenue presque invisible, et s'était assis sur l'extrême bord du lit comme si celui-ci risquait de le contaminer, et observé son environnement d'un air décontenancé. Histoire de se venger de cette intrusion non sollicitée, Aomine lui avait adressé un grand sourire et annoncé :
« J'vais nous chercher des sodas. J'suis à peu près sûr que les mangas de Tetsu sont quelque part du côté gauche du plumard ! »
En lui donnant cette indication, il voulait juste embêter son comparse. Il avait sincèrement oublié qu'il avait laissé traîner quelques magazines olé-olé dans les mêmes parages. Il était donc allé chercher leurs sodas dans le frigo de sa cuisine, et à son retour, trouvé Kagami à plat ventre en travers de son lit, le haut du torse dans le vide tandis qu'il tenait à hauteur de son visage un magazine ouvert sur une double page représentant une demoiselle en string rose pâle et à l'imposante poitrine totalement dénudée. Riant sous cape, Aomine avait visé le fessier musclé du rouge et sa cannette l'atteignit en plein dans le mille.
« Alors on s'instruit ?! l'avait-il nargué. C'est bien, mais j'suis pas sûr que ce soit ça que veuille Tetsu ! »
Kagami s'était retourné brusquement, confus et rougissant. Il avait lâché le magazine d'un air coupable, puis, il avait pris sa cannette sans même l'engueuler. Après quoi, il parut oublier que ladite cannette avait été secouée en rebondissant sur ses fesses, et l'ouvrit. Et se mangea une belle giclée de mousse en plein visage, provoquant un fou rire d'Aomine.
« AHO ! » avait-il beuglé, impuissant à stopper sa crise de rigolade.
Quand il s'était un peu calmé, Aomine avait ajouté d'un air taquin :
« T'inquiète, j'te comprends : moi aussi elle me fait cet effet ! »
Le rouge l'avait regardé avec un mélange de colère et de perplexité, puis écarquillé les yeux en comprenant son sous-entendu, son teint passant du rose vif au rouge profond. Puis il s'était essuyé dans son t-shirt et avait avalé son soda sans autre forme de procès. Il avait d'ailleurs été surpris de sa réaction. Ils n'avaient jamais reparlé de ça, et depuis, Aomine avait fait attention à cacher un peu mieux ses pornos. Cela, cependant, n'empêchait pas que Bakagami les avait peut-être trouvés et les consultait en secret, car ils n'en étaient pas au point de se branler ensemble, quand même ! Aomine connaissait des gars qui faisaient ça, mais lui il trouvait ça un peu chelou. Le fait qu'il possède des magazines pornos était de notoriété publique, ce qu'il faisait avec relevait du privé. On ne mélange pas les copains et la branlette, voilà.
Cette pensée le fit tiquer : depuis quand, d'ailleurs, étaient-ils devenus copains ? Hm, ça devait remonter à la fois où...
« Tu vas me laisser longtemps planté là ? » protesta soudain Kagami, l'arrachant à sa rêverie.
Aomine examina ses options : en fait, il n'en avait que deux. Ça relevait du dilemme shakespearien : laisser ou ne pas laisser le squatteur squatter, telle était la question. Il se prit le menton dans la main en se remémorant la suite de la tirade.
Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them?
Et dire qu'il avait réussi à retenir ces vers jusque parce qu'Akashi avait coutume de les répéter comme un mantra lorsqu'Aomine parvenait à l'énerver au point de réveiller ses envies de meurtre... C'est dire si ça arrivait souvent ! Maintenant, Aomine avait même pris l'habitude de lui réciter la tirade avant que son ex-capitaine n'ouvre la bouche, ce qui ne faisait qu'agraver son cas, mais enfin, c'était marrant.
Le dilemme, cependant, ne l'embarrassa pas très longtemps : quand il ne savait pas quoi décider, Aomine disait toujours la première chose qui lui venait à l'esprit, et dans le cas présent, ce fut :
« Ça va, c'est bon, entre. »
À ces mots, Kagami s'illumina.
« Merci Aomine. Je te revaudrai ça. »
Aomine marmonna que c'était ce qu'il disait depuis environ deux ans, et même si ça lui arrivait effectivement de rétablir l'équilibre, il se sentait quand même un peu lésé dans l'affaire. Cependant, comme d'habitude, Kagami s'était débrouillé pour qu'il lui soit impossible de lui reprocher quoi que ce soit. Après tout, ce n'était pas de sa faute si son appartement avait subi un important dégât des eaux et qu'il se retrouvait à la rue pendant toute la durée des travaux.
Le basketteur retira ses chaussures dans l'entrée et déposa son sac sur le sol en lui adressant un sourire gêné.
« Vraiment, je suis désolé... Pour me faire pardonner... J'ai apporté de quoi cuisiner des ramens. »
Les ramens ! C'était ce dont il était sur le point de se souvenir avant que Bakagami n'interrompe le cours de ses pensées.
Il pleuvait ce jour-là, et...
« Ça t'embête si je range mes affaires dans ta chambre ? Ça me stresse de les laisser dans le sac... »
Aomine le fusilla du regard.
« Fais comme tu veux ! » aboya-t-il, puis il le regarda disparaître dans le couloir et se dit qu'il allait enfin pouvoir se souvenir de comment donc, ils étaient devenus amis.
Bien sûr, ça ne s'était pas fait en une seule fois. Ils s'étaient progressivement rapprochés, simplement en passant plus de temps ensemble, sur un terrain de basket, et souvent aussi au Maji Burger. Mais un jour, Kagami avait fait le genre de truc qui fait se dire, « ce mec, c'est un vrai pote ».
Ce jour-là, donc, il pleuvait. Il s'était réveillé avec un mal de crâne carabiné et se sentait aussi faible qu'un nouveau-né. Il s'était traîné hors du lit pour découvrir que tous les placards de la cuisine étaient vides, et que vu la façon dont il grelottait, il devait avoir contracté une jolie fièvre. Ses parents étant au travail, il n'y avait personne pour prendre soin de lui, et il ne se sentait vraiment pas dans son assiette. Résigné, il s'était préparé un thé, s'était brûlé avec, et était retourné la mort dans l'âme se blottir sous sa couette. Très vite, la journée avait traîné en longueur et il commençait à sérieusement s'ennuyer lorsqu'il avait allumé son ordinateur. Kagami était connecté sur la messagerie en ligne qu'ils utilisaient parfois pour s'échanger des vidéos ou de petites infos du style « à quelle heure le basket demain ? ». Et Kagami avait dégainé le premier :
« Hey Ahomine.
— Hey Bakagami.
— La forme ?
— Nan. Malade.
— Oublie pas de bien t'hydrater alors !
— Je fais que ça, y a que à boire chez moi.
— T'as rien à manger ?! »
Aomine aurait tout aussi bien lui dire qu'il était en détresse respiratoire. Il n'avait même pas eu le temps de lui répondre, et quinze minutes plus tard, Kagami faisait son apparition chez lui avec des sacs de course sous les bras.
« J'ai apporté de quoi cuisiner des ramens, expliqua-t-il avec un air d'excuse. C'est bon pour ce que t'as ! »
Enroulé dans sa couette, Aomine n'avait pas protesté et l'avait laissé squatter sa cuisine, puis lui apporter ses ramens au lit. Kagami était même resté lui faire la conversation tout l'après-midi.
L'initiative l'avait touché, mais à bien y réfléchir, c'était probablement ainsi que Kagami s'était transformé en squatteur. Il avait suffi d'une seule fois ! Certes, ça n'avait pas que des inconvénients. Ils s'entendaient mieux depuis l'histoire des ramens, comme s'ils avaient signé une trêve implicite.
Mais tout de même... de là à carrément l'heberger ?! Pour tout le mois ? « Les travaux prendront au moins trois semaines », avait déclaré Kagami avec cet air navré qui empêchait Aomine d'être vraiment en rogne après lui.
Aomine soupira et alla sortir deux cannettes de soda du frigo, puis alluma la télévision et la console, et s'affala dans le canapé. Deux minutes plus tard, Kagami le rejoignit.
« Merci pour le soda. »
Depuis l'épisode des magazines pornos, le rouge était devenu plus prudent et ouvrait chaque fois ses cannettes avec précaution. Aomine lui passa une manette.
« Mortal Kombat ?
— Why not !
— Tu vas vraiment squatter trois semaines ?!
— Je te ferai tous les ramens que tu veux.
— Va falloir faire mieux que ça ! »
Kagami lui jeta un coup d'œil de côté et se renfrogna en rougissant légèrement. Puis il marmonna :
« Ouais, laisse-moi y réfléchir. »
Avec ceci, ils conclurent la discussion et se plongèrent dans leur jeu vidéo.
